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mercredi 12 mai 2021

Le petit locataire (2016)

S'il est un registre cinématographique auquel on peut associer une nationalité, c'est sans doute la comédie sociale, qui me semble attachée au Royaume-Uni. Nombreuses furent les tentatives d'approcher ou d'égaler le talent de Ken Loach ou de Mike Leigh, pour n'en citer que deux, dans ce délicat exercice de style consistant à parler de notre monde sans se moquer de ceux qui tentent d'y survivre. Le cinéma hexagonal s'est frotté plus d'une fois à ce registre, avec plus ou moins de bonheur : de "Normandie Nue" à Bowling", le résultat fut contrasté. Pour autant, les tentatives continuent. Avec Karin Viard en tête d'affiche, "Le petit locataire" a tenté sa chance, sans rencontrer le succès à sa sortie. 

Elle ne s'y attendait pas, Nicole. A 49 ans, alors qu'elle est déjà grand-mère, que sa fille vit toujours chez elle, qu'elle héberge sa mère invalide, et que son mari renâcle à trouver un emploi, elle pensait avoir tourné la page de la maternité. Mais quand son gynécologue lui annonce qu'elle va de nouveau être maman, Nicole prend un sacré coup sur la tête. N'est-il pas trop tard pour elle ?

Il semble évident que "Le petit locataire" ambitionne d'explorer le terrain de la comédie sociale, genre dominé par le cinéma britannique. En plaçant son histoire chez des gens "normaux", voire de la France d'en-bas, Nadège Loiseau semble, dans un premier temps, s'engager sur un terrain souvent mal exploité dans le cinéma francophone. Cette louable ambition ne tient malheureusement pas très longtemps, le film s'orientant rapidement vers la comédie pure, choisissant de concentrer son propos sur l'héroïne et sa famille et délaissant le monde autour. 

Karin Viard, centre de gravité du film, part parfois en roue libre et ajoute au joyeux chaos qu'on ressent parfois au visionnage du "Petit locataire". La famille de guingois qui orbite autour de son personnage comporte pourtant de sacrés personnages (sans doute trop d'ailleurs), du père cherchant sa voie et sa place, à la grand-mère qui s'éteint en douceur, en passant par la fille en mal de maturité. Mais, malgré leur talent, les acteurs peinent à exister face à l'interprète principale. Lors des quelques scènes où ils reprennent la balle, on appréciera d'autant plus leurs prestations. 

S'il comporte quelques jolis moments, "Le petit locataire" n'est cependant pas dépourvu de défauts. En choisissant le registre de la comédie sociale, la réalisatrice oublie néanmoins que les glorieux modèles de ce type de cinéma sont en général porteurs d'une colère, voire d'un message. La situation de départ ne sert ici qu'à générer des situations comiques, mais jamais à donner à réfléchir. La promesse initiale n'est pas tenue et il faut (ou pas) se satisfaire d'un film destinée à faire (seulement) sourire. C'est déjà ça, certes, mais ça aurait pu être tellement plus. 

 


lundi 22 février 2021

Tout schuss (2016)

Pour tout vous dire, en regardant l'affiche de "Tout schuss", je me suis demandé si l'équipe derrière "A fond" ne remettait pas le couvert : des titres proches, le même acteur principal et la volonté affichée d'un rire franc. En réalité, derrière "Tout schuss", on retrouve deux réalisateurs : François Prévôt-Leygonie et Stephan Archinard, déjà repérés pour le peu convaincant "Amitiés sincères". En ces temps moroses où tout éclat de rire, voire le moindre sourire, est bon à prendre, pourquoi ne pas donner sa chance à ce duo ?

Romancier à succès et père défaillant, Max Salinger fait peu de cas de sa fille et, lorsque celle-ci doit suivre sa mère loin de Paris (à Vierzon, autant dire le bout du monde), refuse de l'héberger. Quand il découvre que sa fille est partie en vacances de neige en emportant la clé USB sur laquelle est stocké son dernier roman. Max s'improvise donc accompagnateur lors de ce séjour au ski, mais il est loin d'avoir les compétences requises. 

Au pitch énoncé ci-dessus, on devine sans mal le chemin que va prendre "Tout schuss" : la relation père-fille, totalement délabrée, doit être rétablie, fût-ce au prix de situations improbables et souvent comiques. Le problème avec "Tout schuss", c'est que les gags en question sont rarement efficaces et qu'ils volent souvent bas, très bas et se permettent des outrances qui ne font plus rire grand-monde (je suis prêt à parier que certains spectateurs auraient pu crier à la grossophobie, par exemple). En toute honnêteté, je crois que les moments les plus drôles du film sont tous dans la bande-annonce. Ce n'est hélas pas la première fois (ni sans doute la dernière) que ce symptôme frappe un film (souvent comique). 

Un acteur en roue libre, aussi créatif soit-il, ça ne remplacera jamais un scénario consistant, même pour une comédie. Dans le cas présent, le verdict est sans appel : les gesticulations de José Garcia ne suffisent pas à faire rire. Et, en voulant aller tout schuss, le film oublie en chemin d'avoir un scénario digne de ce nom, qui pourrait faire office d'ossature à l'ouvrage. Le registre de la comédie n'autorise pas de produire simplement des séquences vaguement reliées entre elles. Il demande aussi une histoire avec un minimum de solidité et des personnages auxquels on peut s'attacher, ne serait-ce qu'un peu. Dans le cas de "Tout schuss", aucun de ces composants vitaux n'est présent. 

Une fois visionné, "Tout schuss", malgré la présence de José Garcia, laisse un goût désagréable à son spectateur : pas drôle, souvent gênant, cette comédie qui semble en vouloir à ses personnages et joue à les maltraiter sans raison, dans le seul but de produire des gags qui tombent à plat, est à oublier, si possible. 





dimanche 30 août 2020

Cézanne et moi (2016)


Fille de Gérard Oury, Danièle Thompson a très tôt collaboré avec lui sur les scénarios de ses grands succès (de "La grande vadrouille" aux plus oubliables "Vanille fraise" ou "La vengeance du serpent à plumes"). Quand elle se tourna vers la réalisation, elle se fit une spécialité des films choraux, très parisiens, notamment avec "La bûche" ou "Fauteuils d'orchestre". En se frottant à l'histoire de deux grands hommes, Paul Cézanne et Emile Zola, avec "Cézanne et moi", Danièle Thompson n'a pas convaincu. Pourtant sur le papier, l'idée semblait porteuse...

En France, à la Belle Epoque, entre deux guerres, Emile Zola et Paul Cézanne, amis depuis l'enfance, se retrouvent pour évoquer leur amitié, leurs arts, leurs familles, leurs femmes. Dans le parcours souvent parallèle de ces deux hommes, se dessinent les destins des artistes qu'ils furent, de leurs différences, de leurs points communs, de leurs liens, de leurs brouilles. L'un est naturaliste et connaît le succès, l'autre innove et attend la gloire.

Le peu de succès, tant critique que public, que reçut "Cézanne et moi", malgré la présence de deux acteurs bankables, peut sembler inattendu. Pour reconstituer la Belle Epoque (qui ne l'était pas tant que ça, puisqu'elle se dirigeait droit vers une épouvantable boucherie), Danièle Thompson a disposé de moyens imposants et qu'elle nous offre de belles images. Cependant, il est bien connu que l'emballage ne suffit pas : derrière le papier cadeau, on est en droit d'espérer quelque satisfaction. Et là, il faut bien avouer que le compte n'y est pas.

En choisissant de découper son film en tranches fines et en procédant à de multiples allers-retours entre les époques, Danièle Thompson l'empêche de se poser et de mieux installer son contexte. S'efforçant d'enrichir les scènes (souvent répétitives) où s'affrontent les peintres de l'époque, elle multiplie les apparitions de guests, comme si le but du film était de produire un catalogue des talents de la Belle Epoque. De plus, les approximations et erreurs factuelles feront tiquer ceux venus là pour admirer la reconstitution. Les arrangements avec la chronologie et l'histoire ne plaident pas en faveur de "Cézanne et moi" : quitte à violer l'histoire, autant lui faire de beaux enfants (pour reprendre le mot célèbre). Dans le cas présent, le résultat n'est sans doute pas digne des hommes et de l'époque dont il est question.

J'avoue être resté perplexe devant l'interprétation de Guillaume-Gallienne-de-la-Comédie-Françai-se, souvent célébré, et qui n'est pas crédible (à mes yeux en tout cas) dans le rôle de Paul Cézanne. En plus d'en faire un homme peu sympathique, il le dote d'un accent méridional qui semble ne l'affecter que par moments.  face à lui, dans le rôle du grand Zola, Guillaume Canet semble paralysé et souvent passif : un comble pour Zola, qui fut l'auteur de "J'accuse... !" et ne tut jamais ses colères. Ajoutons à cela que les personnages pratiquent un dialogue souvent peu en phase avec la Belle Epoque et la suspension d'incrédulité est souvent mise à mal. Pour une reconstitution, c'est fâcheux, vous en conviendrez.

Il y avait un fort potentiel dans l'histoire des deux grands hommes que furent Zola et Cézanne. Le choix fait par Danièle Thompson de traiter leurs destins comme elle l'a fait dans "Cézanne et moi" ne leur rend pas hommage, non plus qu'à l'époque qui fut la leur.




samedi 16 mai 2020

Five (2016)


Il n'aura échappé à aucun des lecteurs de ce blog que j'apprécie tout particulièrement les films célébrant l'amitié. Mais, dans ce registre, les déceptions sont nombreuses. Encore récemment, "Parenthèse" ou "Amitiés Sincères" sont allés rejoindre d'autres films au rayon de ces films parlant d'amitiés avec des personnages dont on n'aimerait guère être ami. C'est dans cette catégorie que, pour son premier long métrage, Igor Gotesman nous proposa "Five", l'histoire de cinq amis d'enfance confrontés à des péripéties inattendues. Le succès ne fut pas au rendez-vous, cette fois encore. 

Ils se connaissent et s'aiment depuis toujours : Julia, Vadim, Nestor, Timothée et Samuel vont enfin pouvoir vivre ensemble, dans une colocation qu'ils espèrent depuis toujours. Seulement voilà : après une violente dispute avec son père, Samuel se voit couper les vivres et, pour payer le loyer, dont il assure la plus grosse partie, se rabat vers le trafic d'herbe. Naturellement, on ne s'improvise pas dealer et les ennuis s'accumulent. Heureusement, Samuel peut compter sur ses amis... ou pas !

Encore une fois, l'affiche fut trompeuse. Si "Five" semble célébrer l'amitié, celle-ci, bien que présente dans le film, n'est qu'en arrière-plan et n'est pas le moteur essentiel du film. Ce dernier, on s'en rend vite compte, est une comédie et, ce qui fera frissonner pas mal d'entre vous, une comédie française, pour être exact. Sans doute Igor Gotesman, réalisateur, scénariste et acteur sur ce film, a-t-il conscience des défauts inhérents à ce genre moribond : il s'affranchit très vite des standards hexagonaux du genre et opte pour un ton étrange, quelque part entre Klapisch et Apatow. Les thèmes sérieux qu'aurait pu explorer "Five" sont traités par l'humour, souvent au ras des pâquerettes, quand il n'est pas sous la ceinture. 

Ce "Five" est donc un curieux film bicéphale, dont la tête principale, celle appréciant l'humour gras, l'emporte souvent sur celle, plus contemplative et mélancolique, qui poserait un regard sur la jeunesse d'aujourd'hui. Cette dernière part de l'histoire, et sans doute celle qui aurait été la plus intéressante, est cependant phagocytée par les gags souvent de niveau pipi-caca que nous inflige Gotesman. On peut s'interroger sur la présence d'acteurs qui nous avaient habitués à mieux, de Pierre Niney à François Civil, en passant par Pascal Demolon ou Fanny Ardant. 

Enlevez toutes les séquence à la Apatow, qui copient leur modèle d'outre-Atlantique en pire, et le film devient tout à fait acceptable. Le problème est, qu'une fois toutes ces scories grasses ôtées, il ne doit rester que la durée d'un court métrage. 

mercredi 6 mai 2020

Parenthèse (2016)


Ce doit être un signe des temps : le film "de potes" est un genre vers lequel je me tourne volontiers, ces derniers jours (précisons que ce billet fut rédigé lors du confinement). Parce que l'amitié est une valeur importante, souvent un pilier sur lequel on peut s'appuyer sans crainte, la voir évoquée au cinéma est rassurant. Avec "Parenthèse", Bernard Tanguy réalisait son premier long métrage. Malgré un accueil critique contrasté et une audience maigrichonnes, ce film pouvait-il être porteur d'un peu de chaleur humaine ?

A l'approche de la cinquantaine et alors que nombre de voyants sont au rouge, dans sa vie, Raphaël décide de s'offrir un voilier et de partir quelques jours avec ses deux meilleurs amis, Patrick et Alain.  C'est sans compter son inexpérience en matière de navigation et les rencontres qui les attendent : trois jeunes femmes vont venir secouer ces hommes, plus tout à fait jeunes, pas encore vieux. 
Ce qui ne devait être qu'une parenthèse va prendre un tour inattendu.

Drôle de film que ce "Parenthèse", porté à bout de bras par son réalisateur, qui en fit un court-métrage pour le vendre aux producteurs, mena une campagne de foulancement pour boucler son budget et finit par essuyer un échec public. Assemblage hétéroclite de comédie à la française et de drame sur le temps qui passe, "Parenthèse" est finalement difficile à ranger dans une case. Tel le voilier des protagonistes, il part à la dérive et finit par s'échouer entre deux eaux. On comprend, au visionnage, qu'il n'ait pas plu à nombre de critiques, qui lui réservèrent parfois une volée de bois vert. Cependant, on perçoit de temps à autre, de vraies fulgurances, comme autant de portes que le scénario ouvre sur des pistes intéressantes, mais qu'il referme aussitôt, sans doute par peur de s'y aventurer. 

Comme s'il s'évertuait à saboter toute les bonnes intentions du scénario, le réalisateur juge bon de ponctuer les scènes d'éléments pseudocomiques, tombant souvent à plat. Il faut alors se réfugier dans le numéro que font, chacun leur tour, les trois acteurs principaux, composant chacun une facette du quinquagénaire-type. A ce jeu, Vincent Winterhalter, Gilles Gaston-Dreyfus et Eric Viellard ne s'en sortent pas trop mal, même s'ils sont parfois en roue libre. Soulignons enfin un dernier point positif pour ce film : la bande originale, signée par le groupe Stupeflip, est particulièrement réussie. 

Au final, "Parenthèse", s'il n'est pas la catastrophe annoncée par certains critiques, ne réussit cependant pas à tenir la distance. Bien souvent, il met un pied sur un chemin intéressant et change finalement d'orientation, par facilité ou paresse. Le voilier des héros, de peur d'affronter les flots, n'échappe finalement pas au naufrage, comme s'il figurait l'ambition du film.




vendredi 1 mai 2020

Hibou (2016)

 

Le duo formé par Eric et Ramzy se sépare de temps à autre, et chacun expérimente de son côté. Ainsi, on a vu Eric Judor au petit et au grand écran, souvent surprenant (je songe notamment à "Problemos"), de même que Ramzy Bedia s'offrait quelques jolis rôles (récemment dans "La lutte des classes", par exemple). Ce dernier est passé derrière la caméra pour la première fois avec "Hibou", un curieux film dont l'idée lui est venue en contant une histoire à sa fille, paraît-il. Confidentielle lors de sa sortie, l'audience de "Hibou" aurait-elle mérité d'être plus ample ?

Rocky est invisible, ou presque. Que ce soit à l'arrêt de bus ou à son travail, personne ne semble se rendre compte de sa présence. Un soir, en rentrant chez lui, il découvre un hibou grand-duc, perché dans son salon. Passée la surprise, il comprend qu'il doit changer et c'est revêtu d'un costume de hibou qu'il reprend sa vie. Là non plus, cela n'émeut personne. 
Quand Rocky, en hibou, rencontre une jolie panda, sa vie change enfin...

Curieux objet que cette fable, pourra-t-on penser en visionnant "Hibou". A l'instar de son compère Eric Judor, Ramzy Bédia ne cesse de nous étonner et entreprend cette fois une démarche que tout le monde ne suivra pas forcément. Composé de peu, ce film sur un homme (trop) discret qui apprend à vivre derrière un masque (ou plus exactement dans un costume de déguisement) est sans doute à placer quelque part entre les films de Michel Gondry et ceux de Quentin Dupieux. Ce conte sur la gentillesse et le regard porté sur les autres et par les autres est en dehors du temps, sans doute, mais son optimisme est salutaire. 

Portant de bout en bout son film, Ramzy Bedia réussit, sous sa peau de hibou, à émouvoir et à entraîner le spectateur dans son drôle d'univers un peu barré, un peu naïf, mais finalement très touchant. Face à lui, dans la peau de la femme sous le panda, Elodie Bouchez surprendra ceux qui ne l'attendaient pas dans ce registre. On notera également la présence de quelques seconds rôles savoureux (qu'il s'agisse de Philippe Katerine, de Guy Marchand ou d'Eric Judor, répondant évidemment présent). Acceptant d'entrer dans l'univers de bric et de broc de "Hibou", ils donnent vie à cette fable bienveillante (que les esprits chagrins qualifieront de naïve, sans doute).

Suivre Ramzy dans cette fantaisie douce-amère est un choix à faire (ou pas). Mais la sincérité du réalisateur-scénariste-acteur est touchante et incite forcément à regarder ce film avec indulgence et bienveillance. Coucou, hibou !


mardi 12 novembre 2019

Père Fils Thérapie (2016)


Oh, un remake, un de plus ! Dans cette catégorie, qui me fait régulièrement pester, "Père Fils Thérapie" a un signe particulier : celui qui réalisa son remake, Emile Gaudreault, était déjà aux commandes de l'original, le film québecois "De père en flic", plusieurs fois récompensé dans son pays d'origine (ce qui explique probablement la mise en oeuvre du dit remake). Cela dit, la réussite (publique) de l'original ne fut pas contagieuse, puis que "Père Fils Thérapie" passa sous les radars des spectateurs. 

Flic de choc et d'élite, Jacques Laroche ne s'entend pas avec son fils Marc. Alors que l'un de ses collègues est retenu en otage par un parrain mafieux, Jacques et Marc intègrent un stage de réconciliation entre père et fils, auquel participent aussi l'avocat du dit parrain et son rejeton, entre lesquels ça ne va pas très fort non plus. 
En gagnant la confiance de l'avocat, les policiers espèrent sauver leur collègue...et réparer leur relation père-fils. 

En matière de mise en place de son intrigue (ou, si vous préférez, de prétexte à la situation comique), "Thérapie Père-Fils" se montre laborieux, comme vous avez pu le deviner dans le pitch que je viens de vous faire. Il y avait sans doute plus simple et moins consommateur de temps et d'énergie. Arrivés au fameux stage, les protagonistes peuvent enfin apprendre à se connaître et à s'apprécier, jusqu'à la conclusion sans surprise aucune. 

La situation de base, laborieusement exposée, et utilisant un contexte de thriller, est vite laissée de côté pour céder le pas aux relations entre pères et fils. A coups de situations incongrues et de répliques qui font parfois mouche, la comédie déroule alors son fil, tant bien que mal. Mais, si le matériau de base était sans doute viable (j'avoue n'avoir pas vu le film original), "Père Fils thérapie" donne l'impression d'un objet bancal, qui ne fonctionne que rarement. 
Souffrant dès le début d'un déséquilibre entre ses personnages (puisqu'il consacre de longues scènes au duo Richard Berry - Waly Dia), le film ne se redresse jamais complètement, faute d'un traitement équitable entre ses protagonistes et entre les thèmes qu'il exploite. 

On aurait pu espérer que le film soit sauvé par ses interprètes, mais là aussi, c'est le déséquilibre qui est flagrant : Richard Berry, surjouant, n'est jamais drôle, tandis qu'on est souvent gêné pour Jacques Gamblin, embarqué dans une galère qu'il ne méritait pas. C'est du côté de la jeune génération (Waly Dia en tête) que vient la seule note de fraîcheur du film, à coups de dialogues piquants, mais insuffisants à relever l'ensemble. 

Poussif, rarement drôle, "Père-Fils Thérapie" est une comédie laborieuse, singeant maladroitement des modèles pas forcément recommandables venus d'outre-Atlantique. Encore un remake pour rien. 




dimanche 13 janvier 2019

Moka (2016)


La vengeance est le moteur de nombre d'intrigues, depuis la création du cinéma (pour ne citer que cet art). On  ne compte plus les films utilisant ce ressort, de "Taken" à "La mariée était en noir". En adaptant le roman éponyme de Tatiana de Rosnay, Frédéric Mermoud, cinéaste suisse, nous a récemment proposé "Moka". Malgré la présence en tête d'affiche d'un duo d'actrices renommées (Emmanuelle Devos et Nathalie Baye), ce film n'a pas rencontré le succès escompté. Jetons un œil dans le rétroviseur, si vous le voulez bien. 

La vie de Diane a basculé : son fils est mort, percuté par un chauffard qui a pris la fuite. Alors que l'enquête piétine, elle mène sa propre enquête. Ainsi, elle apprend que le véhicule en question était une Mercedes de couleur moka et que le conducteur était une femme blonde. Quand elle rencontre Marlène, propriétaire de la voiture, Diane découvre que sa vengeance ne sera pas aussi simple qu'elle l'avait imaginé. 


On pense évidemment à "Que la bête meure", l'un des chefs d'oeuvre de Claude Chabrol, en lisant le pitch de "Moka". Il est vrai que le ton général du film et que sa réalisation font fortement penser aux longs métrages du réalisateur de "La cérémonie". Sous ses aspects de thriller, "Moka" examine de près ses deux héroïnes, les confrontant lors de scènes où le malaise s'installe parfois. On songe aussi à Hitchcock, maître incontesté du suspense, lors de certaines séquences jouant du décor comme d'un personnage à part entière. Frédéric Mermoud, réalisateur de plusieurs épisodes de la série "Les revenants", s'aventure donc pour son premier long métrage sur un chemin déjà maintes fois balisé.

Si le film est globalement réussi et remplit la mission qu'il s'était assigné, il souffre de l'inévitable comparaison avec ses illustres modèles. Bien qu'on prenne plaisir à suivre le cheminent de Diane en territoire de reconstruction, l'impression de déjà vu est omniprésente. Pour l'effet de surprise, on repassera, donc. 


C'est essentiellement la prestation d'Emmanuelle Devos qui donne son intérêt au film. Avec l'énergie d'une "Gloria", son personnage est de quasiment toutes les scènes et donne l'occasion à l'actrice de montrer presque toute l'étendue de sa palette. Face à elle, Nathalie Baye se montre moins persuasive (mais j'avoue avoir rarement été convaincu par cette actrice, cela vient peut-être de moi). 

S'il n'apporte rien de neuf, "Moka" relate le cheminement d'une femme brisée et joue plutôt finement de la psychologie de ses personnages. Porté par une interprète remarquable, ce film de vengeance, s'il n'a rien d'inoubliable, remplit honnêtement son cahier des charges, tout en gardant une touche personnelle. C'est déjà ça de pris. 



jeudi 3 janvier 2019

Tempête de sable (2016)



Comme je le disais en exergue d'un tout récent billet, les lignes bougent, et ce ne sont pas seulement celles des courts de tennis. Les droits de la femme (dont il faudra vraiment m'expliquer en quoi ils diffèrent de ceux de l'homme) à disposer d'elle-même sont mis en avant chaque jour ou presque dans l'actualité. Le cinéma s'étant emparé du sujet, les œuvres l'abordant sont légion et viennent de (presque) tous les pays du monde. Pour preuve, "Tempête de sable", film israélien, qui se penchait sur le destin d'une jeune femme avide de liberté, mérite un petit coup de projecteur.

Dans un village bédouin d'Israël, Jalila accueille la nouvelle épouse de Suliman, son mari. Alors que les festivités se préparent et que les femmes se rencontrent, Jalila découvre que sa fille aînée, Layla, a une liaison avec un jeune homme de son université. 
Elle va ainsi à l'encontre de la tradition et de l'intérêt de sa famille : son père, Suliman, va devoir prendre les choses en main. 


Evidemment, en visionnant "Tempête de sable", on songe au très beau "Mustang", car la thématique explorée dans "Tempête de sable" est voisine : les femmes et leur liberté, confrontées à des traditions. Au milieu de ces femmes, le personnage masculin de Suliman, qui s'affiche progressiste (il confie en cachette le volant de sa voiture à sa fille), est confronté aux traditions et s'y conforte parfois malgré lui, souvent par tranquillité. Elite Zexter, réalisatrice et scénariste de ce film au ton quasi-documentaire, a choisi la voie du réalisme pour "Tempête de sable". Remarqué dans de nombreux festivals (de Locarno à Sundance) et couvert de moult prix, ce premier film est remarquable en de nombreux points.

C'est d'abord la méticulosité de l'observation qui saute aux yeux : si l'on a affaire à une fiction, Elite Zexter livre un voyage en terre inconnue (pour nombre de spectateurs) qui ne laissera personne indifférent. Si loin, si proches, les personnages de "Tempête de sable" sont touchants et profondément humains, et subissent le poids des traditions chacun(e) à leur manière. Pour les incarner, la réalisatrice a choisi des acteurs (et, surtout, des actrices) remarquables : Lammis Ammar, incandescente dans le rôle de Layla, emporte dans son sillage le spectateur qui suite, à sa hauteur, cette histoire ni extraordinaire, ni banale.

D'une belle justesse et filmé avec retenue, "Tempête de sable" est souvent poignant, mais sans jamais sombrer dans le pathos. Réaliste mais jamais jugeant, ce film mérite un petit coup d’œil, ne serait-ce que pour découvrir un peuple et ses traditions. 











mercredi 19 décembre 2018

Other people (2016)



Il faut se méfier des films dont les affiches arborent des taglines élogieuses. Combien de fois me suis-je laisser prendre au piège et ai du subir un film bien en-deçà de ses promesses ? Cela dit, parfois, ces morceaux choisis de critiques, qui envahissent parfois une grosse partie de l'affiche, peuvent aussi s'avérer contre-productifs : en ce qui me concerne, trop de superlatifs sur un film à peine à l'affiche me font hausser le sourcil. Récemment, ce fut le cas avec "En liberté !" (au sujet duquel je produirai un billet prochainement), mais aussi avec "Other people", un film même pas sorti dans les salles françaises et donc directement accessible en VOD, malgré un passage remarqué au festival de Sundance.

Alors qu'il vient de rompre avec son compagnon, David, auteur de comédie new-yorkais,  revient à Sacramento, dans sa famille, parce que sa mère est gravement malade. Il ne sait pas encore qu'il va passer une année particulière, entouré des siens, là où il a grandi. 
Alors que sa mère meurt doucement, David assiste à la reconstruction de sa famille, que le temps avait lentement rongé, tout en cherchant sa place...

A lire le pitch de "Other people", on pouvait penser qu'il allait courir trop de lièvres à la fois : traitant de la maladie, des liens familiaux et de l'homosexualité (et encore, je ne cite que les sujets les plus visibles), ce film pouvait paraître ambitieux. Et le premier sentiment qu'il suscite, lors de son visionnage, c'est qu'il a peut-être voulu trop en faire. Chris Kelly, son réalisateur et scénariste, livre pour son premier long métrage (après pas mal de courts métrages et son travail au Saturday Night Live) un film en demi-teinte. Nous invitant pour une année (dont on connaît l'issue, le film commençant par la fin et dissipant tout doute) aux côtés de David, Kelly oscille entre sourires (rarement, très rarement) et larmes (plus souvent),. 

Malgré le "Hilarious" plaqué sur l'affiche, on rit peu, en visionnant "Other people" : les maladresses des protagonistes ne font que les rendre plus humains, et font que l'on encaisse leurs souffrances en même temps qu'eux. Il est difficile de s'esclaffer pendant ce film, où la faucheuse rôde, omniprésente.

Malgré ses nombreuses imperfections et le fait qu'il ne creuse pas autant qu'il l'aurait pu les nombreux thèmes qu'il aborde, "Other people" a pour lui une atmosphère et une humanité touchantes. Et, surtout, on ne sort pas de son visionnage brisé, comme cela aurait pu être le cas.

Si vous êtes amateur de ces films où la caméra se met à hauteur d'homme et de femme, où nul artifice ne vient enjoliver la réalité, où l'on se frotte aux "vrais gens", "Other people" peut vous interpeller. Les amateurs de blockbusters et celles et ceux qui souhaitent s'évader passeront leur chemin.


jeudi 29 novembre 2018

La tortue rouge (2016)


Le cinéma d'animation est un domaine qu'on croit souvent réservé aux enfants et pour lequel les adultes ont souvent le simple rôle d'accompagnateurs. Ils sont plus rares, les films d'animation destinés à un public pas forcément enfantin. Les artistes qui s'essaient à ce registre passent souvent loin des grandes salles et, par conséquent, n'ont pas toujours la visibilité d'un Disney ou d'un Pixar. Fruit du travail de nombreuses années, "La tortue rouge" est le premier long métrage de Michael Dudok de Wit. Coproduit par le célèbre Studio Ghibli (entre autres), ce dessin animé méritait-il un peu plus d'exposition ?

Suite à un naufrage, un homme se retrouve seul sur une île déserte, dont il va très vite vouloir s'échapper. Le radeau qu'il construit, à plusieurs reprises, va se fracasser contre un obstacle invisible, comme si quelque chose l'empêchait de quitter l'île où il a échoué. 
Il finira par découvrir une étrange tortue rouge, et une femme aux cheveux roux et, peut-être, la raison pour laquelle il est là.


Une chose est sûre : ceux qui ont emmené leur progéniture voir "La tortue rouge" ont pu s'exposer à l'étonnement de celle-ci : ne rien comprendre ou ne rien trouver à comprendre, plus exactement, voilà qui peut désarçonner. Mais "La tortue rouge", avec son histoire tout simple, à la limite du rêve éveillé (ou pas, d'ailleurs) fait partie de ces films qui laissent un souvenir, ne serait-ce que par sa beauté plastique. Le trait de Michael Dudok de Wit, déjà repéré pour ses précédents courts-métrages (toujours dans l'animation), mêlant à la fois le numérique et le fusain, emporte presque instantanément l'admiration du spectateur. 

En plus d'être esthétiquement très beau, "La tortue rouge" se paie le luxe de prendre son temps et de narrer une histoire aux frontières du rêve. Sans aucun dialogue, ce dessin animé n'est pas pour autant une oeuvre simple. Le cheminement de son héros, simple naufragé ballotté par les flots et jeté sur le sable d'une île perdue, va au-delà de sa simple survie : c'est aussi la rencontre avec sa destinée que nous narre Michael Dudok de Wit.

Alors, certes, "La tortue rouge" peut désarçonner, par ses silences et les errements de son héros, mais il peut aussi séduire parce qu'il choisit un autre moyen de conter une histoire. Si on ajoute à cela sa beauté plastique et sa réalisation remarquable, il faut reconnaître qu'on est en présence d'un des plus beaux films d'animation de ces dernières années, capable de rivaliser avec les meilleures productions venues du Japon.




Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film muet"

lundi 19 novembre 2018

Silence (2017)



Remake d'un film japonais de 1971, lui-même adaptation du roman de Shūsaku Endō, "Silence", dernier film de Martin Scorsese en date, a fait couler l'encre lors de sa sortie, mais n'a pas attiré énormément de spectateurs en salles. A mille lieues des petits truands new-yorkais ou des mafiosi qui offrirent à Scorsese ses lettres d'or, l'histoire de "Silence" peut décontenancer, voire décourager le spectateur potentiel. Ce film peut aussi intriguer : offrons-lui une nouvelle chance.


Au XVIIème siècle, au Japon, le christianisme est interdit et ceux qui s'adonnent à cette religion sont persécutés. Deux missionnaires jésuites portugais, Rodrigues et Garupe, s'embarquent malgré tout vers cette terre hostile, afin de savoir ce qui est advenu du Père Ferreira, disparu quelques années plus tôt et dont on dit qu'il a fini par abjurer sa foi...
La croisade qu'ils commencent leur fera découvrir un autre monde.

Lorsque s'achève "Silence", on peut avoir une curieuse impression, pas très éloignée de ce qu'avait pu susciter en son temps "La passion du Christ". Les tourments infligés aux chrétiens, dont la simple vision est souvent à la limite du supportable, sont exposées à de nombreuses reprises. Brûlés vifs, décapités, noyés (et j'en passe), ceux que rencontrent les deux héros du film vivent l'enfer sur terre et on se demande s'il était bien nécessaire de multiplier ces scènes. 

Martin Scorsese a-t-il voulu livrer un film sur la religion ou sur sa religion ? Manifestement subjectif, "Silence" peut être vu comme la profession de foi d'un grand cinéaste (qui offrit d'ailleurs la première projection au Vatican). Ce qui aurait sans doute dû rester une démarche personnelle est donc étalé sur grand écran. On pourra regretter que Scorsese utilise son art ainsi, ou s'en féliciter.

S'il est, par contre, un point sur lequel "Silence" peut mettre tout le monde d'accord, ce sont ses magnifiques décors et sa photographie sublime, qui immergent immédiatement les personnages dans le Japon du XVIIème siècle. L'interprétation est également au nombre des points forts du film : Andrew Garfield, en figure christique (parfois excessivement, cela dit) et Adam Driver (qui montre, si c'était nécessaire, qu'il peut tout jouer), pour ne citer qu'eux, sont investis presque religieusement (décidément !) dans leurs personnages.

Ce n'est pas la première fois qu'un film me laisse plein de désarroi. Au sortir du visionnage de "Silence", entre sa beauté plastique, sa sincérité et son prosélytisme, je ne sais que penser de ce voyage au bout de l'enfer.


jeudi 25 octobre 2018

La nouvelle vie de Paul Sneijder (2016)



Quand un film fait l'unanimité parmi les critiques (hormis deux ou trois esprits chagrins) et qu'il ne déplace pas les foules, on peut trouver cette situation injuste. "La nouvelle vie de Paul Sneijder", récemment diffusé sur une des rares chaînes télévisées qui mérite encore qu'on allume le poste (je vous laisse deviner celle dont je veux parler), ne m'avait pas attiré plus que cela, lors de sa sortie en salles. Il faut dire que son affiche laissait plutôt penser à une énième comédie française, bien que son action se passe essentiellement au Canada. Seuls les imbéciles ne changeant jamais d'avis, son passage sur le petit écran était donc l'occasion de rattraper le coup.

Paul Sneijder est le seul survivant d'un accident d'ascenseur, où a péri sa fille. Brisé par ce drame, il est aussi pressé de toutes parts. Les avocats le poussent à aller devant les tribunaux, où il pourra toucher de substantiels dommages et intérêts. Sa seconde épouse souhaiterait qu'il puisse ainsi offrir à leurs deux fils les études supérieures qui leur assureraient une carrière rêvée. Mais Paul n'est plus le même. Au cours d'une de ses errances, canne en main, il se fait embaucher comme promeneur de chiens. Et si c'était ça, sa nouvelle vie ?

A lire le pitch que je me suis donné le mal d'écrire, vous aurez compris que nous ne sommes pas, ici, dans une comédie, malgré ce que pouvait augurer l'affiche. On peut donc pousser un soupir de soulagement. Thomas Vincent, réalisateur de "La nouvelle vie de Paul Sneijder", en adaptant ici le roman de Jean-Paul Dubois (déjà auteur de l'adapté "Kennedy et moi") choisit un rythme souvent lent et contemplatif (il a raison, ça a l'air très joli, Montréal) et nous parle ici de la façon dont on peut se reconstruire, humainement parlant, après un drame dévastateur. 

Seulement, la belle résilience dont fait preuve le héros du film n'est hélas pas suffisante pour remplir le scénario, non plus que son affrontement entre ceux qui n'attendent que les retombées financières du drame à l'origine de tout. Pour faire passer le message, Thomas Vincent oublie d'user de finesse. Les personnages prennent souvent des traits de caricatures ambulantes, forçant le trait alors que ce n'était pas nécessaire (tels Paul Sneijder s'appuyant plus que de raison sur sa canne), et basculant parfois dans des scènes incongrues (la séquence du concours est presque de trop). A plusieurs reprises, l'émotion, qui pointe pourtant le bout de son nez, est étouffée par l'effet de répétition. 

Le message de "La nouvelle vie de Paul Sneijder" est clair, dès le début du film. Mais, à le matraquer sans vergogne, le film perd de son intérêt. C'est d'autant plus dommage que la prestation de Thierry Lhermitte, aux antipodes du Popeye qui le propulsa sur le devant de l'affiche, il y a des décennies, est souvent touchante. On aurait pu s'attendre à un vrai voyage dans l'âme humaine, on ne fait que suivre la guérison programmée d'un homme, sans être autant touché(e) qu'attendu. 


dimanche 30 septembre 2018

Après la tempête (2016)


Après avoir fait forte impression auprès des critiques avec ses précédents films ("Nobody knows", "Tel père tel fils" ou "Notre petite sœur"), Hirokazu Kore-eda, cinéaste japonais réputé pour son approche humaniste de thèmes intimes, comme la famille ou la paternité, fut de retour à Cannes avec "Après la tempête". Ce film, passé sous le radar (comme on dit) d'une grande partie du public, méritait-il plus de visibilité ?   

 Ryota fut écrivain mais n'arrive pas à produire son prochain roman. Il se contente d'un petit boulot de détective privé et de magouilles au jour le jour pour assouvir sa passion du jeu. Il a été marié, mais ne voit plus son fils que rarement, tandis que son ex-femme est sur le point de refaire sa vie. Alors qu'un typhon s'apprête à déferler sur sa ville, tout ce qui compose sa vie se trouve réuni et devra affronter les éléments. Ryota trouvera-t-il le calme, après la tempête ?

A n'en pas douter, Hirokazu Kore-eda aime ses personnages et, à la manière d'un Claude Sautet, s'attache à filmer au plus près d'eux, privilégiant les plans rapprochés et n'hésitant pas à montrer leurs travers. Ryota, personnage central de "Après la tempête", n'est certainement pas un héros. C'est un homme comme beaucoup d'autres et il suscite autant la compassion que l'agacement : les problèmes qu'il affronte sont pour beaucoup imputables à ses choix. 

Le film de Hirokazu Kore-eda est sans doute à réserver aux amateurs d'histoires "vraies", c'est-à-dire à ceux qui ne renâclent pas à passer du temps dans les salles obscures, à contempler la vie de leurs semblables, loin des exploits extraordinaires de héros venus d'autres imaginaires. Les thèmes principaux de "Après la tempête" tournent autour de la filiation, des choix que l'on fait en tant qu'adulte et des responsabilités que l'on endosse (ou pas). 
A ce titre, les interprètes, Hiroshi Abe (dans le rôle de Ryota) en tête, sont particulièrement inspirés et portent le film avec un talent remarquable. Derrière l'interprète principal, on notera également le jeu très fin de Kirin Kiki dans le rôle d'une grand-mère moins dépassée qu'il n'y paraît ou de Yoko Maki (que Hirokazu Kore-eda avait déjà fait tourner dans "Tel père tel fils"), en ex-femme fragile et forte à la fois. 

"Après la tempête" est un film profondément humain, qui peut parler à tous, malgré qu'il vienne de l'autre bout du monde (ou peut-être, justement parce qu'il en vient). Dans l'histoire qui y est narrée, les sentiments mettent du temps à produire des effets, comme dans les plats que prépare la mère du héros et dont elle laisse les ingrédients refroidir pour qu'ils donnent plus de goût. Sans doute à réserver aux amateurs du genre, "Après la tempête" est un film plus universel qu'il n'y paraît. 


vendredi 31 août 2018

Paris Willouby (2016)




On peut dire plein de choses, avec un road-movie. Un voyage, seul ou accompagné, est souvent intérieur et, tout en découvrant de nouveaux horizons et de nouveaux personnages, on peut faire rire, faire pleurer, émouvoir et secouer un peu le spectateur. Les réussites sont légion, au cinéma, dans ce registre. Les échecs aussi. Récemment, parce qu'il mettait en vedette Isabelle Carré (qui, comme mes lecteurs le savent, fait partie des raisons pour lesquelles je peux me pencher sur un film), j'ai visionné "Paris Willouby", l'un des flops du cinéma hexagonal de 2016. 

Claire, divorcée et mère d'Alexandre est remariée avec Maurice, qui a une fille, Lucie. De cette nouvelle union est née Prune, une petite fille curieuse de tout. Mais cette famille recomposée accueille aussi Marc, le frère de Claire, dont Angélique, la petite amie, enceinte, vient de partir, puisqu'il est incapable de s'engager. Quand Claire apprend la mort de son père, qui n'a plus donné de nouvelles depuis sept ans, elle entraîne toute la tribu, pour se rendre aux obsèques de celui-ci. Le voyage ne sera pas de tout repos. 

Si l'intrigue de "Paris Willouby" vous dit quelque chose, c'est probablement à cause de sa très grande proximité avec celle du très réussi "Little Miss Sunshine". Lui aussi réalisé par un duo (aux manettes, Quentin Reynaud et Arthur Delaire, aussi acteurs), "Paris Willouby" souffre trop de la comparaison avec son modèle pour prétendre être plus qu'un simple décalque. En suivant les pérégrinations d'une famille s'entassant dans un monospace pour se rendre à l'enterrement du père absent, la famille Guilby-Lacourt, au gré de son voyage, perd peu à peu l'affection des spectateurs qui auraient pu s'intéresser à elle.

Pour qu'un road-movie fonctionne (et, d'ailleurs, c'est valable pour nombre de films), il faut que les personnages aient quelque chose à perdre ou à gagner. Faute d'enjeu véritable pour les personnages principaux, la balade se résume vite à quelques règlements de compte et quelques éclats qui ne sont jamais exploités sur la durée. Et ce n'est hélas pas du côté de l'interprétation qu'il sera possible de se consoler. On a beau adorer Isabelle Carré, ce n'est pas ici qu'elle trouve son meilleur rôle et la lumière qu'elle apporte d'habitude à un film est ici bien terne. Face à elle, Stéphane de Groodt et Alex Lutz sont peu convaincants, une fois de plus (il va falloir que je trouve le moyen de me réconcilier avec ces deux acteurs), tandis que les plus jeunes de la distribution ne s'en sortent pas trop mal.

Il est possible de se consoler avec la bande originale, assurée par le groupe Gush (dont un troisième album serait le bienvenu, ceci est un appel), qui est sans doute la meilleure idée du film et confère aux scènes qu'elle illustre une énergie communicative.

A trop s'inspirer d'un modèle qui convainquit tout le monde ou presque, "Paris Willouby" singe trop souvent, et bien maladroitement, le très chouette "Little Miss Sunshine" : il ne suffit cependant pas de mettre une famille un peu bancale sur la route pour faire un film réussi. Ça se saurait.


vendredi 27 juillet 2018

Approaching the unknown (2016)


La réussite de "Seul sur Mars" a forcément donné des idées à des producteurs. Oubliés les échecs (tout relatifs) de "Ghosts of Mars" ou de "Planète Rouge" (qui datent déjà un peu). Dans le sillage du film de Ridley Scott et parce que l'exploration de Mars est désormais du domaine de l'envisageable, le cinéma s'intéresse de plus près à celle qui fut autrefois peuplée de petits hommes verts (à en croire l'imaginaire collectif). En attendant que l'être humain y pose réellement le pied, le septième Art envisage comment cette colonisation pourra se passer. Mark Elijah Rosenberg, pour son premier long métrage, "Approoaching the unknown", s'est lancé dans (selon ses dires) un film de science-fiction philosophique sur un homme explorant ses limites. Pourquoi pas ?

Le Capitaine William Stanaforth porte sur ses épaules les espoirs de l'humanité. Créateur d'un procédé permettant de générer de l'eau à partir des richesses de n'importe quel sol, il est le seul passager d'une expédition vers Mars. Là, après un voyage de 270 jours, il posera les bases de la colonisation de la planète rouge. Mais rien ne va se passer comme prévu : Stanaforth va devoir affronter des incidents qui l'amèneront plus loin qu'il ne l'avait imaginé. 

Voilà un pitch qui aurait pu augurer de maints traitements différents. Il aurait pu s'agir d'un voyage initiatique, des péripéties d'un naufragé ou d'un film technique décrivant les conditions de pareil périple. A première vue, c'est vers la démonstration que s'embarque "Approaching the unknown", dont le héros, en plus d'être l'unique passager de son vaisseau, a aussi eu l'idée du processus permettant de générer de l'eau, la plus précieuse ressource dans pareil voyage. Et là, il faut bien avouer que, d'un point de vue technique, le scénario a quelques trous dans la raquette. 

Passons outre l'idée du procédé qui permettrait au héros de générer de l'eau en combinant tout bêtement de l'hydrogène et de l'oxygène (j'ai comme l'idée que cette réaction pourrait être un tantinet explosive), le choix même d'envoyer un homme seul dans cette odyssée est bien moins crédible et aurait tendance à briser la fameuse suspension d'incrédulité. Là où le postulat de base de "Seul sur Mars" tenait le coup malgré nombre d'invraisemblances, celui de "Approaching the unknown" s'écroule rapidement et force le spectateur à ne tenir compte que la partie initiatique du voyage  pour rester accroché au film. 

Pour tenir le premier (et presque unique) rôle de cette odyssée vers la planète rouge, Mark Strong, éternel second couteau d'Hollywood, est irréprochable. Tour à tour sûr de lui, puis en proie au doute et approchant les frontières de la folie, ce grand acteur toujours à la recherche du premier rôle qu'il mérite fait une belle démonstration de son talent. En capitaine d'un navire partant à la dérive, Mark Strong est le meilleur atout du film. On réservera donc la vision de celui-ci aux admirateurs inconditionnels de cet acteur et à ceux qui pourront trouver un sens spirituel à sa traversée du désert spatial. L'ultime partie du voyage, pour couronner le tout, ressemble fort à une baudruche qui, ayant perdu son contenu durant l'heure et demie précédente, tombe mollement au sol. 

Muni d'un matériau a priori richissime et qui aurait pu donner lieu à plusieurs axes de traitement, "Approaching the unknown" gâche bêtement son fort potentiel, parce qu'il est à la fois trop ambitieux (ou prétentieux, selon l'humeur du spectateur) et trop plein de vide. Il faudra, pour celles et ceux que fascine cette prochaine odyssée, se consoler avec d'autres approches.



Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film dont tu voudrais changer la fin"

vendredi 22 juin 2018

A la poursuite de Ricky Baker (2016)


Le précédent long métrage de Taika Waititi, "Vampires en toute intimité" avait fait l'objet d'un billet élogieux en ces colonnes et nombreux étaient ceux qui l'avaient apprécié. On pouvait espérer, au vu de la réussite de ce film, que les suivants de son metteur en scène aient droit  une sortie en salles. Que nenni, mes amis, puisque, malgré des critiques souvent à son avantage, "Hunt for the Wilderpeople", son dernier film, est sorti uniquement en vidéo dans l'hexagone, sous le titre "A la poursuite de Ricky Baker" et ce, pas mal de temps après sa "vraie" sortie, dans les pays qui le traitèrent comme un film digne de ce nom.. Ce ne fut que pour son film suivant, "Thor : Ragnarok", que le cinéaste néo-zélandais eut le droit à une sortie digne de ce nom dans notre pays. Tout vient à point à qui sait attendre, paraît-il...


Ricky Baker, jeune garçon à problèmes, est reçu par sa nouvelle famille d'accueil. Tante Bella et Oncle Hec vivent au fin fond de la campagne néo-zélandaise et comptent bien offrir un vrai foyer et de vraies valeurs à cet adolescent rebelle. D'abord en opposition, l'enfant et les adultes vont devoir apprendre à se supporter, voire à s'apprécier.
Mais, quand Tante Bella décède subitement, pour Hec et Ricky, c'est toute une aventure qui commence...

Le moins que l'on puisse dire à la lecture du pitch, c'est qu'on pouvait verser dans le mélodrame. Ce serait mal connaître Taika Waititi, qui prend un malin plaisir à mettre en place tout un édifice qu'il fait ensuite s'écrouler, comme un sale gosse. Et le voyage (initiatique, mais pas uniquement) qui commence alors pour Hec et Ricky est un sacré périple, au cours duquel le réalisateur n'épargne personne (et surtout pas ses héros). La liberté de ton et le talent de mise en scène, alliés aux décors sauvages de Nouvelle-Zélande, donnent un cocktail inattendu, qui aurait sans doute mal fini entre d'autres mains que celles de Waititi (qui a aussi un petit rôle savoureux dans le film).

Il y avait longtemps qu'un film, qui plus est une comédie, ne m'avait pas surpris et emballé à ce point (et ce n'est pas faute de multiplier les tentatives). Il aura donc fallu chercher à l'autre bout du monde pour trouver un long métrage malin et marrant. Étonnant, non ?
La réussite de ce film est également à porter au crédit d'un casting formidable. En tête, le jeune et étonnant Julian Dennison, tour à tour touchant et insupportable, donne vie à Ricky Baker avec un mélange de sincérité et d'énergie qui promettent de belles choses à l'avenir. Sam Neill, en vieux grincheux, trouve son meilleur rôle depuis longtemps au cinéma et, malgré un rôle plutôt bref, Rima Te Wiata trouve le juste point d'équilibre entre émotion et fantaisie. 

Comme le faisait remarquer ma consœur Tina dans son fort joli billet au sujet de ce film, "Hunt for the Wilderpeople" (désolé, mais le titre français est au-dessus de mes forces) est un conte, sans doute écrit sous l'emprise de certaines substances, ajouterai-je. Ce conte là, je veux bien me le laisser raconter.
Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film ni américain ni européen"