lundi 15 octobre 2018

Tip top (2013)


C'est essentiellement la réputation très mitigée de "Tip top" auprès des critiques qui lui vaut sa place dans ses colonnes. C'est aussi la méconnaissance que j'ai de Serge Bozon, son réalisateur (dont le récent "Madame Hyde" est passé sous mon radar). C'est, enfin, la présence au casting de Sandrine Kiberlain, je l'avoue, qui m'a poussé à visionner ce film. Annoncé comme une comédie policière, adapté d'un roman de Bill James ("Mal à la tête"), "Tip top", avec son drôle de titre allait-il être une bonne surprise ? 

Deux inspectrices de l'I.G.P.N., la Police des Polices, sont envoyées dans une petite ville du Nord, parce qu'un indic y a été assassiné. L'une est expérimentée et compte bien règler cette histoire au plus vite. La seconde, admirative de son aînée, découvre le sombre univers dans lequel toutes deux sont plongées. 
Qui a tué cet indic ? Pourquoi ? Qui tire les ficelles derrière toute histoire ?


On ne va pas se mentir : très vite, on se moque éperdument des questions posées ci-dessus. D'ailleurs, c'est une autre question qui se pose au visionnage de ce film : c'est quoi, ce truc (pour faire bref) ? Parce qu'il faut bien dire que "Tip top" revendique une certaine identité, tant visuelle que scénaristique. L'intrigue policière est presque secondaire, tant ce sont les personnages qui sont mis en avant, chacun y allant de son petit sketch. 

Le problème, c'est que ces personnages, tous caricaturaux, n'incitent jamais le spectateur à sourire et encore moins à rire. Alors, il devient difficile d'attribuer à "Tip top" le statut de comédie policière qu'il était censé recevoir. On m'objectera que c'est du deuxième, voire du troisième degré (ou plus encore), mais je ne suis pas persuadé que, même avec beaucoup de recul, cette dimension puisse être captée (en plus, si on recule beaucoup, on ne voit plus rien). 

Du côté de la réalisation, c'est une catastrophe : les plans sont dignes du premier téléfilm allemand de deuxième partie de soirée sur la TNT, et le montage met régulièrement en évidence de grossières fautes de mise en scène. Si ça se trouve, c'est fait exprès, me direz-vous, mais l'effet obtenu (sur votre humble serviteur, en tout cas) est rédhibitoire : ça ne fonctionne pas et inciterait plutôt à la fuite. 

L’interprétation est, c'est le moins que l'on puisse dire, inégale. Si la divine Sandrine Kiberlain (ça se confirme, j'aime de plus en plus cette actrice) illumine chacune des scènes qu'elle joue et qu'Isabelle Huppert est une fois de plus remarquable, on se demande quel est l'intérêt de leur faire jouer des séquences pareilles, qui gâchent leur immense talent (cela dit, elles sont libres de leurs choix et Isabelle Huppert a rempilé chez Bozon pour "Madame Hyde"). Il est difficile d'en dire autant de leurs comparses à l'écran. François Damiens fait son numéro habituel, tandis que le passage éclair de Samy Naceri constitue un vrai moment de gêne. Là encore, le jeu "en décalé" des interprètes (et encore, pas toujours) est peut-être une démarche volontaire. Là encore, ça m'est passé au-dessus de la tête.

Au final, ce "Tip top" est un film sans véritable intrigue, donnant à chaque acteur l'occasion de faire un numéro parfois embarrassant, mais dont le visionnage vire souvent à l'épreuve pour le spectateur.


mercredi 10 octobre 2018

Cargo (2009)


Je crois n'avoir jamais évoqué de film suisse dans ces colonnes. Celui dont il est question aujourd'hui est, qui plus est, un film de science-fiction : je pense qu'ils sont peu nombreux, chez nos amis helvètes. "Cargo", c'est son titre, n'est pas sorti dans le circuit traditionnel, en France et c'est vers le marché vidéo qu'il faut se tourner pour savoir si quelqu'un nous entend crier, dans l'espace. 

2267 : la Terre est devenue inhabitable et ses habitants se bousculent pour rejoindre Rhea, la planète du nouveau départ. Le Docteur Laura Portmann s'engage sur un vaisseau cargo devant apporter du matériel vers une colonie qui permettra de rejoindre, à terme, Proxima du Centaure. Chacun des membres de l'équipage du cargo est sorti, à son tour, de l'hibernation nécessaire au voyage. Quand vient le tour de Laura, celle-ci décèle une présence dans le vaisseau et décide de réveiller le Capitaine du vaisseau. Que se passe-t-il dans le cargo qui progresse dans le froid glacial de l'espace ?

Forcément, avec un pitch pareil, on ne peut que penser à "Alien, le huitième passager", terrifiant film de science-fiction devenu un classique du genre et dont l'ombre plane sur une généreuse descendance, pas toujours à la hauteur du film de Ridley Scott. Mais le cargo du film n'est pas le Nostromo : il s'agit plutôt d'un immense vaisseau chargé d'une cargaison dont on ne sait pas tout et dont l'équipage ne connaît pas tous les recoins. Le contraste entre la dimension humaine (on est souvent au plus près des personnages) et l'immensité du vaisseau joue souvent en la défaveur du film, hélas. 

Il est toujours injuste de pointer du doigt le manque de moyens d'un film. Dans le cas de "Cargo", pour évident que soit ce manque, il n'en reste pas moins que le long métrage fait avec (ou plutôt sans) et ne s'en sort pas si mal. La majeure partie des scènes a lieu en espace confiné et les plans "spatiaux" sont finalement plutôt rares. Les réserves viennent plutôt du côté de l'interprétation, les acteurs manquant visiblement de conviction. 

Quelques coups de rabot dans le scénario (ou un peu d'huile dans certains rouages) auraient été salutaires et auraient permis d'éviter que le spectateur perde le fil de temps à autre. De même, l'interprétation assez moyenne (je vais être gentil, pour le coup) de certains des acteurs tend à faire décrocher de l'intrigue pourtant intéressante du film. Avec un peu plus de nervosité, que ce soit dans sa mise en scène ou le jeu des interprètes, ce voyage de quelques humains dans l'espace glacial aurait pu être un grand film de science-fiction. A défaut, c'est simplement un film pas inintéressant, mais qui ne laisse pas un grand souvenir.




vendredi 5 octobre 2018

Les fantômes du passé (2017)



J'avoue un petit faible pour la littérature policière venue d'Islande. Alors, quand l'occasion s'est présentée de visionner un film venue de ce morceau de terre, je n'ai guère hésité. Sous le titre français de "Les fantômes du passé" (alias "Eg man pig" en Islandais, ou "I remember you" pour les pays anglo-saxons, allez vous y retrouver avec ces titres), se profilait donc l'adaptation d'un roman d'Yrsa Sigurðardóttir, mêlant thriller et épouvante. Pourquoi pas, après tout ?

Quelque part, en Islande, une femme se pend dans une église. En enquêtant sur son passé, Freyr, psychiatre, dont le fils a disparu trois ans plus tôt, découvre que cette suicidée n'était pas étrangère à cette disparition.
Non loin de là, trois jeunes gens décident de rénover une vieille maison abandonnée, située dans un village déserté faute d'activité industrielle, avant de se rendre compte que les lieux abritent une présence. Et si ces faits étaient liés entre eux ? 

Au bout de quelques scènes, on comprend que "Les fantômes du passé" utilise deux intrigues qui finiront par se croiser mais que la route sera faite de douleurs, parce que les personnages charrient tous un passé compliqué. Il est question de deuil, surtout, dans ce film froid comme le vent qui souffle sur les paysages islandais (remarquables décors de film, soit dit en passant). 

Hélas, dans son traitement, "Les fantômes du passé" est souvent peu clair et déséquilibré. Les
motivations du psychiatre qui accompagne les enquêteurs, par exemple, sont mieux explicitées que celle des jeunes gens venus restaurer une maison, envers et contre tout, malgré les multiples fêlures existantes dans leurs existences. Óskar Thór Axelsson, réalisateur et coscénariste du film, a un véritable talent de mise en scène, mais livre un long métrage parfois bancal. C'est d'autant plus dommage que les acteurs sont souvent très convaincants, Jóhannes Haukur Jóhannesson en tête.

Par ses maladresses, "Les fantômes du passé", s'il peut séduire par ses décors, son ton et son casting, échoue à réussir dans l'exercice de style qu'il s'impose. Pas franchement désagréable, mais sans rien de surprenant, ce film venu d'une contrée à la production cinématographique rare peut laisser froid.