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samedi 20 octobre 2018

Les marchands de sable (2000)


Pierre Salvadori, de qui l'on connaît essentiellement le très chouette "Les apprentis" a déjà eu le droit dans ces colonnes à plusieurs billets, pour des films qui n'avaient pas reçu le succès mérité. Souvent peuplé de personnages attachants mais un peu délabrés, ses films (ayant essentiellement pour décor Paris et ses quartiers, d'ailleurs) sont à hauteur d'homme ou de femme. L'un de ses longs métrages les moins remarqués est un vrai film noir, et je suis prêt à parier que la majorité du public n'a jamais entendu parler des "Marchands de sable". A l'origine de ce film se trouve un téléfilm, produit pour Arte, dont Pierre Salvadori a choisi de faire un long métrage. 

Sortant de prison, Marie retrouve son frère Antoine, qui l'héberge et souhaite lui offrir une vie meilleure. Antoine, mêlé au trafic de drogue de son quartier, choisit un jour de garder l'argent d'une transaction pour lui. En voulant doubler ceux qui le fournissent en drogue pour fuir avec Marie, sa sœur aimée, il est rattrapé par ceux qu'il voulait voler et meurt.
Ravagée, Marie cherche ceux qui l'ont tué, avec l'aide d'Alain, le patron du bar "Le détour", autour duquel tout gravite et tient plus ou moins en équilibre : les trafics, ceux qui en vivent, ceux qui le subissent, et ceux qui en meurent...

Noir, c'est noir, disait l'autre. Avec "Les marchands de sable", Pierre Salvadori bascule aux antipodes des "Apprentis" où ses héros s'en sortaient par des petites combines et où le soleil finissait par se lever sur leurs galères. Ici, dès le début, c'est fichu. La scène d'ouverture est d'ailleurs implacable, puisqu'elle annonce la fin et que celle-ci est terrible. L'espoir est donc torpillé dès le début : ceux qui comptaient sourire devront choisir un autre film (ça tombe bien, Salvadori en a de beaux dans sa filmographie). Ceux qui, par contre, s'intéressent au côté obscur de l'homme et sont prêts à une plongée dans un univers réaliste seront gâtés.

En effet, l'un des atouts des "Marchands de sable" est le réalisme de l'histoire, des décors et des personnages. Ici, point de poursuites de voitures à travers un Paris fantasmé, point de fusillades au cours desquels les explosions irradient à l'écran. Non, l'intrigue du film se déroule près de nous : c'est dans un quartier ordinaire qu'on magouille, qu'on se drogue et que, finalement, on perd sa vie. "Les marchands de sable" se déroule dans la rue d'à côté et, en cela, fait bien plus froid dans le dos que nombre de films sur le même sujet (je suis sûr que vous avez des exemples en tête). 

Et il y a les acteurs, tous formidables, comme souvent dans les films de Pierre Salvadori. Pour incarner ces humains à la dérive, dont aucun ne peut porter le titre de héros, mais qui sont finalement tous terriblement crédibles, le réalisateur a fait appel à un casting impeccable. Mathieu Demy trouve ici l'un de ses meilleurs rôles, face à un Guillaume Depardieu, plus incandescent que jamais, dont on ne peut que regretter la trop courte carrière. Entre eux, Marina Golovine paraît sans doute moins convaincante. Et puis, il y a l'immense Serge Riaboukine, fidèle de Pierre Salvadori, autour de qui l'histoire gravite, avant de le percuter violemment. Enfin, Robert Castel, éternel pied-noir des comédies franchouillardes, est remarquable en parrain du voisinage (personnage d'ailleurs mille fois plus crédible que nombre de chefs de gangs cinématographiques).

Sans doute à ranger parmi les meilleurs films noirs français, "Les Marchands de sable" force le respect, par son réalisme et sa réalisation en prise directe avec son univers. A déconseiller si vous n'avez déjà pas le moral, cet opus, sans doute le plus noir de Pierre Salvadori, mérite de s'y attarder, pour peu qu'on soit amateur du genre.


Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film dont le titre contient une couleur"

jeudi 15 septembre 2016

Célibataires (2005)



J'avoue une véritable affection pour le film choral. Cela m'a conduit à visionner d'excellents films, mais aussi à connaître pas mal de déceptions. Quitte à tuer le suspense, c'est dans la deuxième catégorie que je dois classer "Célibataires", film français tombé dans l'oubli, que j'aurais pourtant eu plaisir à exhumer. Clairement à ranger dans le tiroir des déceptions (celui situé pas loin de la poubelle, pour tout vous dire), ce film avait pourtant un potentiel...

Parce qu'il vient de se faire larguer en pleine demande en mariage, Ben se tourne vers ses amis pour se faire réconforter. Seulement, ses amis n'ont pas forcément que ça à faire : ils ont leurs problèmes, eux aussi. Qu'il s'agisse de leur conjointe, pas forcément compréhensive, de leur incapacité à se gérer tous seuls. de leur immaturité, les membres de sa petite bande ne sont pas forcément les meilleurs conseillers qui soient. Mais ce sont ses amis, avant tout. 



Le réalisateur de "Célibataires", Jean-Michel Verner, avait auparavant réalisé "Jeux de cons" qui avait également échappé à mes radars (comme à ceux de bien des spectateurs). Je dois vous avouer que je ne compte pas me pencher sur le sort de son précédent film, au vu du résultat du second (et dernier à ce jour). Pourtant, en s'aventurant sur l’intersection entre le territoire de la comédie romantique et celui du film choral, comme on dit, il y avait matière à narrer une chouette histoire, fût-elle mineure. 

Seulement, "Célibataires" a un énorme défaut : sous couvert de parler d'amitié, il ne fait que mettre en scène des caricatures. A l'instar d'autres échecs dans ce registre, ce film a pour protagonistes des personnages dont on ne voudrait pas comme amis. Ne suscitant aucune empathie, les héros du film n'attirent pas l'intérêt et l'on se désintéresse vite de leur sort, se disant qu'après tout, ils l'ont bien mérité. 

Interprétés par des comédiens peu mis en valeur et visiblement pas très motivés, ces amis (ou prétendus tels) sont vite oubliés. C'est d'autant plus dommage qu'on aurait eu plaisir à retrouver le regretté Guillaume Depardieu dans un rôle le mettant vraiment en valeur.  Jean-Michel Verner, réalisateur de ce film qui aurait pu être une bonne idée, nous offre là son dernier long métrage à ce jour.
Ce n'est peut-être pas plus mal pour le cinéma.





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