lundi 30 octobre 2017

Aurore (2017)


Celles et ceux qui suivent ces colonnes le savent : il est certains acteurs et actrices dont la seule présence justifie pour moi de visionner un film. La grande Agnès Jaoui est de ceux-là, je le confesse, qu'elle soit scénariste, réalisatrice ou actrice. Assumant son âge, cetre femme a montré toute l'étendue de son talent, surtout dans des films où d'autres ne se seraient pas risquées. Dans "Aurore", de Blandine Lenoir, c'est une histoire de femme, de femmes même, dont elle a pris la tête. Le public n'a pas suivi. 

Rien ne va plus pour Aurore, jeune quinquagénaire. La ménopause s'abat sur elle à grands coups de bouffées de chaleur et de sautes d'humeur, sa fille aînée lui annonce qu'elle est enceinte tandis que la deuxième quitte le domicile pour suivre son petit copain, elle perd son emploi, retrouve un amour de jeunesse et ne sait plus trop où elle en est.
C'est vrai que ça fait beaucoup d'un seul coup.


Réalisé par Blandine Lenoir (dont c'est ici le deuxième film de cinéma après "Zouzou"), "Aurore" est un film de femmes, mais n'est pas, loin s'en faut, à réserver aux femmes. Sans porter haut un étendard féministe, c'est une histoire comme il en existe des centaines, sans doute, dans la vraie vie, qui nous est contée là. Ceux qui sont en quête de dépaysement, d'évasion ou d'intrigues bigger than life en seront pour leurs frais : "Aurore" n'est pas un film pour eux. Par contre, si vous appréciez les films qui se penchent un instant sur nos semblables, sur les "vrais gens", et sont empreints d'humanité, vous risquez d'aimer ce film.

La plus grande qualité de ce film est la présence d'Agnès Jaoui, impériale. Tour à tour mère, femme, amante ou amie, elle endosse toutes les panoplies sans mal, avec un naturel désarmant qui ne peut que convaincre. Autour d'elle, la nébuleuse de seconds rôles est tout aussi remarquable, l'actrice vedette n'étouffant pas ses partenaires malgré son immense talent. Qu'il s'agisse de Sarah Suco, de Pascale Arbillot ou de Philippe Rebbot, pour ne citer qu'eux, tous donnent à leur personnage l'étincelle d'humanité qui fait qu'on croit en eux et qu'on les comprend, voire qu'on les aime.

Filmé à hauteur de femme, ce film modeste est cependant plein d'une sincérité que bon nombre de longs métrages plus ambitieux ne savent pas trouver. Porté par la grâce d'une actrice principale lumineuse, "Aurore" ravira ceux pour qui les personnages sont essentiels.



mercredi 25 octobre 2017

#Pire Soirée (2017)


Une soirée qui dégénère : c'est sûrement l'un des pitchs les plus efficaces pour écrire et filmer une comédie déjantée, un genre qui cartonne en ce moment. Comme, depuis "Very Bad trip" et sa cohorte de séquelles et imitations, le thème a été maintes fois rebattu, il devient difficile de l'exploiter avec succès. Alors, on le décline, sous différents angles en espérant que cela ne se voie pas trop et, surtout, que ça marche. Récemment, avec en tête d'affiche Scarlett Johansson, l'un des actrices les plus bankables du moment, dans un rôle plus qu'inattendu, "#Pire Soirée" misait sur la comédie à surenchère, version féminine. Pour le coup, le public n'a pas suivi...

Elles sont amies depuis la faculté, même si (et c'est le moins que l'on puisse dire) leurs chemins ont été différents. Alors quand Alice organise pour Jess l'enterrement de sa vie de jeune fille, en Floride, elles se retrouvent toutes, avec leurs différences, mais surtout en commun l'envie de marquer le coup. Seulement voilà : quand débarque le strip-teaser que ses copines offrent à Jess et que ce dernier trouve la mort dans un accident bête, rien ne va plus. 
La fête est finie.

Evidemment, en regardant "#Pire soirée", on songe à "Very bad trip", qui connut un beau succès lors de sa sortie et, surtout, généra toute une descendance plus ou moins honorable (y compris dans ses séquelles). Ne nous voilons pas la face, cette énième variation sur le thème de la situation échappant à tout contrôle n'est pas un bon film. Cette version féminisée de son modèle à succès est finalement assez inquiétante. On aurait pu croire que ces dames allaient profiter de l'occasion pour se démarquer positivement de la lourdeur de nombre de films mettant en vedettes des acteurs masculins, et basant souvent leur comique sur un certain sexisme. Il n'en est rien : Lucia Aniello, la réalisatrice (qui propose ici son premier long métrage de cinéma) s'avère souvent pire que ses comparses du sexe dit "fort" en livrant un film rarement amusant, jamais drôle et presque toujours gênant. 

Les gags, ou supposés tels, sont rarement drôles et visent le plus souvent sous la ceinture. Les scénaristes se sont sans doute dit qu'en mettant en vedette des femmes, une plus-value s'imposerait : il n'en est rien. On a l'impression que Scarlett Johansson essaie de s'encanailler, mais regrette de s'être laissée entraîner dans pareille galère. Avec autour d'elle, une poignée d'actrices venues d'horizons divers, de Zoe Kravitz (vue aussi dans "Mad Max : Fury Road") à Demi Moore (qui ajoute cette casserole à sa collection déjà bien fournie), en passant par Jillian Bell, aucune ne sort grandie de cette soirée sous les sunlights de Floride. 

Bâti autour de Scarlett Johansson, dont on se demande ce qui lui est passé par la tête pour accepter ce rôle (cela dit, elle a joué dans d'autres longs métrages peu glorieux), "#Pire Soirée" est finalement désolant.




vendredi 20 octobre 2017

No et moi (2009)


Delphine de Vigan, romancière à succès, a déjà été évoquée dans ces colonnes lorsqu'elle s'essaya à la réalisation avec "A coup sûr" : à l'époque, je n'avais pas été tendre, je le reconnais (mais je reste persuadé que le film le méritait). Ce serait dommage, pour autant, d'oublier qu'elle est avant tout romancière et que certains de ses romans ont donné lieu à des adaptations cinématographiques, comme "D'après une histoire vraie" (réalisé par Roman Polanski) ou "No et moi", son premier succès. C'est Zabou Breitman, endossant la casquette de réalisatrice en plus de celle d'actrice, qui mit en scène l'adaptation de "No et moi", l'un de ses romans les plus lus (il est d'ailleurs sur la liste de lecture de pas mal de collégiens).

Lou, treize ans, entre au lycée avec deux ans d'avance. Cette jeune fille brillante n'a pourtant pas une vie facile. Sa mère, dépressive, ne sort plus de chez elle depuis la mort de son enfant. Quant à son père, il tente de sauver les apparences, sans y croire lui-même. Pour un exposé, Lou décide d'aller à la rencontre de No, une sans-domicile-fixe qu'elle rencontre dans une gare. Peu à peu, No va entrer dans la vie de Lou et bouleverser beaucoup de choses...

S'il est un bon point que l'on peut accorder, très tôt dans le visionnage du film, à Zabou Breitman (ex-actrice rigolote devenue réalisatrice sérieuse, pour faire court), c'est le respect de l'oeuvre l'ayant inspirée. Ceux qui ont lu le roman original pourront reconnaître que l'adaptation est fidèle et qu'elle rend justice au matériau d'origine. Mieux encore, certains personnages acquièrent une dimension supplémentaire lors de leur passage à l'écran.

Cette fidélité, ajoutée à une vraie sincérité, fait que l'on adhère très rapidement à ce qui n'aurait pu être qu'un décalque sans âme, comme c'est trop souvent le cas avec les adaptation de romans. Le mérite en revient essentiellement à la mise en scène élégante de Zabou Breitman (qui avait déjà fait mouche avec le très sensible "Se souvenir des belles choses"). S'offrant également le rôle tout sauf évident de la mère de Lou, la réalisatrice a également su choisir un casting tout en sincérité (décidément) : qu'il s'agisse de Bernard Campan, décidément épatant dans des rôles où on ne l'aurait pas attendu il y a quelques années, de la remarquable Nina Rodriguez ou du dynamique Antonin Chalon. 

On pourra reprocher à "No et moi" quelques lourdeurs et quelques répétitions, on pourra aussi déplorer l'interprétation parfois excessive de Julie-Marie Parmentier (encore une fois, c'est un point de vue tout personnel). Mais le fait est que ce film comporte quelques très jolies scènes et qu'il est admirablement interprété. Qui plus est, il démontre, si c'était nécessaire, le talent d'une réalisatrice.



dimanche 15 octobre 2017

Before we go (2015)


Laissant au vestiaire le costume de Captain America, Chris Evans est passé pour quelque temps derrière la caméra, le temps de filmer "Before we go", un petit film quasiment indépendant. Bien que présenté au Festival de Toronto, ce long métrage de plus petite envergure que les blockbusters auxquels nous avait habitué Chris Evans ne rencontra guère le succès. Reçu fraîchement par la critique, c'est finalement en VOD que "Before we go" sortit. Pour une première tentative, il est difficile de parler de succès. Était-ce mérité ?


Elle s'est fait voler son sac à main et a raté le dernier train pour Boston. Lui, trompettiste, attend dans Grand Central. Leurs trajectoires se croisent, durant une nuit, à New York. Parce qu'il lui a proposé son aide, le voilà entraîné dans le sillage de cette jolie jeune femme un peu perdue dans la Grande Pomme. Tous deux vont apprendre à se connaître mieux, et aussi à savoir où il en sont. Entre une audition à laquelle il hésite à aller et sa vie de couple qui vacille, les voici à un carrefour du chemin de leur vie.

Lorsqu'au sortir d'un film, on ne sait trop quoi dire à son sujet, c'est en général mauvais signe. L'oeuvre en question aura été si peu marquante qu'elle n'a su imprimer le souvenir chez son spectateur. Pour "Before we go", j'avoue : je ne sais pas trop quoi penser de ce petit film, que j'aurai sans doute oublié sous peu. Sur le moment, on prend, c'est vrai, plaisir à faire cette ballade dans le sillage des deux acteurs, tout à fait charmants, mais après quelque temps, les jambes se font un peu lourdes et on aimerait bien passer à autre chose. 

Chris Evans, qui se fait visiblement plaisir et s'offre sans doute une respiration loin des fonds verts de la galaxie Marvel, ne livre finalement qu'une petite ballade dans la Grande Pomme, donnant souvent l'impression d'improviser plus que de suivre un scénario solide. Tourné en un rien de temps, "Before we go" semble vouloir se placer à l'extrême opposé des films avec des héros en collant, ceux qui firent la gloire de son réalisateur et acteur principal. On saluera l'initiative, tout en s'interrogeant sur son but final et sa réussite.

C'est surtout la présence des deux acteurs principaux, Chris Evans et la très jolie Alice Eve (remarquée dans "Men in Black 3" et "Star Trek into Darkness") qui apporte à "Before we go" tout son intérêt. Comme s'ils cherchaient tous les deux à s'offrir une petite pause avant de repartir vers de nouvelles aventures et d'autres dimensions, les deux héros de ce périple urbain et nocturne sont l'atout charme et, avouons-le, la meilleure raison de visionner ce petit film (avec sa bande originale, plutôt enthousiasmante).

Voilà donc un petit film charmant, pas forcément profond, mais qui vous donnera l'occasion de faire une jolie promenade nocturne dans New York. Si vous aimez les films où l'action est réduite à son strict minimum, où le scénario semble n'être qu'en filigrane, "Before we go" pourrait vous convenir. Dans le cas contraire, préférez lui un autre voyage...


mardi 10 octobre 2017

La ligue des gentlemen extraordinaires (2003)


Pour nombre de cinéphiles, "La ligue des gentlemen extraordinaires" est le film qui précipita la retraite de Sean Connery, acteur principal et producteur du film. Pour les amateurs de bande dessinée, ce film est l'une des pires adaptations d'une oeuvre d'Alan Moore. Le fait est que la majorité se range à un avis : c'est un mauvais film. Alors, maintenant que le temps a passé et qu'il aurait pu donner une patine de respectabilité ou un certain charme à "La ligue des gentlemen extraordinaires" mérite-t-il son sort ?
1899 : alors qu'entre les grandes puissances, les bruits de guerre se font plus forts, l'Angleterre recrute quelques-uns des plus grands héros de l'époque, pour lutter contre le Fantôme, un terroriste cherchant à monter les nations les unes contre les autres. Sous la houlette de M, Allan Quatermain, le Capitaine Nemo, l'homme invisible, Tom Sawyer, Mina Harker, le Docteur Jekyll et Dorian Gray vont œuvrer de concert pour sauver la paix. Mais de sombres machinations sont en marche, à leur insu...

S'il a remboursé son budget, "La ligue des gentlemen extraordinaires" fut descendu en flammes de façon quasiment unanime. Et, malgré le temps passé, il faut reconnaître que ce traitement reste mérité. Oublions donc la séance de rattrapage pour ce film qui a (en plus) mal vieilli. Stephen Norrington, visiblement sous l'inspiration néfaste de Roland Emmerich et de Michael Bay, cherche à en mettre plein la vue au spectateur, sans se soucier de la cohérence de l'histoire qu'il était censé narrer. Le réalisateur, essentiellement connu pour son "Blade" (que j'avais trouvé efficace à l'époque, mais mériterait peut-être un revisionnage), se fait plaisir en usant et abusant des effets spéciaux (une de ses spécialités, mais force est d'avouer que les effets sont ici plutôt moches) mais oublie qu'il est là pour raconter une histoire et qu'elle doit tenir debout.

Malgré un matériau de base richissime, qui pourrait alimenter sans peine quelques saisons d'une série télévisée, Norrington expédie les séquences d'introduction des héros et oublie de les doter de la moindre personnalité, comptant sur le charisme des acteurs pour leur conférer l'épaisseur indispensable. Si Sean Connery est évidemment crédible, on n'en dira pas tant de ses comparses, en particulier de Stuart Townsend (déjà éjecté du rôle d'Aragorn dans "Le Seigneur des Anneaux"). Chargés de sauver un film dont l'intrigue part dans tous les sens au mépris de la crédibilité, les interprètes sont finalement condamnés à assister au naufrage du navire sur lequel ils ont embarqué (et nous avec eux).

Alan Moore a un jour déclaré au sujet des films tirés de son oeuvre "Ce sont des films idiots, sans la moindre qualité, une insulte à tous les réalisateurs qui ont fait du cinéma ce qu'il est, des magiciens qui n'avaient pas besoin d'effets spéciaux et d'images informatiques pour suggérer l'invisible. Je refuse que mon nom serve à cautionner d'une quelconque manière ces entreprises obscènes, où l'on dépense l'équivalent du PNB d'un pays en voie de développement pour permettre à des ados ayant du mal à lire de passer deux heures de leur vie blasée. La majorité de la production est minable, quel que soit le support. Il y a des films merdiques, des disques merdiques, et des BD merdiques. La seule différence, c'est que si je fais une BD merdique, cela ne coûte pas cent millions de dollars." (D-Side n°29). En visionnant "La ligue des gentlemen extraordinaires" il est difficile de lui donner tort.


jeudi 5 octobre 2017

Les fous du roi (2006)


Un fabuleux casting devrait faciliter le succès d'un film. En général, c'est le cas et j'imagine que c'est une équation logique dans la tête des producteurs et du public. Mais il est des films pour lesquels, malgré la présence d'acteurs célèbres, le succès n'est pas au rendez-vous. "Les fous du roi" fait figure de modèle du genre. Les têtes d'affiches étaient pourtant nombreuses (pensez donc : Sean Penn, Jude Law, Anthony Hopkins, Kate Winslet, James Gandolfini et Mark Ruffalo, pour ne citer qu'eux) et l'on aurait pu penser que le succès du film était assuré, ainsi que la moisson de récompenses académiques à laquelle il aurait pu prétendre. Il n'en fut rien.

Etats-Unis, années 50 : Jeune politicien idéaliste, Willie Stark n'a de cesse de dénoncer la corruption de ceux qui gouvernent la Louisiane, son état. Alors, quand on lui suggère de s'engager en politique et de se lancer dans la course aux suffrages en vue d'en devenir gouverneur, Stark se sent investi d'une mission. Avec son franc-parler, il séduit vite le petit peuple et commence une ascension rapide, sous les yeux incrédules de son entourage. Mais, bientôt, lui aussi va devenir la proie de ce qu'il reprochait aux politiciens en place...

En évoquant la trajectoire de Willie Stark, Steven Zaillian (déjà réalisateur de "Préjudice" et de "A la recherche de Bobby Fisher") choisit de narrer l'ascension et la chute d'un idéaliste corrompu par sa propre ambition. Au passage, notons que ce film est un remake du film du même nom de 1949 (qui rafala quelques Oscar), lui-même adapté d'un roman (couronné du prix Pulitzer), ce dernier inspiré de la trajectoire du gouverneur Henry P. Long. Les plus fins connaisseurs des rouages d'Hollywood verront dans "Les fous du roi" le prototype même du film à Oscar. 

Malheureusement, et dès le début du film, "Les fous du roi" échoue à exposer ses enjeux, à présenter ses protagonistes et les intérêts qui les motivent. Pourtant scénariste avant (et après) d'être metteur en scène, Steven Zaillian, qui avait fait un travail plus qu'honorable en collaborant aux scripts de films tels que "La liste de Schindler"  ou "Mission : impossible" (celui de Brian de Palma), livre une adaptation pas très lisible et surtout sans relief ni ambition.

Caricaturant ses personnages plus que les mettant en scène, le scénario ne parvient jamais à captiver le spectateur, qui se contente d'admirer (ou pas) le jeu des acteurs. Parmi les gâchettes convoquées pour être ces "Fous du roi", tous ne sont pas hélas au meilleur de leur forme. Sean Penn, par exemple, est souvent dans l'excès, optant pour une gesticulation qui fatigue plus qu'elle ne convainc (et la version française aggrave encore son cas), tandis que Jude Law se contente de poser. Il faut se tourner vers les seconds rôles pour trouver un tant soit peu de conviction (on appréciera de revoir le regretté James Gandolfini, pour ne citer que lui). 

L'impression de confusion et, surtout, le manque total de curiosité, voire d'intérêt que suscite ce film est la cause majeure de son échec. Avec un scénario digne de ce nom, il aurait pu s'agir d'une belle fresque. Faute de cet élément indispensable, ce n'est qu'un film médiocre et oubliable.