lundi 15 octobre 2018

Tip top (2013)


C'est essentiellement la réputation très mitigée de "Tip top" auprès des critiques qui lui vaut sa place dans ses colonnes. C'est aussi la méconnaissance que j'ai de Serge Bozon, son réalisateur (dont le récent "Madame Hyde" est passé sous mon radar). C'est, enfin, la présence au casting de Sandrine Kiberlain, je l'avoue, qui m'a poussé à visionner ce film. Annoncé comme une comédie policière, adapté d'un roman de Bill James ("Mal à la tête"), "Tip top", avec son drôle de titre allait-il être une bonne surprise ? 

Deux inspectrices de l'I.G.P.N., la Police des Polices, sont envoyées dans une petite ville du Nord, parce qu'un indic y a été assassiné. L'une est expérimentée et compte bien règler cette histoire au plus vite. La seconde, admirative de son aînée, découvre le sombre univers dans lequel toutes deux sont plongées. 
Qui a tué cet indic ? Pourquoi ? Qui tire les ficelles derrière toute histoire ?


On ne va pas se mentir : très vite, on se moque éperdument des questions posées ci-dessus. D'ailleurs, c'est une autre question qui se pose au visionnage de ce film : c'est quoi, ce truc (pour faire bref) ? Parce qu'il faut bien dire que "Tip top" revendique une certaine identité, tant visuelle que scénaristique. L'intrigue policière est presque secondaire, tant ce sont les personnages qui sont mis en avant, chacun y allant de son petit sketch. 

Le problème, c'est que ces personnages, tous caricaturaux, n'incitent jamais le spectateur à sourire et encore moins à rire. Alors, il devient difficile d'attribuer à "Tip top" le statut de comédie policière qu'il était censé recevoir. On m'objectera que c'est du deuxième, voire du troisième degré (ou plus encore), mais je ne suis pas persuadé que, même avec beaucoup de recul, cette dimension puisse être captée (en plus, si on recule beaucoup, on ne voit plus rien). 

Du côté de la réalisation, c'est une catastrophe : les plans sont dignes du premier téléfilm allemand de deuxième partie de soirée sur la TNT, et le montage met régulièrement en évidence de grossières fautes de mise en scène. Si ça se trouve, c'est fait exprès, me direz-vous, mais l'effet obtenu (sur votre humble serviteur, en tout cas) est rédhibitoire : ça ne fonctionne pas et inciterait plutôt à la fuite. 

L’interprétation est, c'est le moins que l'on puisse dire, inégale. Si la divine Sandrine Kiberlain (ça se confirme, j'aime de plus en plus cette actrice) illumine chacune des scènes qu'elle joue et qu'Isabelle Huppert est une fois de plus remarquable, on se demande quel est l'intérêt de leur faire jouer des séquences pareilles, qui gâchent leur immense talent (cela dit, elles sont libres de leurs choix et Isabelle Huppert a rempilé chez Bozon pour "Madame Hyde"). Il est difficile d'en dire autant de leurs comparses à l'écran. François Damiens fait son numéro habituel, tandis que le passage éclair de Samy Naceri constitue un vrai moment de gêne. Là encore, le jeu "en décalé" des interprètes (et encore, pas toujours) est peut-être une démarche volontaire. Là encore, ça m'est passé au-dessus de la tête.

Au final, ce "Tip top" est un film sans véritable intrigue, donnant à chaque acteur l'occasion de faire un numéro parfois embarrassant, mais dont le visionnage vire souvent à l'épreuve pour le spectateur.


mercredi 10 octobre 2018

Cargo (2009)


Je crois n'avoir jamais évoqué de film suisse dans ces colonnes. Celui dont il est question aujourd'hui est, qui plus est, un film de science-fiction : je pense qu'ils sont peu nombreux, chez nos amis helvètes. "Cargo", c'est son titre, n'est pas sorti dans le circuit traditionnel, en France et c'est vers le marché vidéo qu'il faut se tourner pour savoir si quelqu'un nous entend crier, dans l'espace. 

2267 : la Terre est devenue inhabitable et ses habitants se bousculent pour rejoindre Rhea, la planète du nouveau départ. Le Docteur Laura Portmann s'engage sur un vaisseau cargo devant apporter du matériel vers une colonie qui permettra de rejoindre, à terme, Proxima du Centaure. Chacun des membres de l'équipage du cargo est sorti, à son tour, de l'hibernation nécessaire au voyage. Quand vient le tour de Laura, celle-ci décèle une présence dans le vaisseau et décide de réveiller le Capitaine du vaisseau. Que se passe-t-il dans le cargo qui progresse dans le froid glacial de l'espace ?

Forcément, avec un pitch pareil, on ne peut que penser à "Alien, le huitième passager", terrifiant film de science-fiction devenu un classique du genre et dont l'ombre plane sur une généreuse descendance, pas toujours à la hauteur du film de Ridley Scott. Mais le cargo du film n'est pas le Nostromo : il s'agit plutôt d'un immense vaisseau chargé d'une cargaison dont on ne sait pas tout et dont l'équipage ne connaît pas tous les recoins. Le contraste entre la dimension humaine (on est souvent au plus près des personnages) et l'immensité du vaisseau joue souvent en la défaveur du film, hélas. 

Il est toujours injuste de pointer du doigt le manque de moyens d'un film. Dans le cas de "Cargo", pour évident que soit ce manque, il n'en reste pas moins que le long métrage fait avec (ou plutôt sans) et ne s'en sort pas si mal. La majeure partie des scènes a lieu en espace confiné et les plans "spatiaux" sont finalement plutôt rares. Les réserves viennent plutôt du côté de l'interprétation, les acteurs manquant visiblement de conviction. 

Quelques coups de rabot dans le scénario (ou un peu d'huile dans certains rouages) auraient été salutaires et auraient permis d'éviter que le spectateur perde le fil de temps à autre. De même, l'interprétation assez moyenne (je vais être gentil, pour le coup) de certains des acteurs tend à faire décrocher de l'intrigue pourtant intéressante du film. Avec un peu plus de nervosité, que ce soit dans sa mise en scène ou le jeu des interprètes, ce voyage de quelques humains dans l'espace glacial aurait pu être un grand film de science-fiction. A défaut, c'est simplement un film pas inintéressant, mais qui ne laisse pas un grand souvenir.




vendredi 5 octobre 2018

Les fantômes du passé (2017)



J'avoue un petit faible pour la littérature policière venue d'Islande. Alors, quand l'occasion s'est présentée de visionner un film venue de ce morceau de terre, je n'ai guère hésité. Sous le titre français de "Les fantômes du passé" (alias "Eg man pig" en Islandais, ou "I remember you" pour les pays anglo-saxons, allez vous y retrouver avec ces titres), se profilait donc l'adaptation d'un roman d'Yrsa Sigurðardóttir, mêlant thriller et épouvante. Pourquoi pas, après tout ?

Quelque part, en Islande, une femme se pend dans une église. En enquêtant sur son passé, Freyr, psychiatre, dont le fils a disparu trois ans plus tôt, découvre que cette suicidée n'était pas étrangère à cette disparition.
Non loin de là, trois jeunes gens décident de rénover une vieille maison abandonnée, située dans un village déserté faute d'activité industrielle, avant de se rendre compte que les lieux abritent une présence. Et si ces faits étaient liés entre eux ? 

Au bout de quelques scènes, on comprend que "Les fantômes du passé" utilise deux intrigues qui finiront par se croiser mais que la route sera faite de douleurs, parce que les personnages charrient tous un passé compliqué. Il est question de deuil, surtout, dans ce film froid comme le vent qui souffle sur les paysages islandais (remarquables décors de film, soit dit en passant). 

Hélas, dans son traitement, "Les fantômes du passé" est souvent peu clair et déséquilibré. Les
motivations du psychiatre qui accompagne les enquêteurs, par exemple, sont mieux explicitées que celle des jeunes gens venus restaurer une maison, envers et contre tout, malgré les multiples fêlures existantes dans leurs existences. Óskar Thór Axelsson, réalisateur et coscénariste du film, a un véritable talent de mise en scène, mais livre un long métrage parfois bancal. C'est d'autant plus dommage que les acteurs sont souvent très convaincants, Jóhannes Haukur Jóhannesson en tête.

Par ses maladresses, "Les fantômes du passé", s'il peut séduire par ses décors, son ton et son casting, échoue à réussir dans l'exercice de style qu'il s'impose. Pas franchement désagréable, mais sans rien de surprenant, ce film venu d'une contrée à la production cinématographique rare peut laisser froid.




dimanche 30 septembre 2018

Après la tempête (2016)


Après avoir fait forte impression auprès des critiques avec ses précédents films ("Nobody knows", "Tel père tel fils" ou "Notre petite sœur"), Hirokazu Kore-eda, cinéaste japonais réputé pour son approche humaniste de thèmes intimes, comme la famille ou la paternité, fut de retour à Cannes avec "Après la tempête". Ce film, passé sous le radar (comme on dit) d'une grande partie du public, méritait-il plus de visibilité ?   

 Ryota fut écrivain mais n'arrive pas à produire son prochain roman. Il se contente d'un petit boulot de détective privé et de magouilles au jour le jour pour assouvir sa passion du jeu. Il a été marié, mais ne voit plus son fils que rarement, tandis que son ex-femme est sur le point de refaire sa vie. Alors qu'un typhon s'apprête à déferler sur sa ville, tout ce qui compose sa vie se trouve réuni et devra affronter les éléments. Ryota trouvera-t-il le calme, après la tempête ?

A n'en pas douter, Hirokazu Kore-eda aime ses personnages et, à la manière d'un Claude Sautet, s'attache à filmer au plus près d'eux, privilégiant les plans rapprochés et n'hésitant pas à montrer leurs travers. Ryota, personnage central de "Après la tempête", n'est certainement pas un héros. C'est un homme comme beaucoup d'autres et il suscite autant la compassion que l'agacement : les problèmes qu'il affronte sont pour beaucoup imputables à ses choix. 

Le film de Hirokazu Kore-eda est sans doute à réserver aux amateurs d'histoires "vraies", c'est-à-dire à ceux qui ne renâclent pas à passer du temps dans les salles obscures, à contempler la vie de leurs semblables, loin des exploits extraordinaires de héros venus d'autres imaginaires. Les thèmes principaux de "Après la tempête" tournent autour de la filiation, des choix que l'on fait en tant qu'adulte et des responsabilités que l'on endosse (ou pas). 
A ce titre, les interprètes, Hiroshi Abe (dans le rôle de Ryota) en tête, sont particulièrement inspirés et portent le film avec un talent remarquable. Derrière l'interprète principal, on notera également le jeu très fin de Kirin Kiki dans le rôle d'une grand-mère moins dépassée qu'il n'y paraît ou de Yoko Maki (que Hirokazu Kore-eda avait déjà fait tourner dans "Tel père tel fils"), en ex-femme fragile et forte à la fois. 

"Après la tempête" est un film profondément humain, qui peut parler à tous, malgré qu'il vienne de l'autre bout du monde (ou peut-être, justement parce qu'il en vient). Dans l'histoire qui y est narrée, les sentiments mettent du temps à produire des effets, comme dans les plats que prépare la mère du héros et dont elle laisse les ingrédients refroidir pour qu'ils donnent plus de goût. Sans doute à réserver aux amateurs du genre, "Après la tempête" est un film plus universel qu'il n'y paraît. 


mardi 25 septembre 2018

De vrais mensonges (2010)


Remarqué par nombre de cinéphiles avec "Les apprentis", Pierre Salvadori a continué sa carrière, oscillant entre comédie et tragédie, mais gardant toujours un ton très humain et des personnages typiques. Ceux de ses films, souvent interprétés par des acteurs lui étant fidèles, sont tous un peu cabossés par la vie, mais qui s'en sortent tant bien que mal. L'un de ses films les plus légers, "De vrais mensonges" n'avait pas eu un grand succès, malgré la présence à l'affiche d'Audrey Tautou et de Nathalie Baye. Alors, sommes-nous passés à côté d'un bon film ?

Emilie, qui dirige avec une amie un salon de coiffure, reçoit un jour une lettre d'amour anonyme. Las ! Ne goûtant guère les mots sublimes qu'elle contient, Emilie la jette tout d'abord, avant d'avoir une idée : et si cette lettre, adressée à sa mère, pouvait sauver celle-ci, qui ne s'est toujours pas remise du départ de son mari ? Aux yeux d'Emilie, ce n'est qu'un petit mensonge. Mais il va prendre des proportions qui vont vite la dépasser...

Retrouvant Audrey Tautou après "Hors de prix", Pierre Salvadori s'attaque ici à ce qui s'apparente presque à du théâtre. Peu de lieux d'action, peu de personnages et, surtout, une intrigue que n'aurait pas renié Feydeau. Il ne manque plus que les portes qui claquent. Pourquoi pas, après tout ? Un peu de légèreté est bienvenu, parfois, et pour peu qu'on accepte le contrat, le spectateur peut y prendre grand plaisir.

Mais le fait est qu'on ne retrouve pas dans "De vrais mensonges" l'épaisseur qui faisait toute la saveur d'un film comme "Les apprentis" ou "Cible émouvante". Il n'y a rien de très mémorable dans cette comédie légère qui peine parfois à remplir certains vides. A force de légèreté, Pierre Salvadori frôle parfois le vide avec cette histoire jouant trop souvent sur les quiproquos et les maladresses de ses personnages.

Heureusement, il y a les acteurs. En tête, Audrey Tautou, prouvant qu'elle n'est pas que le personnage d'Amélie Poulain (s'il en était besoin) arrive à être touchante et irritante. Mais c'est surtout la prestation de Sami Bouajila et de Nathalie Baye (particulièrement émouvante dans certaines séquences) qui vaut le visionnage. Ces deux-là s'en sortent avec plus que les honneurs et c'est surtout leurs interprétations qui vaut le détour. 

Une fois, de temps en temps, un film léger fait du bien, même s'il ne laisse guère de souvenirs après son visionnage. S'il est honorable et reste au-dessus du niveau moyen de la comédie française (ce n'est pas très dur, vous en conviendrez), "De vrais mensonges" est à ranger parmi les films "mineurs" de son réalisateur. 


jeudi 20 septembre 2018

Père et fille (2004)


Kevin Smith, qui se fit remarquer par "Clerks", un de ces petits films qui se font remarquer par leur extrême rentabilité, a suivi son petit bonhomme de chemin, tout en restant fidèle à sa marque de fabrique. S'entourant souvent des mêmes acteurs (Ben Affleck, Matt Damon, ... font partie de sa "bande"), l'homme a ses fans. En s'essayant (à sa manière) à la comédie romantique, avec "Père et fille" (dont le titre original, "Jersey Girl" est largement meilleur que sa traduction, une nouvelle fois), Smith ne connut pas le succès habituel.


Chargé de communication à Manhattan, Ollie a tout pour être heureux, même si son métier passe avant sa vie personnelle. le jour où sa femme meurt en donnant naissance à leur bébé, toute son existence s'écroule. Ollie craque et perd son emploi. Le voilà, avec une petite fille sur les bras, obligé de retourner vivre chez son père, dans une petite ville du New Jersey. 
Découvrant le rôle de père, Ollie doit tout réapprendre. Même l'amour.

Il n'y a pas que de la comédie, dans ce film que Kevin Smith dédie à son père et dont il a puisé l'inspiration dans sa propre expérience de père. La première partie est même dramatique à plusieurs reprises et l'on conçoit mal comment le film va pouvoir se débarrasser de ce passif pour repartir vers des horizons plus clairs. Il y parvient cependant et respecte à peu près les codes de la romcom, même s'il se permet quelques écarts bienvenus. En sortant à plusieurs reprises du chemin balisé que tant d'autres suivent avec application (quitte à lasser leur spectateur), Kevin Smith livre ici un petit film qui fait vibrer plus d'une émotion : on sourit, on s'émeut, on s'agace aussi, parce que les héros de "Père et fille" sont finalement des gens "normaux". Ils ne vivent pas dans un sublime loft de Manhattan ou un appartement cossu de Greenwich Village et n'ont pas un métier de rêve. En éjectant, dès les premières séquences, son personnage principal du cocon douillet où il vivait, Kevin Smith tord le cou aux clichés : Ollie est victime de nombreux aléas, parfois tragiques, mais ça ne le rend pas plus sympathique et c'est avant tout le spectateur qu'il va devoir séduire. 

Une fois de plus, Kevin Smith a fait venir ses copains (même Matt Damon fait un petit passage) pour donner vie à cette comédie pas toujours drôle, mais finalement plutôt réussie. Ben Affleck, dans le rôle d'un yuppie se découvrant père, est plutôt convaincant et la très jolie Liv Tyler s'en sort bien, dans un rôle qui aurait pu se résumer à celui de la belle de service. Notons la très jolie prestation de la petite (à l'époque) Raquel Castro, qui fait, depuis, une jolie carrière à la télévision, ainsi que celle de l'humoriste George Carlin, épatant en père et grand-père comme on en rêve. 
Jennifer Lopez, qui disparaît rapidement du film, avait déjà partagé l'affiche avec Ben Affleck peu avant, avec "Amours troubles"(un des prototypes du four hollywoodien). Lui avoir confié le rôle de l'épouse du héros est sans doute l'une des meilleures idées du film. Avoir fait du personnage principal un père souvent indigne (alors qu'il a une petite fille exceptionnelle) en est une autre : Kevin Smith, ce faisant, évite d'engluer son film dans la guimauve. Le héros se prend des coups dans la figure, mais l'a souvent mérité. Et, si "Père et fille" choisit une résolution imposée par son genre, celle-ci est amenée de façon particulièrement maline. 

Au final, la romcom de Kevin Smith est plutôt plaisante. Si elle n'a rien d'inoubliable, on peut clairement la classer parmi les réussites dans l'exercice. Le pire reproche (en dehors d'une affiche assez hideuse) qu'on puisse faire au film est sans doute son titre, particulièrement passe-partout : lors du générique de fin, la voix du Boss entonne une belle version live de "Jersey Girl".



samedi 15 septembre 2018

Galactica, la bataille de l'espace (1978)



Dans l'élan de mode de la science-fiction qui suivit le triomphe de "Star Wars", en 1977, on vit de nombreux longs métrages regarder vers les étoiles. A l'époque, même James Bond endossa une combinaison d'astronaute, dans "Moonraker" (l'un des moins bons volets de la franchise, mais je m'égare). La série télévisée "Galactica", qui connut un certain succès (voire un succès certain) fut  l'origine d'un film, constitué du montage de plusieurs épisodes. Produit par John Dykstra, qui avait supervisé les effets spéciaux de "Star Wars", "Battlestar Galactica" n'a pas laissé dans les mémoires  des cinéphiles un souvenir impérissable. Si la série a conquis ses titres de noblesse auprès des amateurs, le film aurait-il pu faire date ?

Dans un passé lointain, ceux qui allèrent donner naissance aux civilisations humaines firent enfin la paix avec les terribles Cylons. Mais, alors que tous s'apprêtaient à célébrer cet armistice, les adversaires d'hier déployèrent leur flotte et anéantirent presque toute l'humanité. Fuyant les Cylons et rassemblés dans quelques vaisseaux, sous la direction du Commandeur Adama, les humains partent en quête de la seule colonie humaine ayant survécu : elle serait installée sur la planète Terre. Mais les Cylons n'ont pas renoncé et comptent bien faire réduire l'humanité à néant.

J'avoue n'avoir jamais suivi de près la série "Galactica", dans quelque incarnation que ce soit. Elle a pourtant, à mes yeux, une vraie proposition à faire : celle de suivre l'exil et les combats d'une humanité à venir. Le ton aurait donc pu être grave, mais le traitement ne l'est pas toujours. Si le cadre et les événements promettaient un véritable drama dans les étoiles, les protagonistes sont souvent coupables de badinage et de chamailleries qui nuisent à la crédibilité. 

L'impression générale de kitsch, ensuite, joue cruellement en la défaveur du film (et donc de la série, puisque le long métrage en compile plusieurs des épisodes) : on a du mal à croire en l'univers qui est décrit, faute d'ambition et de réalisme (oui, j'emploie ce terme à dessein). Si, dès les premiers plans de "Star Wars", le spectateur était happé et adhérait à l'univers proposé, ce n'est pas le cas dans "Battlestar Galactica".

La réalisation est également à pointer du doigt : malgré un formatage très télévisuel, l'assemblage des différentes intrigues (le conflit entre Humains et Cylons est au premier plan, mais plusieurs histoires dans l'histoire sont au second) nuit à la cohérence de l'ensemble. Et ce n'est pas l'interprétation des acteurs principaux (avec un look terriblement daté, les pauvres) qui sauvera le film, j'en ai peur. Enfin, les effets spéciaux de "Battlestar Galactica" s'avèrent bien moins convaincants que ceux de "Star Wars". Malgré la présence du grand Dykstra, on tique lors des combats spatiaux et les décors n'ont pas grand chose d'exotique. Bref : on n'y croit pas vraiment.

A jouer sur la proximité avec ce qui est devenu une des franchises les plus célèbres du cinéma, "Battlestar Galactica" souffre de la comparaison. C'est d'autant plus dommage que ce film aborde des thèmes intéressants.


Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film tiré de série / ayant inspiré une série"

lundi 10 septembre 2018

The Sessions (2012)


Il est des thèmes dont on parle peu, parce qu'ils sortent la majorité du public de sa zone de confort. Le cinéma hésite souvent à les aborder, parce qu'ils sont forcément peu porteurs (et représentent donc des paris risqués). La sexualité des personnes handicapées en est un bon exemple : combien de films ont osé évoquer le sujet ? Et, parmi ceux-là, combien l'ont fait frontalement ? A ce titre, "The sessions" est une audace, récompensée par plusieurs nominations aux Golden Globes et aux Oscars. Aurait-il mérité plus de visibilité publique ? 

Paraplégique depuis l'enfance, Mark O'Brien vit l'essentiel de son temps dans un poumon d'acier.  Poète et journaliste, il n'en est pas moins homme et aimerait connaître le sexe. Confiant ses tourments à un prêtre compréhensif, Mark va se tourner vers Cheryl, une assistante sexuelle. Elle va apprendre au corps brisé de Mark les choses de la chair. Plus rien ne sera comme avant pour lui, ni pour elle.

Avec un sujet pareil, on pouvait craindre de tomber dans le film larmoyant ou dans le pire des mauvais goûts. J'imagine sans peine les signaux d'alerte qui ont du passer dans le rouge, lorsque des producteurs ont découvert le scénario du film, issu du roman du vrai Mark O'Brien. Ben Lewin, le réalisateur a sans doute faire montre de pas mal de de diplomatie pour financer son film. Et c'eût été dommage que ce long métrage ne voie jamais le jour. Pour casse-gueule qu'il soit, le sujet y est traité tout en finesse et en humanité : "The Sessions" est une vraie réussite. 

Ce tour de force a plusieurs raisons. La première est l'approche humaine et sans dramaturgie superflue qu'a choisi Ben Lewin pour raconter cette histoire et la réaliser. Filmant de "vrais gens", à hauteur d'homme et de femme, il ne s'embarrasse pas d'effets inutiles et ne cherche surtout pas à faire larmoyer son spectateur. On ne sort du visionnage de "The Sessions" avec le moral dans les chaussettes, pour faire court. L'autre raison, et sans doute la meilleure, est la formidable interprétation des trois acteurs principaux, Helen Hunt en tête. 

J'avais déjà beaucoup d'admiration pour Helen Hunt, dont la belle énergie sauva déjà plus d'un film. Dans "The Sessions", elle endosse un rôle que nombre de comédiennes auraient refusé et donne vie à une femme admirable. La qualité de sa prestation est à la hauteur du risque qu'elle prit en acceptant d'interpréter Sheryl. Rien que pour elle, le film vaut d'être vu. 
On saluera aussi la très belle interprétation de John Hawkes, d'ordinaire confiné dans des rôles secondaires, qui incarne avec une belle sobriété Mark O'Brien. Enfin, William H. Macy est lui aussi impeccable dans un rôle de prêtre qui voit ses principes bousculés par un homme cloué à sa civière..

Échappant heureusement à l'ornière du pathos et réussissant même à faire sourire son spectateur, "The Sessions", malgré un sujet des plus casse-gueule, réussit la quadrature du cercle. Chapeau !



Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film sensuel"

mercredi 5 septembre 2018

Quelque part dans le temps (1980)




Le voyage temporel, voilà un registre des plus casse-gueule. On l'a vu traité de bien des façons, tant en littérature qu'au cinéma. Richard Matheson, inspirateur de bien des films (de "Je suis une légende" à "Duel", en passant par "L'homme qui rétrécit", traita de ce sujet dans "Le jeune homme, la mort et le temps", dont il tira le scénario de "Quelque part dans le temps", réalisé par Jeannot Szwarc. Peu connu en France, ce film de 1980 mérite-t-il de sortir de l'oubli ? 

Lors de la représentation de sa première pièce de théâtre, Richard Collier vient venir vers lui une vieille dame inconnue. Après avoir prononcé "Reviens-moi", la mystérieuse vieillarde disparaît, laissant une montre dans la main de Richard. Huit ans plus tard, devenu célèbre, il n'a pas oublié cette étrange rencontre. Alors qu'il séjourne au Grand Hôtel, il est captivé par le portrait affiché d'une belle jeune femme, une actrice ayant séjourné là en 1912....et découvre qu'elle est Elise McKenna, la vieille dame venue à sa rencontre. Richard va tenter de remonter dans le temps pour rencontrer Elise, en 1912.

Avec les années, "Quelque part dans le temps" a conquis des fans, un peu partout dans le monde. On peut les comprendre : le mélange de romantisme et de fantastique (penchant fortement du côté de la romance, cela dit) peut séduire. Mais cette patine peut aussi agacer : esthétiquement, le film est daté et souffre de la comparaison avec d'autres œuvres plus récentes, tant pour sa photographie que son montage, pour ne citer que deux aspects techniques.

Hélas, pour les amateurs de ce registre du fantastique, il faut faire avec la forte dose de romance, à la limite d'un traitement à l'eau de rose. La réalisation de Jeannot Szwarc, surtout connu pour la suite médiocre des "Dents de la mer" et quelques navets plus récents comme "Hercule et Sherlock" ou "La vengeance d'une blonde", alterne les défauts évidents avec quelques belles trouvailles. 

On se réjouira de retrouver le regretté Christopher Reeve, à l'époque prisonnier du collant de Superman, démontrant un évident talent trop peu exploité durant sa carrière. Face à lui, Jane Seymour, évadée (pour un temps) du petit écran, et Christophe Plummer livrent une belle prestation, hélas gâchée par un doublage français médiocre. La bande originale de John Barry, particulièrement mélancolique, est également à mettre au crédit de ce film.

Il peut sembler étonnant que des admirateurs de "Quelque part dans le temps" se réunissent chaque année dans l'hôtel qui tient lieu de décor à ce film. Culte pour une poignée de spectateurs, cette histoire romantique franchissant les décennies, accuse pourtant (un comble !) le poids du temps qui passe. 




vendredi 31 août 2018

Paris Willouby (2016)




On peut dire plein de choses, avec un road-movie. Un voyage, seul ou accompagné, est souvent intérieur et, tout en découvrant de nouveaux horizons et de nouveaux personnages, on peut faire rire, faire pleurer, émouvoir et secouer un peu le spectateur. Les réussites sont légion, au cinéma, dans ce registre. Les échecs aussi. Récemment, parce qu'il mettait en vedette Isabelle Carré (qui, comme mes lecteurs le savent, fait partie des raisons pour lesquelles je peux me pencher sur un film), j'ai visionné "Paris Willouby", l'un des flops du cinéma hexagonal de 2016. 

Claire, divorcée et mère d'Alexandre est remariée avec Maurice, qui a une fille, Lucie. De cette nouvelle union est née Prune, une petite fille curieuse de tout. Mais cette famille recomposée accueille aussi Marc, le frère de Claire, dont Angélique, la petite amie, enceinte, vient de partir, puisqu'il est incapable de s'engager. Quand Claire apprend la mort de son père, qui n'a plus donné de nouvelles depuis sept ans, elle entraîne toute la tribu, pour se rendre aux obsèques de celui-ci. Le voyage ne sera pas de tout repos. 

Si l'intrigue de "Paris Willouby" vous dit quelque chose, c'est probablement à cause de sa très grande proximité avec celle du très réussi "Little Miss Sunshine". Lui aussi réalisé par un duo (aux manettes, Quentin Reynaud et Arthur Delaire, aussi acteurs), "Paris Willouby" souffre trop de la comparaison avec son modèle pour prétendre être plus qu'un simple décalque. En suivant les pérégrinations d'une famille s'entassant dans un monospace pour se rendre à l'enterrement du père absent, la famille Guilby-Lacourt, au gré de son voyage, perd peu à peu l'affection des spectateurs qui auraient pu s'intéresser à elle.

Pour qu'un road-movie fonctionne (et, d'ailleurs, c'est valable pour nombre de films), il faut que les personnages aient quelque chose à perdre ou à gagner. Faute d'enjeu véritable pour les personnages principaux, la balade se résume vite à quelques règlements de compte et quelques éclats qui ne sont jamais exploités sur la durée. Et ce n'est hélas pas du côté de l'interprétation qu'il sera possible de se consoler. On a beau adorer Isabelle Carré, ce n'est pas ici qu'elle trouve son meilleur rôle et la lumière qu'elle apporte d'habitude à un film est ici bien terne. Face à elle, Stéphane de Groodt et Alex Lutz sont peu convaincants, une fois de plus (il va falloir que je trouve le moyen de me réconcilier avec ces deux acteurs), tandis que les plus jeunes de la distribution ne s'en sortent pas trop mal.

Il est possible de se consoler avec la bande originale, assurée par le groupe Gush (dont un troisième album serait le bienvenu, ceci est un appel), qui est sans doute la meilleure idée du film et confère aux scènes qu'elle illustre une énergie communicative.

A trop s'inspirer d'un modèle qui convainquit tout le monde ou presque, "Paris Willouby" singe trop souvent, et bien maladroitement, le très chouette "Little Miss Sunshine" : il ne suffit cependant pas de mettre une famille un peu bancale sur la route pour faire un film réussi. Ça se saurait.


dimanche 26 août 2018

Les goûts et les couleurs (2018)


Depuis quelques années, un nouvel acteur est en train de rebattre les cartes dans la production de fictions. Si Netflix a fait ses preuves en matière de séries, force est cependant d'avouer que, pour les films, on attend encore le long métrage qui sortira du lot. En attendant, Netflix varie son offre et permet de visionner des films sans passer par les salles obscures. Est-ce une bonne idée ? La question reste posée.
Simone, qui vit en couple avec Claire. depuis trois ans, n'a toujours pas réussi à faire son coming-out auprès de sa famille, où la religion juive tient une place importante. Son frère, afin qu'elle ne reste pas célibataire, lui arrange un rendez-vous avec l'un de ses amis, qui a une excellente situation. Pas à un mensonge près, Simone envoie à sa place une amie, que la rencontre ravit. Pour ne rien arranger, Simone tombe sous le charme de Wali, un cuisinier chez qui elle a ses habitudes. Oui, c'est compliqué, chez Simone. Et ça ne va pas s'arranger.

En montant ce projet, l'équipe de production devait lorgner sur l'immense (et pas forcément mérité) succès de "Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?". Au centre de l'histoire, Simone et ses histoires d'amour et de sexualité, son rapport à la religion et à ses parents, font immanquablement penser à cette comédie, ça saute très rapidement aux yeux (surtout dans les scènes où Simone est confrontée à ses parents). Pourquoi pas ? Tout n'avait pas été (bien) dit dans ce film et il restait possible d'évoquer les mêmes thèmes avec finesse et drôlerie. L'intention était donc peut-être bonne... 

Seulement, l'histoire que narre "Les goûts et les couleurs" ne tient pas vraiment debout, partant dans tous les sens, sans doute pour exploiter chaque thème passant à sa portée, espérant faire à la fois sourire et réfléchir sur ces thèmes qui continuent de secouer la société. Le personnage de Simone, au lieu d'être l'axe central du film, nous fait le coup du "un pas en avant, deux pas en arrière", forçant l'histoire à suivre une trajectoire chaotique, à laquelle on ne croit finalement pas.

On pourrait se réfugier dans la prestation des acteurs, pour certains au stade de la découverte. Malheureusement, qu'il s'agisse des jeunes pousses (Sarah Stern, Jean-Christophe Folly, Julia Piaton, pour ne citer qu'eux), à qui l'on souhaite de mieux choisir leurs prochains rôles ou d'acteurs plus confirmés (Catherine Jacob, Richard Berry ou Arié Elmaleh), tous semblent bien peu inspirés. La réalisatrice, Myriam Aziza, qui s'était fait un nom dans le registre du documentaire, se contente de regarder et en oublie de diriger tout son petit monde.

Empilement de clichés utilisés pour leur prétendu effet comique, "Les goûts et les couleurs" est loin d'être drôle. Film qui n'aime visiblement pas ses personnages, il ne fait rien pour être apprécié du public. Pour le coup, on peut le laisser passer sous le radar.



mardi 21 août 2018

L'amour a ses raisons (2011)




Un petit air d'Italie, ça ne se refuse pas. Revoir, fût-ce sur écran, les rues de Rome, me touche toujours. Aussi, lorsque l'occasion s'en est présentée, j'ai jeté un œil à "L'amour a ses raisons", film en trois chapitres traitant de l'amour et venu de l'autre côté des Alpes. Comme l'affiche annonçait, en plus, la présence de Monica Bellucci, je ne m'étais pas fait prier. Par contre, la question pouvait se poser : pourquoi ce film (comme finalement pas mal de ses homologues italiens) n'avait-il pas franchi la frontière avec succès ?

L'amour, toujours : à trois périodes de la vie, le voilà qui sévit et fait des ravages dans les cœurs. Il retourne celui de jeune avocat ambitieux se retrouvant dans un petit village peuplé d'originaux. C'est aussi lui qui entraîne ce présentateur de télévision dans une histoire qui lui échappe. C'est toujours lui qui rapproche un américain venu se réfugier à Rome et la fille de son ami, envers et contre tout. Il n'a pas fini de sévir, Cupidon, avec son arc et son taxi (ah oui, on ne vous a pas dit, mais il doit boucler ses fins de mois, cet angelot).

C'est beau, l'Italie, que ce soit en bord de mer ou au centre de Rome. Depuis des décennies, les cinéastes y ont posé leur caméra, pour filmer des drames et des comédies, avec plus ou moins de succès et de grâce. Mais un beau décor n'a jamais suffi à faire un film. Il faut, pour cela, conter une histoire et bien s'y prendre. En l'occurrence, "L'amour a ses raisons" prend le risque d'en narrer trois d'un coup, sur le thème le plus universel qui soit : l'amour. Sans doute le réalisateur, Giovanni Veronesi , s'est-il dit que ce serait facile de jouer sur un terrain aussi connu. Ce n'est évidemment pas aussi facile que cela. Pour universel qu'il soit, le thème est évidemment un chausse-trappe et s'y frotter peut donner le meilleur comme le pire. J'ai bien peur que, dans le cas de "L'amour a ses raisons" (dont le titre original "Manuale d'amore 3" suggère qu'il s'agit du troisième volet que Veronesi consacre aux méfaits de Cupidon), la balance penche plutôt du mauvais côté. 

Les décors sont enchanteurs, oui, les actrices sont belles et généreuses. Mais, malheureusement, les histoires racontées ici ne sont pas à la hauteur du décor et des interprètes. Le premier volet, visiblement improvisé, s'égare dans le boulevard avant de retomber péniblement sur ses pattes. Le deuxième est sans doute le moins intéressant, utilisant comme ressort comique la maladie mentale de son héroïne. Enfin, le troisième est le plus touchant et le plus intéressant, sans doute parce qu'il est interprété par Robert de Niro et Monica Bellucci, même si "L'amour a ses raisons" ne doit pas trôner bien haut dans leur filmographie. Et quelle idée stupide que d'avoir utilisé un personnage de chauffeur de taxi (celui que j'évoquais dans le pitch plus haut), censé personnifier l'amour. 

Enfin, si vraiment vous tenez à voir ce film, évitez la version française comme la peste bubonique. Le doublage est une vraie catastrophe, à peine digne de celui des émissions de télé-réalité perdues au fin fond d'obscures chaînes de la TNT.




jeudi 16 août 2018

Rendez-vous l'été prochain (2010)



Philip Seymour Hoffman, grand acteur récemment disparu, fut aussi réalisateur. Le seul film qu'il mit en scène "Rendez-vous l'été prochain" (dont le titre original était "Jack goes boating") fut l'adaptation d'une pièce de théâtre dans laquelle il avait joué et qu'il avait mis en scène également. Long métrage à petit budget, ce film ne reçut guère de succès lors de sa sortie en salles (moins de 40 000 entrées en France). Il donne pourtant à voir une autre facette du talent de l'immense artiste, passé au Panthéon pour d'autres rôles.


Chauffeur de limousine, Jack est mal dans sa peau, et inadapté dans la société. Son seul ami, Clyde, est en couple avec Lucy. C'est grâce à eux qu'il rencontre Connie, une femme fragile et maladroite, dont il s'éprend. Pour elle, il veut changer et apprendre à nager, à cuisiner, et l'emmener sur le lac, l'été prochain, parce qu'il lui a promis une balade à Central Park.
Tandis qu'entre Connie et Jack, une amour se construit, celui qui soudait Clyde et Lucy se délite.
Qu'en sera-t-il l'été prochain ?

Le moins que l'on puisse dire, c'est que les personnages de "Rendez-vous l'été prochain" ont des problèmes et, surtout, des psychoses. Mal dans leur peau et dans leur monde, les héros de ce film vivent comme en vase clos, enfermés dans leur petit appartement new-yorkais (enfin un film où les protagonistes ne vivent pas dans un logement grand comme un stade, voilà qui est réaliste !) ou dans l'habitacle de leur voiture. Même lorsqu'il tente de se lancer dans le monde extérieur, Jack a besoin de se réfugier dans l'eau de la piscine pour devenir l'homme qu'il aspire à être. Bref, quoi qu'en disent certains sites, "Rendez-vous l'été prochain" n'est pas vraiment une comédie romantique.

L'histoire narrée par Philip Seymour Hoffman l'est à hauteur d'homme et de femme, toute en sensibilité, parfois avec de gros silences qui instillent un léger malaise. En plus d'être un grand acteur, on peut sans conteste dire qu'il était également un talentueux metteur en scène. Et, surtout, Hoffman était aussi un remarquable directeur d'acteurs, sans doute parce qu'acteur lui-même. Les quatre personnages principaux sont incarnés avec grâce par, en plus du metteur en scène, les trop rares John Ortiz, Amy Ryan et Daphne Rubin-Vega, tous épatants dans des rôles loin d'être caricaturaux.
Il est sans doute là, le plus bel atout de "Rendez-vous l'été prochain", dans ses personnages et ceux qui leur donnent vie, dont on sent que le metteur en scène les aime éperdument.

Alors, "Rendez-vous l'été prochain" (titre français finalement pas si désastreux) est certes un petit film, qui parle de "vraies" gens. Mais ce genre de petit film fait parfois du bien, parce qu'il narre une histoire qui peut nous "parler", mais aussi parce qu'il donne la part belle aux acteurs et à ceux qui les aiment. Voir (ou revoir) ce long métrage passé inaperçu à sa sortie peut être un bel hommage à l'immense artiste que fut Philip Seymour Hoffman.

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film avec une saison dans le titre"

samedi 11 août 2018

Denis (2013)


A peine 44 000 entrées durant une exploitation d'une semaine : voilà ce qu'on appelle un four. Pour nombre de réalisateurs, pareille sanction équivaut à la fin d'une carrière. Lionel Bailliu, aux manettes de l'accident industriel que fut "Denis", officie depuis à la télévision. Ce qui fut à l'époque son second long métrage méritait-il cependant un pareil désastre ? 

Technicien de police scientifique, Vincent n'a pas de chance avec les femmes. Par deux fois, celle qu'il pensait être la femme de sa vie l'a quitté. Pire encore, c'est pour le même homme, un certain Denis, professeur de catch, motard et fêtard qu'elles sont parties. Alors qu'il vit une belle histoire avec Anna, Vincent voit resurgir Denis.
Il veut en avoir le cœur net : qu'a-t-il de plus, ce Denis, avec ses chemises voyantes, pour faire chavirer le cœur des femmes de sa vie ?

Avec une idée de base pareille, on pouvait s'attendre, avec "Denis", à une comédie où deux personnages radicalement différents, après s'être affrontés, apprennent au cours du film à s'apprécier l'un et l'autre. L'opposition entre deux personnages est l'un des ressorts les plus connus et les plus éculés de la comédie, qu'elle soit française ou pas. Pour usé qu'il soit, ce mécanisme peut cependant fonctionner, s'il est au service d'un scénario riche et si l'interprétation le nourrit. Dans le cas de "Denis", il faut bien reconnaître qu'aucune de ces deux conditions n'est remplie. Passé le postulat de base, on a vite l'impression que le scénario est rempli de trous, comblés à la va-vite par le passage de personnages secondaires ou par des séquences de pure comédie. Quelques étincelles parsèment bien le film, laissant augurer de ce qu'il aurait pu être, mais ne suffisent pas à enflammer l'ensemble.

Et, malgré ce remplissage, "Denis" est un film très court (1 heure 10), qui s'arrête faute d'avoir plus à dire (ce qui serait bienvenu dans nombre de cas, si vous voulez mon avis, mais ce n'est pas le propos). Il serait de mauvais goût de reprocher à un film sa courte durée mais, dans le cas de "Denis", une chose est sûre : il aurait vraiment été difficile d'en faire plus, la matière étant rapidement épuisée.

Au service des personnages, les deux acteurs principaux, Fabrice Eboué et Jean-Paul Rouve, sont assez peu convaincants, dans leurs personnages d'hommes antagonistes. Il faut se tourner vers la part féminine du casting pour être plus convaincu, notamment par la fraîcheur apportée par Sara Giraudeau, qui trouvera plus tard des rôles à la mesure de son talent. 

Quelques moments vraiment drôles ne suffisent pas à rendre un film. "Denis" comporte quelques-uns de ces instants, mais, faute de savoir les lier solidement, pêche à tenir ses promesses. Faute de remplir le minimum syndical, ce film, sans mériter l'échec cuisant qui fut le sien, n'a rien d'indispensable.





lundi 6 août 2018

Parlez-moi de vous (2012)



A plusieurs reprises, le cinéma s'est penché sur les hommes et les femmes de radio : on pense évidemment à "Good morning Viet-Nam", à "Un frisson dans la nuit" ou "Good morning England", pour n'en citer que quelques-uns. Il y a quelques années, Karin Viard endossa le rôle d'une animatrice délivrant ses judicieux conseils à son auditoire dans "Parlez-moi de vous". Ce premier film de Pierre Pinaud n'eut qu'un succès limité : c'est tout naturellement qu'il trouve donc sa place dans ces colonnes.
Melina écoute, le soir, les gens qui l'appellent et lui confient leurs problèmes de cœur. Melina leur répond et, lors de son émission radiophonique quotidienne, les aide. Mais, derrière Melina se cache une femme à la dérive. En cherchant à retrouver la mère qui l'abandonna, toute petite, elle découvre un univers bien différent du sien. Melina écoute, mais qui l'écoute, elle ?

C'est du côté de la psychologie de son personnage central, de ses racines et du choc des milieux sociaux que promettait de s'aventurer "Parlez-moi de vous". L'héroïne du film, cachant sa véritable identité et cherchant d'où elle vient, est le pivot de l'histoire qui, hélas, ne tient pas toutes ses promesses. Si, par moments, "Parlez-moi de vous" évoque avec finesse les tourments de ses personnages, il use le plus souvent d'une psychologie un peu épaisse et facile. Le personnage central, Melina, si forte et omnisciente qu'elle soit, ne l'est qu'en apparence. 

Mais c'est évidemment dans le choc de deux mondes différents que se trouve le noyau central du film. Quand l'héroïne met le pied dans l'univers de petites gens,et part à la découverte d'un monde qu'elle connaît mal, sortant au passage de sa zone de confort, le film prend un tout autre tour. L'animatrice se targuant de psychologie devient une femme comme une autre, sans plus fragile qu'elle ne le croit. On peut se dire que le coup de l'émission radio n'était qu'un prétexte comme un autre, finalement, pour suivre un personnage, son parcours, ses découvertes.  

Enfin, s'il est une raison de regarder ce film, c'est évidemment la formidable Karin Viard, qui tient à elle seule toute l'histoire et donne admirablement vie à son héroïne. Derrière elle, les seconds rôles assurent le job, comme on dit, mais l'interprète principale irradie tant de talent qu'elle les occulte parfois. Ainsi Nicolas Duvauchelle, la regrettée Nadia Barentin (à qui est dédié le film) et Catherine Hosmalin, pour ne citer qu'eux, ont parfois du mal à faire exister leurs personnages dans un script qui réserve la part belle à son héroïne.

Sans être tout à fait raté, "Parlez-moi de vous" n'est pas complètement réussi, faute d'un scénario plus solide auquel on aurait pu s'accrocher solidement. Il vaut surtout, vous l'aurez compris, pour la prestation de son actrice principale.



mercredi 1 août 2018

Les enfants (2004)




Les codes ont changé. N'en déplaise à certains, une famille, ce n'est plus seulement une maman et un papa. Nombreuses sont les familles recomposées, même si cette recomposition n'est pas toujours des plus simples.Les films appréhendent peu à peu les nouveaux modèles de famille, mais peu sont nombreux, ceux qui explorent de l'intérieur la reconstruction de la cellule familiale. Christian Vincent, réalisateur de "La discrète" ou de "L'hermine", s'est penché sur l'histoire d'un homme et d'une femme tentant de construire leur vie sur les décombres de leur passé, avec "Les enfants". Il faut croire que le public n'était pas prêt.

Pierre est divorcé et n'accueille ses deux fils, de 9 et 15 ans qu'un week-end sur deux. En quête de l'appartement qui lui conviendrait, il tombe sous le charme de Jeanne, l'agente immobilière en charge de son dossier et elle aussi, divorcée et mère de deux enfants. Après quelque temps de liaison clandestine, Jeanne et Pierre décident de franchir le pas et de vivre ensemble, eux et leur progéniture. Mais mélanger deux fratries n'est pas de tout repos.

En traitant du sujet délicat de la recomposition d'une cellule familiale, Christian Vincent prenait un risque. Soit le traitement partait sur le chemin de la comédie, dont on sait qu'elle peut parfois donner des résultats plus que mitigés lorsqu'il s'agit de parler de faits de société (on pourrait reparler de "Qu'est qu'on a fait au Bon Dieu ?"). Soit, c'est le ton dramatique qui est choisi et le pathos est au coin de la rue, prêt à alourdir le film. C'est entre les deux chemins que le réalisateur s'est engagé, et c'est sans doute la meilleure idée du film, avec celle de rester dans un ton crédible, du début à la fin.

Mais ce choix n'est pas synonyme de réussite totale pour ce film aux jolies intentions. Les maladresses et lourdeurs ne sont pas absentes, hélas. Ainsi, le rôle presque caricatural du fils aîné de Pierre, élément systématiquement perturbateur, déséquilibre le rapport des forces entre les personnages. De même, le personnage de Karin Viard semble vite être le seul moteur du couple en construction, tandis que Gérard Lanvin (remarquable en homme blessé mais qui veut s'offrir une nouvelle vie) se voit contraint de jouer la passivité.

Enfin, la conclusion que se permet le film (et la façon dont elle est traitée, d'un point de vue cinématographique, voix off à l'appui) pourra laisser songeur, voire dubitatif. La dernière impression étant souvent celle qui reste, c'est un arrière-goût peu agréable que laisse finalement "Les enfants". Malgré une intention de départ louable, les nombreuses maladresses du scénario pèsent en défaveur de l'ensemble du film. C'est regrettable, car le sujet traité méritait mieux.










vendredi 27 juillet 2018

Approaching the unknown (2016)


La réussite de "Seul sur Mars" a forcément donné des idées à des producteurs. Oubliés les échecs (tout relatifs) de "Ghosts of Mars" ou de "Planète Rouge" (qui datent déjà un peu). Dans le sillage du film de Ridley Scott et parce que l'exploration de Mars est désormais du domaine de l'envisageable, le cinéma s'intéresse de plus près à celle qui fut autrefois peuplée de petits hommes verts (à en croire l'imaginaire collectif). En attendant que l'être humain y pose réellement le pied, le septième Art envisage comment cette colonisation pourra se passer. Mark Elijah Rosenberg, pour son premier long métrage, "Approoaching the unknown", s'est lancé dans (selon ses dires) un film de science-fiction philosophique sur un homme explorant ses limites. Pourquoi pas ?

Le Capitaine William Stanaforth porte sur ses épaules les espoirs de l'humanité. Créateur d'un procédé permettant de générer de l'eau à partir des richesses de n'importe quel sol, il est le seul passager d'une expédition vers Mars. Là, après un voyage de 270 jours, il posera les bases de la colonisation de la planète rouge. Mais rien ne va se passer comme prévu : Stanaforth va devoir affronter des incidents qui l'amèneront plus loin qu'il ne l'avait imaginé. 

Voilà un pitch qui aurait pu augurer de maints traitements différents. Il aurait pu s'agir d'un voyage initiatique, des péripéties d'un naufragé ou d'un film technique décrivant les conditions de pareil périple. A première vue, c'est vers la démonstration que s'embarque "Approaching the unknown", dont le héros, en plus d'être l'unique passager de son vaisseau, a aussi eu l'idée du processus permettant de générer de l'eau, la plus précieuse ressource dans pareil voyage. Et là, il faut bien avouer que, d'un point de vue technique, le scénario a quelques trous dans la raquette. 

Passons outre l'idée du procédé qui permettrait au héros de générer de l'eau en combinant tout bêtement de l'hydrogène et de l'oxygène (j'ai comme l'idée que cette réaction pourrait être un tantinet explosive), le choix même d'envoyer un homme seul dans cette odyssée est bien moins crédible et aurait tendance à briser la fameuse suspension d'incrédulité. Là où le postulat de base de "Seul sur Mars" tenait le coup malgré nombre d'invraisemblances, celui de "Approaching the unknown" s'écroule rapidement et force le spectateur à ne tenir compte que la partie initiatique du voyage  pour rester accroché au film. 

Pour tenir le premier (et presque unique) rôle de cette odyssée vers la planète rouge, Mark Strong, éternel second couteau d'Hollywood, est irréprochable. Tour à tour sûr de lui, puis en proie au doute et approchant les frontières de la folie, ce grand acteur toujours à la recherche du premier rôle qu'il mérite fait une belle démonstration de son talent. En capitaine d'un navire partant à la dérive, Mark Strong est le meilleur atout du film. On réservera donc la vision de celui-ci aux admirateurs inconditionnels de cet acteur et à ceux qui pourront trouver un sens spirituel à sa traversée du désert spatial. L'ultime partie du voyage, pour couronner le tout, ressemble fort à une baudruche qui, ayant perdu son contenu durant l'heure et demie précédente, tombe mollement au sol. 

Muni d'un matériau a priori richissime et qui aurait pu donner lieu à plusieurs axes de traitement, "Approaching the unknown" gâche bêtement son fort potentiel, parce qu'il est à la fois trop ambitieux (ou prétentieux, selon l'humeur du spectateur) et trop plein de vide. Il faudra, pour celles et ceux que fascine cette prochaine odyssée, se consoler avec d'autres approches.



Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film dont tu voudrais changer la fin"