Le cinéma de genre français, méprisé
par le public et snobé par les critiques, est une catégorie très particulière,
d'où jaillissent parfois des films qui mériteraient mieux que leur sort. J'ai
déjà évoqué en ces colonnes le peu de succès que connut le très bon "Le convoyeur" de Nicolas Boukhrief. On pourrait évoquer avec le même
sentiment d'injustice le film "La meute", qui s'aventurait sur le
terrain du film d'horreur et ne déplaça hélas pas les foules lors de sa sortie.
Parce qu'elle a pris en stop un mystérieux
jeune homme, Charlotte, qui taille sa route au son de ses disques de métal, va
découvrir l'horreur. Dans un bar perdu loin de toute civilisation, elle va être
confronté à l'indicible et se retrouver plongée dans une horreur sans nom.
Entre western post-industriel et film
d'horreur, "La meute" a le mérite d'oser et de ne pas s'embarrasser
de fioritures scénaristiques. On est donc là pour être secoué, surpris et,
parfois, angoissé par ce qui se passe ou va se passer. Alternant adroitement
séquences gore et dialogues savoureux, "La meute" témoigne d'un
véritable talent de toute son équipe, réalisateur en tête. Ce dernier, Franck
Richard, réalise là un premier film assumé et réussi, même si le succès ne fut
pas au rendez-vous.
Interprété avec brio par un casting
exceptionnel, "La meute" vaut le déplacement, ne serait-ce que pour
ses acteurs. Yolande Moreau, honorée par ses pairs à maintes reprises, en
surprendra plus d'un dans son rôle de tenancière de saloon à la gâchette
facile. Quant à Benjamin Biolay, il se glisse avec délice, semble-t-il, dans la
peau du vénéneux auto-stoppeur. Emilie Dequenne, plus habituée au registre du
cinéma d'auteur, est également remarquable de bout en bout. Et il en est de
même pour tous les autres membres de la distribution (Philippe Nahon, par
exemple).
Certes, il y a quelques moments de
flottement et le scénario aurait sans doute mérité d'être étoffé. Une fois que
l'on a compris ce qui se passe réellement dans ce no man's land dominé par des terrils maudits, c'en est fini des surprises. Il n'y rien non plus de réellement révolutionnaire dans ce film, qui ne bouleversera pas les amateurs d'horreur.
Mais la réalisation démontre à elle
seule le talent de Franck Richard, à qui l'on souhaite que des producteurs
donnent une nouvelle chance rapidement.
Enfin, il serait injuste de ne pas
évoquer l'esthétique du film, dont les décors et la photographie participent de
l'ambiance malsaine, crade et poisseuse. Pour une fois qu'un film a le courage
d'assumer son genre jusqu'au bout, soulignons-le. Puisqu'il s'agit, de plus, d'un film français, n'hésitez pas (si vous êtes amateur de ce genre) à lui donner une nouvelle chance.
Je me souviens effectivement que la critique n'avait pas été tendre avec ce film mais avait salué la performance de Yollande Moreau, qui a finalement très bien rebondit après l'arrêt des Deschiens.
RépondreSupprimerSans être inoubliable, "La meute" ne méritait pas de se faire démolir ainsi. Pour une fois qu'un film français ose sortir des sentiers battus et s'aventurer dans l'horreur, un peu d'indulgence s'imposait.
SupprimerUn film étrange, je n'ai pas accroché même s'il ose quelquechose de rare dans le cinéma français. Et puis Benjamin Biolay, je ne peux pas l'encadrer ^^
RépondreSupprimerS'il n'a rien d'un chef d'oeuvre, ce film avait au moins le mérite du culot.
SupprimerQuant à Benjamin Biolay, je me suis réconcilié avec lui suite à "La Superbe"... ses prestations d'acteur sont cependant souvent sur le même registre du mystérieux/ténébreux (voir le récent "Au bout du conte")