lundi 7 décembre 2020

Métisse (1993)


A l'occasion des 25 ans (bigre !) de son deuxième film, "La haine", j'ai choisi de (re)visionner le premier long-métrage de Mathieu Kassovitz, qu'on ne présente plus. "Métisse", qui mettait déjà en scène quelques thèmes et quelques acteurs qu'on retrouvera dans son film suivant, avait été vu, à l'époque de sa sortie, par peu de spectateurs, mais avait suffi pour qu'on remarque ce jeune réalisateur prometteur. Alors qu'il va bientôt afficher trente ans au compteur, a-t-il bien vieilli ?

Lola, étudiante métisse, est enceinte. Et, comme elle ignore de qui est l'enfant qu'elle porte, elle choisit de l'annoncer à ses deux amants : Félix, jeune livreur à vélo, blanc et juif, vivant dans la cité, et Jamal, noir et fils de diplomate. Face à Lola, se trouvent donc deux papas potentiels, très différents et toujours sur le point d'en venir aux mains. Ce trio pas comme les autres et finalement de son époque va vivre une drôle d'aventure humaine, celle qui mène du statut d'enfants à celui de parents.

En revoyant "Métisse", plusieurs choses sautent aux yeux. Le cinéma de Mathieu Kassovitz, qui explosera peu après avec "La haine", semble déjà contenu dans son premier essai : les thèmes qui lui étaient chers (et le sont sans doute encore) sont déjà là et affleurent à la surface de ce petit film techniquement déjà très maîtrisé. Qu'il s'agisse de la mise en scène ou du montage, force est de constater que déjà, tout jeune, celui qui nous offrirait plus tard "Les rivière pourpres" ou "L'ordre et la morale" savait comment faire un film. Et si celui-là est sans doute classé au rayon des comédies, il a déjà une certaine épaisseur et s'ancre dans son temps.

Le revoir aujourd'hui, ce n'est pas seulement convoquer de jolis souvenirs, c'est aussi se pencher sur le début de quelques beaux parcours de cinéma. Qu'il s'agisse du metteur en scène et acteur, ou de celles et ceux qui l'accompagnèrent sur le début du chemin, avec leurs trajets différents, tous ont tracé leur route. Evidemment, l'ombre du film suivant de Matthieu Kassovitz plane étrangement sur "Métisse", dont on devine qu'il se déroule à deux pas, ou quelques stations de métro, en tout cas. 

Servi par des interprètes plein de fraîcheur et de spontanéité, "Métisse" est aussi l'occasion d'un regard un peu nostalgique quand on connaît les parcours de ceux qui lui donnent vie. Hubert Koundé, Vincent Cassel et Mathieu Kassovitz se retrouveront peu après, puis feront la route que l'on sait. La jolie Julie Mauduech s'écartera des plateaux (et on ne peut que le regretter) au profit des ciseaux de costumière. On se régalera des apparitions de Jean-Pierre Cassel et de Peter Kassovitz, comme s'ils étaient venus adouber leur progéniture lors de leurs premiers pas.

Et puis, cerise sur le gâteau, la bande originale, qui convoque à la fois le groupe de rap Assassin et Zap Mama est toujours aussi équilibrée (et j'avouerais que ça m'a fait plaisir de les ré-entendre). 

Avec un vrai talent de mise en scène et, déjà, une vraie personnalité, Mathieu Kassovitz réussit brillamment son premier film. Sincère, vivant, "Métisse" regorge d'une énergie parfois un peu brouillonne mais salvatrice. Augurant sans le savoir d'une belle carrière à venir, ce premier film mérite amplement d'être (re)vu.



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