mardi 25 octobre 2016

Agora (2009)


Ce sont des thèmes forts que convoque "Agora" : les religions et leurs dérives vers l'intégrisme et l'obscurantisme, ceux qui mènent toujours l'humanité vers sa perte. Inspiré de l'histoire vraie de la sage Hypathie, au destin brisé par la folie d'hommes Si l'action de ce long métrage se situe plus, force est de reconnaître que ces sujets sont - hélas ! - toujours d'actualité. L'ambitieux film "Agora", réalisé par Alejandro Amenabar, n'avait pas été le triomphe escompté et mérite d'être revu. 

IVème siècle : Alexandrie rayonne. Sa bibliothèque regorge de savoir et les sages dispensent leur savoir à des élèves avides de connaissance. La philosophe, mathématicienne et astronome Hypathie, séduit tous ceux qui l'entourent par son charme et son esprit, à commencer par Oreste, l'un de ses élèves. Mais Alexandrie est aussi le théâtre de tensions entre les chrétiens, les païens et les juifs qui la peuplent. Et, déjà, les fous de Dieu comptent imposer la seule vérité qui compte à leurs yeux. 


Pour mettre en images ce péplum philosophique, Alejandro Amenabar a disposé de grands moyens qu'il utilise avec intelligence. La reconstitution de l'Alexandrie de l'époque est ancrée dans un réalisme qui fait beaucoup pour la crédibilité du film. Loin du clinquant parfois rencontré lorsque ces siècles lointains (ou pas) sont explorés par le septième art, l'Alexandrie d'Hypathie est un superbe décor pour la dramatique histoire de la brillante femme que fut la philosophe. 

Et puis, il y a l'interprétation, remarquable, de Rachel Weisz, Michael Lonsdale (décidément toujours aussi impérial, quelque soit le rôle qu'il endosse), d'Oscar Isaac (alors pas encore choisi pour devenir l'un des héros d'une célèbre licence), du jeune et convaincant Max Minghella ou de l'inquiétant Ashraf Barhom, les acteurs choisis pour incarner les protagonistes de cette confrontation entre la lumière et l'obscurantisme sont tous à saluer pour leur performance.
Les seuls défauts que l'on pourra trouver à "Agora", puisque sa forme est quasiment irréprochable, réside dans son scénario. Ne se contentant pas de l'affrontement entre intégristes et penseurs, Amenabar glisse dans son histoire quelques pincées de mélodrame et de romance, sans doute pour ne pas embourber son récit dans un réquisitoire à charge contre les religions, celles d'hier ou d'aujourd'hui. Le procédé est hélas contre-productif, même s'il donne à ses héros plus de faiblesses et donc d'humanité. 

En évitant les écueils du mélodrame sur lesquels il s'échoue parfois, "Agora" aurait pu être un grand film, traitant de sujets hélas toujours d'actualité. A défaut, il s'agit d'un beau spectacle, porteur d'un message fort. C'est déjà beaucoup plus que ce que nous propose quantité de longs métrages. 



8 commentaires:

  1. J'y voyais aussi l'éternel débat de l'égalité entre les hommes et les femmes, la non-reconnaissance des facultés intellectuelles de ces dernières...

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    1. Absolument ! Ils sont nombreux, les thèmes convoqués en cet Agora.
      Merci du passage !

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  2. Ce film aborde intelligemment beaucoup de sujets. Il est très beau esthétiquement et également bien interprété. Mais il ne m'a pas plus marquée que ça.

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    1. Même si, effectivement, je ne suis pas sûr qu'il me laisse un souvenir impérissable, lors de son visionnage, je l'ai vraiment apprécié.
      Merci de ton passage, Tina !

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  3. En souffrance depuis longtemps (pas des siècles mais presque) sur mon étagère, ta chronique très engageante va peut-être enfin me motiver pour ce voyage antique. Merci.

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  4. Bonjour Laurent, voici un film qui a été boudé par la critique et le public et c'est injuste. http://dasola.canalblog.com/archives/2010/02/03/16728388.html Bonne après-midi.

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    1. Bonjour Dasola.
      Nous sommes bien d'accord. Ce film méritait mieux. J'espère qu'il aura droit à une deuxième chance, avec le temps.
      Belle journée !

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