samedi 9 mai 2015

Les égarés (2003)


Habitué des sélections au festival de Cannes, André Téchiné n'a pourtant que rarement rencontré le succès public. S'il est courant de retrouver ses films dans les grandes cérémonies académiques où son talent est loué, ses films paraissent peu accessibles au spectateur lambda, à l'instar de ceux de nombre de réalisateurs français. J'ai récemment revu "Les égarés" (merci Arte de tenter d'élever le niveau) qui, malgré l'inévitable estampille "Sélection officielle au Festival de Cannes" et la présence d'Emmanuelle Béart, n'avait pas attiré beaucoup de spectateurs dans les salles. Tentons de comprendre. 
Été 1940 : alors que l'armée française est en pleine débâcle, la population fuit les combats. L'exode jette hommes, femmes et enfants sur les routes. Odile, son fils et sa fille, tentent de partir vers un hypothétique Sud. Au cours d'un bombardement, ils perdent tout et rencontrent Yvan, étrange fugitif. Tous quatre vont s'apprivoiser, puis s'allier, se réfugiant dans une grande maison abandonnée, loin de tout, loin de la guerre qui gronde au loin. Le temps, les conventions, tout est aboli pour eux.


Placé dans une époque méconnue et douloureuse de l'histoire de France, le scénario d'André Téchiné (adapté d'un roman de Gilles Perrault) joue la carte du retour à la nature. Donnant à ses personnages l'occasion d'oublier le monde et de tenter de se faire oublier de lui, il les confronte à ce qu'ils ont de plus profonds. L'idée était séduisante, le résultat peut laisser froid. Passées les premières scènes, pleines de bruit et de la violence de la guerre, "Les égarés" devient vite répétitif et prévisible. Les tourments des personnages, isolés dans un éden vert épargné par le conflit pourtant proche, ne suscitent qu'un vague intérêt auprès du spectateur. Il faudra attendre les dernières séquences et la possibilité du danger pour qu'on se prenne d'affection pour eux. C'est un peu tard.

Il est bien entendu hors de propos de remettre en question le talent de conteur d'André Téchiné, mais "Les égarés" n'est pas ce qu'il a produit de plus intéressant. Ce spécialiste des passions souvent transgressives ne réussit hélas pas ici à faire passer la fièvre qui devrait habiter ses héros. En dehors d'une histoire qui bégaie souvent, les personnages de ce film n'ont pas l'épaisseur qu'on aurait pu attendre d'eux, et sont interprétés sans vibration.

C'est pourtant la belle Emmanuelle Béart (et sa drôle de moue) qui représente le plus bel atout du film. Gratifiant le spectateur patient d'une scène où elle dévoile ses charmes, celle qui fut Manon des Sources et alterne films d'auteurs et daubes commerciales tient "Les égarés" à bout de bras, malgré des partenaires visiblement peu convaincus.
Face à elle, le tout jeune Gaspard Ulliel est encore engoncé dans un jeu artificiel et ne parlons pas de Grégoire Leprince-Ringuet, qui (pour son tout premier rôle) a sans doute le personnage le plus agaçant du casting. Ce dernier fut cependant nominé aux César de la meilleure révélation pour son interprétation : ce n'est ni la première ni la dernière des aberrations de cette cérémonie. 

Alors, il faut aimer André Téchiné et ce qu'il représente pour apprécier "Les égarés". Et encore, dans pareil cas, je suis sûr que l'homme a de plus beaux morceaux de gloire à son palmarès.


4 commentaires:

  1. J'avais bien aimé ces "égarés" de Téchiné, faux film sur la débâcle mais vraie tentative de recomposition familiale aux mœurs particulières, une certaine idée de la France Libre (un thème qui traverse la plupart des films de Téchiné d'ailleurs). Pour une fois, Béart est assez supportable, même émouvante.

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    1. Il est vrai que la belle Emmanuelle est le plus bel atout du film. Merci du passage, Prince :)

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  2. Je ne suis pas très fan de Téchiné, mais celui-ci fait partie de ceux que j'aime. Et Emmanuelle, malgré sa drôle de moue ;) reste une actrice très émouvante.

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    1. Ouf, je ne suis donc pas seul à apprécier la belle Emmanuelle.

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