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vendredi 4 septembre 2020

Julie et Julia (2009)

 

Qui pourrait croire qu'un film traitant avec emphase de la cuisine française ne reçoive pas le succès escompté dans l'hexagone ? Malgré la présence en tête d'affiche de Meryl Streep, "Julie et Julia", réalisé par Nora Ephron (la grande prêtresse de la comédie romantique américaine), passa presque inaperçu dans les salles françaises, malgré un beau succès de l'autre côté de l'Atlantique. Penchons-nous un instant sur ce cas d'école. 

1948 : Julia Child, Américaine vivant à Paris, se prend de passion pour la cuisine française, au point de suivre des cours avec les plus grands, avant de se lancer dans la rédaction d'un livre qui deviendra la bible des amateurs de gastronomie.
2002 : Parce qu'elle cherche un but dans la vie, Julie Powell décide de se lancer dans un drôle de défi : elle se donne un an pour tester les 524 recettes du livre écrit par Julia Child, et en parler sur son blog. Elle ignore encore que sa vie va changer. 

La regrettée Nora Ephron, connue du grand public pour "Nuits blanches à Seattle" et "Vous avez un mess@ge", réalise ici son dernier long métrage, en adaptant simultanément deux livres, chacune des deux héroïnes ayant narré son histoire à cinquante années de distance. De fait, on a souvent l'impression, au visionnage de "Julie et Julia", d'avoir affaire à deux films imbriqués l'un dans l'autre, pas toujours avec bonheur. D'un côté, le parcours de Julia Child, dans un Paris de carte postale, de l'autre, celui de Julie Powell, New-Yorkaise qui tente de se relever après les terribles attentats de 2001. Et ces deux itinéraires féminins, voire féministes, semblent être l'occasion d'un parallèle contraint, puisque ne communiquant que rarement (ce qui est la définition des parallèles, me direz-vous). C'est peut-être de là que vient l'impression de se trouver face à quelque chose d'assez artificiel. 

La mise en scène est bien sage et joue des décors (Paris n'est jamais si beau que dans les films) tout autant que du charme de ses interprètes, mais peine à cacher le défaut de réalisme de "Julie et Julia", qui aurait paradoxalement gagné à être moins long.

Comme souvent, quand le scénario montre des faiblesses, on peut se réfugier dans le jeu des interprètes et compter sur leur charme pour éviter le ratage. C'est encore une fois le cas ici, avec un très beau casting. L'interprétation de l'immense Meryl Street, grandie pour l'occasion d'une vingtaine de centimètres, a été saluée et récompensée pour ce film. Cependant, on peut se lasser de l’exubérance de son personnage, amplifiée par une version française pas toujours réussie. De l'autre côté du miroir, avec moins d'abattage que son aînée, Amy Adams réussit à convaincre, alors que les seconds rôles masculins (dont le grand Stanley Tucci) assurent à l'arrière.

Malgré l'évidente réussite plastique et l'interprétation de son casting, il manque à "Julie et Julia" un peu plus de réalisme et d'efficacité pour convaincre complètement. Il ne méritait néanmoins pas le four (expression des plus adaptées) qui fut le sien dans le pays qui revendique la gastronomie comme un art de vivre.









lundi 23 septembre 2019

Tolkien (2019)




Auteur du "Seigneur des Anneaux", sans doute le livre le plus célèbre de son siècle, créateur d'univers, John Ronald Reuel Tolkien est aujourd'hui l'objet de maintes attentions de la part des producteurs et du public (après des décennies de mépris, soit dit en passant). L'adaptation somptueuse et triomphale de son oeuvre maîtresse a ouvert la voie à tout un genre. Bientôt, c'est sous forme de série télévisée que le monde qu'il inventa sera exploité. Nul n'ignore plus le nom de Tolkien, mais, quand le biopic consacré à ses jeunes années sortit en salle, il y eut peu de monde. L'imaginaire serait-il plus séduisant que la réalité (la réponse est dans la question, cela dit) ?

Né en Afrique du Sud et revenu très jeune en Angleterre, le jeune John R.R. Tolkien devint très tôt orphelin. Élevé dans une pension de famille, où vit aussi la belle Edith dont il s'éprend vite, John réussit à intégrer la King's School où il impressionne ses camarades par son savoir. Avec ses trois meilleurs amis, il forme un cercle littéraire. Tout irait pour le mieux si nous n'étions en 1914 : la guerre éclate et, lors de la bataille de la Somme, Tolkien va vivre les pires heures de son existence. 

On sent, rien qu'à l'affiche, rien qu'à l'évocation du projet, que les producteurs de "Tolkien" ont voulu surfer sur la vague et attirer ceux que "Le Seigneur des Anneaux" et du "Hobbit" avaient séduits. Par contre, les moyens mis en oeuvre sont sans commune mesure. Le réalisateur, le Finlandais Dome Karukoski, n'a pas disposé de ce qui fut mis à la disposition de Peter Jackson. Cela dit, pour un biopic, où la fantasy à venir n'est présente que dans l'esprit de son héros, ce n'était pas forcément nécessaire.

Le décor dans lequel se déroule "Tolkien" est souvent gris, parfois sale et terriblement mortifère (les tranchées et leur enfer sur terre), mais ce parti pris de froideur et d'austérité est finalement salutaire. La créativité, l'intelligence et le savoir célébré par Tolkien et ses amis se fracasseront d'autant plus fort contre la mitraille. Incarné avec justesse et sans les excès qu'on pouvait craindre par Nicholas Hoult (vu dans "X-Men : le commencement"), le grand écrivain trouvera dans son parcours fait de souffrance et de savoir la matière première de son oeuvre.

Plus austère, parce que l'histoire qu'il décrit se déroule dans un monde courant droit vers le gouffre, "Tolkien" risque de décevoir ceux qui veulent voir jaillir la Terre du Milieu entre deux discussions littéraires et les serments d'amitié. Vous ne verrez point d'elfes, de nains, ou de combats contre quelque dragon dans ce biopic. La période qu'il couvre est essentiellement celle de la jeunesse de l'auteur et celle, plus dramatique, mais néanmoins fondatrice pour lui, qu'il passa dans les tranchées.  

Confronté à la mort et à la violence, John Ronald Reuel Tolkien écrivit plus tard un long récit narrant une guerre fantastique, celle où les hommes se dressèrent contre l'obscurité. Parfois, dans cette épopée, des fulgurances venues des tranchées rappellent qu'il souffrit, lui aussi et vit ses amis périr sous la mitraille.

Paradoxalement, le film de Karukoski est peut-être à réserver à ceux qui admiraient l'auteur avant qu'il ne devienne mainstream, ou à ceux qui ignorent tout de son oeuvre et veulent découvrir une histoire de vie.


vendredi 29 mai 2015

Lovelace (2013)


Ayant lu beaucoup de bien de "Lovelace" sur un des blogs que je suis attentivement, et ayant raté ce film lors de sa sortie, j'ai enfin eu l'occasion de visionner ce film. Biographie de la célèbre Linda Lovelace, première grande star du cinéma pornographique, ce film avait tout pour figurer dans ces colonnes, au vu du sévère bide qu'il avait reçu dans nos contrées et ailleurs, bien qu'ayant été salué par nombre de critiques.

Née dans une famille très conservatrice, Linda veut s'amuser, vivre et échapper à l'emprise de ses parents. C'est alors qu'elle rencontre Chuck, séduisant jeune homme, incarnation du cool : elle tombe amoureuse et s'enfuit avec lui, avant de l'épouser. L'époque est au "Peace and Love" et c'est presque tout naturellement que Linda finit par obtenir un rôle dans "Gorge profonde", un film pornographique, où elle elle s'attire les éloges de tous. Une star est née.
Enfin, cela, c'est l'histoire officielle : quelques années plus tard, alors qu'elle veut rédiger ses mémoires, Linda Lovelace va livrer sa version de l'histoire.

On veut souvent faire croire au public que le milieu du cinéma pornographique est une industrie "saine", dont tous les protagonistes tirent profit, voire plaisir. Le biopic consacré par Rop Epstein et Jeffrey Friedman à Linda Lovelace a le mérite de remettre bon nombre de pendules à l'heure et d'éclairer les recoins les plus sombres d'une industrie qui marchande les corps. Procédant habilement, en exposant successivement les deux versions d'une même histoire pour mieux mettre en évidences les violences (physiques et mentales) faites à son héroïne. Bâti comme un procès, où la parole serait donnée d'abord au coupable puis à la victime, "Lovelace" prend souvent des allures d'attaques frontale contre une illusion, celle d'une liberté sexuelle à sens unique.

La reconstitution des années 1970 est soignée, des décors aux costumes des acteurs, en passant par la bande originale. La réalisation nous épargne les effets superflus, se concentrant sur l'histoire de son héroïne. La patte des deux co-réalisateurs, spécialistes du documentaire, se ressent indéniablement et sert le genre auquel appartient "Lovelace". Dans le rôle titre, Amanda Seyfried est étonnante dans le rôle d'une femme sacrifiée pour le seul plaisir des hommes, puis finissant par s'émanciper, aussi douloureusement que ce soit. Mais sa prestation ne doit cependant pas éclipser celles de ses partenaires, de Peter Sarsgaard à James Franco, en passant par Sharon Stone, Juno Temple ou Hank Azaria (méconnaissables).

On regrettera la conclusion du film qui, pour authentique qu'elle soit, amoindrit quelque peu l'impression générale que laisse "Lovelace". Ce film a cependant l'immense mérite de lever le voile sur ce que peu de spectateurs aiment voir. Cela explique sûrement son peu de succès dans les salles...








vendredi 17 mai 2013

Renoir (2012)



La dynastie des Renoir est riche d'artistes. Les cinéphiles songent bien évidemment à Jean Renoir, metteur en scène de "La grande illusion", mais on peut également se souvenir de son père, le peintre Auguste Renoir, dont certaines toiles sont passées à la postérité (par exemple, "Le moulin de la galette") et qui fut également sculpteur. A l'instar de Van Gogh, ce grand peintre a eu récemment droit à un film, consacré à ses dernières années. Ce film ne reçut pas, cependant, le même succès public que celui consacré au tourmenté Vincent Van Gogh et dans lequel Jacques Dutronc incarnait le peintre, devant la caméra de Georges Pialat.

Alors qu'il approche de la fin de sa vie et que son corps lui fait rudement sentir le poids des années, le peintre  Auguste Renoir, sur la Côte d'Azur, voit revenir du front son fils Jean, blessé lors des combats. Autour du peintre gravitent des femmes qui l'ont aimé et continuent de le servir, ainsi que la troublante Andrée , son dernier modèle. Elle va faire chavirer le cœur du jeune soldat et bouleverser l'équilibre du petit univers des Renoir.

Une chose est sûre : ce film regorge d'images sublimes et la photographie met diablement en valeur tant les paysages du Sud-Est de la France que le corps d'Andrée, rousse flamboyante inspirant à Renoir ses dernières toiles. Cela dit, on l'a déjà dit et répété : des images, aussi splendides soient-elles, ne suffisent pas à faire un bon film. Il faut pour cela une ossature solide : un scénario avec un début, un milieu et une fin. Au visionnage de "Renoir", il faut reconnaître que cette colonne vertébrale est le maillon faible de l'ensemble. Il n'est ici question que de l'affrontement entre deux Renoir, l'un à la fin de son remarquable parcours, l'autre ne faisant qu'entrevoir son avenir, tandis qu'une bourrasque rousse va de l'un à l'autre, bouleversant tout sur son passage.

Du côté des acteurs, le bilan est plus que mitigé. Michel Bouquet est bien évidemment impérial, mais il est difficile d'en dire autant des jeunes interprètes. Entre le "trop" de Christa Théret et le "trop peu" de Vincent Rottiers (déjà aperçu dans le très beau "A l'origine"), la jeune génération peine à s'inscrire dans les très belles images offertes par Gilles Bourdos, déjà réalisateur du "Et après..." (tiré du roman de Musso).

C'est du côté de la forme qu'il faut chercher pour identifier ce que "Renoir" a de plus réussi : des plans sublimes, des couleurs dignes des grands peintres, une bande originale à l'avenant (Alexandre Desplat est à la baguette). Mais, une fois passée la contemplation de cette beauté formelle, il faut bien reconnaître que, sur le fond, "Renoir" souffre d'un vide cruel. Il se passe peu de choses et l'introduction de nouveaux personnages (comme celui de Romane Bohringer), sans doute afin d'épaissir le film, n'y fait rien.

Au final, si "Renoir" regorge de splendides images, c'est un film qui ne tient pas ses nombreuses promesses. C'est fort dommage, car le patronyme donna au septième Art l'un de ses plus grands artisans : à ce titre, il aurait pu s'agir d'un bel hommage.


mardi 24 juillet 2012

Domino (2005)




Il y a des soirs, je me trouve admirable. 

Non, sans rire, pour alimenter ce blog, il m'arrive régulièrement de visionner de petits bijoux, mais aussi des films qui n'en méritaient pas tant. Et, lorsque, par le hasard de la TNT, j'ai découvert "Domino", un film de Tony Scott dont je n'avais pas entendu parler auparavant, il était inévitable que je me penche sur son sort. En effet, le pauvre n'avait pas connu un grand succès à sa sortie, malgré un casting prestigieux (la très mignonne Keira Knightley, le revenant Mickey Rourke, mais aussi Lucy Liu, Christopher Walken, Jacqueline Bisset, entre autres). 

"Domino" est tiré de l'histoire véridique de Domino Harvey, fille de l'acteur Laurence Harvey, mannequin devenue chasseuse de  primes, et décédée d'une overdose peu avant la sortie du film (qui lui est d'ailleurs dédié). Pour les plus curieux d'entre vous, sachez qu'elle fait une petite apparition dans le film, dans son propre rôle. 

Filmer le destin hors du commun de pareil personnage, pourquoi pas ? On a vu des biopics plus dénués d'intérêt (non, non, je ne balancerai pas) et celui-là, de par les extrémités par lesquelles il passe, eut fait une remarquable vue en coupe du rêve américain. C'est d'autant plus rageant de constater l'échec flagrant de l'entreprise. 

La faute à qui ?  

A Tony Scott, indéniablement. Autant ce réalisateur a pu montrer son efficacité par le passé (je songe aux très  réussis "Ennemi d'état" ou "Les prédateurs"), autant le cadet de Ridley Scott est capable du pire (citons, en vrac et sans préférence, "Top Gun" et "Jours de Tonnerre"). Force est de reconnaître que, même s'il était pourvu des meilleures intentions, "Domino" est à ranger rapidement dans la catégorie des pires films de Tony Scott.  

Sans doute est-ce là une résurgence de son passé de cinéaste publicitaire, mais Scott use et abuse dans ce film des accélérations, de mouvements de caméra épilectiques, de jeux de couleurs poussées à leurs extrêmes. Ce qui peut fonctionner dans une publicité, voire un clip vidéo, s'avère vite épuisant pour le téléspectateur. Même Zack Snyder, pourtant bien fatigant dans son genre, ne se permet pas de telles aggressions pour les cellules optiques de ses spectateurs. Comme si cela ne suffisait pas, Scott se sert également de la bande sonore pour désorienter les rares spectateurs n'ayant pas encore déserté la salle. En poussant toutes les manettes dans le rouge, il fait de son film une sorte de clip extrême (et extrêmement long), aussi insupportable que le fut "Tueurs Nés" en son temps.  

Face à pareille réalisation, même le meilleur scénario ne résisterait pas longtemps. Celui de "Domino", écrit par  Richard Kelly (auteur du très intéressant "Donnie Darko" et du calamiteux "The Box"), passé à la moulinette face au déferlement d'effets dont use Scott, est pratiquement opaque, pour le spectateur. Hachée par un montage fait à la débroussailleuse, l'histoire de Domino semble syncopée et l'on n'en retient que quelques répliques trop artificielles pour être vraies.  

Même le jeu des acteurs et les efforts qu'ils font pour donner corps à cette histoire sont rendus vains par la frénésie de Tony Scott. C'est dommage, car la ravissante Keira Knightley aurait pu profiter de ce rôle pour montrer qu'elle n'est pas qu'une icône sexy. 


Il est des personnages dont la vie "bigger than life" méritent d'être contée. A n'en pas douter, celle de Domino Harvey fait partie de celles-là. Sans doute vécut-elle trop fort et trop vite. Ce n'était pas une raison pour la filmer sur ce train d'enfer.