dimanche 17 juin 2018

RRRrrr !!! (2003)



Enfant de la télévision (à laquelle il est récemment retourné avec le succès que l'on sait), Alain Chabat a fait son entrée avec le succès que l'on sait, avec "Didier", puis le triomphe de "Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre", sans doute la meilleure adaptation de la bande dessinée éponyme. On se rappelle moins qu'il a aussi réalisé, juste après, "RRRrrr !!!", avec les Robins des Bois. Le succès ne fut pas vraiment au rendez-vous, même si cette comédie a, avec les années, acquis un statut qui n'est pas loin d'en faire un film-culte pour certains. Alors, le public de l'époque est-il passé à côté d'un grand film ?
A l'âge de Pierre (prénom très usité à l'époque, d'ailleurs), deux tribus très différentes voisinent tant bien que mal : les Cheveux-Propres, qui ont découvert le secret du shampoing, et les Cheveux Sales, qui aimeraient bien accéder à ce savoir.
Un jour, dans la tribu des Cheveux Propres, est commis le premier meurtre de l'histoire de l'humanité. Alors, puisque le sorcier de la tribu l'a décidé, deux des Cheveux Propres vont se lancer dans la première enquête criminelle de l'humanité.

Une chose est sûre, lorsqu'on regarde "RRRrrr !!!", quinze ans (bigre, déjà !) après sa sortie : ce film porte la marque de fabrique des Robins des Bois, aux manettes du scénario avec Alain Chabat. La vanne et le gag, maîtrisés à merveille par l'ex-Nul, font mouche. Le problème de "RRRrrr !!!" est ailleurs : s'il contient pas mal de bons morceaux d'humour, cela ne suffit en rien à faire un film. Il faut aussi une histoire et des personnages. La première est presque inexistante et les seconds n'ont rien d'attachant. C'est d'autant plus dommage que la préhistoire est un thème trop peu exploré dans le cinéma, a fortiori lorsqu'il se lance dans la délicate mission de faire rire. 

Les critiques assassines qui furent réservées à "RRRrrr !!!" lors de sa sortie affectèrent fortement Alain Chabat, au point qu'il mit longtemps avant de repasser derrière la caméra. Certaines comédies qui rencontrèrent un succès notable et furent applaudies par les mêmes critiques n'offrent même pas au public les quelques moments vraiment drôles de cette farce préhistorique inégale.

Maladroit et parfois lourdingue, "RRRrrr !!!" contient quelques gags franchement amusants et certaines références assez rigolotes, mais ne dispose d'aucune ossature sur laquelle se développer. C'est d'autant plus regrettable qu'Alain Chabat avait démontré qu'il maîtrisait largement l'exercice de style avec ses films précédents.

Il n'y avait sûrement pas de quoi faire un grand film dans "RRRrrr !!!", mais ceux qui y participèrent se firent plaisir, à n'en pas douter, et ne méritaient pas le vilain traitement qui leur fut réservé. On a vu pire depuis...mais on a aussi vu largement mieux.




mardi 12 juin 2018

Un profil pour deux (2017)


Il est certains acteurs à qui l'on pardonne beaucoup, parce qu'on a une histoire avec leur filmographie, parce qu'ils tiennent une place particulière dans notre vie de cinéphile. Pierre Richard est de ceux-là, à mes yeux. Il avait déjà joué devant la caméra de Stéphane Robelin, dans "Et si on vivait tous ensemble ?", assumant son âge et s'en amusant. Les deux hommes se sont récemment retrouvés pour "Un profil pour deux", qui ne connut pas le succès qu'avaient, autrefois, les films du plus célèbre Grand Blond du cinéma français. 

Veuf et amer, Pierre ne sort plus de chez lui : il s'ennuie. Lorsque sa fille lui propose d'apprendre à se servir d'Internet et, pour cela, de recevoir des leçons de la part d'Alex. En fréquentant les sites de rencontre, Pierre tombe sous le charme de Flora, qu'il séduit par sa prose, tout en cachant sa véritable identité. Quand vient l'heure du premier rendez-vous, Pierre envoie Alex à sa place. Ce qui devait arriver arriva : Flora est séduite par Alex. Mais qui aime-t-elle vraiment ?

L'intrigue de base de "Un profil pour deux" est des plus simples : l'amour et l'imposture sont au rendez-vous. Il ne reste plus qu'à la traiter de façon respectable pour en faire un film honnête, voire agréable.  La promesse n'est qu'à moitié tenue, hélas, dans ce long métrage dont le thème, vieux comme le monde, percute l'époque. Tel un Cyrano des temps modernes, pas forcément à l'aise avec un siècle qui va trop vite pour lui, le personnage incarné par Pierre Richard séduit à l'ancienne, alors que les codes ont changé.

Ne nous mentons pas : c'est essentiellement pour Pierre Richard, autrefois clown facétieux, aujourd'hui vieil homme mélancolique, que "Un profil pour deux" mérite d'être vu. Assumant son âge et dispensant sur son passage un charme qu'entame à peine la profonde tristesse de son personnage, celui qui enchanta nombre d'amateurs de comédie est l'atout numéro de ce film. Dans son sillage, les autres comédiens, Yaniss Lespert et Fanny Valette en tête, réussissent à faire croire en leurs personnages et tirent plutôt bien leur épingle du jeu.

C'est cependant au niveau de l'intrigue que le bât blesse. Si l'idée de base était séduisante, elle est vite épuisée et doit, pour remplir totalement la durée attendue, subir ça et là quelques remplissages pas toujours habiles. Il n'y a pas de grandes surprises, dans "Un profil pour deux", il y a simplement le plaisir de revoir Pierre Richard et d'entendre, comme en écho aux comédies d'une autre génération, les mélodies de Vladimir Cosma. C'est peu, mais comparé à certains autres longs métrages du moment, c'est déjà beaucoup.


jeudi 7 juin 2018

Un heureux événement (2011)


Rémi Bezançon, réalisateur du "Premier jour du reste de ta vie", a déjà eu les honneurs (ou pas) de ce blog avec "Ma vie en l'air". J'ai d'ordinaire une réelle sympathie pour ce réalisateur, qui pose généralement sa caméra à une hauteur humaine et photographie avec justesse les fragments de nos vies. En adaptant le roman "Un heureux événement" d'Eliette Abécassis, c'est cette fois au couple qu'il s'intéresse, et plus précisément aux jeunes parents. Avant, pendant et après la naissance, "Un heureux événement" narrait le parcours pas toujours simple de ses héros. Hélas pour ce film, nombre de spectateurs n'ont pas suivi...

Plus qu'un heureux événement, l'arrivée d'un enfant dans un couple, fût-il bâti sur l'amour, est une étape majeure et souvent une épreuve. Pour Barbara et Nicolas, qui filent jusque là le parfait amour, la grossesse, puis la naissance de leur enfant va tout chambouler. Ce grand bouleversement commence dans le corps de Barbara, puis déborde sur la vie de son couple, de sa famille et du monde qui l'entoure. Souvent idéalisé, le passage au statut de parents n'est pas un long fleuve tranquille...


La première chose qui marque, au visionnage de "Un heureux événement", c'est le changement de ton certain adopté par Rémi Bezançon. Alors qu'il régnait sur "Le plus beau jour du reste de ta vie" une certaine bienveillance, l'atmosphère qui règne sur ce long métrage est moins sereine. Très vite, passées les scènes décrivant (d'une façon qui amusera les cinéphiles) la rencontre entre Barbara et Nicolas, une tension se fait sentir, qui ne lâchera plus le spectateur jusqu'à la fin du film. On a connu Rémi Bezançon moins acide sur le genre humain. 


Certes, quelques touches particulièrement bien senties feront résonner un certain vécu chez ceux qui connurent les affres de la parentalité, mais on ressent peu les émotions plus positives. Devenir parent ressemble plus, dans ce film, à une épreuve dont on peut sortir en miettes, qu'à une étape grandissant ceux qui la traversent. Le film de Rémi Bezançon pourrait donc faire réfléchir nombre de futurs parents mais, pour éducatif qu'il soit, il perd de sa valeur en temps qu'objet de cinéma. L'histoire du couple formé par Pio Marmaï (plutôt convaincant) et Louise Bourgoin (qui l'est moins) peut donc laisser sur le bas-côté de la route nombre de spectateurs.

Cette (large) tranche de vie d'un couple, pas toujours en accord avec son titre, est sans doute celui des films de Rémi Bezançon où l'on éprouve le moins de sympathie pour les personnages. Là où une immense tendresse sourdait de chaque plan du "Premier jour du reste de ta vie", on est souvent à deux doigts de l'agacement devant les gesticulations du futur père et les humeurs de la mère en devenir. Si le propos était de démystifier la venue de l'enfant, la mise au point est sans appel, mais le film aurait gagné à un peu plus de douceur et à moins d'amertume.








samedi 2 juin 2018

Garde alternée (2017)


Un mari, une femme, une maîtresse : on ne compte plus le nombre d'intrigues tressées autour de ce trio infernal, au théâtre, en littérature ou au cinéma. Les traitements furent si multiples qu'on pourrait penser que le filon est épuisé. Mais non, il reste des scénaristes pour exploiter le triangle amoureux. Récemment, c'est sous l'angle de la comédie qu'Alexandra Leclère (qui avait précédemment réalisé "Le grand partage") utilisa ce grand classique. Mal lui en prit, puisque "Garde alternée" ne reçut que peu de succès en salles.

Jean et Sandrine sont mariés depuis quinze ans et deux enfants. Un jour, Sandrine découvre, en fouillant le téléphone de son mari, que Jean a une maîtresse. Passée la colère, elle fait la connaissance de Virginie, sa rivale, et comprend vite ce chez elle qui a fait craquer Jean. Toutes deux décident finalement d'un nouveau fonctionnement : Jean passera alternativement une semaine sur deux dans sa famille et chez sa maîtresse. Le principal intéressé n'est pas au bout de ses peines. 

En visionnant les premières séquences de "Garde alternée", on est rapidement fixé : le film ne fait pas dans la dentelle, ni dans la finesse. Le pitch de base est plutôt gonflé et sa réalisatrice a sans doute pensé qu'il lui fallait donc un traitement qui ne fasse pas dans la demi-mesure. Mais il semble malheureusement qu'une idée un tout petit peu originale ne suffise pas à faire un film, qui plus est dans le registre de la comédie.

Une fois qu'elle a utilisé toutes ses cartouches (et la rafale est de courte durée), Alexandra Leclère ne sait visiblement plus trop quoi faire de son sujet. C'est donc à de nombreux allers-et-retours que le spectateur est contraint d'assister, le scénario ayant visiblement été bricolé sans grand souci de vraisemblance, ni de cohérence. Souvent embarrassant, rarement drôle, "Garde alternée" fait beaucoup songer à "Sept ans de mariage", dans lequel Didier Bourdon connaissait déjà les affres de l'usure du couple. 

Si les réserves que l'on peut avoir sur Didier Bourdon, visiblement cantonné à des rôles donnant dans le même domaine, et à Valérie Bonneton, forcée de passer par des scènes outrancières pour tenter d'arracher un sourire au spectateur, le reste du casting fait peine à voir. On est  bien embêté de voir des acteurs comme Michel Wuillermoz, Laurent Stocker ou la délicieuse Isabelle Carré gâcher leur indéniable talent dans cette farce plutôt grasse et pas très drôle.

Pensant sans doute tordre le vieux cliché du triangle amoureux, Alexandra Leclère livre ici un film où les facilités et les clichés abondent, faisant reposer ses effets comiques souvent en-dessous de la ceinture. Le résultat est un film sans intérêt, se voulant drôle, mais s'avérant le plus souvent gênant.


lundi 28 mai 2018

Nos plus belles vacances (2012)


Vous, je ne sais pas, mais j'apprécie tout particulièrement le film dit "de potes" (merci Martin pour la correction, ça s'imposait), celui qui célèbre l'amitié et, sous couvert de photographier une "bande de potes" à un instant donné, met en exergue ce beau et noble sentiment. Nombre d’œuvres s'en sont réclamées, des films de Claude Sautet aux "Petits mouchoirs", par exemple, mais peu, à mon goût, mettent en avant l'amitié, préférant décrire les travers de personnages dont on se demande pourquoi et comment ils restent amis. Récemment, Philippe Lellouche (le frère de Gilles, l'acteur) raconta dans un film en partie autobiographique, des vacances entre amis. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le public ne suivit pas. 

1976 : la sécheresse s'abat sur la France. Cette année-là, Claude emmène sa famille en Bretagne, dans sa belle-famille. C'est Isabelle, sa femme, qui a choisi la destination, l'ayant surpris en flagrant délit d'adultère. Ils sont rejoints comme chaque année par leurs amis Bernard, Jacky, Bernadette et Marie-Jeanne. Entre ces parisiens et les locaux, deux mondes se percutent et tous vont devoir apprendre à se connaître et (qui sait ?) à s'apprécier. C'est l'été, c'est le temps des copains, le temps de l'amour et de l'aventure...

On aurait aimé aimer ce film, qui fait le choix de plonger son spectateur à une époque peu exploitée par le cinéma : les années 1970, en France. En utilisant ce décor, Philippe Lellouche choisit d'exploiter ses souvenirs d'enfance, en ponctuant les scènes-clés de commentaires en voix-off, souvent mal à propos. Insistant bien, et parfois lourdement, sur ses ressentis et la façon dont cet été fut déterminant pour l'enfant qu'il était alors, le réalisateur oublie l'un des pré-requis indispensable à ce genre de film (et à tout film, d'ailleurs, si vous voulez mon avis) : les personnages n'ont guère de profondeur et l'on a tôt fait de se désintéresser d'eux.

Alors, oui, la reconstitution est, à première vue, plutôt réussie et l'immersion dans cet été torride s'avère réussie. Mais, dès que les personnages prennent la parole, c'est la catastrophe. Entre ses héros, particulièrement peu attachants et les autochtones bretons, décrits comme des arriérés au parler incompréhensible, le spectateur regarde passer les protagonistes sans éprouver la moindre empathie à leur égard (ou alors, ça vient de moi, et ce serait plutôt inquiétant). C'est d'autant plus dommage qu'il y avait un vrai potentiel à puiser dans cette époque et dans ce choc entre deux modes de vie. 

Hélas, entre les personnages, caricaturaux à outrance, et le scénario, à peine digne d'un téléfilm de deuxième partie de soirée sur une chaîne perdue de la TNT, "Nos plus belles vacances" ne dégage aucun capital de sympathie : le comble pour un film soi-disant choral.


mercredi 23 mai 2018

The monster squad (1987)


Evidemment, lorsque des gamins doivent affronter les ténèbres, quelque part aux Etats-Unis, dans les années 1980, on pense aux créations de Steven Spielberg et de sa bande. Pour le coup, l'affiche de "The monster squad" revendiquait haut et fort cette parenté. Force est cependant d'avouer que ce film ne traversa pas les années aussi bien que certains de ses voisins de rayon. Pourtant, il semblait, sur )le papier, promettre sa dose de frissons. Quand, en plus, les magiciens des effets spéciaux Stan Winston (créateur de bien des monstres de cinéma) et Robert Endlund sont de la partie, on peut se frotter les mains. La nostalgie a souvent un goût agréable pour les amateurs de cinéma : ce film a-t-il bien vieilli ?

Ils sont venus, ils sont tous là : Dracula débarque et, avec lui, tous ses copains les monstres, qu'il s'agisse de la Momie, du Monstre de Frankenstein, du Loup-Garou ou de la Créature du Lac Noir. Ce qu'ils veulent ? Dominer le monde, évidemment. Mais, tous puissants qu'ils soient, ces monstres ignorent qu'une bande de gosses vont se dresser contre eux et qu'en matière de monstres, Sean, Patrick et leur bande en connaissent un rayon. 

L'inconvénient, avec "The Monster Squad", c'est qu'on ne sait pas très bien ce qu'on doit penser. S'agit-il d'un film d'horreur ? D'une parodie ? Fait-il oeuvre d'hommage ou de pillage ? Qu'il s'agisse de ses emprunts évidents aux classiques de l'horreur ou aux procédés scénaristiques déjà vus par ailleurs, et avec plus de talent (par exemple, le personnage de la petite sœur agaçante, mais qui s'attache plus que de raison à un personnage monstrueux), "The monster squad" ne se montre pas digne de ses modèles.

Scénarisé par Fred Dekker, le réalisateur (surtout connu pour avoir commis un "Robocop 3" fort oubliable) et Shane Black qui, la même année, fit le carton que l'on sait avec le script de "L'arme fatale", ce film n'a pas grand chose de mémorable, il faut l'avouer. Et la patine des ans n'a, semble-t-il, pas eu d'effet positif sur lui. En le visionnant, on songe évidemment aux "Goonies" ou à "Explorers", mais il manque quelque chose à "The monster squad" et il se pourrait bien que ce quelque chose soit la foi. Ne croyant visiblement pas trop en ce qu'il raconte, le réalisateur n'arrive pas à faire adhérer le spectateur à son univers et torpillant lui-même les effets du scénario par un manque évident d'ambition. De même, les acteurs, grands et petits, faute d'une direction digne de ce nom, n'insufflent pas à leurs personnages l'étincelle qui fait qu'on croit en eux. 

Ajoutez à cela une version française totalement déplorable, et le tableau sera complet. Au final, alors qu'il aurait pu être un hommage touchant aux grands films auxquels il fait référence, "The monster squad" est le cousin contrefait des films de la même niche, celle qui nous offrit tant de joies cinéphiliques. Parfois, la nostalgie se teinte d'indulgence. Parfois, non. 


vendredi 18 mai 2018

Droit de passage (2010)


Les frontières semblent se fermer, ces temps-ci. Que ce soit en Europe ou de l'autre côté de l'Atlantique, des murs se dressent face à ceux que la misère pousse à tout faire pour une vie meilleure. Naturellement, le cinéma s'empare de cette thématique pour évoquer le sort de ceux qu'on nomme migrants ou réfugiés. Il y a eu, par exemple, le saisissant "Welcome", tout près de nous. Mais c'est fortuitement que j'ai découvert "Droit de passage" (traduction française indigne de "Crossing over"), un film qui avait été snobé à l'époque par pas mal de critiques.

A Los Angeles, les hommes et les femmes se croisent. Venus du Mexique pour tenter de gagner leur vie, résidant ici depuis toujours ou depuis peu, en quête de l'autorisation qui leur assurera la citoyenneté américaine, toutes et tous craignent l'expulsion, parfois arbitraire. Face à eux, l'autorité peut prendre différents visages : il y a de la bienveillance, de la violence, de la corruption.  Il y a ce policier qui veut encore croire en l'humanité, quitte à s'abîmer. Il y a ce fonctionnaire corrompu, qui abuse de ses prérogatives. Il y a tant d'hommes et de femmes qui se croisent, aiment, souffrent...
A la vision de ce film, dont on a parfois décrié le côté bancal (que je reconnais) ou les méthodes racoleuses (mais je préfère lui accorder le bénéfice du doute, les critiques étant parfois de mauvaise foi), on peut frémir : le thème qu'il évoque est devenu mondial et nous touche forcément tous, à des degrés et des modes différents. Même si son traitement peut faire douter le spectateur, "Droit de passage" a au moins le mérite d'aborder de front un thème difficile, et de le faire sans adoucir le trait. Sa production problématique, ses maladresses et son entêtement à faire passer le visa américain pour l'ultime sésame en font un film maladroit, dont les bonnes intentions semblent passées au second plan. Wayne Kramer, le réalisateur de cette mosaïque ayant pour thème les frontières entre les hommes, semble parfois dépassé par l'ampleur de la tâche qui lui est attribuée, mais, filmant à hauteur de femme et d'homme, assure jusqu'au bout et livre un film sans doute sincère. 

Dans un film choral, ce sont les personnages qui sont le ciment de l'ensemble. Dans le cas présent, les acteurs sont remarquables. L'immense Harrison Ford, en flic bienveillant et humaniste, apparaît fatigué et désabusé, comme l'homme qu'il est l'est sans doute. Ray Liotta, particulièrement botoxé, démontre qu'il aurait pu avoir une carrière digne de ce nom s'il avait fait de meilleurs choix. On pourrait aussi évoquer les prestations, plutôt justes, de Cliff Curtiss (désormais connu comme le héros de la série "Fear the walking dead"), Jim Sturgess, Ashley Judd, Alice Eve, donnant vie à cet instantané parfois juste, parfois pataud. S'il avait été moins balourd (parce qu'il l'est, au point, pour certains critiques, d'être contre-productif), "Droit de passage" aurait été un beau et grand film. A défaut, c'est un regard sur ce qui se passe de l'autre côté de l'Atlantique (et qui ressemble fort à ce qui se passe pas si loin de chez nous). 

Les Etats-Unis, nation composée à partir d'un beau melting-pot, ont oublié bien vite qu'ils étaient riches de leur diversité. Maladroit, ce film, pour peu qu'on prenne un peu de recul et qu'on ne lui fasse pas de procès d'intention, peut éveiller chez son spectateur une saine colère.

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film qui t'a mis en colère" (par son thème)