vendredi 29 décembre 2017

The discovery (2017)


Il se passe quelque chose, en ce moment, avec la chaîne Netflix. Déjà porteuse de séries réussies et ayant marqué de leur empreinte la culture populaire (je pense à "Stranger Things", par exemple, mais aussi à toutes les séries estampillées "Marvel", bigrement intéressantes), Netflix s'essaie aux films. Sans sortir en salles, ce sont des longs métrages comparables à ceux qui suivent le canal traditionnel que cette chaîne nous propose. A titre d'exemple, "The discovery", avec en tête d'affiche Robert Redford, n'est disponible que sur le portail Netflix. N'aurait-il pas pu passer par les salles obscures ?

Le professeur Thomas Harbor a fait une découverte historique : après la mort, il y a un "quelque part" où survit la conscience. Ses déclarations provoquent une vague de suicides, un peu partout dans le monde, dans l'espoir d'un ailleurs meilleur. Alors qu'il s'est toujours opposé aux recherches de son père, Will Harbor le rejoint sur l'île où il mène ses recherches. A ses côtés, Isla, une étrange jeune femme, traîne un lourd passé et voudrait en finir. 

Porté par Netflix et son nouveau modèle, ce film aurait pu soulever des questions intéressantes. Inutile de se raconter des histoires : le scénario, en jouant sur le mystère qui entoure chacun des personnages, utilise ces zones d'ombre pour ne répondre à aucune des questions, ni pousser le spectateur à chercher les réponses. Les personnages de cette fable n'attirent que peu l'intérêt et ne suscitent guère l'empathie. Du coup, leurs tourments n'émeuvent personne, ou presque.

Pour animer cette histoire, les personnages, incarnés par des acteurs pourtant confirmés, manquent sévèrement de substance. C'est d'autant plus dommage que le casting a l'audace de confronter un véritable monument du Septième Art (Robert Redford), chantre du cinéma indépendant, à de jeunes pousses que l'on n'attendait pas forcément ici. Jason Segel, loin des comédies qui firent son succès et Rooney Mara, s'avèrent peu convaincants.

L'atmosphère générale du film, cultivant les tons sombres et les humeurs de la même tonalité, ne fait rien pour arranger le constat. "The discovery" est froid et plutôt pataud. Victime d'un traitement mou et, surtout, parce qu'il met en scène des personnages pas très attachants, il ne suscite que peu d'intérêt, malgré une idée de base ambitieuse.



dimanche 24 décembre 2017

La loi de la jungle (2016)



Avec "La fille du quatorze juillet", Antonin Peretjatko avait attiré quelques curieux et eu bonne presse. Son deuxième film, "La loi de la jungle", revendiquant l'absurde et le burlesque, fut moins suivi. Il mettait pourtant en vedette quelques uns des nouveaux visages du cinéma français (Vimala Pons et Vincent Macaigne), autant que des "vieux routards" (Jean-Luc Bideau et Mathieu Amalric). Parce qu'il faut rester curieux et, surtout, ne jamais laisser passer une occasion de passer un bon moment, penchons-nous sur ce film.

Stagiaire au Ministère de la Norme, Marc Chataîgne est missionné en Guyane, afin de vérifier la conformité du projet Guyaneige : la construction d'une piste de ski en pleine jungle, dont la construction doit relancer le tourisme. Arrivé tant bien que mal là-bas, il se voit confié aux bons soins d'une autre stagiaire : Tarzan. Sa partenaire, en plus d'être charmante, a un sacré caractère et, lorsque tous deux se retrouveront perdus en pleine jungle, Marc Chataîgne va en voir de toutes les couleurs...

Dans les premières scènes, on songe aux comédies de naguère, celles qui mettaient en vedette un admirable clown tombé de la lune, sur lequel la malchance s'acharnait pour notre plus grand plaisir de spectateur : j'évoque évidemment le grand Pierre Richard. Mais ce n'est pas la seule influence qu'on peut trouver dans "La loi de la jungle". Et, surtout, Antonin Peretjatko s'affranchit de ses aînés pour offrir une comédie qui a son propre ton, même si ce ton peut laisser pantois, parfois. 

C'est burlesque, souvent, absurde la plupart du temps, et parfois même drôle. Surtout, avec des bouts de ficelles et des effets plutôt simples, "La loi de la jungle" fait souvent mieux que pas mal de comédies françaises (suivez mon regard). C'est déjà pas mal. Mais ce n'est pas parfait, loin de là : en se targuant d'être critique, voire d'avoir une portée politique, Antonin Peretjatko a sûrement des prétentions qui sortent du cadre de son film.

Mais heureusement, il y a les acteurs. Ne ménageant pas leur peine, grimpant aux arbres, plongeant dans l'eau pas toujours claire des rivières guyanaises, barbotant jusqu'aux cuisses dans la boue, la jolie Vimala Pons et l'étonnant Vincent Macaigne font de leur mieux. Derrière eux, une ribambelle de comédiens chevronnés (Pascal Légitimus, Mathieu Amalric ou Jean-Luc Bideau, par exemple) ou moins connus (Rodolphe Pauly ou Fred Tousch, pour ne citer qu'eux) traversent les séquences, souvent brillamment. 

Partant à fond la caisse et jouant de l'absurde autant que du visuel, "La loi de la jungle" ne tient pas la distance, hélas et perd vite son souffle. C'est dommage, la ballade, bien déjantée, commençait bien et augurait de quelque chose de différent dans le paysage de la comédie actuelle. Il faudra sans doute regarder attentivement de ce côté-ci du cinéma français pour trouver, un jour, la drôlerie qu'on y cherche souvent en vain.


mardi 19 décembre 2017

La femme du gardien de zoo (2017)



Le choix de distribuer ou non un film dans tel ou tel pays répond sûrement à des raisonnements profonds. Ça n'est pas possible autrement. Comment imaginer, en effet, qu'un long métrage ne sorte pas dans les salles françaises (exemple pris au hasard) alors qu'il a eu une carrière honorable dans nombre d'autres pays et qu'il traite d'un sujet dépassant les frontières géographiques et culturelles ? Il y a certainement des décisions pensées derrière ces choix, décisions qui échappent aux pauvres mortels que nous sommes. C'est ainsi, par exemple, que "La femme du gardien de zoo", tiré du roman éponyme, après une carrière honorable de l'autre côté de l'Atlantique (malgré des critiques plutôt mauvaises) a attendu longtemps de sortir en France, pour ne finalement être disponible qu'en vidéo. Pour celles et ceux que le thème intéressait, ce n'est donc pas dans les salles obscures qu'il faudra se rendre pour le voir. Merci qui ?

Varsovie, fin de l'été 1939 : dirigeant, avec son mari, le zoo de la ville, Antonina Jabinski est passionnée par les animaux et la vie. Quand l'Allemagne nazie envahit son pays, elle voit son univers ravagé par la folie des hommes. Les animaux du zoo sont presque tous abattus par les soldats, tandis que, non loin de là, des hommes en enferment d'autres dans le ghetto, antichambre de l'enfer sur terre. Antonina et Jan vont décider d'agir et de sauver ceux que la haine a condamnés. 

Le roman de Diane Ackerman avait rencontré un joli succès lors de sa parution et était adapté de faits réels. Choisissant de donner un coup de projecteur sur un angle méconnu de l'histoire, son adaptation était l'occasion de se pencher sur le dramatique sort de la Pologne durant la Seconde Guerre Mondiale. Niki Caro, la réalisatrice (dont on devrait parler d'ici peu, puisqu'elle est aux manettes de l'adaptation de "Mulan"), donne, en l'adaptant, un rôle fort à son actrice principale, Jessica Chastain (également présente à la production).

On pourra reprocher quelques maladresses dans la réalisation, parfois pataude et, surtout, la partie la plus mélodramatique du film, qui nuit à l'histoire plus qu'elle ne l'enrichit. On pourra déplorer aussi certains errements dans la mise en scène et le montage, qui adoucissent le ton, alors que l'époque narrée était tout sauf douce. Mais ce serait dénigrer l'intention primale du roman et du film : celle de raconter l'histoire d'une femme dans la tourmente. 

Pour incarner cette femme, il y Jessica Chastain, lumineuse, illumine chacune des scènes où elle apparaît. Portant à bout de bras ce film, elle le magnifie et en fait oublier les défauts techniques et les maladresses. Derrière elle, Daniel Brühl fait ce qu'il peut avec un personnage pas très bien exploité et Johan Heldenbergh, vu jusque là dans le cinéma belge (décidément très riche, ces dernières années) incarne un Jan Jabinski âpre et terriblement humain. 

Malgré quelques longueurs, et grâce à sa belle interprétation, "La femme du gardien de zoo" ne méritait certainement pas le sort honteux qui fut le sien dans l'Hexagone. Quand on voit la promotion faite autour de certains films lors de leur sortie en salles, le destin de celui-ci devrait faire réfléchir. 






jeudi 14 décembre 2017

Grand froid (2017)


Sujet sensible, voire tabou, la mort est au centre de quelques longs métrages mémorables. Je songe notamment à "Harold et Maude" ou, plus près de nous, au superbe "Au revoir là haut".   En mettant en scène une entreprise de pompes funèbres, "Grand froid" et sa très belle distribution, prenait un risque : traiter de ce que deviennent les corps après leur trépas et de ceux qui en prennent soin n'était pas un sujet facile. Pour son premier film, Gérard Pautonnier a reçu un accueil public un peu frileux, malgré quelques bonnes critiques.

L'entreprise de pompes funèbres d'Edmond Zweck périclite : ses deux employés ne seront pas payés ce mois-ci. Heureusement pour eux, ils se voient chargés d'emmener un défunt vers son dernier domicile, un cimetière perdu au milieu de nulle part. Voilà donc Georges et Eddy partis enterrer un mort, suivis par sa veuve, son frère et un prêtre énergique et impatient. Ils ne sont pas au bout de leurs peine et c'est un drôle de périple qui les attend. 

Dès ses premières images, "Grand froid" donne le ton : c'est le froid qui domine (avec un titre pareil, c'est normal) et qui est omniprésent. Dans une bourgade sans doute coincée quelque part entre la Belgique et la Pologne (c'est vous dire l'exotisme), les personnages n'ont pour se tenir chaud que leur chaleur humaine. 
C'est la meilleure qui soit. 

Que ce soit par ses décors ou sa mise en scène, "Grand froid" impose un style, très rapidement et plonge son spectateur dans une ambiance unique, ou presque. Porté par ses interprètes, le film acquiert rapidement une identité propre, en grande partie grâce à ses personnages, à la fois insolites et terriblement humains. C'est encore une fois grâce à ses acteurs, tous remarquables, qu'il s'agisse de l'indispensable Jean-Pierre Bacri, d'Arthur Dupont, d'Olivier Gourmet ou des seconds rôles, dont Sam Karman ou Wim Willaert, pour ne citer qu'eux. 

Cependant, après la mise en place de son univers macabre, Gérard Pautonnier peine à conclure l'affaire. Le scénario de "Grand froid" tourne souvent à vide, et l'humour dont il se réclame ne fonctionne pas toujours, désamorcé par des scènes plus lentes et parfois même dramatiques. On pense aux frères Coen, mais on regrette de ne pas trouver ici l'absurdité ou la causticité qui aurait fait de "Grand froid" une comédie noire et grinçante comme on peut les aimer. 

Inégal, faute d'audace, ce premier film de Gérard Pautonnier vaut surtout pour ses acteurs et son esthétique. Il y fait à la fois très froid (à cause de l'ambiance) et chaud (grâce aux personnages). C'est déjà ça.





samedi 9 décembre 2017

Mon poussin (2017)


Sans doute parce que c'est la saison qui veut ça, j'ai tendance à me diriger vers les comédies, ces dernières semaines (et peut-être aussi un peu pour cocher la case "Un film qui m'a fait pleurer de rire" du Movie Challenge 2017, allez savoir). Cette démarche m'a valu déjà pas mal de déconvenues (si vous suivez ce blog, vous avez une idée du "passif"), mais, parce que la comédie est un art majeur, je continue les recherches. Récemment, j'ai pu voir "Mon poussin", de Frédéric Forestier, réalisateur du "Boulet", de "Stars 80" et de "Astérix aux jeux olympiques" : autant dire qu'on partait avec un sérieux handicap. 
C'est le drame pour Vincent, 18 ans, mais qui reste "mon poussin" pour ses parents : Elina, sa dulcinée, vient de rompre. Pour le jeune garçon, c'est la fin du monde. Devant le désespoir de leur progéniture, Clé et Harold vont mettre en place un programme énergique destiné à faire comprendre à Vincent que sa vie n'est pas finie.
Ce faisant, ils vont aller jusqu'à se mettre en péril : leur couple est-il si solide ? Eux qui donnent des leçons à leur fils, sont-ils si doués en amour ?

Le postulat de base de "Mon poussin" pouvait donner lieu à un traitement amusant, puisqu'il déplace le curseur habituel : en matière de comédie, c'est une mécanique qui a déjà marché. Hélas, on a tôt fait de se rendre compte que le matériau de base n'était pas suffisamment épais pour alimenter un long métrage. Arrivé à la moitié du temps réglementaire, "Mon poussin" a déjà utilisé toutes ses cartouches et résolu l'intrigue qui lui servait de base.
C'est ballot.

Il s'agit donc de prolonger, puis de conclure le film, en usant de remplissage et en essayant de rebondir sur le principe de base, si possible en l'inversant. Dans la deuxième partie du film, ce sont les parents du poussin en question qui deviennent le centre de l'intrigue et qui sont en péril. Quelque part entre le boulevard et le comique outrancier, le film tente un changement de ton, sans cependant réussir son virage.

Rarement drôle, parfois gênant, souvent ennuyeux, "Mon poussin" n'est même pas sauvé par son interprétation. Ses comédiens, livrés à eux-mêmes, n'entraînent jamais le spectateur dans l'histoire. Qu'il s'agisse de Pierre-François Martin-Laval, d'Isabelle Nanty ou des plus jeunes Thomas Solivérès ou Manon Valentin, faute d'une vraie direction, tous livrent une prestation sans âme.

Quand on s'ennuie lors du visionnage d'une comédie, c'est regrettable. Le fait est que celle-ci, hélas révélatrice de l'ornière où s'est enfoncée une partie du cinéma français, n'est jamais drôle.




lundi 4 décembre 2017

Bienvenue au Gondwana (2017)


L'Afrique, continent mystérieux et méconnu parce que multiple, est le parent pauvre du cinéma, aux yeux du grand public. Alors, lorsque se présente l'occasion de voir une comédie traitant de cette partie du monde et s'en moquant, on peut se réjouir. Évoquant le super-continent qui précéda la formation de la Terre, "Bienvenue au Gondwana", réalisé par l'humoriste Mamane, n'a pas reçu le succès attendu lors de sa sortie, il y a quelques mois. Et si nous étions passés à côté d'un film qui méritait mieux ?

Fonctionnaire spécialisé en droit électoral, Julien se retrouve missionné au Gondwana, un pays africain où les élections doivent faire l'objet d'une observation sous l'égide des Nations Unies. Dans cette contrée africaine dirigée depuis toujours par le Président-Fondateur, le jeune idéaliste va découvrir un univers qu'il ne soupçonnait pas : la population survit tant bien que mal, tandis que les élections sont évidemment l'objet d'un phénoménal bourrage d'urnes.

Mamane, scénariste et réalisateur de "Bienvenue au Gondwana", a choisi, pour ce film, d'adapter son spectacle. En voyant le résultat, on peut se demander si la démarche de ce membre du Jamel Comedy Club a bien fait. En décalquant dans un décor africain (et en s'inspirant sans doute de quelques vérités) le principe classique de l'idéaliste confronté à la réalité, il nous livre ici une comédie un peu pataude, bien que sans doute sincère.

C'est de satire qu'il s'agit ici, on l'aura compris. L'index est pointé en direction des républiques elles aussi "très très démocratiques", mais finalement pas tant que ça, sur lesquelles la Communauté Internationale n'a finalement que peu d'emprise et aucun contrôle. Évoquer un sujet si sérieux et parfois dramatique avec légèreté n'était sans doute pas la meilleure idée du monde. En l'exploitant sous cet angle, l'équipe de "Bienvenue au Gondwana" peine à convaincre. Manquant d'ambitions et sans doute aussi de moyens, les joyeux drilles qui pilotent ce qui aurait pu être une saillie amusante s'égarent en chemin. Souvent livrés à eux-mêmes, les interprètes font ce qu'ils peuvent, chacun jouant dans son coin, sans oeuvrer à la cohésion de l'ensemble.

A force de répétitions et de longueurs, et faute de personnages plus épais, "Bienvenue au Gondwana" perd vite de son intérêt. Malgré une évidente sincérité, ce film qu'on a envie d'aimer ne se révèle pas suffisamment réussi pour qu'on s'y attache.