Affichage des articles dont le libellé est Fabrice Luchini. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Fabrice Luchini. Afficher tous les articles

samedi 24 août 2019

Le mystère Henri Pick (2019)


Le romancier David Foenkinos a déjà plusieurs fois inspiré le cinéma : on se souviendra (ou pas) de "Je vais mieux" ou des "Souvenirs" (et c'est sans compter "La délicatesse", qu'il co-réalisa. Quand un de ses romans fut adapté au grand écran par Rémi Bezançon (à qui l'on devait déjà "Ma vie en l'air", par exemple), on aurait pu s'attendre à un joli succès, tant la combinaison des talents était prometteuse. Hélas, "Le mystère Henri Pick" passa sous pas mal de radars, malgré la présence du bouillonnant Fabrice Luchini en tête d'affiche. Il est peut-être temps de redonner sa chance à ce film français.

Dans une bibliothèque de Bretagne, une jeune éditrice découvre un rayon consacré aux manuscrits refusés par les éditeurs. Sous le charme de sa lecture, elle décide de le publier : c'est vite un triomphe. Seulement, son auteur, Henri Pick, pizzaiolo de profession, est décédé et, selon sa veuve, n'avait jamais rien écrit.
Dubitatif, le célèbre critique littéraire Jean-Michel Rouche est, de son côté, convaincu que ce best-seller est une supercherie. Il va mener l'enquête, aux côtés de la propre fille d'Henri Pick...

C'est en quelque sorte un polar littéraire que nous proposent Rémi Bezançon et David Foenkinos. L'exercice peut être intéressant, le monde de l'édition, souvent mal connu, valant bien un autre territoire, après tout. La plongée dans l'envers du décor s'avère plutôt réussie (sans doute parce que le romancier sait de quoi il parle). Évitant les clichés, Rémi Bezançon, habile réalisateur dont on avait goûté le très beau "Le premier jour du reste de ta vie" ou l'amusant "Ma vie en l'air", ajoute avec ce film un jolie pièce à sa filmographie. Dommage que le public ne l'ait pas suivi : il s'est privé d'un petit film bien agréable et plutôt futé.

Pour une fois, alors qu'on aurait pu le redouter, le thème étant un de ses terrains privilégiés, Fabrice Luchini n'en fait pas des tonnes et donne à son personnage la fragilité nécessaire à sa crédibilité. A ses côtés, Camille Cottin offre une prestation fraîche et vive, correspondant parfaitement à son personnage et permettant d'équilibrer le duo qu'elle forme avec Fabrice Luchini. A l'arrière, dans des rôles d'appui, Bastien Bouillon se montre lui aussi convaincant, tandis que (puisqu'il faut un bémol), Alice Isaaz l'est moins, paraissant bien jeune pour le rôle qu'elle endosse. On remarquera aussi la brève prestation d'Hanna Schygulla, égérie de Fassbinder. 

Plutôt malin, souvent émouvant et assez élégant, "Le mystère Henri Pick" méritait sans doute mieux que son échec au box-office. Faisant appel aux neurones de son spectateur en douceur, il permet de passer un bon moment, sans forcément débrancher son cerveau. Voilà une prouesse que peu de films réussissent à accomplir.


samedi 13 mai 2017

L'hermine (2015)


Christian Vincent, réalisateur de "La discrète" et des "Saveurs du Palais", est souvent catalogué parmi les "auteurs" du cinéma français, ceux qui sont encensés par Télérama, mais souvent méprisés du public. Son dernier film, "L'hermine", bien qu'ayant reçu de nombreuses récompenses (aux César ou à la Mostra de Venise), aurait sans doute pu rencontrer un public plus large. C'est cependant dans le cadre du très sympathique Movie Challenge 2017 que j'ai vu ce film.

Le juge Racine est réputé pour sa sévérité et doit présider une session aux Assises de Saint-Omer dans le Nord. Parmi les jurés qui vont se retrouver sous sa coupe lors d'un procès pour infanticide, se trouve Ditte, une femme que Michel Racine a aimé autrefois et dont il est encore amoureux.
Alors que la justice se met en marche, le coeur du juge bat plus fort...

C'est un ton quasiment documentaire et pédagogique qui régit "L'hermine", où vient s'intégrer presque naturellement une histoire d'amour prenant lentement corps (ou pas). En choisissant d'utiliser le tribunal comme décor et d'y installer en douceur une histoire d'amour, Christian Vincent donne à son film une tournure qui fait mouche. En équilibre entre deux styles, "L'hermine" s'avère réussi : on s'intéresse autant au métier du juge d'instruction (et aux jurés) qu'à ses tourments amoureux. Si cette réussite vient surtout d'un scénario adroit et d'une réalisation élégante, elle est également à mettre au crédit des acteurs qui donnent vie à cette histoire. 

Pour une fois, Fabrice Luchini ne part jamais en roue libre, et se contente de faire montre de son talent d'acteur. Dans le rôle d'un Président de tribunal à la réputation de sévérité, il excelle à montrer l'homme derrière le juge et rappelle qu'il n'est pas seulement l'acteur logorrhéique qu'on connait. Face à lui, la lumineuse Sidse Babett Knudsen, récompensée à juste titre par un César pour son interprétation et dont le talent avait été remarqué dans la série "Borgen", impose un charme qui emporte tout sur son passage. Parmi les seconds rôles, on appréciera la présence de Corinne Masiero, décidément indispensable au cinéma français, ainsi que la très touchante Candy Ming, dans un rôle pourtant très délicat.

Le jeu d'équilibriste tenté par Christian Vincent, cette romance contrariée sur fond de justice en marche, s'avère finalement réussi. Là où l'on pouvait redouter la lourdeur et le pathos, c'est l'élégance qui s'impose, en grande partie amplifiée par des interprètes remarquables. Certains films français donneraient presque envie de se réconcilier avec le cinéma hexagonal. "L'hermine" fait partie de ceux-ci. 

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2017, dans la catégorie "Un film de tribunal".



mercredi 2 mars 2016

Un début prometteur (2015)


Ce n'est pas parce qu'on est le fils ou la fille "de" qu'on est dépourvu(e) de talent. Mais l'inverse est tout aussi vrai. Il est facile de jeter l'opprobre sur un(e) artiste parce que son nom lui a servi de laissez-passer dans le monde du spectacle. Je suis sûr que certains noms vous viennent à l'esprit, à ce sujet. Il faut cependant concéder que, pour un cas de népotisme, il en est de nombreux où le talent semble héréditaire. C'est au bénéfice du doute que j'ai donc visionné récemment "Un début prometteur", réalisé par Emma Luchini (la fille "de", si vous m'avez suivi), qui n'avait guère attiré les foules, l'an dernier.

Martin est un homme désabusé, cynique, alcoolique, malgré son succès dans l'écriture (qui ne lui vaut pas que de l'admiration, d'ailleurs). Fraîchement divorcé et de retour chez son père amateur de compositions florales, il est entraîné malgré lui dans un drôle de périple. Tout ça, c'est la faute de son petit frère, tombé amoureux d'une femme étrange, joueuse, et pleine de mystère...
L'air de rien, Martin va reprendre goût à la vie.


Pour son deuxième long métrage, Emma Luchini a voulu adapter le roman de son compagnon, Nicolas Rey. Pourquoi pas ? Certes, pareille démarche risque de faire froncer les sourcils : en matière d'entre-soi, ce film se pose là, donc. Partant avec un sérieux handicap, le film d'Emma Luchini avait donc intérêt à le compenser. Hélas, il peine à susciter l'attachement : ce qui arrive à ses personnages laisse le spectateur indifférent. Que l'improbable trio s'embarque dans des péripéties, en dépit du bon sens et de la raison, on finit par s'en moquer un peu et on ne s'y intéresse guère.
A en croire les quelques échos distillés ça et là, la performance de Manu Payet valait le détour à elle seule. N'exagérons rien : se laisser pousser la barbe et le bide, puis adopter une nonchalance à l'épreuve de tout, ça n'a rien de comparable avec d'autres métamorphoses vues chez de grands acteurs. C'est plutôt la jolie performance de Veerle Baetens, la jolie belge repérée dans "Alabama Monroe", qui est le plus bel atout de ce film et éclipse, dans toutes ses scènes, l'acteur principal et également le jeune Zacharie Chasseriaud, qui peine à convaincre (on plaidera les circonstances atténuantes au vu de son jeune âge). 

Le début prometteur du titre est aussi celui du film. Au bénéfice du doute, on peut penser qu'on aura affaire à un de ces films charmants que le cinéma français dissimule, planqué dans la masse de comédies médiocres king-size et d’œuvres souvent nombrilistes. Et puis, au bout de quelques séquences, il faut se rendre à l'évidence : les promesses ne sont pas tenues. On commence par suivre ce trio improbable, puis doucement, on les laisse se débrouiller sans nous, parce qu'au fond, leur sort laisse le spectateur plutôt indifférent. De toute façon, le lendemain, tout ceci sera oublié.