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samedi 27 février 2021

Janis et John (2003)

Samuel Benchetrit a déjà eu droit à un billet dans ces colonnes, pour "Chez Gino". Ce réalisateur, à l'univers si particulier, n'a que rarement rencontré le succès public, mais possède une vraie "patte", qui fait que ses films sont reconnaissables entre tous. Son premier long métrage, "Janis et John", par exemple, a pu marquer ceux qui le virent lors de sa sortie, il y a de cela une vingtaine d'années (bigre !). A-t-il bien vieilli ? 

Pablo Sterni a une vie banale et travaille pour une compagnie d'assurances. Pour arrondir les fins de mois, il décide d'empocher les cotisations que paie Monsieur Cannon pour protéger sa voiture de collection. Quand celle-ci est accidentée, Pablo est pris à la gorge. C'est à ce moment qu'il apprend que son cousin Léon vient d'hériter d'une grosse somme. Léon, lui, n'est jamais revenu d'une prise d'acide et ne vit que pour Janis Joplin et John Lennon. Afin de lui soutirer l'argent qui le sortira du guêpier où il s'est fourré, Pablo décide de lui envoyer ses idoles. Les ennuis ne font que commencer. 

Comme le laissent deviner ce pitch et la bande-annonce, "Janis et John" est un premier film audacieux dans son intention. Et ses premières minutes augurent du meilleur, tant sur le fond que sur la forme. Pour son premier long métrage, Samuel Benchetrit imprime très rapidement sa marque. Sur fond d'une bande-son très rock'n roll, son film ambitionne de secouer son spectateur et de sortir des sentiers battus. Démarrant sur les chapeaux de roue, "Janis et John" n'arrive hélas pas à maintenir son allure jusqu'au bout. Il contient cependant de très jolis moments et de vraies tentatives, souvent réussies, d'aller vers quelque chose de neuf. Loin d'être aussi artificiel que certains films ayant voulu adopter ce ton très rock'n roll, "Janis et John" touche du doigt, et à plusieurs reprises, l'humanité de ses personnages, qu'on se prend à aimer, malgré leurs défauts. 

La distribution qui donne vie aux personnages de ce conte rock'n roll est pour beaucoup dans le plaisir qu'on prend à le visionner. Qu'il s'agisse de la regrettée Marie Trintignant (dont c'est le dernier film et qui décéda avant sa sortie, dans les tragiques circonstances que l'on sait), de François Cluzet, de Sergi Lopez (remarquable) ou de Christophe Lambert (qui hérite d'un rôle tout en autodérision), tous sont remarquables et forment sans doute le plus bel atout de "Janis et John". Pour son premier long métrage, Samuel Benchetrit s'offre également la participation de Jean-Louis Trintignant, dans un rôle discret mais décisif. On pouvait imaginer pire. 

Même s'il ne tient pas toujours la distance, "Janis et John" porte en lui une vraie audace et dispense un charme fort agréable (dû en grande partie à ses interprètes). Comédie à la fois barrée et douce-amère, ce premier film est probablement l'un des plus réussis de son auteur.






dimanche 17 juin 2018

RRRrrr !!! (2003)



Enfant de la télévision (à laquelle il est récemment retourné avec le succès que l'on sait), Alain Chabat a fait son entrée avec le succès que l'on sait, avec "Didier", puis le triomphe de "Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre", sans doute la meilleure adaptation de la bande dessinée éponyme. On se rappelle moins qu'il a aussi réalisé, juste après, "RRRrrr !!!", avec les Robins des Bois. Le succès ne fut pas vraiment au rendez-vous, même si cette comédie a, avec les années, acquis un statut qui n'est pas loin d'en faire un film-culte pour certains. Alors, le public de l'époque est-il passé à côté d'un grand film ?
A l'âge de Pierre (prénom très usité à l'époque, d'ailleurs), deux tribus très différentes voisinent tant bien que mal : les Cheveux-Propres, qui ont découvert le secret du shampoing, et les Cheveux Sales, qui aimeraient bien accéder à ce savoir.
Un jour, dans la tribu des Cheveux Propres, est commis le premier meurtre de l'histoire de l'humanité. Alors, puisque le sorcier de la tribu l'a décidé, deux des Cheveux Propres vont se lancer dans la première enquête criminelle de l'humanité.

Une chose est sûre, lorsqu'on regarde "RRRrrr !!!", quinze ans (bigre, déjà !) après sa sortie : ce film porte la marque de fabrique des Robins des Bois, aux manettes du scénario avec Alain Chabat. La vanne et le gag, maîtrisés à merveille par l'ex-Nul, font mouche. Le problème de "RRRrrr !!!" est ailleurs : s'il contient pas mal de bons morceaux d'humour, cela ne suffit en rien à faire un film. Il faut aussi une histoire et des personnages. La première est presque inexistante et les seconds n'ont rien d'attachant. C'est d'autant plus dommage que la préhistoire est un thème trop peu exploré dans le cinéma, a fortiori lorsqu'il se lance dans la délicate mission de faire rire. 

Les critiques assassines qui furent réservées à "RRRrrr !!!" lors de sa sortie affectèrent fortement Alain Chabat, au point qu'il mit longtemps avant de repasser derrière la caméra. Certaines comédies qui rencontrèrent un succès notable et furent applaudies par les mêmes critiques n'offrent même pas au public les quelques moments vraiment drôles de cette farce préhistorique inégale.

Maladroit et parfois lourdingue, "RRRrrr !!!" contient quelques gags franchement amusants et certaines références assez rigolotes, mais ne dispose d'aucune ossature sur laquelle se développer. C'est d'autant plus regrettable qu'Alain Chabat avait démontré qu'il maîtrisait largement l'exercice de style avec ses films précédents.

Il n'y avait sûrement pas de quoi faire un grand film dans "RRRrrr !!!", mais ceux qui y participèrent se firent plaisir, à n'en pas douter, et ne méritaient pas le vilain traitement qui leur fut réservé. On a vu pire depuis...mais on a aussi vu largement mieux.




mardi 10 octobre 2017

La ligue des gentlemen extraordinaires (2003)


Pour nombre de cinéphiles, "La ligue des gentlemen extraordinaires" est le film qui précipita la retraite de Sean Connery, acteur principal et producteur du film. Pour les amateurs de bande dessinée, ce film est l'une des pires adaptations d'une oeuvre d'Alan Moore. Le fait est que la majorité se range à un avis : c'est un mauvais film. Alors, maintenant que le temps a passé et qu'il aurait pu donner une patine de respectabilité ou un certain charme à "La ligue des gentlemen extraordinaires" mérite-t-il son sort ?
1899 : alors qu'entre les grandes puissances, les bruits de guerre se font plus forts, l'Angleterre recrute quelques-uns des plus grands héros de l'époque, pour lutter contre le Fantôme, un terroriste cherchant à monter les nations les unes contre les autres. Sous la houlette de M, Allan Quatermain, le Capitaine Nemo, l'homme invisible, Tom Sawyer, Mina Harker, le Docteur Jekyll et Dorian Gray vont œuvrer de concert pour sauver la paix. Mais de sombres machinations sont en marche, à leur insu...

S'il a remboursé son budget, "La ligue des gentlemen extraordinaires" fut descendu en flammes de façon quasiment unanime. Et, malgré le temps passé, il faut reconnaître que ce traitement reste mérité. Oublions donc la séance de rattrapage pour ce film qui a (en plus) mal vieilli. Stephen Norrington, visiblement sous l'inspiration néfaste de Roland Emmerich et de Michael Bay, cherche à en mettre plein la vue au spectateur, sans se soucier de la cohérence de l'histoire qu'il était censé narrer. Le réalisateur, essentiellement connu pour son "Blade" (que j'avais trouvé efficace à l'époque, mais mériterait peut-être un revisionnage), se fait plaisir en usant et abusant des effets spéciaux (une de ses spécialités, mais force est d'avouer que les effets sont ici plutôt moches) mais oublie qu'il est là pour raconter une histoire et qu'elle doit tenir debout.

Malgré un matériau de base richissime, qui pourrait alimenter sans peine quelques saisons d'une série télévisée, Norrington expédie les séquences d'introduction des héros et oublie de les doter de la moindre personnalité, comptant sur le charisme des acteurs pour leur conférer l'épaisseur indispensable. Si Sean Connery est évidemment crédible, on n'en dira pas tant de ses comparses, en particulier de Stuart Townsend (déjà éjecté du rôle d'Aragorn dans "Le Seigneur des Anneaux"). Chargés de sauver un film dont l'intrigue part dans tous les sens au mépris de la crédibilité, les interprètes sont finalement condamnés à assister au naufrage du navire sur lequel ils ont embarqué (et nous avec eux).

Alan Moore a un jour déclaré au sujet des films tirés de son oeuvre "Ce sont des films idiots, sans la moindre qualité, une insulte à tous les réalisateurs qui ont fait du cinéma ce qu'il est, des magiciens qui n'avaient pas besoin d'effets spéciaux et d'images informatiques pour suggérer l'invisible. Je refuse que mon nom serve à cautionner d'une quelconque manière ces entreprises obscènes, où l'on dépense l'équivalent du PNB d'un pays en voie de développement pour permettre à des ados ayant du mal à lire de passer deux heures de leur vie blasée. La majorité de la production est minable, quel que soit le support. Il y a des films merdiques, des disques merdiques, et des BD merdiques. La seule différence, c'est que si je fais une BD merdique, cela ne coûte pas cent millions de dollars." (D-Side n°29). En visionnant "La ligue des gentlemen extraordinaires" il est difficile de lui donner tort.


jeudi 31 août 2017

Deux soeurs (2003)


Depuis quelques années, le cinéma sud-coréen fait preuve d'une créativité sans bornes, en particulier lorsqu'il s'agit de donner des frissons au spectateur, que ces frissons soient générés par la peur, le suspense ou le simple plaisir de goûter un film bien fait. Jee-Woon Kim, surtout connu pour "A bittersweet life" ou "Le bon, la brute et le cinglé" réalisa quelques années plus tôt un thriller lorgnant sur le film d'épouvante, "Deux soeurs", qui est loin d'être aussi connu que ses derniers opus. 

Après une longue absence, Su-Mi et Su-Yeon reviennent dans leur maison, accompagnées de leur père. Là, les attend Jung-Ha, leur belle-mère, avec laquelle les rapports sont tendus. Cette dernière terrifie Su-Yeon et Su-Mi fait tout pour éviter sa marâtre. Peu à peu, dans la grande maison familiale, l'ambiance devient de plus en plus étrange. Entre apparitions fantomatiques et tentatives de meurtres, c'est à se demander qui est sain d'esprit...

Curieux film, que ce "Deux sœurs", se baladant tantôt sur le terrain du thriller psychologique (qui plus est, avec comme champ d'exploration l'adolescence féminine), tantôt dans les contrées du film fantastique. Imbriqués l'un dans l'autre, les thèmes qu'aborde ce film sont difficiles à démêler l'un de l'autre. Cela rend le visionnage du film d'autant plus troublant que le spectateur ne sait pas très bien ce qui est réel ou ce qui ne l'est pas. 

Doté d'une véritable identité visuelle, souvent très beau, mais tout aussi oppressant et angoissant, "Deux sœurs", lauréat du grand prix du festival de Gerardmer, témoigne aussi d'une réelle maestria de la part de son réalisateur. Techniquement très maîtrisé, mais sans cependant faire étalage de ses qualités, "Deux sœurs" vaut aussi pour l'interprétation toute en finesse de ses acteurs, et surtout ses actrices : des deux jeunes Im Soo-jeong et Moon Geun-young, incarnant deux facettes de l'adolescence au féminin à l'inquiétante mais superbe Yeom Jeong-a, le trio féminin donnant vie à ce conte est tout simplement remarquable. 

Adaptation d'un conte populaire coréen, "Deux soeurs" vaut tant pour sa réussite plastique que pour son scénario. Il n'est certes pas exempt de défauts (et aurait notamment gagné à être plus court), mais est une belle démonstration du talent de son réalisateur et un bel exemple de la richesse du cinéma coréen. Ce dernier mérite qu'on se penche plus sur ce qu'il a à nous proposer : "Deux sœurs" est une belle entrée en matière, aussi troublant soit ce film.


Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2017, dans la catégorie "Un film d'un réalisateur asiatique".




samedi 9 mai 2015

Les égarés (2003)


Habitué des sélections au festival de Cannes, André Téchiné n'a pourtant que rarement rencontré le succès public. S'il est courant de retrouver ses films dans les grandes cérémonies académiques où son talent est loué, ses films paraissent peu accessibles au spectateur lambda, à l'instar de ceux de nombre de réalisateurs français. J'ai récemment revu "Les égarés" (merci Arte de tenter d'élever le niveau) qui, malgré l'inévitable estampille "Sélection officielle au Festival de Cannes" et la présence d'Emmanuelle Béart, n'avait pas attiré beaucoup de spectateurs dans les salles. Tentons de comprendre. 
Été 1940 : alors que l'armée française est en pleine débâcle, la population fuit les combats. L'exode jette hommes, femmes et enfants sur les routes. Odile, son fils et sa fille, tentent de partir vers un hypothétique Sud. Au cours d'un bombardement, ils perdent tout et rencontrent Yvan, étrange fugitif. Tous quatre vont s'apprivoiser, puis s'allier, se réfugiant dans une grande maison abandonnée, loin de tout, loin de la guerre qui gronde au loin. Le temps, les conventions, tout est aboli pour eux.


Placé dans une époque méconnue et douloureuse de l'histoire de France, le scénario d'André Téchiné (adapté d'un roman de Gilles Perrault) joue la carte du retour à la nature. Donnant à ses personnages l'occasion d'oublier le monde et de tenter de se faire oublier de lui, il les confronte à ce qu'ils ont de plus profonds. L'idée était séduisante, le résultat peut laisser froid. Passées les premières scènes, pleines de bruit et de la violence de la guerre, "Les égarés" devient vite répétitif et prévisible. Les tourments des personnages, isolés dans un éden vert épargné par le conflit pourtant proche, ne suscitent qu'un vague intérêt auprès du spectateur. Il faudra attendre les dernières séquences et la possibilité du danger pour qu'on se prenne d'affection pour eux. C'est un peu tard.

Il est bien entendu hors de propos de remettre en question le talent de conteur d'André Téchiné, mais "Les égarés" n'est pas ce qu'il a produit de plus intéressant. Ce spécialiste des passions souvent transgressives ne réussit hélas pas ici à faire passer la fièvre qui devrait habiter ses héros. En dehors d'une histoire qui bégaie souvent, les personnages de ce film n'ont pas l'épaisseur qu'on aurait pu attendre d'eux, et sont interprétés sans vibration.

C'est pourtant la belle Emmanuelle Béart (et sa drôle de moue) qui représente le plus bel atout du film. Gratifiant le spectateur patient d'une scène où elle dévoile ses charmes, celle qui fut Manon des Sources et alterne films d'auteurs et daubes commerciales tient "Les égarés" à bout de bras, malgré des partenaires visiblement peu convaincus.
Face à elle, le tout jeune Gaspard Ulliel est encore engoncé dans un jeu artificiel et ne parlons pas de Grégoire Leprince-Ringuet, qui (pour son tout premier rôle) a sans doute le personnage le plus agaçant du casting. Ce dernier fut cependant nominé aux César de la meilleure révélation pour son interprétation : ce n'est ni la première ni la dernière des aberrations de cette cérémonie. 

Alors, il faut aimer André Téchiné et ce qu'il représente pour apprécier "Les égarés". Et encore, dans pareil cas, je suis sûr que l'homme a de plus beaux morceaux de gloire à son palmarès.


jeudi 19 février 2015

Hollywood homicide (2003)



Quand on a interprété des rôles devenus mythiques, est-il encore possible d'apparaître dans des films sans être méjugé ? D'immenses acteurs, à l'instar de Robert de Niro, dont les choix actuels peuvent laisser pantois, doivent se poser la question. Harrison Ford, qui a endossé le rôle de personnages passés dans la mythologie collective, suit un parcours qui a de quoi surprendre, parfois. Ces dernières années, on a pu le voir dans le décevant quatrième volet d'Indiana Jones, par exemple, mais aussi dans des films où le public ne le suivit pas : "Cowboys et Envahisseurs", "Expendables 3", ou "Hollywood homicide", pour n'en citer que quelques-uns.

Deux policiers, une jeune recrue et un vétéran à qui on ne la raconte plus, sont chargés d'une enquête dans le milieu du rap, à Hollywood. Tandis qu'ils doivent, de front, mener une enquête dangereuse, ils s'efforcent de poursuivre leurs activités personnelles : l'un donne des cours de yoga, l'autre tente de vendre des demeures hors de prix. Leurs personnalités vont s'affronter, et les balles fuser au-dessus de leurs têtes. 
Hollywood est décidément un endroit bien dangereux...



Le buddy-movie est un genre qui fit les beaux jours d'Hollywood dans les années 1980 (je ne vais pas me lancer dans une liste d'exemple, tant ils sont nombreux). C'est clairement ce genre qu'exploite "Hollywood homidice". Il est évidemment bien difficile de surprendre qui que ce soit avec ce genre usé jusqu'à la corde. Alors, pour tenter d'épaissir l'intrigue, Ron Shelton et son co-scénariste Robert Souza ont cru bon d'ajouter d'ajouter quelques couches de peinture sur chacun des personnages, comme si cela pouvait faire illusion. Cependant, on avait bien compris dès les premières séquences que les deux personnages principaux avaient moult différences : le premier est un flic expérimenté et sûr de lui, divorcé trois fois et qui réussit à mener de front une carrière d'agent immobilier. Le second, jeune recrue doutant de sa vocation, croit encore en l'amour et donne également des cours de yoga en plus de ses heures de travail. Le procédé, en plus d'être lourd, cache mal sa maladresse et la vacuité réelle du film.

Au centre de "Hollywood homicide", le duo d'acteurs qui tient l'affiche fait, il faut le reconnaître, plus pitié qu'envie. Le jeune premier Josh Hartnett, décidément bien peu convaincant, a du mal à sortir de l'ombre d'Harrison Ford, dont le seul nom est sensé servir de caution à ce médiocre polar, mais qui semble régulièrement se demander ce qu'il fait là et pourquoi il a accepté ce rôle. 

Réalisé sans aucun talent, en plus de disposer d'un scénario dont l'évolution finit par insupporter le spectateur, "Hollywood homicide" est un buddy-movie comme on n'en fait plus, fort heureusement. Voir Harrison Ford se fourvoyer dans pareil chantier peut faire de la peine. Quand on admire cet acteur, subir ce film est un calvaire. Si l'on cherche juste un film d'action de piètre qualité, on peut, à la rigueur, supporter le visionnage de ce qui est au niveau d'un mauvais épisode de série policière.


mardi 22 avril 2014

Un duplex pour trois (2003)


Si l'on en croit le cinéma, acheter un bien immobilier en viager est tout sauf une bonne idée. Depuis le film du même nom (réalisé par Pierre Tchernia en 1972), le spectateur averti sait fort bien que pareille transaction est vouée à l'échec, mais aussi qu'elle peut inspirer une comédie digne de ce nom. En 2003, inspiré (paraît-il) par l'histoire de Jeanne Calment (qui survécut au médecin qui avait acquis sa maison en viager), Larry Doyle, scénariste de son état (il officia à plusieurs reprises sur la série "The Simpsons"), écrivit le script de "Un duplex pour trois", avant qu'il ne soit confié à Danny de Vito. Hélas, malgré ses nombreux succès en tant qu'acteur, ce dernier essuya un échec public avec ce film.

Alex et Nancy ont tout pour être heureux. Ces jeunes mariés viennent de trouver la maison de leurs rêves en plein Brooklyn. Leur nouveau nid d'amour ne présente qu'un bémol : une locataire, Madame Connelly, qui en occupe le deuxième étage. Qu'à cela ne tienne, Nancy et Alex choisissent de s'installer, en attendant que l'âge avancé de la vieille dame ait raison d'elle et leur accorde la pleine jouissance des lieux. C'est sans compter le caractère particulier de Madame Connelly : la cohabitation va vite virer au cauchemar...

Danny de Vito, plus connu pour ses rôles au cinéma que pour ses réalisations (pourtant, sous-estimées, à l'image de "Matilda", par exemple), a un ton qui n'appartient qu'à lui. Corrosif (mais pas trop), celui qui interpréta le Pingouin porte surtout une immense tendresse pour ses personnages. Même les méchants de ses films ne le sont pas absolument et ont une chance de rédemption avant que le rideau ne tombe sur l'histoire. Ici, encore (et sans vouloir spoiler), on est dans la comédie un brin acide, mais qui, on le sait d'emblée, finira bien. Cependant, le tour que donne parfois de Vito à son film en fait un objet différent du "Viager" de Tchernia. Alors que ce dernier mettait en vedette un ancêtre plein de bonhomie, la vieillarde de "Un duplex pour trois" est volontairement méchante, et peut par moments concurrencer la Tatie Danielle de Chatiliez.  

Ce trait est assez caractéristique du film dans son ensemble. Reposant sur un postulat finalement assez classique, "Un duplex pour trois", malgré quelques bons moments, souffre de répétitions et de longueurs. L'escalade de l'affrontement entre le jeune couple et la vieille dame indigne trouvant vite ses limites, le film s'essouffle assez rapidement. De peur d'aller trop loin, parce que visant la catégorie "comédie familiale" qui lui est chère, Danny de Vito se contente de naviguer entre deux eaux, pour finalement livrer un film qu'on qualifiera de tiède. 

Les amateurs de Ben Stiller (et ceux de Drew Barrymore aussi) se réjouiront de retrouver là leurs interprètes préférés, parfaitement à l'aise dans leur registre et semblant bien s'amuser. Eileen Essel, en locataire indigne malgré son grand âge, se délecte visiblement d'incarner la vieille dame ne reculant devant rien.

Il est dommage finalement que Danny de Vito n'ait pas emprunté un ton plus acide et livré là une farce corrosive, quitte à sortir du registre familial qui lui est cher. A défaut de cela, il livre un film sympathique, mais qui souffre de ses longueurs et des répétitions inhérentes à son pitch de base. Au final, "Un duplex pour trois" n'a rien d'inoubliable (en bien comme en mal).







samedi 4 janvier 2014

Brocéliande (2003)


Il est des lieux dont le seul nom suffit à évoquer les plus grands mythes, à faire frissonner un auditoire. A l'instar du Loch Ness ou de Stonehenge, la forêt de Brocéliande convoque, à sa simple évocation, les mythes arthuriens et les druides celtes. Utiliser ce nom et ce cadre pour réaliser un long métrage n'est donc pas sans risques, au vu de la densité du mythe. Doug Headline s'est risqué, en 2003, à réaliser un film se déroulant sur les lieux de la mythique forêt. Il faut croire que seuls les esprits se sont déplacés dans les salles pour aller le voir. 

La jolie Chloé, étudiante en histoire le jour et serveuse dans une boîte la nuit, a la chance de pouvoir participer, dans le cadre de ses études, à un stage de fouilles dans la forêt de Brocéliande, sous l'égide d'un professeur de renom. Dès son arrivée à Rennes, elle va se rendre compte que son parcours est jalonné d'horribles meurtres et que ceux-ci ne sont pas sans rapport avec la mythique forêt. Les fouilles auxquelles elle participe peuvent-elles avoir un lien avec la série d'assassinats ? 


Doug Headline, réalisateur de "Brocéliande" n'est pas un inconnu, même si ce film est le premier et dernier long-métrage qu'il réalisa pour le grand écran. Fils du grand Jean-Patrick Manchette (romancier et traducteur initial de "Watchmen" : c'était l'information futile du jour !), il est journaliste, éditeur, scénariste de bande dessinée et metteur en scène. Il faut reconnaître, après visionnage du film, que c'est sans doute dans ce dernier métier qu'il est le moins talentueux.

Sur un scénario sans grande surprise, "Brocéliande" est médiocrement réalisé, mal monté et interprété
comme un film de vacances. On pourra incriminer un budget probablement serré, expliquant le côté "cheap" de bien des séquences et la pauvreté des décors ou de la bande originale, par exemple. Mais un petit budget n'excuse pas tout. Certains metteurs en scène (je ne donnerai pas de noms) ont su, avec deux fois rien, réaliser ce qui devint de grands films (l'inverse est vrai, cela dit). Dans le cas de "Brocéliande", le manque d'ambition et de foi nuit à la réussite de l'ensemble

On notera la présence fugace d'André Wilms et de Vernon Dobtcheff, deux grands acteurs qui durant quelques instants rehaussent le niveau. En effet, Alice Taglioni et Elsa Kikoïne, dans les rôles principaux, rivalisent de fadeur. Comme la plupart des jeunes interprètes du film, elles finissent par n'intéresser le spectateur que grâce à leur plastique avantageuse.

L'intention initiale qui valut à "Brocéliande" était louable : faire un film "de genre" à la française est une démarche honorable et nombreux sont ceux qui s'y sont cassé les dents. Cependant, dans son traitement, tout est fait pour faire échouer l'entreprise, du scénario (sans grande inventivité) à la mise en scène. Pénible à suivre et à aucun moment captivant, "Brocéliande" ne mérite donc pas sa deuxième séance.