jeudi 8 octobre 2020

Les éblouis (2019)


Sarah Suco, comédienne remarquée dans "Discount" et "Les invisibles", nous a livré l'an dernier un film en grande partie de son parcours de vie. Dans "Les éblouis", salué par une bonne partie de la critique, elle racontait comment une famille entrait sous l'emprise d'une communauté sectaire, en prenant le point de vue d'une des enfants de cette famille. Sans qu'on puisse le qualifier d'échec (mais étant sorti en même temps que quelques poids lourds du septième art), ce film m'a suffisamment interpellé pour qu'un coup de projecteur soit jeté sur lui. 

Camille est l'aînée des quatre enfants de Christine et de Frédéric. Ces derniers décident un jour d'intégrer une communauté religieuse, parce qu'ils retrouvent en elle leurs valeurs et leurs idées. Peu à peu, eux et leurs enfants vont vivre différemment. Ainsi, Camille va devoir abandonner le cirque où elle s'épanouissait jusque là. 
Eblouis qu'ils sont par la communauté de la Colombe et son chef spirituel, les parents de Camille entrent peu à peu dans un autre monde. Eblouie qu'elle est par l'amour de ses parents, Camille les suit, dubitative et fascinée, aveuglée par la lumière.

Le personnage de Camille, remarquablement interprété par la jeune et très talentueuse Céleste Brunnquell, doit beaucoup à Sarah Suco. Cette dernière a choisi, pour raconter cette histoire qui fut en partie sienne, de se placer à hauteur d'enfant. C'est sans doute le meilleur choix qui soit, car il donne au film une force qu'il n'aurait sans doute pas eu autrement. Le propos de la réalisatrice, validé par son expérience, est magnifié par l'interprétation. Souvent lumineux autant que dramatique, "Les éblouis" est à la fois un grand film et un témoignage émouvant. 

Très tôt, le malaise s'installe, prenant racine dans le quotidien et dans les failles intimes d'une famille comme tant d'autres, dont on se dit qu'elle pourrait nous être voisine. Loin de tout manichéisme, le scénario des "Eblouis", co-signé par Nicolas Silhol (réalisateur de "Corporate") est à la fois juste et touchant, en épargnant de poser un jugement sur cette famille qui s'éblouit, puis s'aveugle. Pour donner vie aux protagonistes de cette histoire qui fait froid dans le dos, parce que proche de nous, la jeune réalisatrice réunit un casting parfait : de la formidable Céleste Brunnquell au génial Jean-Pierre Darroussin glaçant dans le rôle du berger-gourou, en passant par Camille Cottin (qui touche sans doute ici son plus beau rôle) et Eric Caravaca, en mari se laissant dépasser, pour ne citer qu'eux, tous sont irréprochables.

Pour un premier long métrage, Sarah Suco réussit un (presque) sans-faute. En osant se frotter à un sujet qui ne lui était pas étranger, elle trouve le ton juste et la meilleure façon de filmer. Il y a longtemps que le cinéma français ne nous avait donné pareille réussite, sur un sujet plus que risqué. 



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