lundi 10 octobre 2016

Le dernier combat (1983)


En regardant dans le rétroviseur, récapituler la carrière de Luc Besson, devenu en quelques années l'un des grands manitous du cinéma français, peut être instructif. Si chacun connaît ses longs métrages les plus célèbres, on oublie souvent que son premier film, "Le premier combat", était né dans la souffrance, ses producteurs devant financer au jour le jour le tournage de ce film post-apocalyptique en noir et blanc, sans une ligne de dialogue. 

L'humanité a fini par s'anéantir, ou presque. Il ne reste qu'un champ de ruines et quelques survivants qui tentent de continuer à subsister, quitte à s'entre-tuer pour assurer leur survie. Le cataclysme a eu pour effet majeur la perte de parole chez tous les humains, et la quasi-disparition des femmes. Parmi eux, un homme trouve refuge dans une ville détruite, auprès d'un vieux médecin que la folie guette. Les menaces sont multiples, autour d'eux...

Dès ce premier opus, on retrouve quelques-unes des constantes de ce qui sera la "patte" Besson (celle qu'il perdit finalement en accédant au succès, pourrait-on déplorer) : la musique omniprésente de son complice Eric Serra, ses interprètes fétiches (Jean Reno, encore tout jeune, ou l'irremplaçable Jean Bouise) et une ambiance particulière, entre drame et humour, comme imprégnée de la culture BD où Besson s'abreuva tant de fois. Développant sur la longueur son court-métrage "L'avant-dernier", il se lance ici dans l'aventure en bricolant un film de genre. L’exercice était audacieux, surtout quand on sait la frilosité hexagonale dans ce registre. 

Au regard du chemin parcouru par Luc Besson depuis ce premier opus, flirtant avec le film d'auteur, par son format et ses choix tant esthétiques que narratifs, on peut émettre des regrets sur ce que ce réalisateur aurait pu devenir, s'il avait par la suite fait d'autres choix. En effet, malgré ses imperfections (en partie inhérentes au peu de moyens de l'entreprise, en partie parce qu'elles préfigurent ce que sera Besson plus tard), il faut reconnaître au "Dernier combat" une véritable audace et un intérêt certain, surtout si on le replace dans son époque. Sans être un film majeur, il a le petit supplément d'âme dont sont dépourvus pas mal d'autres longs métrages. C'est déjà ça, même si l'histoire nous dit que cette âme a vite été diluée, voire broyée, quand à l'apprenti-artiste a succédé l'homme d'affaires. 

Monté avec des bouts de ficelle, mais bénéficiant déjà d'un certain talent de réalisateur, "Le dernier combat" reçu le Grand Prix du Festival d'Avoriaz en 1983. Luc Besson put alors mettre en scène "Subway", avant de connaître le triomphe public avec "Le grand bleu". L'histoire d'un homme de cinéma était en marche. Ses ambitions de l'époque étaient toutes autres de celles du producteur qu'il est devenu. Après la sortie du "Dernier combat", et son relatif échec commercial, il se brouilla avec son coproducteur, acteur et co-scénariste, Pierre Jolivet, et choisit de suivre sa propre route. En voyant là où elle l'a mené aujourd'hui, il est permis d'émettre quelques regrets.


14 commentaires:

  1. Je me rends compte que je n'ai jamais vu ce film, alors que j'aimais bien Besson à ses débuts. Tout cela me semble bien loin maintenant, Lucy étant sans doute ma plus grande déception (enfin, je n'ai pas tenu plus d'un quart d'heure). Mais je suis contente que tu me remettes en mémoire son premier film, à découvrir donc :)

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    1. Effectivement, quand on voit ce qu'est devenu Luc Besson (notamment avec "Lucy", que j'ai également trouvé assez épouvantable), redécouvrir ce premier combat est instructif.
      Merci de ta fidélité à ces colonnes.

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  2. Il me semble qu'à Avoriaz il avait sorti à Christophe Lemaire qu'il ne voulait pas faire comme les américains, à savoir faire des suites à tire larigot sans inspiration. Aujourd'hui on en rigole beaucoup de ce type d'anecdote! :D

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    1. Effectivement...je me demande ce que dirait le Besson du "Dernier Combat" à celui qui dirige EuropaCorp.
      Merci pour la rigolade, Borat.

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    2. Il me semble que Lemaire en avait parlé à la sortie de Lucy dans Mad Movies. De quoi bien rigoler en effet aujourd'hui.

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    3. Je te recommande l'ouvrage "Luc Besson, l'homme qui voulait être aimé", la biographie non autorisée du réalisateur. Assez instructif, même s'il égratigne pas mal le personnage, cet ouvrage de Geoffrey Le Guilcher donne un autre angle de vue qui met parfois mal à l'aise (ça sent le règlement de comptes, souvent).

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    4. Oui j'ai pu voir quelques extraits sur twitter. J'ai notamment appris qu'initialement le projet Jeanne d'arc devait se faire avec Kathryn Bigelow et lui devait seulement le produire. Puis quand il a voulu imposer Jovovich, elle s'est barrée sur un comme un accord financier et il a récupéré le bébé. Sacré Luc! :D Après j'ai un peu peur que ce soit un essai sur l'homme d'affaire.

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    5. Ce que j'en ai lu me laisse penser qu'il s'agit plus d'un essai à charge, effectivement.

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    6. Après cela peut toujours être intéressant même si en le feuilletant un peu ça peut être un peu technique. Ensuite je me préserve pour le livre sur Starfix qui sort bientôt. ;) Pour Valerian, c'est peut être son film le plus ambitieux depuis un bail. Le matériel initial est intéressant, graphiquement il a le pognon pour, le problème principal vient de Besson. Que ce soit dans son scénario, sa mise en image ou même son humour souvent lourdingue.

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    7. Tu pointes à juste titre les défauts du bonhomme, camarade. Croisons les doigts.

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    8. J'ai acheté le livre sur Starfix et dans l'avant propos, les auteurs reviennent sur la suite de leur relation avec Besson. En effet, s'ils ont été très enthousiaste avec Le dernier combat, ils l'ont été beaucoup moins avec Subway, ce qui a entraîné une brouille entre Besson et Starfix. Il pointait notamment après coup que beaucoup de critiques avaient tenté de surexpliquer son film, laissant peu de mystère. En même temps ce qu'il attaque est aussi le travail d'analyse d'une oeuvre. Le gars timide a rapidement eu la grosse tête donc. ;)

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  3. Je n'ai pas entendu parler de ce film-là. Il est en noir et blanc et les personnages ne parlent pas ? C'est...curieux.
    J'ai bien envie de le voir :) J'aime bien Besson, pour les oeuvres que j'ai vu de lui, mais je suis loin d'avoir vu tous ces films...j'ai eu beaucoup de mal avec "Arthur et les Minimoys" x_x (par contre je fais partie des rares personnes qui adorent "Lucy").
    Et il me tarde de voir "Valérian" ! (je ne connais pas la BD donc je n'ai pas d'attentes spécifiques, hormis le fait de me divertir ^^).

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    1. C'est une curiosité, surtout si on le regarde du haut de l'empire que Besson a construit depuis. J'avais de l'admiration pour ce cinéaste, jusqu'au "Cinquième élément" (environ)...et le prochain Valérian ne m'attire pas plus que cela.
      Merci de ton passage.

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  4. Un film étonnant, que j'avais vu en salle à sa sortie.

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