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mardi 22 avril 2014

Un duplex pour trois (2003)


Si l'on en croit le cinéma, acheter un bien immobilier en viager est tout sauf une bonne idée. Depuis le film du même nom (réalisé par Pierre Tchernia en 1972), le spectateur averti sait fort bien que pareille transaction est vouée à l'échec, mais aussi qu'elle peut inspirer une comédie digne de ce nom. En 2003, inspiré (paraît-il) par l'histoire de Jeanne Calment (qui survécut au médecin qui avait acquis sa maison en viager), Larry Doyle, scénariste de son état (il officia à plusieurs reprises sur la série "The Simpsons"), écrivit le script de "Un duplex pour trois", avant qu'il ne soit confié à Danny de Vito. Hélas, malgré ses nombreux succès en tant qu'acteur, ce dernier essuya un échec public avec ce film.

Alex et Nancy ont tout pour être heureux. Ces jeunes mariés viennent de trouver la maison de leurs rêves en plein Brooklyn. Leur nouveau nid d'amour ne présente qu'un bémol : une locataire, Madame Connelly, qui en occupe le deuxième étage. Qu'à cela ne tienne, Nancy et Alex choisissent de s'installer, en attendant que l'âge avancé de la vieille dame ait raison d'elle et leur accorde la pleine jouissance des lieux. C'est sans compter le caractère particulier de Madame Connelly : la cohabitation va vite virer au cauchemar...

Danny de Vito, plus connu pour ses rôles au cinéma que pour ses réalisations (pourtant, sous-estimées, à l'image de "Matilda", par exemple), a un ton qui n'appartient qu'à lui. Corrosif (mais pas trop), celui qui interpréta le Pingouin porte surtout une immense tendresse pour ses personnages. Même les méchants de ses films ne le sont pas absolument et ont une chance de rédemption avant que le rideau ne tombe sur l'histoire. Ici, encore (et sans vouloir spoiler), on est dans la comédie un brin acide, mais qui, on le sait d'emblée, finira bien. Cependant, le tour que donne parfois de Vito à son film en fait un objet différent du "Viager" de Tchernia. Alors que ce dernier mettait en vedette un ancêtre plein de bonhomie, la vieillarde de "Un duplex pour trois" est volontairement méchante, et peut par moments concurrencer la Tatie Danielle de Chatiliez.  

Ce trait est assez caractéristique du film dans son ensemble. Reposant sur un postulat finalement assez classique, "Un duplex pour trois", malgré quelques bons moments, souffre de répétitions et de longueurs. L'escalade de l'affrontement entre le jeune couple et la vieille dame indigne trouvant vite ses limites, le film s'essouffle assez rapidement. De peur d'aller trop loin, parce que visant la catégorie "comédie familiale" qui lui est chère, Danny de Vito se contente de naviguer entre deux eaux, pour finalement livrer un film qu'on qualifiera de tiède. 

Les amateurs de Ben Stiller (et ceux de Drew Barrymore aussi) se réjouiront de retrouver là leurs interprètes préférés, parfaitement à l'aise dans leur registre et semblant bien s'amuser. Eileen Essel, en locataire indigne malgré son grand âge, se délecte visiblement d'incarner la vieille dame ne reculant devant rien.

Il est dommage finalement que Danny de Vito n'ait pas emprunté un ton plus acide et livré là une farce corrosive, quitte à sortir du registre familial qui lui est cher. A défaut de cela, il livre un film sympathique, mais qui souffre de ses longueurs et des répétitions inhérentes à son pitch de base. Au final, "Un duplex pour trois" n'a rien d'inoubliable (en bien comme en mal).







vendredi 5 juillet 2013

Matilda (1996)


On connaît surtout Danny de Vito pour les rôles qui firent sa gloire, durant les années 1990 : "Jumeaux", mais aussi "Batman : le défi" (où il incarna un Pingouin mémorable). On sait moins qu'il a aussi travaillé de l'autre côté de la caméra, entre mise en scène et production (il aida, par exemple, Quentin Tarantino à réaliser le sublime "Pulp Fiction"). Son oeuvre de réalisateur a laissé moins de traces dans les mémoires. En dehors de "La guerre des Rose", il est peu de ses films dont on se souvienne. Qui se rappelle du biopic "Hoffa" ? Qui se souvient qu'il a adapté le roman "Matilda" du très prolifique auteur Roald Dahl(1) (aussi à l'origine de "Charlie et la chocolaterie" ou "Fantastic Mister Fox", pour ne citer qu'eux) ?


Matilda, 6 ans et demi, a eu la malchance de tomber dans une famille particulièrement affligeante. Entre une mère adepte des concours de bingo et un père m'as-tu-vu vendeur tendance escroc, elle qui n'aspire qu'à la lecture et rêve d'aller à l'école n'a pas la vie à laquelle elle aspire. Un jour pourtant, tout va changer : Matilda va se découvrir un pouvoir de télékinésie. Cela tombe bien : la directrice de l'école où son père a fini par l'inscrire est un véritable tyran : elle et Matilda vont avoir maille à partir.

Alors, bien évidemment, "Matilda" est un film pour enfants, et il accomplira sa mission (à savoir amuser nos chères têtes blondes) avec efficacité, tout en apportant sa propre morale, mais sans être moralisateur. Ça n'est déjà pas si mal. Mais, hormis ce contrat de base, rempli honnêtement, il faut reconnaître que même adulte, on prend un malin plaisir à déguster ce petit film. Entre les parents beaufs de Matilda et ses péripéties scolaires, les adultes en prennent pour leur grade. Interprétés par Danny de Vito et son épouse Rhea Perlman, le père et la mère de la petite héroïne concentrent toute la bêtise et la lâcheté imaginables. Il y a donc un petit côté "jeu de massacre" dans ce petit film qui réjouira les plus grands.

La réalisation de Danny de Vito est efficace, même si, avec le temps, certains plans ont un peu vieilli (les effets spéciaux accusent le poids des années). Mais le plus grand atout de ce petit film réside dans son interprétation. Tous les acteurs y sont remarquables, y compris (et ce n'est pas peu dire) les enfants. Combien de fois a-t-on du subir le jeu peu naturel de jeunes comédiens mal dirigés, donnant un résultat souvent médiocre au final ? Face à eux, les adultes tirent joliment leur épingle du jeu, rendant leurs personnages odieux ou adorables et emportant sans mal l'adhésion du jeune public. Notons au passage la présence au casting de Paul Reubens (alias Pee-Wee Herman) dans le rôle d'un agent du FBI et d'Embeth Davidtz, récemment à l'affiche du "Millenium" de David Fincher. 

Alors, oui, "Matilda" est un film pour enfants, mais pas seulement. Par son ton, tour à tour jubilatoire ou accusateur, ce film est souvent touchant et drôle, sans tomber dans les travers dont les comédies pour enfants sont coutumières. Il mérite donc amplement d'être (re)découvert...




(1) : Si vous voulez épater vos amis dans les dîners, voici la petite information qui fera de vous un cinéphile admiré : Roald Dahl, en plus de ses activités de romanciers, scénarisa "On ne vit que deux fois", le cinquième James Bond. C'est d'autant plus amusant que, durant la Seconde Guerre Mondiale, Roald Dahl s'était lié d'amitié avec Ian Fleming, le créateur du personnage de 007.