vendredi 29 décembre 2017

The discovery (2017)


Il se passe quelque chose, en ce moment, avec la chaîne Netflix. Déjà porteuse de séries réussies et ayant marqué de leur empreinte la culture populaire (je pense à "Stranger Things", par exemple, mais aussi à toutes les séries estampillées "Marvel", bigrement intéressantes), Netflix s'essaie aux films. Sans sortir en salles, ce sont des longs métrages comparables à ceux qui suivent le canal traditionnel que cette chaîne nous propose. A titre d'exemple, "The discovery", avec en tête d'affiche Robert Redford, n'est disponible que sur le portail Netflix. N'aurait-il pas pu passer par les salles obscures ?

Le professeur Thomas Harbor a fait une découverte historique : après la mort, il y a un "quelque part" où survit la conscience. Ses déclarations provoquent une vague de suicides, un peu partout dans le monde, dans l'espoir d'un ailleurs meilleur. Alors qu'il s'est toujours opposé aux recherches de son père, Will Harbor le rejoint sur l'île où il mène ses recherches. A ses côtés, Isla, une étrange jeune femme, traîne un lourd passé et voudrait en finir. 

Porté par Netflix et son nouveau modèle, ce film aurait pu soulever des questions intéressantes. Inutile de se raconter des histoires : le scénario, en jouant sur le mystère qui entoure chacun des personnages, utilise ces zones d'ombre pour ne répondre à aucune des questions, ni pousser le spectateur à chercher les réponses. Les personnages de cette fable n'attirent que peu l'intérêt et ne suscitent guère l'empathie. Du coup, leurs tourments n'émeuvent personne, ou presque.

Pour animer cette histoire, les personnages, incarnés par des acteurs pourtant confirmés, manquent sévèrement de substance. C'est d'autant plus dommage que le casting a l'audace de confronter un véritable monument du Septième Art (Robert Redford), chantre du cinéma indépendant, à de jeunes pousses que l'on n'attendait pas forcément ici. Jason Segel, loin des comédies qui firent son succès et Rooney Mara, s'avèrent peu convaincants.

L'atmosphère générale du film, cultivant les tons sombres et les humeurs de la même tonalité, ne fait rien pour arranger le constat. "The discovery" est froid et plutôt pataud. Victime d'un traitement mou et, surtout, parce qu'il met en scène des personnages pas très attachants, il ne suscite que peu d'intérêt, malgré une idée de base ambitieuse.



dimanche 24 décembre 2017

La loi de la jungle (2016)



Avec "La fille du quatorze juillet", Antonin Peretjatko avait attiré quelques curieux et eu bonne presse. Son deuxième film, "La loi de la jungle", revendiquant l'absurde et le burlesque, fut moins suivi. Il mettait pourtant en vedette quelques uns des nouveaux visages du cinéma français (Vimala Pons et Vincent Macaigne), autant que des "vieux routards" (Jean-Luc Bideau et Mathieu Amalric). Parce qu'il faut rester curieux et, surtout, ne jamais laisser passer une occasion de passer un bon moment, penchons-nous sur ce film.

Stagiaire au Ministère de la Norme, Marc Chataîgne est missionné en Guyane, afin de vérifier la conformité du projet Guyaneige : la construction d'une piste de ski en pleine jungle, dont la construction doit relancer le tourisme. Arrivé tant bien que mal là-bas, il se voit confié aux bons soins d'une autre stagiaire : Tarzan. Sa partenaire, en plus d'être charmante, a un sacré caractère et, lorsque tous deux se retrouveront perdus en pleine jungle, Marc Chataîgne va en voir de toutes les couleurs...

Dans les premières scènes, on songe aux comédies de naguère, celles qui mettaient en vedette un admirable clown tombé de la lune, sur lequel la malchance s'acharnait pour notre plus grand plaisir de spectateur : j'évoque évidemment le grand Pierre Richard. Mais ce n'est pas la seule influence qu'on peut trouver dans "La loi de la jungle". Et, surtout, Antonin Peretjatko s'affranchit de ses aînés pour offrir une comédie qui a son propre ton, même si ce ton peut laisser pantois, parfois. 

C'est burlesque, souvent, absurde la plupart du temps, et parfois même drôle. Surtout, avec des bouts de ficelles et des effets plutôt simples, "La loi de la jungle" fait souvent mieux que pas mal de comédies françaises (suivez mon regard). C'est déjà pas mal. Mais ce n'est pas parfait, loin de là : en se targuant d'être critique, voire d'avoir une portée politique, Antonin Peretjatko a sûrement des prétentions qui sortent du cadre de son film.

Mais heureusement, il y a les acteurs. Ne ménageant pas leur peine, grimpant aux arbres, plongeant dans l'eau pas toujours claire des rivières guyanaises, barbotant jusqu'aux cuisses dans la boue, la jolie Vimala Pons et l'étonnant Vincent Macaigne font de leur mieux. Derrière eux, une ribambelle de comédiens chevronnés (Pascal Légitimus, Mathieu Amalric ou Jean-Luc Bideau, par exemple) ou moins connus (Rodolphe Pauly ou Fred Tousch, pour ne citer qu'eux) traversent les séquences, souvent brillamment. 

Partant à fond la caisse et jouant de l'absurde autant que du visuel, "La loi de la jungle" ne tient pas la distance, hélas et perd vite son souffle. C'est dommage, la ballade, bien déjantée, commençait bien et augurait de quelque chose de différent dans le paysage de la comédie actuelle. Il faudra sans doute regarder attentivement de ce côté-ci du cinéma français pour trouver, un jour, la drôlerie qu'on y cherche souvent en vain.


mardi 19 décembre 2017

La femme du gardien de zoo (2017)



Le choix de distribuer ou non un film dans tel ou tel pays répond sûrement à des raisonnements profonds. Ça n'est pas possible autrement. Comment imaginer, en effet, qu'un long métrage ne sorte pas dans les salles françaises (exemple pris au hasard) alors qu'il a eu une carrière honorable dans nombre d'autres pays et qu'il traite d'un sujet dépassant les frontières géographiques et culturelles ? Il y a certainement des décisions pensées derrière ces choix, décisions qui échappent aux pauvres mortels que nous sommes. C'est ainsi, par exemple, que "La femme du gardien de zoo", tiré du roman éponyme, après une carrière honorable de l'autre côté de l'Atlantique (malgré des critiques plutôt mauvaises) a attendu longtemps de sortir en France, pour ne finalement être disponible qu'en vidéo. Pour celles et ceux que le thème intéressait, ce n'est donc pas dans les salles obscures qu'il faudra se rendre pour le voir. Merci qui ?

Varsovie, fin de l'été 1939 : dirigeant, avec son mari, le zoo de la ville, Antonina Jabinski est passionnée par les animaux et la vie. Quand l'Allemagne nazie envahit son pays, elle voit son univers ravagé par la folie des hommes. Les animaux du zoo sont presque tous abattus par les soldats, tandis que, non loin de là, des hommes en enferment d'autres dans le ghetto, antichambre de l'enfer sur terre. Antonina et Jan vont décider d'agir et de sauver ceux que la haine a condamnés. 

Le roman de Diane Ackerman avait rencontré un joli succès lors de sa parution et était adapté de faits réels. Choisissant de donner un coup de projecteur sur un angle méconnu de l'histoire, son adaptation était l'occasion de se pencher sur le dramatique sort de la Pologne durant la Seconde Guerre Mondiale. Niki Caro, la réalisatrice (dont on devrait parler d'ici peu, puisqu'elle est aux manettes de l'adaptation de "Mulan"), donne, en l'adaptant, un rôle fort à son actrice principale, Jessica Chastain (également présente à la production).

On pourra reprocher quelques maladresses dans la réalisation, parfois pataude et, surtout, la partie la plus mélodramatique du film, qui nuit à l'histoire plus qu'elle ne l'enrichit. On pourra déplorer aussi certains errements dans la mise en scène et le montage, qui adoucissent le ton, alors que l'époque narrée était tout sauf douce. Mais ce serait dénigrer l'intention primale du roman et du film : celle de raconter l'histoire d'une femme dans la tourmente. 

Pour incarner cette femme, il y Jessica Chastain, lumineuse, illumine chacune des scènes où elle apparaît. Portant à bout de bras ce film, elle le magnifie et en fait oublier les défauts techniques et les maladresses. Derrière elle, Daniel Brühl fait ce qu'il peut avec un personnage pas très bien exploité et Johan Heldenbergh, vu jusque là dans le cinéma belge (décidément très riche, ces dernières années) incarne un Jan Jabinski âpre et terriblement humain. 

Malgré quelques longueurs, et grâce à sa belle interprétation, "La femme du gardien de zoo" ne méritait certainement pas le sort honteux qui fut le sien dans l'Hexagone. Quand on voit la promotion faite autour de certains films lors de leur sortie en salles, le destin de celui-ci devrait faire réfléchir. 






jeudi 14 décembre 2017

Grand froid (2017)


Sujet sensible, voire tabou, la mort est au centre de quelques longs métrages mémorables. Je songe notamment à "Harold et Maude" ou, plus près de nous, au superbe "Au revoir là haut".   En mettant en scène une entreprise de pompes funèbres, "Grand froid" et sa très belle distribution, prenait un risque : traiter de ce que deviennent les corps après leur trépas et de ceux qui en prennent soin n'était pas un sujet facile. Pour son premier film, Gérard Pautonnier a reçu un accueil public un peu frileux, malgré quelques bonnes critiques.

L'entreprise de pompes funèbres d'Edmond Zweck périclite : ses deux employés ne seront pas payés ce mois-ci. Heureusement pour eux, ils se voient chargés d'emmener un défunt vers son dernier domicile, un cimetière perdu au milieu de nulle part. Voilà donc Georges et Eddy partis enterrer un mort, suivis par sa veuve, son frère et un prêtre énergique et impatient. Ils ne sont pas au bout de leurs peine et c'est un drôle de périple qui les attend. 

Dès ses premières images, "Grand froid" donne le ton : c'est le froid qui domine (avec un titre pareil, c'est normal) et qui est omniprésent. Dans une bourgade sans doute coincée quelque part entre la Belgique et la Pologne (c'est vous dire l'exotisme), les personnages n'ont pour se tenir chaud que leur chaleur humaine. 
C'est la meilleure qui soit. 

Que ce soit par ses décors ou sa mise en scène, "Grand froid" impose un style, très rapidement et plonge son spectateur dans une ambiance unique, ou presque. Porté par ses interprètes, le film acquiert rapidement une identité propre, en grande partie grâce à ses personnages, à la fois insolites et terriblement humains. C'est encore une fois grâce à ses acteurs, tous remarquables, qu'il s'agisse de l'indispensable Jean-Pierre Bacri, d'Arthur Dupont, d'Olivier Gourmet ou des seconds rôles, dont Sam Karman ou Wim Willaert, pour ne citer qu'eux. 

Cependant, après la mise en place de son univers macabre, Gérard Pautonnier peine à conclure l'affaire. Le scénario de "Grand froid" tourne souvent à vide, et l'humour dont il se réclame ne fonctionne pas toujours, désamorcé par des scènes plus lentes et parfois même dramatiques. On pense aux frères Coen, mais on regrette de ne pas trouver ici l'absurdité ou la causticité qui aurait fait de "Grand froid" une comédie noire et grinçante comme on peut les aimer. 

Inégal, faute d'audace, ce premier film de Gérard Pautonnier vaut surtout pour ses acteurs et son esthétique. Il y fait à la fois très froid (à cause de l'ambiance) et chaud (grâce aux personnages). C'est déjà ça.





samedi 9 décembre 2017

Mon poussin (2017)


Sans doute parce que c'est la saison qui veut ça, j'ai tendance à me diriger vers les comédies, ces dernières semaines (et peut-être aussi un peu pour cocher la case "Un film qui m'a fait pleurer de rire" du Movie Challenge 2017, allez savoir). Cette démarche m'a valu déjà pas mal de déconvenues (si vous suivez ce blog, vous avez une idée du "passif"), mais, parce que la comédie est un art majeur, je continue les recherches. Récemment, j'ai pu voir "Mon poussin", de Frédéric Forestier, réalisateur du "Boulet", de "Stars 80" et de "Astérix aux jeux olympiques" : autant dire qu'on partait avec un sérieux handicap. 
C'est le drame pour Vincent, 18 ans, mais qui reste "mon poussin" pour ses parents : Elina, sa dulcinée, vient de rompre. Pour le jeune garçon, c'est la fin du monde. Devant le désespoir de leur progéniture, Clé et Harold vont mettre en place un programme énergique destiné à faire comprendre à Vincent que sa vie n'est pas finie.
Ce faisant, ils vont aller jusqu'à se mettre en péril : leur couple est-il si solide ? Eux qui donnent des leçons à leur fils, sont-ils si doués en amour ?

Le postulat de base de "Mon poussin" pouvait donner lieu à un traitement amusant, puisqu'il déplace le curseur habituel : en matière de comédie, c'est une mécanique qui a déjà marché. Hélas, on a tôt fait de se rendre compte que le matériau de base n'était pas suffisamment épais pour alimenter un long métrage. Arrivé à la moitié du temps réglementaire, "Mon poussin" a déjà utilisé toutes ses cartouches et résolu l'intrigue qui lui servait de base.
C'est ballot.

Il s'agit donc de prolonger, puis de conclure le film, en usant de remplissage et en essayant de rebondir sur le principe de base, si possible en l'inversant. Dans la deuxième partie du film, ce sont les parents du poussin en question qui deviennent le centre de l'intrigue et qui sont en péril. Quelque part entre le boulevard et le comique outrancier, le film tente un changement de ton, sans cependant réussir son virage.

Rarement drôle, parfois gênant, souvent ennuyeux, "Mon poussin" n'est même pas sauvé par son interprétation. Ses comédiens, livrés à eux-mêmes, n'entraînent jamais le spectateur dans l'histoire. Qu'il s'agisse de Pierre-François Martin-Laval, d'Isabelle Nanty ou des plus jeunes Thomas Solivérès ou Manon Valentin, faute d'une vraie direction, tous livrent une prestation sans âme.

Quand on s'ennuie lors du visionnage d'une comédie, c'est regrettable. Le fait est que celle-ci, hélas révélatrice de l'ornière où s'est enfoncée une partie du cinéma français, n'est jamais drôle.




lundi 4 décembre 2017

Bienvenue au Gondwana (2017)


L'Afrique, continent mystérieux et méconnu parce que multiple, est le parent pauvre du cinéma, aux yeux du grand public. Alors, lorsque se présente l'occasion de voir une comédie traitant de cette partie du monde et s'en moquant, on peut se réjouir. Évoquant le super-continent qui précéda la formation de la Terre, "Bienvenue au Gondwana", réalisé par l'humoriste Mamane, n'a pas reçu le succès attendu lors de sa sortie, il y a quelques mois. Et si nous étions passés à côté d'un film qui méritait mieux ?

Fonctionnaire spécialisé en droit électoral, Julien se retrouve missionné au Gondwana, un pays africain où les élections doivent faire l'objet d'une observation sous l'égide des Nations Unies. Dans cette contrée africaine dirigée depuis toujours par le Président-Fondateur, le jeune idéaliste va découvrir un univers qu'il ne soupçonnait pas : la population survit tant bien que mal, tandis que les élections sont évidemment l'objet d'un phénoménal bourrage d'urnes.

Mamane, scénariste et réalisateur de "Bienvenue au Gondwana", a choisi, pour ce film, d'adapter son spectacle. En voyant le résultat, on peut se demander si la démarche de ce membre du Jamel Comedy Club a bien fait. En décalquant dans un décor africain (et en s'inspirant sans doute de quelques vérités) le principe classique de l'idéaliste confronté à la réalité, il nous livre ici une comédie un peu pataude, bien que sans doute sincère.

C'est de satire qu'il s'agit ici, on l'aura compris. L'index est pointé en direction des républiques elles aussi "très très démocratiques", mais finalement pas tant que ça, sur lesquelles la Communauté Internationale n'a finalement que peu d'emprise et aucun contrôle. Évoquer un sujet si sérieux et parfois dramatique avec légèreté n'était sans doute pas la meilleure idée du monde. En l'exploitant sous cet angle, l'équipe de "Bienvenue au Gondwana" peine à convaincre. Manquant d'ambitions et sans doute aussi de moyens, les joyeux drilles qui pilotent ce qui aurait pu être une saillie amusante s'égarent en chemin. Souvent livrés à eux-mêmes, les interprètes font ce qu'ils peuvent, chacun jouant dans son coin, sans oeuvrer à la cohésion de l'ensemble.

A force de répétitions et de longueurs, et faute de personnages plus épais, "Bienvenue au Gondwana" perd vite de son intérêt. Malgré une évidente sincérité, ce film qu'on a envie d'aimer ne se révèle pas suffisamment réussi pour qu'on s'y attache.


mercredi 29 novembre 2017

Le beau monde (2014)


Le monde auquel nous appartenons est-il définir par notre naissance ? Peut-on sortir du milieu social dans lequel on a été élevé ? Est-il possible de s'élever, justement, quand on aspire à sortir de sa classe sociale ? Loin de moi l'idée de lancer un débat ou quelque étude sociologique (ce blog parle de films, à la base), mais le fait est que le cinéma peut évoquer bien des thématiques, dont certaines un peu pointues, en posant des questions et sans forcément y répondre. "Le beau monde", petit film de Julie Lopes-Curval, évoquait le frottement des classes, au travers du parcours de son héroïne. Peu sont ceux qui le virent, lors de sa sortie. Et si on en parlait ?

Le beau monde, pour Alice, c'est celui d'Antoine, qui la courtise et dont elle finit par tomber amoureuse. Issue de la classe ouvrière, cette jeune femme, qui aspire aux métiers d'art, va se frotter à une société qui n'est pas la sienne et ne l'accepte pas forcément. La famille d'Antoine, et lui aussi, peut-être, ne la regarde-t-elle pas de haut, parfois ?
Elle en profitera, mais en souffrira aussi. Il existe plusieurs mondes dans notre monde : a-t-on le droit d'en franchir les frontières impunément ?


Ce n'est pas la première réalisation de Julie Lopes-Curval. Pourtant, les maladresses qui ponctuent ce "petit" film m'ont fait plusieurs fois penser que j'avais affaire là à un galop d'essai. Le montage, notamment, est assez brut et on passe allègrement d'une séquence à une autre, sans indication du temps écoulé, ni du motif pour lequel les personnages vont et viennent d'un lieu à l'autre. 

Il est édifiant de revoir les jeunes acteurs faire ici leurs premières armes, ou presque, connaissant le chemin parcouru par eux depuis. En tête d'affiche, Ana Girardot (revue depuis dans "Ce qui nous lie", par exemple), toute en fragilité, papillonne entre les deux sociétés auxquelles elle se frotte, au risque de se brûler les ailes. A ses côtés, Bastien Bouillon et Baptiste Lecaplain, pas toujours convaincants, figurent deux facettes masculines auxquelles elle est confrontée. On appréciera la présence, quoique fugace mais décisive de Sergi Lopez, qui fait vibrer une corde inattendue dans ce petit film.

Alors, oui, "Le beau monde" est un "petit" film, mais il est sincère. Parfois brouillon et malhabile, il comporte cependant une bonne dose de sincérité. On voit à peu près ce dont il veut nous parler, même si la façon dont il l'évoque est confuse et alambiquée. 

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2017, catégorie "film tourné dans un lieu où je suis allé".


vendredi 24 novembre 2017

Les ex (2017)


Plusieurs films de Maurice Barthélémy, ancien des Robins des Bois, ont fait l'objet de chroniques sur ce blog, et ce ne fut jamais dans de bons termes. Histoire de ne pas rester fâché et parce que son dernier opus, "Les ex", avait été un franc insuccès, j'ai choisi de le visionner. On ne sait jamais, après tout : la qualité pouvait être au rendez-vous.

Paris est la ville des amoureux, paraît-il. En nos temps d'instabilité des couples, c'est donc fatalement celle des ex, aussi. Difficile donc de ne pas croiser son ex, que l'histoire qu'il (ou elle) représente soit négative ou positive. Pour Laurent, devenu prêtre, qui se retrouve à préparer le mariage de Julie, son ex-petite amie, comme pour Antoine, un psychologue dont l'ex-femme décède accidentellement et qui récupère ses deux filles jumelles et adolescentes, l'ex n'est pas facile à oublier. Et que dire de Didier., juge d'instruction, qui traite des divorces à la chaîne et se retrouve éjecté par sa propre épouse ? Drôle d'époque, pour les couples, on dirait...

On aurait pu avoir, avec "Les ex", un film choral, qui se serait gentiment (ou pas, d'ailleurs) moqué de l'esprit romantique qui préside souvent aux films traitant du couple. On aurait aussi pu se retrouver avec une comédie mordante, portrait en creux d'une époque où on devient vite un "ex", justement et où les sentiments sont souvent au second plan. On aurait pu avoir une bonne surprise, voire un film à regarder avec plaisir. Il n'en est rien, hélas : pour ce qui est de se réconcilier avec les films de Maurice Barthélémy, ce sera pour une autre fois (ou pour jamais, plus probablement).

Mal filmé, mal écrit, joué sans entrain par des acteurs venus là pour le chèque (j'imagine, en tout cas), "Les ex", avec son affiche de film choral fédérant des personnages sur un thème commun, n'arrive à aucun moment à générer le rire, ni même le sourire. Entre numéro de cabotinage honteux (rarement Patrick Chesnais s'est fourvoyé à ce point) et jeu d'acteurs à côté de la plaque, le spectateur ne peut même pas se consoler avec les interprètes de ce méli-mélo souvent de mauvais goût.
Cerise sur le gâteau, d'incessants placements de produits donnent un aperçu de ce à quoi on aura droit, le jour où ce film sera diffusé sur M6, à la production d'ailleurs.

Ce n'est pas la première fois que Maurice Barthélémy, ex-Robin des Bois, commet un mauvais film. On se souvient de "Low Cost" ou de "Pas très normales activités", déjà chroniqués dans ces colonnes. Partant ici d'une idée qui aurait pu donner un traitement intéressant, pour peu qu'il eut été un peu fin, "Les ex" aurait sans doute pu être un film plaisant. La promesse n'est hélas pas tenue.


dimanche 19 novembre 2017

Marie-Francine (2017)



Ca ressemble à une longue quête : depuis des années, je cherche désespérément la comédie française qui me fera rire aux éclats, telle celles du temps passé. Suis-je devenu un spectateur exigeant ou le niveau du cinéma français, dans ce domaine, a-t-il chuté à ce point ? Toujours est-il que ça ne me paraît pas simple de sourire, voire de franchement se marrer, dans les salles obscures hexagonales, ces dernières années. On en aurait pourtant besoin. Quand l'amusante Valérie Lemercier a débarqué, il y a peu, avec sa "Marie-Francine", qu'elle mettait en scène, en plus de l'avoir écrit et d'y jouer (en tenant deux rôles, en plus), à en croire nombre de critiques, on pouvait y croire. A tort ou à raison ?


Pas de bol, pour Marie-Francine, la cinquantaine fatiguée. Non seulement son mari la quitte, mais en plus, elle perd son travail de chercheuse en génétique. La voilà obligée de retourner chez ses parents, qui vont devoir l'accueillir et entamer une cohabitation pas toujours évidente.
Quand son père propose à Marie-Francine d'ouvrir une boutique de cigarettes électroniques, elle hésite, puis se lance. Quand elle rencontre Miguel, un cuisinier dans la même situation qu'elle, elle hésite moins...

En visionnant "Marie-Francine", le spectateur peut vite avoir un étrange sentiment : celui de voir un film dont le scénario a été écrit au fur et à mesure du tournage, tant les péripéties de sa principale protagoniste s'enchaînent sans souci de vraisemblance. Sur une idée de base loin d'être originale mais qui aurait pu donner lieu à un traitement comique efficace (le choc des générations, ça reste un ressort, fût-il détendu), Valérie Lemercier arrive rapidement au bout de ses ressources. Alors, pour ne pas tourner à vide et pédaler dans la semoule (ce que se permettent pas mal d'autres films, soit dit en passant), elle embraye sur une autre voie, finit en cul-de-sac, puis repart sur une autre, jusqu'à avoir fait le tour des possibilités et se résoudre à finalement clôturer son film.

Quand se pointe le générique de fin, on est loin, très loin des intentions de départ, parce que le scénario a baguenaudé de ci, de là, sans cependant avoir emmené son spectateur bien loin. De plus, et c'est sans doute le plus embêtant, on n'a pas ri, tout juste souri une fois ou deux. Pour ce qui se voulait une comédie, c'est plutôt embêtant. 

On pourra se consoler avec les prestations des acteurs, comme souvent. Ici, ce sont essentiellement ceux qui interprètent les parents de Marie-Francine qui sont à saluer : Hélène Vincent, se débarrassant enfin de sa panoplie de Madame Le Quesnoy (de "La vie est un long fleuve tranquille"), et surtout Philippe Laudenbach, l'un des grands seconds rôles français, qui se fait visiblement plaisir en incarnant un père maniéré. C'est une piètre consolation, vous en conviendrez. 

Malgré l'immense sympathie qu'on peut avoir pour Valérie Lemercier, il faut se rendre à l'évidence : "Marie-Francine" n'est pas très drôle et, le plus souvent, on s'y ennuie. Tout porte donc à croire que ma quête d'une vraie comédie française n'est pas terminée...


mardi 14 novembre 2017

Appaloosa (2008)


Le western, genre majeur du cinéma de l'âge d'or (vous savez, cette période située en général "avant"...) est tombé en désuétude depuis plusieurs décennies. Hormis quelques jolies exceptions (on pense évidemment à "Danse avec les loups" ou "Silverado") ou quelques incartades flirtant avec d'autres genres (comme "Bone Tomahawk"), il est rare, très rare qu'un western fasse parler de lui, et encore plus rare qu'il draine les foules, comme autrefois, au temps de John Wayne ou, plus proche, de sa déclinaison spaghetti. Ed Harris, amoureux du genre et grand acteur, réalisa il y a quelques années "Appaloosa" qui, malgré un casting en or massif, n'attira que peu de monde dans les salles.

1882 : Cole et Hitch sont deux amis qui parcourent l'ouest américain pour faire régner l'ordre, arme à la main, devisant peu mais visant juste.
La ville d'Appaloosa est mise en coupe réglée par Randall Bragg, qui a d'ailleurs assassiné le dernier shérif. Qu'à cela ne tienne : Hitch et Cole vont faire revenir l'ordre, à la demande des notables d'Appaloosa. C'en est fini, pourrait-on croire des méfaits de Bragg et de sa bande.
Quand surgit dans la ville la troublante Allison French, tout se complique encore...

Pour son deuxième film en tant que réalisateur, après "Pollock", Ed Harris, acteur que l'on ne présente plus, s'est lancé dans une adaptation d'un roman de Robert B. Parker, surtout connu pour ses romans policiers. Il n'a pas choisi la facilité, puisque "Appaloosa" n'est pas de ces westerns "faciles", dont la résolution est souvent écrite à l'avance. Dans le cas présent, Ed Harris se permet de vrais moments de lenteur et de contemplations, alternant avec des scènes d'action souvent brèves parce que réalistes (arrêtons de croire qu'on court comme un lapin après avoir pris une cartouche !). En visionnant le résultat, on ne peut que se féliciter de ses choix, tant esthétiques que scénaristiques.

L'autre gros atout de "Appaloosa" est constitué de ses personnages, du calibre de ceux qu'on n'oublie pas, incarnés par des interprètes remarquables. Entre Ed Harris, en froid justicier se laissant séduire par la peu farouche et Viggo Mortensen, en fidèle second, spectateur des décisions de son ami, le duo d'acteurs qui mène "Appaloosa" force l'admiration, une fois de plus. Les seconds rôles sont à l'avenant : Jeremy Irons est remarquable dans le rôle du "méchant" (les guillemets ne sont pas superflus), tout comme Renée Zellweger, qui montre une nouvelle facette de son talent (il était temps). Enfin, on ne peut que se réjouir de croiser, même rapidement, les grands Lance Henriksen ou Timothy Spall.

L'histoire d'hommes (et de femme) que nous narre Ed Harris, dans le cadre de la ville d'Appaloosa, prend parfois des tours curieux. Mais ce film est constamment intéressant, que ce soit pour son fond comme pour sa forme. Genre devenu rare, le western accouche de temps à autre des jolies pépites : cet "Appaloosa" en fait partie.









jeudi 9 novembre 2017

Le grand jeu (2015)



Le film politique est rare, du moins en France. Certes, nous avons eu droit à quelques jolies tentatives, récemment (je songe évidemment à "L'exercice de l'Etat"), mais le fait est qu'elles restent rares, et pas forcément réussies. Il y a pourtant quantité de matériel, proche de nous ou plus lointain (dans le temps ou dans la distance) pour inspirer les cinéastes. Il faut croire que l'exercice n'est pas aussi simple que celui de la comédie (bien que je ne sois pas loin de penser le contraire) et, sans doute, n'ait pas un rendement aussi assuré. Pour "Le grand jeu", malgré des critiques unanimes ou presque, il n'y eut pas foule dans les salles obscures...

Écrivain devenu has-been, Pierre n'a plus guère d'activité et cultive son cynisme, solitaire, puisqu'il a tout perdu, qu'il s'agisse de sa femme, de ses amis et de sa gloire passée. Au mariage de son ex-femme, il est contacté par Joseph Pasklin, homme de l'ombre officiant dans le milieu de la politique, qui lui propose de travailler pour lui.
Sa mission consiste, contre une somme rondelette, à écrire un livre incitant au soulèvement. Alors, renouant avec ses sympathies de jeunesse, Pierre se met à l'oeuvre, sans savoir ce que mijote vraiment son commanditaire.

Pour préparer cet article, comme souvent, j'ai épluché les critiques de la presse de l'époque et y ai trouvé des avis très positifs. Me voilà donc bien embêté, parce que ce "Grand jeu" m'a laissé froid et que je n'y ai trouvé qu'un squelette de film sur lequel j'aurais bien aimé voir un peu de chair. Pourtant, le potentiel est bien là : la manipulation orchestrée par le personnage incarné par André Dussolier (égal à lui-même, c'est déjà ça de pris) pouvait donner lieu à un traitement ambitieux. Ce n'est cependant pas le cas, puisque notre écrivaillon semble se contenter de regarder passer le train de l'intrigue, sans vraiment monter dedans.

Malgré une interprétation intéressante et une mise en scène plutôt élégante, "Le grand jeu" ne décolle  jamais vraiment. Malgré un début intrigant, il se perd dans une deuxième partie où le film semble se regarder lui-même, sans se soucier d'intéresser son spectateur. Traînant en longueur malgré sa courte durée, "Le grand jeu" promet beaucoup, mais tient peu. Oubliant de donner à son spectateur les clefs nécessaires à sa lecture, le scénario le ballade des rues de Paris à la campagne grise et froide où il l'envoie sans lui demander son avis.

Malgré un début emballant, Nicolas Parisier, pour son premier long métrage peine à convaincre sur la distance, faute d'assumer jusqu'au bout le traitement de son sujet. On sent cependant quelque chose de prometteur dans ce film. Gageons que la dite promesse sera tenue sur un prochain opus.



samedi 4 novembre 2017

Ce qui nous lie (2017)


On connait mal le monde viticole et ce n'est pas le cinéma qui aide qui que ce soit à le découvrir mieux. Tout récemment, Cédric Klapisch, le réalisateur du "Péril Jeune" (entre autres), nous a invités en terre viticole (en Côte d'Or, plus exactement), pour suivre durant un an la vie d'un domaine laissé entre les mains d'une sœur et de ses deux frères. Sans être un documentaire, "Ce qui nous lie" posait un regard neuf sur ce milieu peu connu, en y apportant la "touche Klapisch". Ce ne fut cependant pas le film le plus couru de ce réalisateur.
Jean a quitté le domaine familial il y a dix ans. Loin de l'envahissante figure paternelle, cet enfant du vin a fait le tour du monde et fini par s'installer en Australie. Et un jour, il revient, parce que son père est à l'article de la mort. Les premiers surpris sont sa sœur (qui dirige l'exploitation viticole comme elle le peut) et son frère, qui ne lui a pas encore pardonné ses années d'absence. La fratrie a quelques comptes à régler et une vie à reprendre, aussi. Entre eux, il y a l'ombre du père et le goût du vin...

Quittant l'espace d'un film la ville, son décor de prédilection (avec "Les poupées russes" et ses suites ou "Paris", par exemple), Cédric Klapisch s'est penché pour un temps sur le vignoble bourguignon, avec "Ce qui nous lie". Pour ce long métrage, il a aussi choisi d'autres acteurs que ses fidèles (point de Romain Duris au casting, donc). C'est sans doute une bonne idée, d'autant que le trio de jeunes interprètes fonctionne parfaitement. En tête, Pio Marmaï, rempli d'énergie contenue et prête à déborder, n'écrase pas de sa présence Ana Girardot et François Civil : tous les trois donnent à ce film une énergie et une vitalité bienvenues. 
Cédric Klapisch, traitant ici d'un de ses thèmes de prédilection (la famille), nous offre quelques très jolies scènes et des séquences instructives sur le monde du vin, sans cependant sombrer dans l'ornière du faux documentaire. Si l'on s'intéresse à ce que font les personnages et à comment ils le font, c'est ce qu'ils vivent qui reste le moteur principal du scénario. Habilement, Klapisch réussit à maintenir l'équilibre entre les deux pans de son film, sans se casser la figure.  

Cela dit, ce film reste mineur dans la filmographie du réalisateur des "Poupées russes" ou de "Un air de famille". Il lui manque un peu de férocité, de mordant, comme s'il n'avait pas encore assez de bouteille (oui, le mot était facile) pour être aussi efficace que les précédents films de Cédric Klapisch. Cette réserve mise à part, pour peu que vous soyez amateurs de ce que fait d'ordinaire ce réalisateur ou si la viticulture vous intéresse (ou les deux), "Ce qui nous lie" peut vous interpeller.


lundi 30 octobre 2017

Aurore (2017)


Celles et ceux qui suivent ces colonnes le savent : il est certains acteurs et actrices dont la seule présence justifie pour moi de visionner un film. La grande Agnès Jaoui est de ceux-là, je le confesse, qu'elle soit scénariste, réalisatrice ou actrice. Assumant son âge, cetre femme a montré toute l'étendue de son talent, surtout dans des films où d'autres ne se seraient pas risquées. Dans "Aurore", de Blandine Lenoir, c'est une histoire de femme, de femmes même, dont elle a pris la tête. Le public n'a pas suivi. 

Rien ne va plus pour Aurore, jeune quinquagénaire. La ménopause s'abat sur elle à grands coups de bouffées de chaleur et de sautes d'humeur, sa fille aînée lui annonce qu'elle est enceinte tandis que la deuxième quitte le domicile pour suivre son petit copain, elle perd son emploi, retrouve un amour de jeunesse et ne sait plus trop où elle en est.
C'est vrai que ça fait beaucoup d'un seul coup.


Réalisé par Blandine Lenoir (dont c'est ici le deuxième film de cinéma après "Zouzou"), "Aurore" est un film de femmes, mais n'est pas, loin s'en faut, à réserver aux femmes. Sans porter haut un étendard féministe, c'est une histoire comme il en existe des centaines, sans doute, dans la vraie vie, qui nous est contée là. Ceux qui sont en quête de dépaysement, d'évasion ou d'intrigues bigger than life en seront pour leurs frais : "Aurore" n'est pas un film pour eux. Par contre, si vous appréciez les films qui se penchent un instant sur nos semblables, sur les "vrais gens", et sont empreints d'humanité, vous risquez d'aimer ce film.

La plus grande qualité de ce film est la présence d'Agnès Jaoui, impériale. Tour à tour mère, femme, amante ou amie, elle endosse toutes les panoplies sans mal, avec un naturel désarmant qui ne peut que convaincre. Autour d'elle, la nébuleuse de seconds rôles est tout aussi remarquable, l'actrice vedette n'étouffant pas ses partenaires malgré son immense talent. Qu'il s'agisse de Sarah Suco, de Pascale Arbillot ou de Philippe Rebbot, pour ne citer qu'eux, tous donnent à leur personnage l'étincelle d'humanité qui fait qu'on croit en eux et qu'on les comprend, voire qu'on les aime.

Filmé à hauteur de femme, ce film modeste est cependant plein d'une sincérité que bon nombre de longs métrages plus ambitieux ne savent pas trouver. Porté par la grâce d'une actrice principale lumineuse, "Aurore" ravira ceux pour qui les personnages sont essentiels.



mercredi 25 octobre 2017

#Pire Soirée (2017)


Une soirée qui dégénère : c'est sûrement l'un des pitchs les plus efficaces pour écrire et filmer une comédie déjantée, un genre qui cartonne en ce moment. Comme, depuis "Very Bad trip" et sa cohorte de séquelles et imitations, le thème a été maintes fois rebattu, il devient difficile de l'exploiter avec succès. Alors, on le décline, sous différents angles en espérant que cela ne se voie pas trop et, surtout, que ça marche. Récemment, avec en tête d'affiche Scarlett Johansson, l'un des actrices les plus bankables du moment, dans un rôle plus qu'inattendu, "#Pire Soirée" misait sur la comédie à surenchère, version féminine. Pour le coup, le public n'a pas suivi...

Elles sont amies depuis la faculté, même si (et c'est le moins que l'on puisse dire) leurs chemins ont été différents. Alors quand Alice organise pour Jess l'enterrement de sa vie de jeune fille, en Floride, elles se retrouvent toutes, avec leurs différences, mais surtout en commun l'envie de marquer le coup. Seulement voilà : quand débarque le strip-teaser que ses copines offrent à Jess et que ce dernier trouve la mort dans un accident bête, rien ne va plus. 
La fête est finie.

Evidemment, en regardant "#Pire soirée", on songe à "Very bad trip", qui connut un beau succès lors de sa sortie et, surtout, généra toute une descendance plus ou moins honorable (y compris dans ses séquelles). Ne nous voilons pas la face, cette énième variation sur le thème de la situation échappant à tout contrôle n'est pas un bon film. Cette version féminisée de son modèle à succès est finalement assez inquiétante. On aurait pu croire que ces dames allaient profiter de l'occasion pour se démarquer positivement de la lourdeur de nombre de films mettant en vedettes des acteurs masculins, et basant souvent leur comique sur un certain sexisme. Il n'en est rien : Lucia Aniello, la réalisatrice (qui propose ici son premier long métrage de cinéma) s'avère souvent pire que ses comparses du sexe dit "fort" en livrant un film rarement amusant, jamais drôle et presque toujours gênant. 

Les gags, ou supposés tels, sont rarement drôles et visent le plus souvent sous la ceinture. Les scénaristes se sont sans doute dit qu'en mettant en vedette des femmes, une plus-value s'imposerait : il n'en est rien. On a l'impression que Scarlett Johansson essaie de s'encanailler, mais regrette de s'être laissée entraîner dans pareille galère. Avec autour d'elle, une poignée d'actrices venues d'horizons divers, de Zoe Kravitz (vue aussi dans "Mad Max : Fury Road") à Demi Moore (qui ajoute cette casserole à sa collection déjà bien fournie), en passant par Jillian Bell, aucune ne sort grandie de cette soirée sous les sunlights de Floride. 

Bâti autour de Scarlett Johansson, dont on se demande ce qui lui est passé par la tête pour accepter ce rôle (cela dit, elle a joué dans d'autres longs métrages peu glorieux), "#Pire Soirée" est finalement désolant.




vendredi 20 octobre 2017

No et moi (2009)


Delphine de Vigan, romancière à succès, a déjà été évoquée dans ces colonnes lorsqu'elle s'essaya à la réalisation avec "A coup sûr" : à l'époque, je n'avais pas été tendre, je le reconnais (mais je reste persuadé que le film le méritait). Ce serait dommage, pour autant, d'oublier qu'elle est avant tout romancière et que certains de ses romans ont donné lieu à des adaptations cinématographiques, comme "D'après une histoire vraie" (réalisé par Roman Polanski) ou "No et moi", son premier succès. C'est Zabou Breitman, endossant la casquette de réalisatrice en plus de celle d'actrice, qui mit en scène l'adaptation de "No et moi", l'un de ses romans les plus lus (il est d'ailleurs sur la liste de lecture de pas mal de collégiens).

Lou, treize ans, entre au lycée avec deux ans d'avance. Cette jeune fille brillante n'a pourtant pas une vie facile. Sa mère, dépressive, ne sort plus de chez elle depuis la mort de son enfant. Quant à son père, il tente de sauver les apparences, sans y croire lui-même. Pour un exposé, Lou décide d'aller à la rencontre de No, une sans-domicile-fixe qu'elle rencontre dans une gare. Peu à peu, No va entrer dans la vie de Lou et bouleverser beaucoup de choses...

S'il est un bon point que l'on peut accorder, très tôt dans le visionnage du film, à Zabou Breitman (ex-actrice rigolote devenue réalisatrice sérieuse, pour faire court), c'est le respect de l'oeuvre l'ayant inspirée. Ceux qui ont lu le roman original pourront reconnaître que l'adaptation est fidèle et qu'elle rend justice au matériau d'origine. Mieux encore, certains personnages acquièrent une dimension supplémentaire lors de leur passage à l'écran.

Cette fidélité, ajoutée à une vraie sincérité, fait que l'on adhère très rapidement à ce qui n'aurait pu être qu'un décalque sans âme, comme c'est trop souvent le cas avec les adaptation de romans. Le mérite en revient essentiellement à la mise en scène élégante de Zabou Breitman (qui avait déjà fait mouche avec le très sensible "Se souvenir des belles choses"). S'offrant également le rôle tout sauf évident de la mère de Lou, la réalisatrice a également su choisir un casting tout en sincérité (décidément) : qu'il s'agisse de Bernard Campan, décidément épatant dans des rôles où on ne l'aurait pas attendu il y a quelques années, de la remarquable Nina Rodriguez ou du dynamique Antonin Chalon. 

On pourra reprocher à "No et moi" quelques lourdeurs et quelques répétitions, on pourra aussi déplorer l'interprétation parfois excessive de Julie-Marie Parmentier (encore une fois, c'est un point de vue tout personnel). Mais le fait est que ce film comporte quelques très jolies scènes et qu'il est admirablement interprété. Qui plus est, il démontre, si c'était nécessaire, le talent d'une réalisatrice.



dimanche 15 octobre 2017

Before we go (2015)


Laissant au vestiaire le costume de Captain America, Chris Evans est passé pour quelque temps derrière la caméra, le temps de filmer "Before we go", un petit film quasiment indépendant. Bien que présenté au Festival de Toronto, ce long métrage de plus petite envergure que les blockbusters auxquels nous avait habitué Chris Evans ne rencontra guère le succès. Reçu fraîchement par la critique, c'est finalement en VOD que "Before we go" sortit. Pour une première tentative, il est difficile de parler de succès. Était-ce mérité ?


Elle s'est fait voler son sac à main et a raté le dernier train pour Boston. Lui, trompettiste, attend dans Grand Central. Leurs trajectoires se croisent, durant une nuit, à New York. Parce qu'il lui a proposé son aide, le voilà entraîné dans le sillage de cette jolie jeune femme un peu perdue dans la Grande Pomme. Tous deux vont apprendre à se connaître mieux, et aussi à savoir où il en sont. Entre une audition à laquelle il hésite à aller et sa vie de couple qui vacille, les voici à un carrefour du chemin de leur vie.

Lorsqu'au sortir d'un film, on ne sait trop quoi dire à son sujet, c'est en général mauvais signe. L'oeuvre en question aura été si peu marquante qu'elle n'a su imprimer le souvenir chez son spectateur. Pour "Before we go", j'avoue : je ne sais pas trop quoi penser de ce petit film, que j'aurai sans doute oublié sous peu. Sur le moment, on prend, c'est vrai, plaisir à faire cette ballade dans le sillage des deux acteurs, tout à fait charmants, mais après quelque temps, les jambes se font un peu lourdes et on aimerait bien passer à autre chose. 

Chris Evans, qui se fait visiblement plaisir et s'offre sans doute une respiration loin des fonds verts de la galaxie Marvel, ne livre finalement qu'une petite ballade dans la Grande Pomme, donnant souvent l'impression d'improviser plus que de suivre un scénario solide. Tourné en un rien de temps, "Before we go" semble vouloir se placer à l'extrême opposé des films avec des héros en collant, ceux qui firent la gloire de son réalisateur et acteur principal. On saluera l'initiative, tout en s'interrogeant sur son but final et sa réussite.

C'est surtout la présence des deux acteurs principaux, Chris Evans et la très jolie Alice Eve (remarquée dans "Men in Black 3" et "Star Trek into Darkness") qui apporte à "Before we go" tout son intérêt. Comme s'ils cherchaient tous les deux à s'offrir une petite pause avant de repartir vers de nouvelles aventures et d'autres dimensions, les deux héros de ce périple urbain et nocturne sont l'atout charme et, avouons-le, la meilleure raison de visionner ce petit film (avec sa bande originale, plutôt enthousiasmante).

Voilà donc un petit film charmant, pas forcément profond, mais qui vous donnera l'occasion de faire une jolie promenade nocturne dans New York. Si vous aimez les films où l'action est réduite à son strict minimum, où le scénario semble n'être qu'en filigrane, "Before we go" pourrait vous convenir. Dans le cas contraire, préférez lui un autre voyage...


mardi 10 octobre 2017

La ligue des gentlemen extraordinaires (2003)


Pour nombre de cinéphiles, "La ligue des gentlemen extraordinaires" est le film qui précipita la retraite de Sean Connery, acteur principal et producteur du film. Pour les amateurs de bande dessinée, ce film est l'une des pires adaptations d'une oeuvre d'Alan Moore. Le fait est que la majorité se range à un avis : c'est un mauvais film. Alors, maintenant que le temps a passé et qu'il aurait pu donner une patine de respectabilité ou un certain charme à "La ligue des gentlemen extraordinaires" mérite-t-il son sort ?
1899 : alors qu'entre les grandes puissances, les bruits de guerre se font plus forts, l'Angleterre recrute quelques-uns des plus grands héros de l'époque, pour lutter contre le Fantôme, un terroriste cherchant à monter les nations les unes contre les autres. Sous la houlette de M, Allan Quatermain, le Capitaine Nemo, l'homme invisible, Tom Sawyer, Mina Harker, le Docteur Jekyll et Dorian Gray vont œuvrer de concert pour sauver la paix. Mais de sombres machinations sont en marche, à leur insu...

S'il a remboursé son budget, "La ligue des gentlemen extraordinaires" fut descendu en flammes de façon quasiment unanime. Et, malgré le temps passé, il faut reconnaître que ce traitement reste mérité. Oublions donc la séance de rattrapage pour ce film qui a (en plus) mal vieilli. Stephen Norrington, visiblement sous l'inspiration néfaste de Roland Emmerich et de Michael Bay, cherche à en mettre plein la vue au spectateur, sans se soucier de la cohérence de l'histoire qu'il était censé narrer. Le réalisateur, essentiellement connu pour son "Blade" (que j'avais trouvé efficace à l'époque, mais mériterait peut-être un revisionnage), se fait plaisir en usant et abusant des effets spéciaux (une de ses spécialités, mais force est d'avouer que les effets sont ici plutôt moches) mais oublie qu'il est là pour raconter une histoire et qu'elle doit tenir debout.

Malgré un matériau de base richissime, qui pourrait alimenter sans peine quelques saisons d'une série télévisée, Norrington expédie les séquences d'introduction des héros et oublie de les doter de la moindre personnalité, comptant sur le charisme des acteurs pour leur conférer l'épaisseur indispensable. Si Sean Connery est évidemment crédible, on n'en dira pas tant de ses comparses, en particulier de Stuart Townsend (déjà éjecté du rôle d'Aragorn dans "Le Seigneur des Anneaux"). Chargés de sauver un film dont l'intrigue part dans tous les sens au mépris de la crédibilité, les interprètes sont finalement condamnés à assister au naufrage du navire sur lequel ils ont embarqué (et nous avec eux).

Alan Moore a un jour déclaré au sujet des films tirés de son oeuvre "Ce sont des films idiots, sans la moindre qualité, une insulte à tous les réalisateurs qui ont fait du cinéma ce qu'il est, des magiciens qui n'avaient pas besoin d'effets spéciaux et d'images informatiques pour suggérer l'invisible. Je refuse que mon nom serve à cautionner d'une quelconque manière ces entreprises obscènes, où l'on dépense l'équivalent du PNB d'un pays en voie de développement pour permettre à des ados ayant du mal à lire de passer deux heures de leur vie blasée. La majorité de la production est minable, quel que soit le support. Il y a des films merdiques, des disques merdiques, et des BD merdiques. La seule différence, c'est que si je fais une BD merdique, cela ne coûte pas cent millions de dollars." (D-Side n°29). En visionnant "La ligue des gentlemen extraordinaires" il est difficile de lui donner tort.