samedi 29 décembre 2018

Battle of the sexes (2017)


Les temps changent et il était temps. A grands coups de hashtags et de manifestations, on est en train d'abolir la notion de sexe faible. Il reste du chemin  à parcourir, mais rien ne sera comme avant. Naturellement, le cinéma s'est emparé du sujet, avec plus ou moins de talent et, sous divers angles, la question de l'égalité femme-homme est posée. Ainsi, après le très sympathique "Little Miss Sunshine", le duo de réalisateurs Jonathan Dayton et Valerie Farris a mis un coup de projecteur sur l'odyssée de Billie Jean King, une de ces héroïnes "bigger than life" qui fit bouger les lignes.

1972 : Billie Jean King, après avoir remporté l'US Open, devient numéro une mondiale du tennis. Pourtant, ses primes de match ne représentent qu'une infime somme, au regard de celles touchées par ses confrères masculins. Elle décide alors de créer la Women's Tennis Association, avec quelques-unes de ses consœurs. Face à elle, les mâles se pavanent et se moquent. L’exubérant Bobby Riggs, joueur compulsif et macho affiché, décide de défier la jeune joueuse.

En visionnant "Battle of the sexes", on est tenté de faire la comparaison avec le très réussi "Borg Mc Enroe", autre film traitant d'un affrontement entre deux tennismen. Encore une fois, c'est un duel sur fond de sport qui nous est proposé. Valerie Farris et Jonatha Dayton, dont on avait goûté jusque là la bienveillance, emmènent le spectateur dans le passé pour narrer un affrontement autrement plus politique que celui qui opposait Borg et Mc Enroe. 

La reconstitution est de bonne facture : qu'il s'agisse des costumes, des décors, tout contribue à l'atmosphère seventies du film, et favorise donc sa crédibilité. Voilà un premier bon point. On peut illico en attribuer un autre à "Battle of the sexes" pour l'affection que porte les réalisateurs à leurs personnages. On s'en doutait un peu depuis "Little Miss Sunshine", Dayton et Farris aiment ceux dont ils racontent l'histoire. mais, si cela est louable dans une fiction, ça peut handicaper un film censé raconter une histoire vraie. Emma Stone, tout à fait charmante, est désarmante à force de sourire et l'on se demande si Billie Jean King a un jour douté du succès de la cause dont elle portait l'étendard. En face d'elle, Steve Carrell tient plus un rôle de bouffon que de vieux lion sur le retour. Sans réclamer à tout prix une plus forte dose de drame, "Battle of the sexes" aurait sans doute gagner à être plus sérieux, plus grave. Ses enjeux en seraient sortis grandis.


C'est cependant du côté de sa réalisation, curieusement peu ambitieuse, que pêche le plus "Battle of the sexes". Alors que son sujet méritait un véritable souffle, le film semble avoir été formaté pour le petit écran et se contente souvent d'un ton quasi-documentaire, qui nuit à l'impact de son propos. Ecrit comme un feel-good movie et traité comme un documentaire, le sujet (méconnu du grand public) qui alimente "Battle of the sexes" aurait mérité plus d'ambition et une mise en avant plus puissante de ses enjeux. Avec plus d'énergie, la très belle reconstitution aurait servi son sujet, qui le méritait bien. A défaut, ce film reste plaisant au visionnage, sans cependant laisser derrière lui un souvenir impérissable.







lundi 24 décembre 2018

Monsieur et Madame Adelman (2017)


J'évoquais tout récemment le problème que peuvent représenter les taglines élogieuses dont les affiches de certains films sont affublées. Il est des cas où la dithyrambe est contre-productive. Dans le cas récent de "Monsieur et Madame Adelman", réalisé par Nicolas Bedos et le mettant en scène aux côtés de sa compagne Doria Tillier, le film serait, si l'on en croit les critiques (enfin, celles sélectionnées pour figurer sur l'affiche), romanesque, brillant, drôle, grinçant, sexy, émouvant et incroyable. 
Ça fait beaucoup pour un seul film, non ? Pour en avoir le cœur net, le mieux est d'y jeter un œil. 

Alors qu'on enterre Victor Adelman, le célèbre écrivain, son épouse Sarah raconte à un journaliste sa vie aux côtés du grand homme. Quarante années de vie commune, de la rencontre à la fin, voilà ce qui reste d'un couple, avec ses éclats de bonheur et ses plongées sordides. A travers les décennies et malgré les épreuves, c'est la chronique d'un couple, d'une ascension vers le succès et de deux personnalités fortes qui va s'écrire...
Tout commence à Paris dans les années 1970...

On aime ou on n'aime pas Nicolas Bedos. Il semble que cet homme de média n'inspire pas la tiédeur. Et, quand il se met en scène, qui plus est aux côtés de sa compagne, dans un film qu'il a écrit, ses détracteurs devraient prendre la fuite. Néanmoins, le thème annoncé du film, à savoir la description, vue de l'intérieur, d'un couple, peut attirer l'attention. J'avoue être agacé par le personnage public qu'est Nicolas Bedos, mais faisant fi des préjugés, j'ai lancé à "Monsieur et Madame Adelman" sa chance. Alors, ce film est-il une grande fresque romanesque ou un récit très auto-centré ? J'avoue - hélas ! - pencher pour la deuxième hypothèse.

Ce n'est pas tant la réalisation qui est à mettre en cause : quelques séquences sont particulièrement réussies, d'un point de vue technique, et le pari (risqué) de couvrir plusieurs décennies est plutôt réussi. Les défauts du film sont à chercher du côté du scénario et, surtout, de l'impression gênante d'ego-trip qu'il laisse en fin de visionnage. 
Le problème principal de ce film (en dehors de l'omniprésence de son réalisateur-scénariste-acteur principal) est qu'il n'aborde l'histoire du couple souvent que sous un angle. Tenté par l'utilisation du twist final, Nicolas Bedos oublie d'en faire le pivot de son histoire et nous impose un retournement finalement sans grand intérêt, comme s'il cherchait à allumer un dernier contre-feu, destiné à détourner un instant l'attention, comme s'il voulait prouver qu'il y a autre chose que de l'auto-contemplation dans ce film. Le procédé est un peu balourd et ne prend pas. Et puis, à l'image du psychanalyste, qui suit des années durant Victor, on aimerait pouvoir lui dire stop. 

Trop long, trop redondant, "monsieur et Madame Andelman", excessivement auto-centré, donne l'impression souvent gênante de regarder la vie d'un couple qu'on n'envie pas forcément, malgré sa fortune et sa réussite.


mercredi 19 décembre 2018

Other people (2016)



Il faut se méfier des films dont les affiches arborent des taglines élogieuses. Combien de fois me suis-je laisser prendre au piège et ai du subir un film bien en-deçà de ses promesses ? Cela dit, parfois, ces morceaux choisis de critiques, qui envahissent parfois une grosse partie de l'affiche, peuvent aussi s'avérer contre-productifs : en ce qui me concerne, trop de superlatifs sur un film à peine à l'affiche me font hausser le sourcil. Récemment, ce fut le cas avec "En liberté !" (au sujet duquel je produirai un billet prochainement), mais aussi avec "Other people", un film même pas sorti dans les salles françaises et donc directement accessible en VOD, malgré un passage remarqué au festival de Sundance.

Alors qu'il vient de rompre avec son compagnon, David, auteur de comédie new-yorkais,  revient à Sacramento, dans sa famille, parce que sa mère est gravement malade. Il ne sait pas encore qu'il va passer une année particulière, entouré des siens, là où il a grandi. 
Alors que sa mère meurt doucement, David assiste à la reconstruction de sa famille, que le temps avait lentement rongé, tout en cherchant sa place...

A lire le pitch de "Other people", on pouvait penser qu'il allait courir trop de lièvres à la fois : traitant de la maladie, des liens familiaux et de l'homosexualité (et encore, je ne cite que les sujets les plus visibles), ce film pouvait paraître ambitieux. Et le premier sentiment qu'il suscite, lors de son visionnage, c'est qu'il a peut-être voulu trop en faire. Chris Kelly, son réalisateur et scénariste, livre pour son premier long métrage (après pas mal de courts métrages et son travail au Saturday Night Live) un film en demi-teinte. Nous invitant pour une année (dont on connaît l'issue, le film commençant par la fin et dissipant tout doute) aux côtés de David, Kelly oscille entre sourires (rarement, très rarement) et larmes (plus souvent),. 

Malgré le "Hilarious" plaqué sur l'affiche, on rit peu, en visionnant "Other people" : les maladresses des protagonistes ne font que les rendre plus humains, et font que l'on encaisse leurs souffrances en même temps qu'eux. Il est difficile de s'esclaffer pendant ce film, où la faucheuse rôde, omniprésente.

Malgré ses nombreuses imperfections et le fait qu'il ne creuse pas autant qu'il l'aurait pu les nombreux thèmes qu'il aborde, "Other people" a pour lui une atmosphère et une humanité touchantes. Et, surtout, on ne sort pas de son visionnage brisé, comme cela aurait pu être le cas.

Si vous êtes amateur de ces films où la caméra se met à hauteur d'homme et de femme, où nul artifice ne vient enjoliver la réalité, où l'on se frotte aux "vrais gens", "Other people" peut vous interpeller. Les amateurs de blockbusters et celles et ceux qui souhaitent s'évader passeront leur chemin.


vendredi 14 décembre 2018

Pour elle (2008)



Avant de se tourner vers la comédie (notamment "Radin !" ou le récent "Le jeu"), Fred Cavayé, ancien photographe de mode, s'est fait un nom avec des films où l'action était omniprésente. Ainsi, il réalisa coup sur coup "Pour elle", "A bout portant" et "Mea culpa". Le premier de ces films, qui était également son premier long métrage, mettait en scène Vincent Lindon, habitué des rôles d'hommes ordinaires trouvant au fond d'eux le courage (je songe notamment à l'épatant "La loi du marché" ou à "Welcome"). Appréciant particulièrement cet acteur, j'ai eu envie de visionner de film, condamné depuis à hanter les grilles des programmes télévisés.

Lisa et Julien forment un couple des plus heureux, avec leur fils Oscar. Tout va pourtant basculer en un instant : sans comprendre comment ni pourquoi, Lisa est arrêtée et emprisonnée, pour le meurtre de sa patronne. Alors que tout l'accuse et que Lisa est sur le point de renoncer, Julien décide de la faire évader de prison. Celui qui était un honnête professeur de lycée va se montrer prêt à tout, pour elle.


Si le pitch du film peut laisser penser qu'on va assister, dans "Pour elle", à la métamorphose d'un homme, et que le moteur de cette mutation est l'amour qu'il porte à sa femme, ce parcours n'est pas l'objet principal du film. Fred Cavayé, pour son premier film, le revendique haut et fort : "Pour elle" est un film d'action, un thriller louchant fortement vers ceux venus d'outre-Atlantique. Le réalisateur a sans doute vu et apprécié "Le fugitif" et ses cousins, films où le héros doit, seul contre tous (et contre les autorités) prouver son innocence, ou celle de son aimée.

Une fois ce postulat posé, il faut reconnaître que l'ouvrage remplit le cahier des charges : on ne s'ennuie pas une seconde, en compagnie d'un Vincent Lindon toujours épatant et d'une Diane Krueger convaincante (en tout cas bigrement plus que dans le registre comique, comme dans "Un plan parfait", par exemple). Si l'on laisse de côté son esprit critique et qu'on veut simplement se divertir, "Pour elle" est de ces produits parfaitement calibrés et remplit sa mission, quitte à être rapidement oublié après son visionnage.

Par contre, si l'on se penche un peu plus sur son cas, et malgré une réalisation efficace, on déplorera l'usage abusif de ficelles scénaristiques (les héros échappent toujours au danger de justesse) et, surtout, l'absence de traitement d'une partie vitale de l'intrigue au profit de l'action. En effet, bien que le début du film le laissait envisager, "Pour elle" évacue très rapidement la question de l'innocence de l'héroïne et du rétablissement de la vérité : l'adrénaline avant tout, donc.

Si, sur la forme, "Pour elle" remplit parfaitement sa mission, en posant son ambiance et en déroulant son action tambour battant, il peut décevoir sur le fond. Se souciant de la psychologie de ses personnages comme d'une guigne et laissant de côté nombre de questions, le film taille sa route, mais peut laisser les spectateurs exigeants sur le bas-côté.

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film réalisé par un non-réalisateur à l’origine"

dimanche 9 décembre 2018

Alpha (2018)


Les films traitant de la préhistoire, époque où ceux-qui-marchent debout affrontaient des âges farouches, sont rares. On se souvient du très réussi (mais un peu daté) "La Guerre du feu", restant la référence en la matière, ou du moins bon "Ao, le dernier Neanderthal", par exemple. Mais, souvent, la préhistoire sont rares et pour la plupart, ne sont qu'un prétexte (on reparle de "10 000" ?). En nous proposant "Alpha", Albert Hughes, jusque là travaillant de concert avec son frère (on se souvient de"From Hell" ) nous conta une histoire se déroulant il y a 20 000 ans.

Parce qu'il a atteint l'âge d'homme, Keda, fils du chef de son clan, accompagne les hommes pour la chasse qui nourrira sa tribu. Le périple jusqu'au troupeau est périlleux et l'affrontement ne l'est pas moins. 
Encore frêle, le jeune garçon est laissé pour mort et ne survit que par miracle. Il devra traverser de nombreuses épreuves pour retrouver les siens mais, surtout, il devra aussi se faire un allié inattendu. 

Que j'avais envie d'aimer ce film, qui explore une époque trop rare et propose de magnifiques paysages ! C'est avec une vraie indulgence (plus encore que d'habitude) que j'ai commencé le visionnage, en mettant de côté ma suspension d'incrédulité. Bref, j'avais envie d'y croire. 
Mais, très vite, la dite suspension a repointé le bout de son nez, pointant quelques incohérences et le manque de moyens évidents du long métrage. Visiblement, Albert Hughes est plus doué pour les prises de vue que pour raconter une histoire. Si ça se trouve, c'est son frère Allen qui a hérité de ce don. 

On peut évoquer les décors, assez remarquables et plutôt bien filmés, et faire en sorte d'occulter les quelques défauts inhérents à un budget peut-être limité (quoique je doute de cet argument), mais le défaut majeur de "Alpha" est ailleurs : il est difficile de croire à cette histoire, et encore plus difficile d'imaginer que son équipe y croie. Sans révéler quoi que ce soit à l'intrigue du film, la façon dont Keda survit relève du deus ex machina et la facilité avec laquelle il passe du frêle adolescent au survivant endurci laisse rêveur. Arrivé à une vingtaine de minutes dans le film, la suspension d'incrédulité dont je faisais mention plus haut a définitivement pris la fuite en pleurant. 

Assez étonnamment, nombre de critiques soulignent la réussite de ce film d'aventure paléolithique, pointant plus ses effets spéciaux envahissants et pas toujours réussis, comme si la forme comptait désormais plus que le fond. En ce qui me concerne, c'est surtout les énormes trous et incohérences du scénario qui m'ont fait très vite sortir de l'histoire. Ces défauts, majeurs à mes yeux, occultent les quelques réussites (essentiellement esthétiques) du film. 





mardi 4 décembre 2018

Floride (2015)

Certains acteurs, qui semblent avoir depuis toujours fait partie de notre paysage cinématographique, laissent un vide immense lorsqu'ils s'en vont, rattrapés par la faucheuse. Quand Jean Rochefort, dont on ne compte pas les rôles marquants dans le cinéma français, est décédé, il y a quelques mois, c'est un pan du patrimoine qui s'est effondré. Son film, "Floride", de Philippe Le Guay, n'avait pourtant pas déplacé les foules : il y affrontait pourtant la vieillesse, la décrépitude, la mort. Il est temps de rendre un hommage à ce grand monsieur, à l'occasion de son ultime passage sur grand écran.

Claude Lherminier, octogénaire, autrefois grand industriel, souffre de troubles et d'absences, au point qu'il ne peut rester seul. Sa fille Carole, en plus de lui avoir succédé à la tête de l'entreprise familiale, se charge de tout ou presque, aux dépens de sa propre vie. Tout attachant qu'il soit, Claude n'est pas facile à vivre et a ses exigences, comme celle, chaque matin, d'avoir un verre de jus d'orange de Floride, là où réside son autre fille, Alice. Sauf qu'Alice est morte depuis neuf ans...

Tiré de la pièce de théâtre "Le père" de Florian Zeller, le film de Philippe Le Guay (récemment réalisateur de "Normandie Nue") aurait pu sombrer dans le pathos : traiter de la déchéance du corps et de l'esprit n'est pas sans risques. Mais le scénario fait le choix de ne pas tout voir en noir ou en blanc. Oui, le héros a la tête qui flanche et le corps qui fatigue, mais, au hasard de quelques fulgurances, il a aussi l’œil qui pétille et le charme intact. Oui, sa fille est dévouée au point de négliger sa propre histoire, mais elle aussi des faiblesses. C'est donc grâce à se deux personnages principaux que "Floride" est plutôt réussi et émouvant. 

Émouvant, parce qu'il s'agit du dernier rôle de Jean Rochefort. La moustache la plus célèbre du cinéma hexagonal, le timbre inimitable qui nous a accompagné tant d'années durant sont là, presque intacts, malgré l'âge et la fatigue. Et, surtout, parce qu'il n'hésite pas à exposer ce qu'il est, Jean Rochefort n'en est que plus touchant. Face à lui, Sandrine Kiberlain réussit à tirer son épingle du jeu et lui renvoie la balle chaque fois que nécessaire, toujours avec justesse. On notera au passage l'interprétation toute en nuances de Laurent Lucas, acteur trop rare, qui est ici au rang des dommages collatéraux de l'avancée de l'âge. 

Sur un thème qui n'était ni vendeur, ni facile, Philippe Le Guay réussit, avec "Floride", un film émouvant sur le grand âge et les relations entre père et fille. Il faut dire que ce film est magnifiquement porté par des acteurs remarquables, dont l'immense et regretté Jean Rochefort. Ne serait-ce que pour rendre hommage à celui qui reste l'un des plus grands comédiens français, "Floride" mérite d'être (re)vu.


jeudi 29 novembre 2018

La tortue rouge (2016)


Le cinéma d'animation est un domaine qu'on croit souvent réservé aux enfants et pour lequel les adultes ont souvent le simple rôle d'accompagnateurs. Ils sont plus rares, les films d'animation destinés à un public pas forcément enfantin. Les artistes qui s'essaient à ce registre passent souvent loin des grandes salles et, par conséquent, n'ont pas toujours la visibilité d'un Disney ou d'un Pixar. Fruit du travail de nombreuses années, "La tortue rouge" est le premier long métrage de Michael Dudok de Wit. Coproduit par le célèbre Studio Ghibli (entre autres), ce dessin animé méritait-il un peu plus d'exposition ?

Suite à un naufrage, un homme se retrouve seul sur une île déserte, dont il va très vite vouloir s'échapper. Le radeau qu'il construit, à plusieurs reprises, va se fracasser contre un obstacle invisible, comme si quelque chose l'empêchait de quitter l'île où il a échoué. 
Il finira par découvrir une étrange tortue rouge, et une femme aux cheveux roux et, peut-être, la raison pour laquelle il est là.


Une chose est sûre : ceux qui ont emmené leur progéniture voir "La tortue rouge" ont pu s'exposer à l'étonnement de celle-ci : ne rien comprendre ou ne rien trouver à comprendre, plus exactement, voilà qui peut désarçonner. Mais "La tortue rouge", avec son histoire tout simple, à la limite du rêve éveillé (ou pas, d'ailleurs) fait partie de ces films qui laissent un souvenir, ne serait-ce que par sa beauté plastique. Le trait de Michael Dudok de Wit, déjà repéré pour ses précédents courts-métrages (toujours dans l'animation), mêlant à la fois le numérique et le fusain, emporte presque instantanément l'admiration du spectateur. 

En plus d'être esthétiquement très beau, "La tortue rouge" se paie le luxe de prendre son temps et de narrer une histoire aux frontières du rêve. Sans aucun dialogue, ce dessin animé n'est pas pour autant une oeuvre simple. Le cheminement de son héros, simple naufragé ballotté par les flots et jeté sur le sable d'une île perdue, va au-delà de sa simple survie : c'est aussi la rencontre avec sa destinée que nous narre Michael Dudok de Wit.

Alors, certes, "La tortue rouge" peut désarçonner, par ses silences et les errements de son héros, mais il peut aussi séduire parce qu'il choisit un autre moyen de conter une histoire. Si on ajoute à cela sa beauté plastique et sa réalisation remarquable, il faut reconnaître qu'on est en présence d'un des plus beaux films d'animation de ces dernières années, capable de rivaliser avec les meilleures productions venues du Japon.




Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film muet"

samedi 24 novembre 2018

La belle et la belle (2018)


Le cinéma français donne lieu à nombre de critiques, souvent justifiées. Entre les comédies prévisibles et les films d'action louchant vers le modèle américain, certains producteurs choisissent parfois la facilité. D'autres œuvres, plus confidentielles, ne se livrent qu'à un public restreint. Le dernier film de Sophie Fillières, "La belle et la belle", qui mettait en scène Sandrine Kiberlain, n'a pas rempli les salles des multiplexes à sa sortie. Choix délibéré ou maladresse de distribution ? Sommes-nous passés à côté d'un grand film français.

Margaux, quarante-cinq ans, est professeur d'histoire-géographie à Lyon et n'a pas fait grand-chose de sa vie. En se rendant à Paris pour l'inhumation d'Esther, qui fut sa meilleure amie autrefois, elle rencontre, à la faveur d'une soirée, Margaux, vingt ans. Très vite, elle va comprendre que la jeune fille et elle ne sont qu'une seule et même personne, à vingt ans d'écart. 
Voilà pour elle(s) l'occasion de changer ce qui peut l'être encore. 
Ou pas.

Avec un pitch pareil, qui peut mêler comédie, drame et fantastique, on pouvait espérer un traitement ambitieux. La réussite, sur un sujet pareil, devrait être à la hauteur de la prise de risque. Inutile de se leurrer plus longtemps : "La belle et la belle" se dégonfle très vite. 

D'une idée de base prometteuse, Sophie Fillières ("Arrête ou je continue") ne livre finalement qu'un film qui tourne en rond et ne va pas plus loin que le bout de son nez. La rencontre entre les deux Margaux ne donne pas grand-chose sur leurs parcours, en dehors d'un subtil échange de leurs couleurs vestimentaires. 

C'est d'autant plus rageant qu'il y avait maintes façons de traiter le pitch original, mais que le scénario s'enlise dans les tourments amoureux (ou pas, d'ailleurs) de Margaux et pédale souvent dans la semoule. Et si (ce n'est qu'un exemple, qui m'a traversé l'esprit lors du visionnage) tout ce voyage n'était qu'un délire dans l'esprit de l'héroïne, une psychose née de ses regrets, de ses remords ? Mais Sophie Fillières préfère raconter l'histoire de deux femmes qui n'en sont (peut-être) qu'une seule, gravitant autour d'un même homme (dont on se demande ce qu'elles lui trouvent, soit dit en passant) et dont les dialogues sont parfois totalement farfelus (le coup des "crachats", par exemple, est éloquent).

On pourrait se consoler avec l'interprétation des acteurs, mais il faut bien avouer que, pour une fois, cet argument ne fonctionnera pas. Sandrine Kiberlain n'est pas toujours convaincante (parce que, peut-être, pas toujours convaincue), tandis qu'Agathe Bonitzer (la fille de la réalisatrice) se contente de faire la tête la plupart du temps. Entre elles, Melvil Poupaud, autour de qui ces deux femmes pivotent, fait le minimum syndical. 

J'aurais aimé aimer ce film, pour son idée de base. Il aurait cependant fallu que son traitement soit suffisamment ambitieux et audacieux pour qu'il tienne ses promesses. Tournant en rond et se regardant souvent le nombril, "La belle et la belle" n'est finalement qu'un de ces films français, qui semble mépriser l'histoire qu'il raconte au public. Dommage...










lundi 19 novembre 2018

Silence (2017)



Remake d'un film japonais de 1971, lui-même adaptation du roman de Shūsaku Endō, "Silence", dernier film de Martin Scorsese en date, a fait couler l'encre lors de sa sortie, mais n'a pas attiré énormément de spectateurs en salles. A mille lieues des petits truands new-yorkais ou des mafiosi qui offrirent à Scorsese ses lettres d'or, l'histoire de "Silence" peut décontenancer, voire décourager le spectateur potentiel. Ce film peut aussi intriguer : offrons-lui une nouvelle chance.


Au XVIIème siècle, au Japon, le christianisme est interdit et ceux qui s'adonnent à cette religion sont persécutés. Deux missionnaires jésuites portugais, Rodrigues et Garupe, s'embarquent malgré tout vers cette terre hostile, afin de savoir ce qui est advenu du Père Ferreira, disparu quelques années plus tôt et dont on dit qu'il a fini par abjurer sa foi...
La croisade qu'ils commencent leur fera découvrir un autre monde.

Lorsque s'achève "Silence", on peut avoir une curieuse impression, pas très éloignée de ce qu'avait pu susciter en son temps "La passion du Christ". Les tourments infligés aux chrétiens, dont la simple vision est souvent à la limite du supportable, sont exposées à de nombreuses reprises. Brûlés vifs, décapités, noyés (et j'en passe), ceux que rencontrent les deux héros du film vivent l'enfer sur terre et on se demande s'il était bien nécessaire de multiplier ces scènes. 

Martin Scorsese a-t-il voulu livrer un film sur la religion ou sur sa religion ? Manifestement subjectif, "Silence" peut être vu comme la profession de foi d'un grand cinéaste (qui offrit d'ailleurs la première projection au Vatican). Ce qui aurait sans doute dû rester une démarche personnelle est donc étalé sur grand écran. On pourra regretter que Scorsese utilise son art ainsi, ou s'en féliciter.

S'il est, par contre, un point sur lequel "Silence" peut mettre tout le monde d'accord, ce sont ses magnifiques décors et sa photographie sublime, qui immergent immédiatement les personnages dans le Japon du XVIIème siècle. L'interprétation est également au nombre des points forts du film : Andrew Garfield, en figure christique (parfois excessivement, cela dit) et Adam Driver (qui montre, si c'était nécessaire, qu'il peut tout jouer), pour ne citer qu'eux, sont investis presque religieusement (décidément !) dans leurs personnages.

Ce n'est pas la première fois qu'un film me laisse plein de désarroi. Au sortir du visionnage de "Silence", entre sa beauté plastique, sa sincérité et son prosélytisme, je ne sais que penser de ce voyage au bout de l'enfer.


mercredi 14 novembre 2018

L'assaut (2011)


Le terrorisme fait désormais partie de nos existences. Nous avons tous en mémoire les événements qui ensanglantèrent telle ou telle ville. Le cinéma s'est évidemment emparé du sujet, à maintes reprises, se plaçant tour à tour dans la peau des victimes (on songe à "Vol 93") ou de ceux qui affrontent les terroristes. Avant que ne s'effondrent les tours jumelles du World Trade Center, d'autres attentats avaient déjà fait marqué les esprits. La prise d'otages de l'Airbus d'Air France en 1994, a fait l'objet d'un film, régulièrement diffusé à la télévision depuis sa sortie en 2011. 


Alger, 24 décembre 1994 : quatre terroristes du GIA prennent en otage les passagers d'un Airbus à destination de Paris. Ils réclament la libération de deux islamistes emprisonnés et le décollage immédiat vers Paris. Après de longues heures et la mort de trois otages, l'avion s'envole vers la France, avant de se poser à Marignage. Là, une équipe du GIGN va donner l'assaut, pour libérer les otages et éliminer les terroristes. Thierry, membre des forces d'élite, va vivre l'opération la plus importante de sa carrière de flic d'élite. 

Ceux qui sont en âge de s'en souvenir n'ont probablement pas oublié les images de ce jour de fin 1994. Devant des millions de téléspectateurs, le GIGN réussit à neutraliser les terroristes sans qu'un seul otage ne perde la vie sur le sol français. L'opération, saluée par les spécialistes, devait-elle faire l'objet d'une fiction ? C'est une question à laquelle je n'ai pas de réponse, d'autant plus que la fiction en question se permet quelques entorses aux faits (pour des besoins scénaristiques) et qu'un documentaire aurait sans doute mieux accompli l'oeuvre de mémoire qu'elle ambitionne. 

La faute en incombe essentiellement à la forme que revêt "L'assaut". Visiblement atteint par le syndrome Paul Greengrass, le réalisateur juge bon de tout filmer caméra à l'épaule. Résultat : il n'y a pas un plan fixe, même lorsque le personnage téléphone. Si cet artifice peut être diablement efficace lorsqu'il s'agit de mettre en scène l'action et l'immédiateté, il s'avère fatigant quand aucune pause n'est offerte au spectateur. L'autre choix esthétique très discutable de "L'assaut" est sa palette de couleurs, extrêmement désaturée, au point qu'on frôle souvent le noir et blanc. L'intérêt de de cette option est très discutable, d'autant plus qu'elle tend à éloigner l'histoire de ces spectateurs. 
Enfin, la balourdise des scènes "familiales" pèse lourdement dans la balance en défaveur du film.

On aurait pu redouter que le choix de Vincent Elbaz, pourtant abonné aux rôles d'éternel adolescent immature, torpille la crédibilité de son personnage. Force est d'avouer qu'il ne s'en sort pas si mal, sans cependant crever l'écran. Adoptant une posture quasi monolithique, l'interprète de "La vérité si je mens" (ce qui reste son plus grand succès) laisse entrevoir un talent qu'on aimerait voir jaillir plus souvent (oui, c'est une suggestion. Derrière lui, la prestation des autres interprètes n'évite pas toujours la caricature. Visiblement très à l'aise pour filmer les scènes d'action et donner l'impression du direct, Julien Leclerq (déjà réalisateur de "Chrysalis") pêche sur la direction d'acteurs.

Si l'histoire que conte "L'assaut" est connue (et fait désormais partie de l'Histoire), le film n'a rien d'incontournable : un documentaire mettant en lumière ces heures tragiques aurait sans doute mieux accompli sa mission.


Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film se déroulant pendant les fêtes de Noël ou pendant la Saint-Sylvestre"

vendredi 9 novembre 2018

L'extraordinaire voyage du fakir (2018)



C'est presque inévitable : lorsqu'un roman rencontre un joli succès en librairie, son adaptation au grand écran suit, dans la foulée, sa déferlante littéraire. Le livre de Romain Puertolas, "L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea" n'échappa pas à la règle. Mais, comme cela arrive régulièrement, le film ne rencontra pas le même engouement que l'oeuvre originelle, lors de sa récente sortie. La faute à qui, à quoi ? En ces temps où une pincée de bienveillance est la bienvenue, penchons-nous sur ce film, réalisé par Ken Scott, déjà remarqué pour son "Starbuck" (dont le remake français, "Fonzy", eut l'honneur de ces colonnes).

A la mort de sa mère, Aja, jeune Indien un peu magicien, un peu voleur, décide de partir pour Paris, en quête de son père, qu'il n'a jamais connu. Bien décidé à devenir riche et heureux, il ne sait pas encore qu'il commence un drôle de périple. Tout commence par une visite dans une célèbre enseigne suédoise, qui le fait rêver depuis tout petit, et où il rencontre l'amour, mais aussi l'aventure, et de nombreuses rencontres...
Et si la vraie richesse était celle qu'on trouve dans chaque rencontre, après tout ? 


On se doute bien, même sans avoir lu le roman dont le film est tiré (en perdant au passage une partie de son titre), que le voyage en question est un prétexte et qu'on est ici en présence d'une fable, humaniste et positive. N'est cependant pas Capra qui veut et, dans ce registre, il est très facile de s'engluer dans la guimauve et le pontifiant. La méfiance était donc de mise, mais, à quelques réserves près, force est de reconnaître que Ken Scott réussit son coup. 

C'est d'abord parce qu'il évite d'angéliser son héros que le réalisateur de "L'extraordinaire voyage du fakir" donne à son film tous les atouts nécessaires. Et, ensuite, parce que ses interprètes donnent vie à cette fable avec un bel enthousiasme. En tête, on signalera évidemment, Dhanush, star du cinéma tamoul, emporte le spectateur dans son périple et il est difficile de lui résister, même lorsque son personnage mériterait quelques claques. 
Le voyage du héros, pour initiatique qu'il soit, va lui faire voir du pays et, surtout, l'amener à rencontrer quantité de personnes différentes : on citera les passages de Bérénice Béjo, de Gérard Jugnot (pas le plus convaincant, surtout en version originale, il faut bien l'avouer) ou d'Erin Moriarty. 

L'autre gros atout de ce film de voyage est la façon dont ses décors sont filmés. N'évitant pas toujours les clichés (un air d'accordéon dès que le héros pose le pied en France, c'était dispensable), Ken Scott fait voyager son spectateur dans de jolis décors, sans oublier d'en montrer l'envers du décor, lorsque c'est nécessaire. Qu'il s'agisse de Rome, de Paris, de Mumbai ou de la Lybie, le film traverse l'espace (et le temps) pour livrer son histoire. Certes, celle-ci est parfois naïve, mais comme toute fable, elle contient un message qu'on aurait aimé plus entendu. 

Pas exempt de défauts, "L'extraordinaire voyage du fakir" peut être l'occasion d'un joli voyage. S'il ne surprendra guère son spectateur, ce film peut cependant faire du bien. Une fois de temps en temps, il est bon de s'offrir une petite bulle de ce genre.




dimanche 4 novembre 2018

La nuit a dévoré le monde (2018)



Les films de genre français sont rares et, dans l'horreur, n'en parlons pas. Pourtant, le propos du film de zombies est sans frontière. Alors, quand se présente l'occasion d'assister, du moins à l'écran, à ce qui se passe lorsqu'une épidémie transforme les humains en monstres, difficile de passer à côté de l'occasion. Si l'on est client du genre, évidemment, il est peut-être temps de donner une deuxième chance à "La nuit a dévoré le monde", de Dominique Rocher, adapté du roman éponyme de Pit Argamen, alias Martin Page. 

Alors qu'il se rend chez son ex-petite amie pour y récupérer quelques affaires, Sam, trentenaire parisien, ne sait pas encore qu'il va se retrouver seul, alors que toute la population a été transformée en zombie avides de chair fraîche. Le voilà donc seul, contraint à la survie. Sam va passer par différents stades, entre survie et folie. Et s'il était vraiment le dernier homme en vie ? Et si la nuit avait vraiment dévoré le monde ? 


La fête dans laquelle Sam fait irruption et à laquelle il ne peut ni ne veut assister est-elle un monde qui tombe et ne veut le voir ? Toujours est-il qu'au réveil, le jeune homme est comme le héros de "Vingt-huit jours plus tard", seul au milieu d'une capitale prises d'assaut par des morts-vivants. Le parallèle peut s'arrêter là : Sam décide de se cloîtrer et organise sa survie dans un terrain très délimité. Il y a là un parti-pris et sans doute aussi une différence de moyens. 

Malgré un budget sans doute ridicule en regard de bon nombre de productions actuelles, "La nuit a dévoré le monde" (dont, j'avoue, j'adore le titre et l'affiche) produit son petit effet sur le spectateur. Certes, on ne bondit pas de terreur, on est rarement pris aux tripes par une attaque surprise de zombies, mais l'angoisse est là, latente, surtout parce qu'aucune explication n'est fournie : pourquoi toute la population se change-t-elle en une grouillante masse affamée de tout ce qui vit ? Pourquoi Sam est-il épargné ? Faute de réponses à ces questions, le spectateur doit s'accrocher à un seul fil : le personnage central, remarquablement interprété par Anders Danielsen Lie (qui a endossé tout récemment le rôle principal de "Un 22 juillet"), un acteur que l'on devrait bientôt revoir au tout premier plan, si mon flair ne me trompe pas. Souvent filmé au plus près, son personnage attache autant qu'il horripile parfois : tout simplement humain, il est comme un guide qu'on suit, parce que c'est le seul à pouvoir nous sortir de là (ou pas, d'ailleurs). 

Partant d'un postulat des plus classiques dans son registre et doté de moyens limités, "La nuit a dévoré le monde" est à ranger dans la catégorie des films de genre réussis, et pour qui on aurait voulu plus de visibilité et de succès lors de sa sortie. Il n'est pas trop tard pour lui donner une nouvelle chance, si vous êtes amateurs de ce type de cinéma (et du discours qu'il véhicule, assez peu optimiste sur l'humanité).




mardi 30 octobre 2018

Tout pour être heureux (2015)


De temps à autre, on a envie de se poser et de visionner, du fond du canapé, une petite comédie toute simple. Ça tombe bien, il y en a pléthore, dans ce registre. Seulement, toutes ne sont pas couronnées de succès et certaines ne valent pas franchement le déplacement (même si, en l'occurrence, le déplacement ne concerne que la main tenant la télécommande). 

Antoine, quarante ans et père de deux petites filles, n'est pas vraiment responsable. Seule la musique, dont il a fait son métier, l'intéresse et Alice, sa femme, n'en peut plus de son immaturité. Un beau jour, elle le met à la porte : voilà Antoine obligé de se prendre en main, voire de se remettre en question. Pire encore, pour lui : Alice lui confie peu après ses deux filles. Voilà Antoine forcé de grandir, d'un seul coup. Et si c'était le meilleur moyen d'être heureux ?

A lire le pitch du film, on peut se dire que c'est le genre de comédie française qu'on a déjà vu, voire revu : l'homme immature, forcé par les événements à prendre ses responsabilités, ça n'est pas sans rappeler "Daddy Cool", par exemple. C'est vrai : on est ici dans une case déjà occupée de la comédie française, à tel point que, quelques semaines plus tard, je vous avoue que je ne me souviens pas intégralement de ce film. Comme je ne pense pas souffrir d'un quelconque syndrome neurodégénératif, et surtout que ce n'est pas la première fois qu'un film (souvent français) me fait cet effet là, j'en conclus que "Tout pour être heureux" n'a rien d'inoubliable.

Le thème était pourtant sympathique, à défaut d'innover grandement, et pouvait parler au public. De même, pour une fois, on évitait le travers habituel qui consiste à utiliser des personnages issus d'une frange aisée de la population, habitant dans d'incroyables appartements (ça, c'est le domaine de la romcom) ou, aux antipodes, des héros peinant à joindre les deux bouts (domaine réservé du film social). Bref, la crédibilité qui aurait pu donner à "Tout pour être heureux" un peu d'épaisseur vole rapidement en éclats.

C'est d'autant plus dommage que la prestation de Manu Payet est convaincante et qu'il porte presque à lui seul le film sur ses épaules. Derrière lui, Audrey Lamy, moins agaçante qu'à l'accoutumée (il était temps) et Aure Atika (mal servie par un rôle assez bancal) font "le job", comme on dit. Enfin, on se régalera du (petit) rôle de Pascal Demolon, un acteur que les réalisateurs devraient engager plus souvent. Enfin, au rayon des éléments positifs, la bande originale est plutôt sympathique (c'était le minimum syndical, puisque le personnage principal travaille dans le milieu de la musique).

Malgré ses quelques qualités, "Tout pour être heureux" souffre d'un scénario souvent défaillant. Ses belles intentions sont vite torpillées, au profit d'un traitement qui en fait un film très oubliable. Tant pis pour lui.





jeudi 25 octobre 2018

La nouvelle vie de Paul Sneijder (2016)



Quand un film fait l'unanimité parmi les critiques (hormis deux ou trois esprits chagrins) et qu'il ne déplace pas les foules, on peut trouver cette situation injuste. "La nouvelle vie de Paul Sneijder", récemment diffusé sur une des rares chaînes télévisées qui mérite encore qu'on allume le poste (je vous laisse deviner celle dont je veux parler), ne m'avait pas attiré plus que cela, lors de sa sortie en salles. Il faut dire que son affiche laissait plutôt penser à une énième comédie française, bien que son action se passe essentiellement au Canada. Seuls les imbéciles ne changeant jamais d'avis, son passage sur le petit écran était donc l'occasion de rattraper le coup.

Paul Sneijder est le seul survivant d'un accident d'ascenseur, où a péri sa fille. Brisé par ce drame, il est aussi pressé de toutes parts. Les avocats le poussent à aller devant les tribunaux, où il pourra toucher de substantiels dommages et intérêts. Sa seconde épouse souhaiterait qu'il puisse ainsi offrir à leurs deux fils les études supérieures qui leur assureraient une carrière rêvée. Mais Paul n'est plus le même. Au cours d'une de ses errances, canne en main, il se fait embaucher comme promeneur de chiens. Et si c'était ça, sa nouvelle vie ?

A lire le pitch que je me suis donné le mal d'écrire, vous aurez compris que nous ne sommes pas, ici, dans une comédie, malgré ce que pouvait augurer l'affiche. On peut donc pousser un soupir de soulagement. Thomas Vincent, réalisateur de "La nouvelle vie de Paul Sneijder", en adaptant ici le roman de Jean-Paul Dubois (déjà auteur de l'adapté "Kennedy et moi") choisit un rythme souvent lent et contemplatif (il a raison, ça a l'air très joli, Montréal) et nous parle ici de la façon dont on peut se reconstruire, humainement parlant, après un drame dévastateur. 

Seulement, la belle résilience dont fait preuve le héros du film n'est hélas pas suffisante pour remplir le scénario, non plus que son affrontement entre ceux qui n'attendent que les retombées financières du drame à l'origine de tout. Pour faire passer le message, Thomas Vincent oublie d'user de finesse. Les personnages prennent souvent des traits de caricatures ambulantes, forçant le trait alors que ce n'était pas nécessaire (tels Paul Sneijder s'appuyant plus que de raison sur sa canne), et basculant parfois dans des scènes incongrues (la séquence du concours est presque de trop). A plusieurs reprises, l'émotion, qui pointe pourtant le bout de son nez, est étouffée par l'effet de répétition. 

Le message de "La nouvelle vie de Paul Sneijder" est clair, dès le début du film. Mais, à le matraquer sans vergogne, le film perd de son intérêt. C'est d'autant plus dommage que la prestation de Thierry Lhermitte, aux antipodes du Popeye qui le propulsa sur le devant de l'affiche, il y a des décennies, est souvent touchante. On aurait pu s'attendre à un vrai voyage dans l'âme humaine, on ne fait que suivre la guérison programmée d'un homme, sans être autant touché(e) qu'attendu. 


samedi 20 octobre 2018

Les marchands de sable (2000)


Pierre Salvadori, de qui l'on connaît essentiellement le très chouette "Les apprentis" a déjà eu le droit dans ces colonnes à plusieurs billets, pour des films qui n'avaient pas reçu le succès mérité. Souvent peuplé de personnages attachants mais un peu délabrés, ses films (ayant essentiellement pour décor Paris et ses quartiers, d'ailleurs) sont à hauteur d'homme ou de femme. L'un de ses longs métrages les moins remarqués est un vrai film noir, et je suis prêt à parier que la majorité du public n'a jamais entendu parler des "Marchands de sable". A l'origine de ce film se trouve un téléfilm, produit pour Arte, dont Pierre Salvadori a choisi de faire un long métrage. 

Sortant de prison, Marie retrouve son frère Antoine, qui l'héberge et souhaite lui offrir une vie meilleure. Antoine, mêlé au trafic de drogue de son quartier, choisit un jour de garder l'argent d'une transaction pour lui. En voulant doubler ceux qui le fournissent en drogue pour fuir avec Marie, sa sœur aimée, il est rattrapé par ceux qu'il voulait voler et meurt.
Ravagée, Marie cherche ceux qui l'ont tué, avec l'aide d'Alain, le patron du bar "Le détour", autour duquel tout gravite et tient plus ou moins en équilibre : les trafics, ceux qui en vivent, ceux qui le subissent, et ceux qui en meurent...

Noir, c'est noir, disait l'autre. Avec "Les marchands de sable", Pierre Salvadori bascule aux antipodes des "Apprentis" où ses héros s'en sortaient par des petites combines et où le soleil finissait par se lever sur leurs galères. Ici, dès le début, c'est fichu. La scène d'ouverture est d'ailleurs implacable, puisqu'elle annonce la fin et que celle-ci est terrible. L'espoir est donc torpillé dès le début : ceux qui comptaient sourire devront choisir un autre film (ça tombe bien, Salvadori en a de beaux dans sa filmographie). Ceux qui, par contre, s'intéressent au côté obscur de l'homme et sont prêts à une plongée dans un univers réaliste seront gâtés.

En effet, l'un des atouts des "Marchands de sable" est le réalisme de l'histoire, des décors et des personnages. Ici, point de poursuites de voitures à travers un Paris fantasmé, point de fusillades au cours desquels les explosions irradient à l'écran. Non, l'intrigue du film se déroule près de nous : c'est dans un quartier ordinaire qu'on magouille, qu'on se drogue et que, finalement, on perd sa vie. "Les marchands de sable" se déroule dans la rue d'à côté et, en cela, fait bien plus froid dans le dos que nombre de films sur le même sujet (je suis sûr que vous avez des exemples en tête). 

Et il y a les acteurs, tous formidables, comme souvent dans les films de Pierre Salvadori. Pour incarner ces humains à la dérive, dont aucun ne peut porter le titre de héros, mais qui sont finalement tous terriblement crédibles, le réalisateur a fait appel à un casting impeccable. Mathieu Demy trouve ici l'un de ses meilleurs rôles, face à un Guillaume Depardieu, plus incandescent que jamais, dont on ne peut que regretter la trop courte carrière. Entre eux, Marina Golovine paraît sans doute moins convaincante. Et puis, il y a l'immense Serge Riaboukine, fidèle de Pierre Salvadori, autour de qui l'histoire gravite, avant de le percuter violemment. Enfin, Robert Castel, éternel pied-noir des comédies franchouillardes, est remarquable en parrain du voisinage (personnage d'ailleurs mille fois plus crédible que nombre de chefs de gangs cinématographiques).

Sans doute à ranger parmi les meilleurs films noirs français, "Les Marchands de sablei" force le respect, par son réalisme et sa réalisation en prise directe avec son univers. A déconseiller si vous n'avez déjà pas le moral, cet opus, sans doute le plus noir de Pierre Salvadori, mérite de s'y attarder, pour peu qu'on soit amateur du genre.


Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film dont le titre contient une couleur"

lundi 15 octobre 2018

Tip top (2013)


C'est essentiellement la réputation très mitigée de "Tip top" auprès des critiques qui lui vaut sa place dans ses colonnes. C'est aussi la méconnaissance que j'ai de Serge Bozon, son réalisateur (dont le récent "Madame Hyde" est passé sous mon radar). C'est, enfin, la présence au casting de Sandrine Kiberlain, je l'avoue, qui m'a poussé à visionner ce film. Annoncé comme une comédie policière, adapté d'un roman de Bill James ("Mal à la tête"), "Tip top", avec son drôle de titre allait-il être une bonne surprise ? 

Deux inspectrices de l'I.G.P.N., la Police des Polices, sont envoyées dans une petite ville du Nord, parce qu'un indic y a été assassiné. L'une est expérimentée et compte bien règler cette histoire au plus vite. La seconde, admirative de son aînée, découvre le sombre univers dans lequel toutes deux sont plongées. 
Qui a tué cet indic ? Pourquoi ? Qui tire les ficelles derrière toute histoire ?


On ne va pas se mentir : très vite, on se moque éperdument des questions posées ci-dessus. D'ailleurs, c'est une autre question qui se pose au visionnage de ce film : c'est quoi, ce truc (pour faire bref) ? Parce qu'il faut bien dire que "Tip top" revendique une certaine identité, tant visuelle que scénaristique. L'intrigue policière est presque secondaire, tant ce sont les personnages qui sont mis en avant, chacun y allant de son petit sketch. 

Le problème, c'est que ces personnages, tous caricaturaux, n'incitent jamais le spectateur à sourire et encore moins à rire. Alors, il devient difficile d'attribuer à "Tip top" le statut de comédie policière qu'il était censé recevoir. On m'objectera que c'est du deuxième, voire du troisième degré (ou plus encore), mais je ne suis pas persuadé que, même avec beaucoup de recul, cette dimension puisse être captée (en plus, si on recule beaucoup, on ne voit plus rien). 

Du côté de la réalisation, c'est une catastrophe : les plans sont dignes du premier téléfilm allemand de deuxième partie de soirée sur la TNT, et le montage met régulièrement en évidence de grossières fautes de mise en scène. Si ça se trouve, c'est fait exprès, me direz-vous, mais l'effet obtenu (sur votre humble serviteur, en tout cas) est rédhibitoire : ça ne fonctionne pas et inciterait plutôt à la fuite. 

L’interprétation est, c'est le moins que l'on puisse dire, inégale. Si la divine Sandrine Kiberlain (ça se confirme, j'aime de plus en plus cette actrice) illumine chacune des scènes qu'elle joue et qu'Isabelle Huppert est une fois de plus remarquable, on se demande quel est l'intérêt de leur faire jouer des séquences pareilles, qui gâchent leur immense talent (cela dit, elles sont libres de leurs choix et Isabelle Huppert a rempilé chez Bozon pour "Madame Hyde"). Il est difficile d'en dire autant de leurs comparses à l'écran. François Damiens fait son numéro habituel, tandis que le passage éclair de Samy Naceri constitue un vrai moment de gêne. Là encore, le jeu "en décalé" des interprètes (et encore, pas toujours) est peut-être une démarche volontaire. Là encore, ça m'est passé au-dessus de la tête.

Au final, ce "Tip top" est un film sans véritable intrigue, donnant à chaque acteur l'occasion de faire un numéro parfois embarrassant, mais dont le visionnage vire souvent à l'épreuve pour le spectateur.


mercredi 10 octobre 2018

Cargo (2009)


Je crois n'avoir jamais évoqué de film suisse dans ces colonnes. Celui dont il est question aujourd'hui est, qui plus est, un film de science-fiction : je pense qu'ils sont peu nombreux, chez nos amis helvètes. "Cargo", c'est son titre, n'est pas sorti dans le circuit traditionnel, en France et c'est vers le marché vidéo qu'il faut se tourner pour savoir si quelqu'un nous entend crier, dans l'espace. 

2267 : la Terre est devenue inhabitable et ses habitants se bousculent pour rejoindre Rhea, la planète du nouveau départ. Le Docteur Laura Portmann s'engage sur un vaisseau cargo devant apporter du matériel vers une colonie qui permettra de rejoindre, à terme, Proxima du Centaure. Chacun des membres de l'équipage du cargo est sorti, à son tour, de l'hibernation nécessaire au voyage. Quand vient le tour de Laura, celle-ci décèle une présence dans le vaisseau et décide de réveiller le Capitaine du vaisseau. Que se passe-t-il dans le cargo qui progresse dans le froid glacial de l'espace ?

Forcément, avec un pitch pareil, on ne peut que penser à "Alien, le huitième passager", terrifiant film de science-fiction devenu un classique du genre et dont l'ombre plane sur une généreuse descendance, pas toujours à la hauteur du film de Ridley Scott. Mais le cargo du film n'est pas le Nostromo : il s'agit plutôt d'un immense vaisseau chargé d'une cargaison dont on ne sait pas tout et dont l'équipage ne connaît pas tous les recoins. Le contraste entre la dimension humaine (on est souvent au plus près des personnages) et l'immensité du vaisseau joue souvent en la défaveur du film, hélas. 

Il est toujours injuste de pointer du doigt le manque de moyens d'un film. Dans le cas de "Cargo", pour évident que soit ce manque, il n'en reste pas moins que le long métrage fait avec (ou plutôt sans) et ne s'en sort pas si mal. La majeure partie des scènes a lieu en espace confiné et les plans "spatiaux" sont finalement plutôt rares. Les réserves viennent plutôt du côté de l'interprétation, les acteurs manquant visiblement de conviction. 

Quelques coups de rabot dans le scénario (ou un peu d'huile dans certains rouages) auraient été salutaires et auraient permis d'éviter que le spectateur perde le fil de temps à autre. De même, l'interprétation assez moyenne (je vais être gentil, pour le coup) de certains des acteurs tend à faire décrocher de l'intrigue pourtant intéressante du film. Avec un peu plus de nervosité, que ce soit dans sa mise en scène ou le jeu des interprètes, ce voyage de quelques humains dans l'espace glacial aurait pu être un grand film de science-fiction. A défaut, c'est simplement un film pas inintéressant, mais qui ne laisse pas un grand souvenir.