vendredi 9 mars 2018

L'odeur de la mandarine (2015)


Lorsqu'est sorti sur les écrans "L'odeur de la mandarine", nombre de spectateurs sont passés à côté de ce film de Gilles Legrand, qui avait pourtant rencontré un joli succès avec son premier long métrage, "Malabar Princess", avec le regretté Jacques Villeret. En évoquant, en arrière-plan, la fin de la Première Guerre Mondiale et en confrontant ses personnages aux conséquences de cette boucherie, "L'odeur de la mandarine" n'avait pas choisi une époque "vendeuse", à en croire les chiffres du box-office. Alors, avons-nous laissé passer un grand film ?


Été 1918. Il est officier de cavalerie et a laissé une jambe sur le front de cette Grande Guerre qui n'en finit pas. Elle est infirmière et a perdu là-bas son amant et le père de sa petite fille. Dans le grand manoir familial où cet homme estropié vit avec deux domestiques, l'arrivée de cette femme et de sa petite fille va bouleverser le cours des choses. Elle est indomptée et vient pour panser des plaies, mais cette guerre a-t-elle laissé qui que ce soit indemne ?

Certains réalisateurs peuvent obtenir un joli succès, puis ne pas réussir à renouveler Gilles Legrand réalisa un joli petit succès avec son premier film, "Malabar Princess", puis une audience moindre avec ses deux suivants, "La jeune fille et les loups" et "Tu seras mon fils". Son quatrième long métrage est passé totalement à côté de son public, comme je le signalais en introduction.
On pourrait accuser le thème et l'époque choisie, mais ce serait injuste : qu'importe le flacon, dit l'adage populaire, d'autant plus qu'esthétiquement, le flm est plutôt réussi. La photographie, en particulier, met remarquablement en valeur le décor et donne au film une atmosphère souvent froide et humide, parfaitement en phase avec le thème.

C'est plus l'histoire que narre "L'odeur de la mandarine" (dont le titre, bien qu'il soit très beau, n'est pas franchement accrocheur) qui peut s'avérer rebutante pour le public : deux êtres cassés, surtout de l'intérieur, par la Grande Guerre, qui se rencontrent, s'apprécient et se percutent, alors qu'autour d'eux, le monde s'effondre, cela n'est pas forcément du goût du grand public."L'odeur de la mandarine" est souvent austère, vu de l'extérieur, et il faut faire le premier pas et y accompagner ses personnages pour y trouver de la chaleur et de la sensualité.

Les métaphores abondent, comme ce cerf qui n'en finit pas d'apparaître et de de disparaître, aux alentours de cette grande maison pleine de vide, alors que le canon gronde au loin. En cela, "L'odeur de la mandarine" sait se montrer émouvant, même s'il n'est pas exempt de quelques maladresses et balourdises. 

On regrettera quelques longueurs inutiles et la façon dont Gilles Legrand appuie parfois sur le symbole, des fois que le spectateur n'aurait pas compris la façon dont s'établissent (ou se dégradent) les rapports entre les personnages.


Du côté des acteurs, c'est essentiellement l'interprétation de Georgia Scalliet, jusque là habituée aux planches des théâtres, qui crève l'écran. Face à elle, l'immense Olivier Gourmet livre une composition remarquable et réussit à nous faire croire en son personnage d'estropié gardant de sa superbe. Dans les seconds rôles, on appréciera la performance de Dimitri Storoge, tout en tension, et celle d'Hélène Vincent, en domestique maternelle. On remarquera au passage les (petits) rôles tenus par Michel Robin (un des "visages" du cinéma français) et de Romain Bouteille. Une fois de plus, les interprètes sont les atouts majeurs du film.

Sur une thématique et dans un décor peu vendeurs, "L'odeur de la mandarine", doté d'une remarquable esthétique et d'une interprétation sans défaut, est sans doute passé à côté de son public. Il aurait mérité mieux.


Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film avec un personnage atteint d’un handicap "

4 commentaires:

  1. Hello Laurent. Généralement très intéressé, si ce n'est passionné, par tout ce qui tourne autour de la Première guerre mondiale, j'étais évidemment allé voir ce film. Nous sommes globalement du même avis, je crois, et j'ai bien aimé le juste mélange entre les tensions du conflit finissant et le retour à une vie "normale" auquel aspirent les personnages.

    Tu as tout dit sur les acteurs: Olivier Gourmet est à mes yeux l'un des meilleurs comédiens francophones de sa génération et j'ai beaucoup aimé les rôles (et manières de jouer) d'Hélène Vincent et Dimitri Storoge. Quant à Georgia Scalliet, elle est effectivement remarquable à tous points de vue... et qu'elle est belle, bon sang !

    Un film à reconsidérer pour ceux qui ne l'auraient pas vu. J'aurais sans doute plaisir à le revoir dans quelques années. Un 11 novembre, par exemple.

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    1. Merci de ce gentil passage, et de ce chouette commentaire, Martin :)

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  2. Pas trop aimé cet empilement de métaphores à gros sabots. Pourtant, comme Martin, la Grande Guerre c’est mon dada ��

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    1. On peut effectivement trouver que ce film y va un peu lourdement sur les métaphores....et faire l'écart.

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