mardi 2 février 2021

Extrêmement fort et incroyablement près (2011)

 

Pour beaucoup, le XXIème siècle commença avec l'effondrement des tours du World Trade Center. L'événement marqua ceux qui y assistèrent, de près ou de loin et, bien des années plus tard, nous continuons de ressentir les échos de cette journée pas comme les autres. La fiction s'est emparée du sujet, mais rares sont les films qui ont osé évoquer de façon directe le 11 septembre. En adaptant le roman "Extrêmement fort et incroyablement près", Stephen Daldry (qui mit en scène "Billy Elliot", entre autres) fut l'un des premiers cinéastes à se pencher sur le sort de ceux qui perdirent un proche quand les tours disparurent. Qualifié par un critique(1) de "plus mauvais film nommé aux Oscars", "Extrêmement fort et incroyablement près" n'eut guère de succès à sa sortie.

Le père d'Oskar est exceptionnel. Ce petit New-Yorkais d'une dizaine d'années pas tout à fait comme les autres reçoit chaque jour de belles leçons de vie de sa part. 
Mais le père d'Oscar était, le mardi 11 septembre 2001, dans une des tours du World Trade Center et n'est pas revenu à la maison ce jour-là. Alors, parce qu'il trouve par hasard une clé dans les affaires de son père, Oscar va tenter de trouver ce qu'elle ouvre, quitte à interroger des centaines de personnes. Les rencontres que fera Oskar vont le changer, à tout jamais. 

En adaptant le roman de Jonathan Safran Foer, Stephen Daldry, sans doute missionné par ses producteurs, s'est vu confier un bien lourde charge : rester digne, tout en réussissant à émouvoir. La tâche était malaisée, certes, mais pas impossible : la plaie restée ouverte du "pire jour" (pour reprendre le vocabulaire du film) pouvait être l'objet d'un récit, pour peu que ce dernier soit habile. Hélas, il semblerait que Daldry, pourtant convaincant dans ses précédentes réalisations, n'ait pas réussi à atteindre le but fixé. Avec les plus nobles intentions, "Extrêmement fort et incroyablement près" reste englué dès le départ et ne décolle jamais. Forcé de suivre le jeune héros du film, qui n'attire finalement que peu l'empathie malgré l'épouvantable drame qu'il a vécu, le spectateur peut vite se réfugier dans la seule consolation qui lui reste : visiter quelques morceaux de la Grosse Pomme par film interposé.

Il y a nombre d'éléments qui viennent plomber "Extrêmement fort et incroyablement près". Qu'il s'agisse de l'interprétation du jeune Thomas Horn, souvent dans l'excès (et son doublage en version française n'arrange rien), de la surenchère de pathos ou même de l'utilisation abusive de la musique (pourtant une belle partition du grand Alexandre Desplat) et, surtout, un scénario qui fait la part (trop) belle à son petit héros, plus agaçant qu'attachant. Faute de s'attacher à celui sur qui tout le film repose, ceux qui visionneront ce film finalement pas très crédible.

On pourra imaginer que la production de ce film fut hâtée par le désir de le sortir pour le dixième anniversaire des attentats (promesse finalement non tenue) et par une démarche laissant perplexe : entre hommage aux victimes et appel à la résilience, "Extrêmement fort et incroyablement près" ne coche finalement aucune des cases du registre. Quand on finit par quitter Oskar et le laisser faire son deuil, on se sent soulagé (même si un peu honteux), parce qu'il faut bien dire qu'il est souvent horripilant. Sur un sujet des plus sensibles, Stephen Daldry, qu'on avait connu plus inspiré (notamment avec "The hours"), échoue dans sa mission. "Extrêmement fort et incroyablement près", disait l'affiche. On pourrait y ajouter "Très moyennement réussi". 



(1) Xan Brooks dans les colonnes de The Guardian (https://www.theguardian.com/film/2012/feb/23/oscars-extremely-loud-incredibly-close)


4 commentaires:

  1. Hello Laurent.

    Outche. Malgré quelques commentaires négatifs, j'avais envie de donner sa chance au film (surtout que j'aime beaucoup la modestie de Tom Hanks dans la plupart de ses rôles). Tu viens de me calmer...

    Je vais plutôt lire le bouquin, si l'occasion m'en est donnée. C'est peut-être plus sobre et, dès lors, plus juste.

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    1. Hello Martin. J'ai eu la dent dure, mais cela ne préjuge en rien de l'appréciation que tu pourrais avoir. Que cela ne t'empêche pas (enfin, pas trop) de le visionner.

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  2. J'en garde un bon souvenir, suffisamment pour me pousser à lire le livre (et pour tout dire, j'ai préféré le film) mais il y a quand même des passages qui piétinent la subtilité pour plonger le spectateur dans le pathos. Dans ces moments, j'ai l'impression que le réalisateur me hurle dessus "sois émue!" et ça m'agace

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    1. Ah, que j'apprécie ces avis différents, et finalement complémentaires. Nous sommes toutes et tous différent(e)s : tant mieux !

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