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jeudi 25 octobre 2018

La nouvelle vie de Paul Sneijder (2016)



Quand un film fait l'unanimité parmi les critiques (hormis deux ou trois esprits chagrins) et qu'il ne déplace pas les foules, on peut trouver cette situation injuste. "La nouvelle vie de Paul Sneijder", récemment diffusé sur une des rares chaînes télévisées qui mérite encore qu'on allume le poste (je vous laisse deviner celle dont je veux parler), ne m'avait pas attiré plus que cela, lors de sa sortie en salles. Il faut dire que son affiche laissait plutôt penser à une énième comédie française, bien que son action se passe essentiellement au Canada. Seuls les imbéciles ne changeant jamais d'avis, son passage sur le petit écran était donc l'occasion de rattraper le coup.

Paul Sneijder est le seul survivant d'un accident d'ascenseur, où a péri sa fille. Brisé par ce drame, il est aussi pressé de toutes parts. Les avocats le poussent à aller devant les tribunaux, où il pourra toucher de substantiels dommages et intérêts. Sa seconde épouse souhaiterait qu'il puisse ainsi offrir à leurs deux fils les études supérieures qui leur assureraient une carrière rêvée. Mais Paul n'est plus le même. Au cours d'une de ses errances, canne en main, il se fait embaucher comme promeneur de chiens. Et si c'était ça, sa nouvelle vie ?

A lire le pitch que je me suis donné le mal d'écrire, vous aurez compris que nous ne sommes pas, ici, dans une comédie, malgré ce que pouvait augurer l'affiche. On peut donc pousser un soupir de soulagement. Thomas Vincent, réalisateur de "La nouvelle vie de Paul Sneijder", en adaptant ici le roman de Jean-Paul Dubois (déjà auteur de l'adapté "Kennedy et moi") choisit un rythme souvent lent et contemplatif (il a raison, ça a l'air très joli, Montréal) et nous parle ici de la façon dont on peut se reconstruire, humainement parlant, après un drame dévastateur. 

Seulement, la belle résilience dont fait preuve le héros du film n'est hélas pas suffisante pour remplir le scénario, non plus que son affrontement entre ceux qui n'attendent que les retombées financières du drame à l'origine de tout. Pour faire passer le message, Thomas Vincent oublie d'user de finesse. Les personnages prennent souvent des traits de caricatures ambulantes, forçant le trait alors que ce n'était pas nécessaire (tels Paul Sneijder s'appuyant plus que de raison sur sa canne), et basculant parfois dans des scènes incongrues (la séquence du concours est presque de trop). A plusieurs reprises, l'émotion, qui pointe pourtant le bout de son nez, est étouffée par l'effet de répétition. 

Le message de "La nouvelle vie de Paul Sneijder" est clair, dès le début du film. Mais, à le matraquer sans vergogne, le film perd de son intérêt. C'est d'autant plus dommage que la prestation de Thierry Lhermitte, aux antipodes du Popeye qui le propulsa sur le devant de l'affiche, il y a des décennies, est souvent touchante. On aurait pu s'attendre à un vrai voyage dans l'âme humaine, on ne fait que suivre la guérison programmée d'un homme, sans être autant touché(e) qu'attendu. 


mardi 26 novembre 2013

Espion(s) (2009)



Parfois, la presse spécialisée (enfin, n'exagérons pas, une partie de celle-ci) s'extasie devant un film. Alors, on se dit que, forcément, devant pareil concert de louanges, on est en présence d'un chef d'oeuvre et qu'il faut impérativement foncer le voir dans les salles obscures. Et, au sortir de la projection, on se retrouve avec l'impression soit de n'avoir rien compris (ce qui est extrêmement frustrant), soit de s'être fait rouler (ce qui l'est au moins autant). En 2009, le film "Espion(s)" de Nicolas Saada, nominé dans moult compétitions et encensé par nombre d'organes de presse (des Inrockuptibles à StudioCinéLive), n'avait pas convaincu le grand public, puisqu'environ 400 000 spectateurs s'étaient déplacés (c'est peu, pour un film avec Guillaume Canet).

Travaillant comme bagagiste dans un aéroport, Vincent, avec la complicité de son collègue Gérard,a pris l'habitude d'ouvrir les valises des voyageurs et de s'y servir. Un jour, alors qu'ils fouillent un bagage diplomatique, les deux hommes déclenchent une explosion qui tue Gérard. Approché par la DST, Vincent n'a plus le choix. Pour éviter la prison, il va devoir coopérer. Il se retrouve pris dans une affaire d'espionnage international qui le dépasse. Manipulé, Vincent va devoir approcher un homme d'affaires britannique et séduire son épouse.

Mêler romance et espionnage, pourquoi pas ? L'exercice a déjà été tenté et réussi par le passé, par quantité de cinéastes, d'Alfred Hitchcock à Sidney Pollack. Nicolas Saada, ancien critique (notamment sur Radio Nova et aux Cahiers du Cinéma), connait ses classiques, à n'en pas douter. Il a aussi l'ambition certaine de livrer un film capable d'emporter le spectateur. Hélas, l'intrigue de son film reste assez peu épaisse : l'histoire d'espionnage dans laquelle Vincent se trouve embarqué tourne vite à vide, loin d'atteindre les sommets espérés. Relayé par une romance qu'on voit venir longtemps à l'avance, le thriller qu'on envisageait s'évanouit alors.

Pour couronner le tout, l'interprétation reste très moyenne, les acteurs principaux (dont l'excellent Stephen Rea, ici sous-employé) donnent un prestation toute en retenue, s'investissant a minima dans leurs personnages, auxquels le spectateur (enfin, quitte à préciser une fois de plus, c'est mon humble avis que j'expose en ces colonnes) a du mal à adhérer.

Réalisé sans fièvre, "Espion(s)" peut être vu comme un révélateur d'un certain cinéma français, qui rêve d'avoir l'efficacité de celui venu d'autres contrées (Hollywwod en l'occurrence) sans assumer d'utiliser les recettes qui lui permettraient d'y arriver.
Lorsqu'apparait le personnage campé par Hippolyte Girardot, on pense immanquablement aux "Patriotes" d'Eric Rochant qui, lui aussi, emmenait son héros naviguer dans les eaux troubles de l'espionnage international. "Espions" pâtit de la comparaison avec cet illustre aîné qui, lui, s'était donné les moyens de réussir.

A vouloir mêler histoire d'amour et film de genre, Nicolas Saada échoue finalement sur les deux tableaux. Reste un film frileux, auquel il manque la vibration nécessaire.