mardi 4 juin 2019

Les invisibles (2019)



Le dernier film de Louis-Julien Petit, qui avait déjà eu droit à un billet dans ces colonnes avec son très chouette "Discount", mérite-t-il sa place ici ? D'ordinaire, se retrouver chroniqué dans ce blog, cela signifie avoir essuyé un échec critique ou public, voire les deux. Si on regarde de plus près les chiffres au box-office et les critiques lues dans la presse lorsqu'est sorti le film "Les invisibles", on peut se dire que sa présence ici relève du hors-sujet. Cependant, au vu du thème évoqué, je considère que son audience aurait sans doute due être plus large.

L'Envol, centre d'accueil de jour dirigé par Manu est pris d'assaut, chaque matin, par des dizaines de femmes sans abri. Mais les temps changent et les politiques décident que ces invisibles aillent se faire loger ailleurs : on les a assez vu, sans doute. Qu'à cela ne tienne, Manu et son équipe vont contourner cette décision et tout faire pour ramener ces femmes vers la lumière.
Le temps leur est compté, mais tous les moyens sont bons pour assurer à ces femmes perdues la réinsertion qu'elles méritent.

Féministe, social, revendicatif, "Les invisibles" se penche sur un sujet rarement exploité au cinéma : le cas des femmes sans domicile fixe, errant d'un centre à un autre, n'a pas vraiment été sous les projecteurs, même dans les journaux télévisés, d'ailleurs. En mettant ces invisibles dans la lumière, Louis-Julien Petit fait donc oeuvre d'utilité publique. Le réalisme, quasi-documentaire, de son film, renforce cette impression, comme c'était déjà le cas pour "Discount" et "Carole Matthieu", les précédents opus du réalisateur. 

On pourrait penser, en visionnant la bande annonce, que "Les invisibles" est une comédie sociale à la française. Ce n'est pas tout à fait vrai. il comporte, certes, des scènes d'une vraie drôlerie, mais a aussi son lot de drames, qui pèsent plus lourd dans la balance que la part de comédie. A l'image de la vie, particulièrement vacharde pour les héroïnes de ce film, "Les invisibles" comporte de vraies tranches de drame. Mais, à l'instar de "Discount" (promis, j'arrête de citer ce film), on ne sort pas anéanti de cette plongée dans la misère humaine. Au contraire, bien que confronté à une réalité que d'aucuns aimeraient garder invisible, le spectateur normalement constitué devrait se sentir regonflé face à l'énergie déployée par les femmes qui défilent à l'écran. N'en déplaise à ceux qui leur font obstacle (la séquence où sont installés des dispositifs anti-sdf sur le mobilier urbain est édifiante, parce que réelle),  "Les invisibles" montre qu'on ne résoud pas un problème de société en le cachant comme la poussière sous le tapis.

Celles qui portent ce film et assurent sa réussite, ce sont ses interprètes, pleines de sincérité et de spontanéité. Souvent poussées à improviser, les actrices, confirmées ou débutantes, sont remarquables. Qu'il s'agisse de la toujours épatante Corinne Masiero (fidèle au réalisateur et dont on devine que le sujet la touche), de l'incandescente Sarah Suco, d'Audrey Lamy (enfin convaincante), de la très énergique Déborah Lukumuena ou de Noémie Lvovski (qui ne m'avait jusque là que rarement touché) et surtout des actrices non professionnelles (formidables de naturel), vous n'êtes pas prêts de les oublier. Trimbalant leurs gros sacs, qui contiennent toute leur vie, ces femmes, pour certaines très en phase avec celles qu'elles interprètent méritent à elles seules le visionnage du film.

Parfois maladroit, mais toujours sincère, "Les invisibles" est un film nécessaire. Lors de sa sortie, il a été projeté en haut lieu (à l'Elysée), ce qui ne fut guère suivi d'effet. Espérons qu'il saura, dans la seconde partie de sa carrière (c'est-à-dire après son passage sur grand écran), interpeller ses spectateurs.



4 commentaires:

  1. Un film que j'ai laissé passer au cinéma, mais que je rattraperai un jour ou l'autre, c'est sûr.

    Merci d'en parler, Laurent.

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    1. Si tu lui consacres un billet, je le lirai avec grand plaisir, comme toujours, Martin.

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  2. Bonjour Laurent merci pour le rattrapage de ce film dont j'ignorais qu'il fût projeté à l'Elysée. J'ai adoré Discount, j'ai aimé celui-ci. Bonne journée.

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    1. Bonjour Dasola,
      je ne suis pas sûr que la projection à l'Elysée ait eu quelque effet sur le destin du film ou sur celui des femmes dont il parle. Merci de ton enthousiasme !

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