Encore une fois, ce blog se penche sur un film de Joe Dante, dont on pourrait penser qu'il s'agit d'un cinéaste maudit, alors que ses talents sont aujourd'hui célébrés par nombre de cinéphiles. "Small soldiers", vilipendé lors de sa sortie, mais gagnant avec les années ses galons, méritait-il l'accueil qui fut le sien lors de sa sortie ? La question vaut d'être posée et, suite au récent et passionnant dossier qu'a consacré l'ami Borat à Joe Dante, j'ai attaqué le visionnage de ce film, depuis longtemps sur ma pile.
GloboTech, géant de l'armement, vient de racheter les jouets Heartland et le nouveau grand patron veut que son investissement lui rapporte. Pour cela, ses ingénieurs lancent une gamme de figurines interactives ; les Gorgonites et leur ennemi juré, le Commando Elite. Propulsés par une puce dédiée à l'armement, les deux clans vont prendre vie et s'affronter, sous les yeux d'Alan Abernathy, dont le père tient un magasin de jouets. Entre Gorgonites et Commandos, la guerre commence.
On peut voir en "Small Soldiers" un "Toy Story" du côté obscur. C'est vrai que Joe Dante pousse le curseur du cynisme plus loin qu'il ne l'avait fait pour "Gremlins 2", par exemple. L'attaque, souvent frontale, envers la société de consommation et le capitalisme (qui n’épargne pas les les studios), est violente, mais souvent intelligente et efficace. Cela n'a rien d'étonnant, quand on connait un peu Joe Dante, qui laisse ici entrevoir sa férocité.
Les grands thèmes classiques de Joe Dante sont présents, comme toujours. Son héros est, une nouvelle fois, un jeune garçon vivant à l'écart des autres, souffre-douleur de ses camarades de classe, mal aimé de ses parents et se réfugiant dans l'imaginaire. Une fois encore, Dante injecte beaucoup de lui-même dans son héros, même si cela est moins visible que dans "Panic sur Florida Beach", par exemple.
On pourra tiquer sur les effets spéciaux, qui ont bien mal vieilli, mais qui furent créés quasiment au jour le jour, ou sur les défauts du scénario, parfois modifié juste avant le tournage. Il n'empêche que le message est là, virulent et jouissif, et que Dante s'en prend avec délectation à Holluywood et à l'industrie du divertissement en général. Réalisé dans des conditions qui auraient rendu fou plus d'un metteur en scène, charcuté lors de son montage et balancé sur les écrans dans des conditions plus que discutables, "Small Soldiers" pouvait-il être un succès ? Vendu comme un film pour enfants, mais rempli d'un contenu acerbe et critique, ce film sans concession est inclassable.
"Les jouets, c'est l'enfer", proclame l'un des personnages à la fin du film. La part d'enfant chez Joe Dante aurait pu faire sienne cette maxime et l'appliquer à l'industrie cinématographique, qui laisse bien peu de place à la part d'enfance, dès lors qu'elle sort des sentiers battus et rebattus. On ne peut cependant qu'être admiratif devant la passion persistante de ce grand enfant pour le cinéma.
Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2017, dans la catégorie "Un film que je dois voir depuis des années".
