samedi 17 juin 2017

Voir du pays (2016)


Engagées dans un conflit qui souvent les dépasse, les troupes subissent des traumatismes qui vont souvent au-delà du corps. Avant de revenir à la vie "normale", le passage par un "sas" s'avère souvent indispensable. Avec "Voir du pays", Delphine et Muriel Coulin se penchaient sur l'histoire de soldats, ou plutôt de soldates, revenues d'Afghanistan et passant par un court séjour à Chypre. Traitant des blessures intimes et profondes de ses héroïnes bien peu mises en lumière, ce film resta confidentiel. Pourquoi ne pas s'intéresser à lui ?

De retour d'Afghanistan, la section de Marine et d'Aurore s'arrête dans un hôtel chypriote. Là, sous les yeux des touristes, les jeunes militaires vont suivre un programme destiné à leur permettre un retour sans heurts vers la France.
Entre séances de réalité virtuelle à fins thérapeutiques et plongées dans la Méditerranée, ces soldats cassés par le conflit tentent de se reconstruire...

Les corps sont blessés, les âmes encore plus. Il y aurait tant à dire sur ce thème que le traitement choisi par les sœurs Coulin n'est finalement qu'un des nombreux angles d'approche possible. Récompensé ça et là (au festival de Deauville et à Cannes, notamment), "Voir du pays" a le mérite d'exister et d'affronter un sujet nécessaire, mais pas simple. Hélas, le traitement s'avère bien laborieux et souvent lassant, faute de tension et d'épaisseur. 

Une fois encore, c'est surtout la gestion des enjeux et de la tension qui pêche. On a souvent l'impression que les personnages ont certes quelques comptes à régler, mais que ceux-ci ne nécessitaient pas pareil séjour, tandis que les blessures les plus profondes restent tues, mises sous le tapis et finalement non traitées. 
Basé sur le roman du même nom de Delphine Coulin, "Voir du pays" ne réussit pas son passage au grand écran, faute d'envergure, fût-elle implicite. 

L'interprétation de Soko (même si la diction de celle-ci peut agacer) et d'Ariane Labed, comme deux facettes d'une même femme, est la pierre angulaire de ce film et en sauve l'essentiel. C'est peu, vous en conviendrez, en comparaison du sujet qu'abordait "Voir du pays". Lorsqu'arrive le générique de fin, c'est aussi le temps des regrets, quand on songe à tout ce que ce film aurait pu évoquer, mais ne fait qu'effleurer. 






6 commentaires:

  1. Hum... merci pour cette chronique, Laurent. Le film m'a attiré, à un moment donné, mais je l'ai laissé passer, craignant justement qu'il ne fasse que rester à la surface des choses. Comme tu le dis toutefois, il a le mérite d'exister.

    J'ai bien aimé Soko à ses débuts, mais j'ai l'impression qu'elle s'enferme un peu dans une posture "cinéma auteurisant" (c'est un peu injuste, ce que je dis, car je n'ai pas vérifié, récemment, la manière dont elle évoluait). J'ai aussi un bon feeling, plus durable celui-là, avec Ariane Labed, que j'avais trouvé saisissante dans le méconnu "Une place sur la Terre" (film assez sombre, au demeurant).

    Bon week-end et bon cinéma, l'ami ! ;-)

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    1. Un manque de profondeur, voilà ce que je reproche à ce film a fort potentiel. Nous sommes (une nouvelle fois) en accord, Martin !
      Très bon week-end à toi aussi :)

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  2. Très bon souvenir en ce qui me concerne. Le film a le mérite de s'attaquer à un vaste sujet malgré ses petits moyens : le trauma de guerre, le sexisme dans l'armée, le choc des cultures, la transition compliquée de la guerre à la paix. C'est beaucoup peut-être pour un petit film, mais l'interprétation tient au corps et pour ma part je recommande à tous de voir du pays avec ces deux réalisatrices.

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    1. Content de lire un avis moins mitigé que le mien au sujet de ce petit film. Merci, Prince :)

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  3. Je n'ai pas regretté d'avoir vu ce film au cinéma car je pensais qu'il avait un réel potentiel. Hélas, beaucoup de choses (intéressantes) et une ambition clairement affichée mais qui parvient difficilement à tenir ses promesses. Le dernier quart d'heure a de plus totalement gâché mes a priori positifs. Dommage.

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    1. Nous sommes assez d'accord sur les promesses non tenues par ce film.
      Merci d'être passée, Sentinelle !

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