jeudi 4 mars 2021

L'île aux pirates (1995)


Parmi les films à la sinistre réputation, "L'île aux pirates" pourrait faire figure de mètre-étalon. De sa production à sa réalisation, toute l'entreprise a laissé de mauvais souvenirs à ceux qui y participèrent et, à l'arrivée, ses pertes furent telles que ce film causa la faillite de Carolco, l'une des maisons de productions les plus florissantes de l'époque. Le renouveau du genre arriva plus tard, avec la saga "Pirates des Caraïbes". Pour autant, le film de Renny Harlin méritait-il l'enfer qui fut le sien ?

Jamaïque, XVIIème siécle : Morgan Adams, la fille du célèbre pirate Harry le Noir, a hérité à la mort de celui-ci d'une partie d'une carte indiquant l'emplacement du trésor amassé par son aïeul. Les deux autres morceaux de la carte appartiennent à ses oncles. Si l'un d'entre eux, Mordechai, finit par lui céder sa part de carte, l'autre, Dawg Brown, veut le trésor pour lui seul et n'est pas à un méfait près. Qu'à cela ne tienne et qu'importent les obstacles, Morgan Adams, embarquant avec elle William Shaw, aventurier habile bretteur, se lance dans la chasse au trésor...

Tout porte à croire que Renny Harlin voulut, avec "L'île aux pirates", rendre hommage à un genre qui avait connu son heure de gloire longtemps auparavant. Une chasse au trésor, des adversaires retors, des voiles qui claquent au vent et des duels à la rapière : tous les ingrédients étaient réunis pour convoquer le genre. L'entreprise était louable, mais il eut fallu, pour que le succès soit au rendez-vous, que le réalisateur ne se comporte pas comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. C'est que ça canarde et que ça explose dans tous les sens, souvent en dépit du bon sens (le budget du département pyrotechnie ont du dépasser celui alloué au scénario, si vous voulez mon avis). La crédibilité de l'histoire que tente de nous narrer Harlin (encore qu'il semble plus attaché à nous en mettre plein la vue) est mise à mal à de nombreuses reprises. 

Il faut dire que la production de ce film fut des plus chaotiques. Scénario écrit et ré-écrit maintes et maintes fois, techniciens renvoyés du tournage ou quittant d'eux-mêmes le navire, budget explosé, "L'île aux pirates" accumula très tôt les boulets et reste l'exemple de ce que peut donner une succession de mauvais choix. Financé à perte aux dépens d'autres projets (dont le film consacré aux croisades et porté par Arnold Schwarzenegger). Malgré les millions de dollars mis sur la table, le résultat est, il faut bien le dire, plus navrant qu'enthousiasmant et, même avec l'indulgence qu'on pourrait avoir pour lui, il n'y a pas grand chose à sauver dans "L'île aux pirates".

On peut tenter de se consoler avec le casting, mais force est de constater que ni Geena Davis (pourtant brillante dans certains de ses rôles), ni Matthew Modine n'arrivent à se montrer convaincants. Les mauvaises langues feront remarquer que la première était à l'époque l'épouse du réalisateur qui insista pour qu'elle obtienne le rôle et que le second hérita du sien parce que tout le monde (ou presque) avait décliné l'offre. Frank Langella, en méchant (quoique finalement peu présent, parce que le scénario a cru bon de multiplier les antagonistes, rendant l'intrigue encore plus brouillonne), est peut-être celui qui s'en sort le mieux. 

Le film de pirates aurait pu faire son retour gagnant avec ce film, s'il avait été conçu et réalisé avec un tant soit peu de respect pour le genre et pour le spectateur. Avec "L'île aux pirates", l'autrefois efficace (à défaut d'être talentueux) réalisateur de "58 minutes pour vivre", rate totalement ce rendez-vous. On pourra en tirer une morale simple : les gros moyens ne suffisent pas à assurer la réussite d'un projet. Je doute cependant que l'industrie du cinéma en ait tiré une leçon. 



8 commentaires:

  1. Concernant la faillite de Carolco Pictures, Cutthroat Island a bien été aidé par le Showgirls de Verhoeven.
    Dommage collatéral,la carrière de Geena Davis s'est quasi arrêtée net.
    Rien en effet à sauver, un naufrage complet pour tout dire.

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    1. Ah..."Showgirls", il faudrait que je lui consacre un billet. Il est sur ma liste depuis un bout de temps, mais je recule devant la tâche. Pour ce "Cutthroat Island" (fort mal traduit en "L'île aux pirates", cela dit), il coule à pic très vite, les cales étant sans doute trop chargées.
      Bon week-end, Ronnie !

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  2. J'aime tellement ce film ! Malgré les défauts que je lui reconnais maintenant que je suis adulte (mais ça ne m'empêche pas de le regarder quand j'ai pas le moral) mais je l'ai vu pour la première fois quand j'avais 9 ou 10 ans, pas plus. A ce moment-là, voir une nana aussi cool et badass que Morgan Adams n'était pas courant (je n'étais pas le genre disney princesses donc les rôles modèles qui me correspondaient étaient rares) et je lui vouais une admiration absolue (et par extension à Geena Davis). Je le connais toujours par coeur XD
    Je pousserai même le vice jusqu'à dire que je préfère toujours L'ile aux pirates à Pirates des Caraibes.

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    1. Mais c'est très bien, ce genre de petit plaisir coupable (ou pas, d'ailleurs). Je crois qu'on a tous quelques films qu'on aime, envers et contre tout, malgré leurs défauts. Merci pour ce plaidoyer, Mélissa !

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  3. Ouais... je te trouve un peu sévère, sur ce coup-là. J'en garde un assez bon souvenir. Il faudrait peut-être que je le revoie.

    Les aventures de Jack Sparrow ont fini par me lasser, alors que le premier épisode m'avait fait forte impression pour le (vrai) retour du genre au cinéma.

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    1. Figure-toi que, dans mon souvenir, il me semblait bien meilleur que ce que j'en ai redécouvert. Parfois, mieux vaut ne pas fouiller dans les tiroirs.
      Mais je suis ravi que tu sois plus indulgent que moi, Martin.

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  4. Je n'ai jamais été conquis par cette "île aux pirates" qui, visiblement, ne brille pas davantage les années passant. Il faut dire que Renny Harlin n'est pas un réalisateur pour lequel j'ai beaucoup d'estime.
    Quant à "Showgirls", qui a longtemps joui d'une réputation peut-être pire que celui-ci, a depuis trouvé les grâces de certains critiques. Je serais curieux d'avoir ton avis. ;-)

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    1. Il est clair que Renny Harlin n'est pas John McTiernan ;-)
      Je vais vraiment devoir revoir "Showgirls", moi.

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