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vendredi 14 décembre 2018

Pour elle (2008)



Avant de se tourner vers la comédie (notamment "Radin !" ou le récent "Le jeu"), Fred Cavayé, ancien photographe de mode, s'est fait un nom avec des films où l'action était omniprésente. Ainsi, il réalisa coup sur coup "Pour elle", "A bout portant" et "Mea culpa". Le premier de ces films, qui était également son premier long métrage, mettait en scène Vincent Lindon, habitué des rôles d'hommes ordinaires trouvant au fond d'eux le courage (je songe notamment à l'épatant "La loi du marché" ou à "Welcome"). Appréciant particulièrement cet acteur, j'ai eu envie de visionner de film, condamné depuis à hanter les grilles des programmes télévisés.

Lisa et Julien forment un couple des plus heureux, avec leur fils Oscar. Tout va pourtant basculer en un instant : sans comprendre comment ni pourquoi, Lisa est arrêtée et emprisonnée, pour le meurtre de sa patronne. Alors que tout l'accuse et que Lisa est sur le point de renoncer, Julien décide de la faire évader de prison. Celui qui était un honnête professeur de lycée va se montrer prêt à tout, pour elle.


Si le pitch du film peut laisser penser qu'on va assister, dans "Pour elle", à la métamorphose d'un homme, et que le moteur de cette mutation est l'amour qu'il porte à sa femme, ce parcours n'est pas l'objet principal du film. Fred Cavayé, pour son premier film, le revendique haut et fort : "Pour elle" est un film d'action, un thriller louchant fortement vers ceux venus d'outre-Atlantique. Le réalisateur a sans doute vu et apprécié "Le fugitif" et ses cousins, films où le héros doit, seul contre tous (et contre les autorités) prouver son innocence, ou celle de son aimée.

Une fois ce postulat posé, il faut reconnaître que l'ouvrage remplit le cahier des charges : on ne s'ennuie pas une seconde, en compagnie d'un Vincent Lindon toujours épatant et d'une Diane Krueger convaincante (en tout cas bigrement plus que dans le registre comique, comme dans "Un plan parfait", par exemple). Si l'on laisse de côté son esprit critique et qu'on veut simplement se divertir, "Pour elle" est de ces produits parfaitement calibrés et remplit sa mission, quitte à être rapidement oublié après son visionnage.

Par contre, si l'on se penche un peu plus sur son cas, et malgré une réalisation efficace, on déplorera l'usage abusif de ficelles scénaristiques (les héros échappent toujours au danger de justesse) et, surtout, l'absence de traitement d'une partie vitale de l'intrigue au profit de l'action. En effet, bien que le début du film le laissait envisager, "Pour elle" évacue très rapidement la question de l'innocence de l'héroïne et du rétablissement de la vérité : l'adrénaline avant tout, donc.

Si, sur la forme, "Pour elle" remplit parfaitement sa mission, en posant son ambiance et en déroulant son action tambour battant, il peut décevoir sur le fond. Se souciant de la psychologie de ses personnages comme d'une guigne et laissant de côté nombre de questions, le film taille sa route, mais peut laisser les spectateurs exigeants sur le bas-côté.

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film réalisé par un non-réalisateur à l’origine"

jeudi 29 novembre 2018

La tortue rouge (2016)


Le cinéma d'animation est un domaine qu'on croit souvent réservé aux enfants et pour lequel les adultes ont souvent le simple rôle d'accompagnateurs. Ils sont plus rares, les films d'animation destinés à un public pas forcément enfantin. Les artistes qui s'essaient à ce registre passent souvent loin des grandes salles et, par conséquent, n'ont pas toujours la visibilité d'un Disney ou d'un Pixar. Fruit du travail de nombreuses années, "La tortue rouge" est le premier long métrage de Michael Dudok de Wit. Coproduit par le célèbre Studio Ghibli (entre autres), ce dessin animé méritait-il un peu plus d'exposition ?

Suite à un naufrage, un homme se retrouve seul sur une île déserte, dont il va très vite vouloir s'échapper. Le radeau qu'il construit, à plusieurs reprises, va se fracasser contre un obstacle invisible, comme si quelque chose l'empêchait de quitter l'île où il a échoué. 
Il finira par découvrir une étrange tortue rouge, et une femme aux cheveux roux et, peut-être, la raison pour laquelle il est là.


Une chose est sûre : ceux qui ont emmené leur progéniture voir "La tortue rouge" ont pu s'exposer à l'étonnement de celle-ci : ne rien comprendre ou ne rien trouver à comprendre, plus exactement, voilà qui peut désarçonner. Mais "La tortue rouge", avec son histoire tout simple, à la limite du rêve éveillé (ou pas, d'ailleurs) fait partie de ces films qui laissent un souvenir, ne serait-ce que par sa beauté plastique. Le trait de Michael Dudok de Wit, déjà repéré pour ses précédents courts-métrages (toujours dans l'animation), mêlant à la fois le numérique et le fusain, emporte presque instantanément l'admiration du spectateur. 

En plus d'être esthétiquement très beau, "La tortue rouge" se paie le luxe de prendre son temps et de narrer une histoire aux frontières du rêve. Sans aucun dialogue, ce dessin animé n'est pas pour autant une oeuvre simple. Le cheminement de son héros, simple naufragé ballotté par les flots et jeté sur le sable d'une île perdue, va au-delà de sa simple survie : c'est aussi la rencontre avec sa destinée que nous narre Michael Dudok de Wit.

Alors, certes, "La tortue rouge" peut désarçonner, par ses silences et les errements de son héros, mais il peut aussi séduire parce qu'il choisit un autre moyen de conter une histoire. Si on ajoute à cela sa beauté plastique et sa réalisation remarquable, il faut reconnaître qu'on est en présence d'un des plus beaux films d'animation de ces dernières années, capable de rivaliser avec les meilleures productions venues du Japon.




Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film muet"

mercredi 14 novembre 2018

L'assaut (2011)


Le terrorisme fait désormais partie de nos existences. Nous avons tous en mémoire les événements qui ensanglantèrent telle ou telle ville. Le cinéma s'est évidemment emparé du sujet, à maintes reprises, se plaçant tour à tour dans la peau des victimes (on songe à "Vol 93") ou de ceux qui affrontent les terroristes. Avant que ne s'effondrent les tours jumelles du World Trade Center, d'autres attentats avaient déjà fait marqué les esprits. La prise d'otages de l'Airbus d'Air France en 1994, a fait l'objet d'un film, régulièrement diffusé à la télévision depuis sa sortie en 2011. 


Alger, 24 décembre 1994 : quatre terroristes du GIA prennent en otage les passagers d'un Airbus à destination de Paris. Ils réclament la libération de deux islamistes emprisonnés et le décollage immédiat vers Paris. Après de longues heures et la mort de trois otages, l'avion s'envole vers la France, avant de se poser à Marignage. Là, une équipe du GIGN va donner l'assaut, pour libérer les otages et éliminer les terroristes. Thierry, membre des forces d'élite, va vivre l'opération la plus importante de sa carrière de flic d'élite. 

Ceux qui sont en âge de s'en souvenir n'ont probablement pas oublié les images de ce jour de fin 1994. Devant des millions de téléspectateurs, le GIGN réussit à neutraliser les terroristes sans qu'un seul otage ne perde la vie sur le sol français. L'opération, saluée par les spécialistes, devait-elle faire l'objet d'une fiction ? C'est une question à laquelle je n'ai pas de réponse, d'autant plus que la fiction en question se permet quelques entorses aux faits (pour des besoins scénaristiques) et qu'un documentaire aurait sans doute mieux accompli l'oeuvre de mémoire qu'elle ambitionne. 

La faute en incombe essentiellement à la forme que revêt "L'assaut". Visiblement atteint par le syndrome Paul Greengrass, le réalisateur juge bon de tout filmer caméra à l'épaule. Résultat : il n'y a pas un plan fixe, même lorsque le personnage téléphone. Si cet artifice peut être diablement efficace lorsqu'il s'agit de mettre en scène l'action et l'immédiateté, il s'avère fatigant quand aucune pause n'est offerte au spectateur. L'autre choix esthétique très discutable de "L'assaut" est sa palette de couleurs, extrêmement désaturée, au point qu'on frôle souvent le noir et blanc. L'intérêt de de cette option est très discutable, d'autant plus qu'elle tend à éloigner l'histoire de ces spectateurs. 
Enfin, la balourdise des scènes "familiales" pèse lourdement dans la balance en défaveur du film.

On aurait pu redouter que le choix de Vincent Elbaz, pourtant abonné aux rôles d'éternel adolescent immature, torpille la crédibilité de son personnage. Force est d'avouer qu'il ne s'en sort pas si mal, sans cependant crever l'écran. Adoptant une posture quasi monolithique, l'interprète de "La vérité si je mens" (ce qui reste son plus grand succès) laisse entrevoir un talent qu'on aimerait voir jaillir plus souvent (oui, c'est une suggestion. Derrière lui, la prestation des autres interprètes n'évite pas toujours la caricature. Visiblement très à l'aise pour filmer les scènes d'action et donner l'impression du direct, Julien Leclerq (déjà réalisateur de "Chrysalis") pêche sur la direction d'acteurs.

Si l'histoire que conte "L'assaut" est connue (et fait désormais partie de l'Histoire), le film n'a rien d'incontournable : un documentaire mettant en lumière ces heures tragiques aurait sans doute mieux accompli sa mission.


Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film se déroulant pendant les fêtes de Noël ou pendant la Saint-Sylvestre"

samedi 20 octobre 2018

Les marchands de sable (2000)


Pierre Salvadori, de qui l'on connaît essentiellement le très chouette "Les apprentis" a déjà eu le droit dans ces colonnes à plusieurs billets, pour des films qui n'avaient pas reçu le succès mérité. Souvent peuplé de personnages attachants mais un peu délabrés, ses films (ayant essentiellement pour décor Paris et ses quartiers, d'ailleurs) sont à hauteur d'homme ou de femme. L'un de ses longs métrages les moins remarqués est un vrai film noir, et je suis prêt à parier que la majorité du public n'a jamais entendu parler des "Marchands de sable". A l'origine de ce film se trouve un téléfilm, produit pour Arte, dont Pierre Salvadori a choisi de faire un long métrage. 

Sortant de prison, Marie retrouve son frère Antoine, qui l'héberge et souhaite lui offrir une vie meilleure. Antoine, mêlé au trafic de drogue de son quartier, choisit un jour de garder l'argent d'une transaction pour lui. En voulant doubler ceux qui le fournissent en drogue pour fuir avec Marie, sa sœur aimée, il est rattrapé par ceux qu'il voulait voler et meurt.
Ravagée, Marie cherche ceux qui l'ont tué, avec l'aide d'Alain, le patron du bar "Le détour", autour duquel tout gravite et tient plus ou moins en équilibre : les trafics, ceux qui en vivent, ceux qui le subissent, et ceux qui en meurent...

Noir, c'est noir, disait l'autre. Avec "Les marchands de sable", Pierre Salvadori bascule aux antipodes des "Apprentis" où ses héros s'en sortaient par des petites combines et où le soleil finissait par se lever sur leurs galères. Ici, dès le début, c'est fichu. La scène d'ouverture est d'ailleurs implacable, puisqu'elle annonce la fin et que celle-ci est terrible. L'espoir est donc torpillé dès le début : ceux qui comptaient sourire devront choisir un autre film (ça tombe bien, Salvadori en a de beaux dans sa filmographie). Ceux qui, par contre, s'intéressent au côté obscur de l'homme et sont prêts à une plongée dans un univers réaliste seront gâtés.

En effet, l'un des atouts des "Marchands de sable" est le réalisme de l'histoire, des décors et des personnages. Ici, point de poursuites de voitures à travers un Paris fantasmé, point de fusillades au cours desquels les explosions irradient à l'écran. Non, l'intrigue du film se déroule près de nous : c'est dans un quartier ordinaire qu'on magouille, qu'on se drogue et que, finalement, on perd sa vie. "Les marchands de sable" se déroule dans la rue d'à côté et, en cela, fait bien plus froid dans le dos que nombre de films sur le même sujet (je suis sûr que vous avez des exemples en tête). 

Et il y a les acteurs, tous formidables, comme souvent dans les films de Pierre Salvadori. Pour incarner ces humains à la dérive, dont aucun ne peut porter le titre de héros, mais qui sont finalement tous terriblement crédibles, le réalisateur a fait appel à un casting impeccable. Mathieu Demy trouve ici l'un de ses meilleurs rôles, face à un Guillaume Depardieu, plus incandescent que jamais, dont on ne peut que regretter la trop courte carrière. Entre eux, Marina Golovine paraît sans doute moins convaincante. Et puis, il y a l'immense Serge Riaboukine, fidèle de Pierre Salvadori, autour de qui l'histoire gravite, avant de le percuter violemment. Enfin, Robert Castel, éternel pied-noir des comédies franchouillardes, est remarquable en parrain du voisinage (personnage d'ailleurs mille fois plus crédible que nombre de chefs de gangs cinématographiques).

Sans doute à ranger parmi les meilleurs films noirs français, "Les Marchands de sable" force le respect, par son réalisme et sa réalisation en prise directe avec son univers. A déconseiller si vous n'avez déjà pas le moral, cet opus, sans doute le plus noir de Pierre Salvadori, mérite de s'y attarder, pour peu qu'on soit amateur du genre.


Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film dont le titre contient une couleur"

samedi 15 septembre 2018

Galactica, la bataille de l'espace (1978)



Dans l'élan de mode de la science-fiction qui suivit le triomphe de "Star Wars", en 1977, on vit de nombreux longs métrages regarder vers les étoiles. A l'époque, même James Bond endossa une combinaison d'astronaute, dans "Moonraker" (l'un des moins bons volets de la franchise, mais je m'égare). La série télévisée "Galactica", qui connut un certain succès (voire un succès certain) fut  l'origine d'un film, constitué du montage de plusieurs épisodes. Produit par John Dykstra, qui avait supervisé les effets spéciaux de "Star Wars", "Battlestar Galactica" n'a pas laissé dans les mémoires  des cinéphiles un souvenir impérissable. Si la série a conquis ses titres de noblesse auprès des amateurs, le film aurait-il pu faire date ?

Dans un passé lointain, ceux qui allèrent donner naissance aux civilisations humaines firent enfin la paix avec les terribles Cylons. Mais, alors que tous s'apprêtaient à célébrer cet armistice, les adversaires d'hier déployèrent leur flotte et anéantirent presque toute l'humanité. Fuyant les Cylons et rassemblés dans quelques vaisseaux, sous la direction du Commandeur Adama, les humains partent en quête de la seule colonie humaine ayant survécu : elle serait installée sur la planète Terre. Mais les Cylons n'ont pas renoncé et comptent bien faire réduire l'humanité à néant.

J'avoue n'avoir jamais suivi de près la série "Galactica", dans quelque incarnation que ce soit. Elle a pourtant, à mes yeux, une vraie proposition à faire : celle de suivre l'exil et les combats d'une humanité à venir. Le ton aurait donc pu être grave, mais le traitement ne l'est pas toujours. Si le cadre et les événements promettaient un véritable drama dans les étoiles, les protagonistes sont souvent coupables de badinage et de chamailleries qui nuisent à la crédibilité. 

L'impression générale de kitsch, ensuite, joue cruellement en la défaveur du film (et donc de la série, puisque le long métrage en compile plusieurs des épisodes) : on a du mal à croire en l'univers qui est décrit, faute d'ambition et de réalisme (oui, j'emploie ce terme à dessein). Si, dès les premiers plans de "Star Wars", le spectateur était happé et adhérait à l'univers proposé, ce n'est pas le cas dans "Battlestar Galactica".

La réalisation est également à pointer du doigt : malgré un formatage très télévisuel, l'assemblage des différentes intrigues (le conflit entre Humains et Cylons est au premier plan, mais plusieurs histoires dans l'histoire sont au second) nuit à la cohérence de l'ensemble. Et ce n'est pas l'interprétation des acteurs principaux (avec un look terriblement daté, les pauvres) qui sauvera le film, j'en ai peur. Enfin, les effets spéciaux de "Battlestar Galactica" s'avèrent bien moins convaincants que ceux de "Star Wars". Malgré la présence du grand Dykstra, on tique lors des combats spatiaux et les décors n'ont pas grand chose d'exotique. Bref : on n'y croit pas vraiment.

A jouer sur la proximité avec ce qui est devenu une des franchises les plus célèbres du cinéma, "Battlestar Galactica" souffre de la comparaison. C'est d'autant plus dommage que ce film aborde des thèmes intéressants.


Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film tiré de série / ayant inspiré une série"

lundi 10 septembre 2018

The Sessions (2012)


Il est des thèmes dont on parle peu, parce qu'ils sortent la majorité du public de sa zone de confort. Le cinéma hésite souvent à les aborder, parce qu'ils sont forcément peu porteurs (et représentent donc des paris risqués). La sexualité des personnes handicapées en est un bon exemple : combien de films ont osé évoquer le sujet ? Et, parmi ceux-là, combien l'ont fait frontalement ? A ce titre, "The sessions" est une audace, récompensée par plusieurs nominations aux Golden Globes et aux Oscars. Aurait-il mérité plus de visibilité publique ? 

Paraplégique depuis l'enfance, Mark O'Brien vit l'essentiel de son temps dans un poumon d'acier.  Poète et journaliste, il n'en est pas moins homme et aimerait connaître le sexe. Confiant ses tourments à un prêtre compréhensif, Mark va se tourner vers Cheryl, une assistante sexuelle. Elle va apprendre au corps brisé de Mark les choses de la chair. Plus rien ne sera comme avant pour lui, ni pour elle.

Avec un sujet pareil, on pouvait craindre de tomber dans le film larmoyant ou dans le pire des mauvais goûts. J'imagine sans peine les signaux d'alerte qui ont du passer dans le rouge, lorsque des producteurs ont découvert le scénario du film, issu du roman du vrai Mark O'Brien. Ben Lewin, le réalisateur a sans doute faire montre de pas mal de de diplomatie pour financer son film. Et c'eût été dommage que ce long métrage ne voie jamais le jour. Pour casse-gueule qu'il soit, le sujet y est traité tout en finesse et en humanité : "The Sessions" est une vraie réussite. 

Ce tour de force a plusieurs raisons. La première est l'approche humaine et sans dramaturgie superflue qu'a choisi Ben Lewin pour raconter cette histoire et la réaliser. Filmant de "vrais gens", à hauteur d'homme et de femme, il ne s'embarrasse pas d'effets inutiles et ne cherche surtout pas à faire larmoyer son spectateur. On ne sort du visionnage de "The Sessions" avec le moral dans les chaussettes, pour faire court. L'autre raison, et sans doute la meilleure, est la formidable interprétation des trois acteurs principaux, Helen Hunt en tête. 

J'avais déjà beaucoup d'admiration pour Helen Hunt, dont la belle énergie sauva déjà plus d'un film. Dans "The Sessions", elle endosse un rôle que nombre de comédiennes auraient refusé et donne vie à une femme admirable. La qualité de sa prestation est à la hauteur du risque qu'elle prit en acceptant d'interpréter Sheryl. Rien que pour elle, le film vaut d'être vu. 
On saluera aussi la très belle interprétation de John Hawkes, d'ordinaire confiné dans des rôles secondaires, qui incarne avec une belle sobriété Mark O'Brien. Enfin, William H. Macy est lui aussi impeccable dans un rôle de prêtre qui voit ses principes bousculés par un homme cloué à sa civière..

Échappant heureusement à l'ornière du pathos et réussissant même à faire sourire son spectateur, "The Sessions", malgré un sujet des plus casse-gueule, réussit la quadrature du cercle. Chapeau !



Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film sensuel"

vendredi 27 juillet 2018

Approaching the unknown (2016)


La réussite de "Seul sur Mars" a forcément donné des idées à des producteurs. Oubliés les échecs (tout relatifs) de "Ghosts of Mars" ou de "Planète Rouge" (qui datent déjà un peu). Dans le sillage du film de Ridley Scott et parce que l'exploration de Mars est désormais du domaine de l'envisageable, le cinéma s'intéresse de plus près à celle qui fut autrefois peuplée de petits hommes verts (à en croire l'imaginaire collectif). En attendant que l'être humain y pose réellement le pied, le septième Art envisage comment cette colonisation pourra se passer. Mark Elijah Rosenberg, pour son premier long métrage, "Approoaching the unknown", s'est lancé dans (selon ses dires) un film de science-fiction philosophique sur un homme explorant ses limites. Pourquoi pas ?

Le Capitaine William Stanaforth porte sur ses épaules les espoirs de l'humanité. Créateur d'un procédé permettant de générer de l'eau à partir des richesses de n'importe quel sol, il est le seul passager d'une expédition vers Mars. Là, après un voyage de 270 jours, il posera les bases de la colonisation de la planète rouge. Mais rien ne va se passer comme prévu : Stanaforth va devoir affronter des incidents qui l'amèneront plus loin qu'il ne l'avait imaginé. 

Voilà un pitch qui aurait pu augurer de maints traitements différents. Il aurait pu s'agir d'un voyage initiatique, des péripéties d'un naufragé ou d'un film technique décrivant les conditions de pareil périple. A première vue, c'est vers la démonstration que s'embarque "Approaching the unknown", dont le héros, en plus d'être l'unique passager de son vaisseau, a aussi eu l'idée du processus permettant de générer de l'eau, la plus précieuse ressource dans pareil voyage. Et là, il faut bien avouer que, d'un point de vue technique, le scénario a quelques trous dans la raquette. 

Passons outre l'idée du procédé qui permettrait au héros de générer de l'eau en combinant tout bêtement de l'hydrogène et de l'oxygène (j'ai comme l'idée que cette réaction pourrait être un tantinet explosive), le choix même d'envoyer un homme seul dans cette odyssée est bien moins crédible et aurait tendance à briser la fameuse suspension d'incrédulité. Là où le postulat de base de "Seul sur Mars" tenait le coup malgré nombre d'invraisemblances, celui de "Approaching the unknown" s'écroule rapidement et force le spectateur à ne tenir compte que la partie initiatique du voyage  pour rester accroché au film. 

Pour tenir le premier (et presque unique) rôle de cette odyssée vers la planète rouge, Mark Strong, éternel second couteau d'Hollywood, est irréprochable. Tour à tour sûr de lui, puis en proie au doute et approchant les frontières de la folie, ce grand acteur toujours à la recherche du premier rôle qu'il mérite fait une belle démonstration de son talent. En capitaine d'un navire partant à la dérive, Mark Strong est le meilleur atout du film. On réservera donc la vision de celui-ci aux admirateurs inconditionnels de cet acteur et à ceux qui pourront trouver un sens spirituel à sa traversée du désert spatial. L'ultime partie du voyage, pour couronner le tout, ressemble fort à une baudruche qui, ayant perdu son contenu durant l'heure et demie précédente, tombe mollement au sol. 

Muni d'un matériau a priori richissime et qui aurait pu donner lieu à plusieurs axes de traitement, "Approaching the unknown" gâche bêtement son fort potentiel, parce qu'il est à la fois trop ambitieux (ou prétentieux, selon l'humeur du spectateur) et trop plein de vide. Il faudra, pour celles et ceux que fascine cette prochaine odyssée, se consoler avec d'autres approches.



Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film dont tu voudrais changer la fin"

dimanche 22 juillet 2018

Jamais contente (2017)


Vous souvenez-vous de vos années "collège" ? Le cinéma, en tout cas, aime évoquer cette période de la vie où tout se bouscule dans la tête et le corps de ceux qui quittent l'enfance pour devenir des adolescents. Qu'il s'agisse des "Beaux gosses" ou de "Lou ! Journal infime" (deux adaptations de bandes dessinées), c'est souvent sur le ton de la comédie que ces années sont évoquées au grand écran. Récemment, "Jamais contente", d'après une série de romans de Marie Desplechin, a également traité de cette période de la vie. Si on revenait sur ce petit film ?

Elle n'est jamais contente, Aurore. Cette préadolescente qui redouble sa classe de cinquième. Elle n'aime rien ni personne et le monde le lui rend bien, du moins le ressent-elle. Qu'il s'agisse de ses sœurs, de ses parents, des garçons, tout lui paraît adversité. Du coup, elle agresse, elle râle, elle crie et met à mal la patience de tous, à commencer par ses parents, qui la menacent de l'envoyer en pension. Tout cela n'arrange rien : Aurore reste fâchée contre tout et tous.

C'est le portrait d'une jeune fille ayant un pied dans l'enfance et l'autre dans l'adolescence, avec pour horizon un monde adulte pas toujours engageant, que nous propose Emilie Deleuze. En adaptant "Le journal d'Aurore" de Marie Desplechin, la réalisatrice (essentiellement connue pour ses travaux à la télévision) a choisi de tourner à hauteur de ses personnages et de filmer au plus près de leurs émotions. C'était probablement la meilleure option pour le sujet choisi, car le résultat est plutôt réussi. Le spectateur est emporté dans le sillage d'Aurore, petite peste que l'on se prend à finalement apprécier, bien qu'elle ait un talent certain pour se faire détester.

On pourra tiquer sur les quelques défauts du scénario, qui s'égare parfois dans des directions inutiles (comme l'évocation du mariage, par exemple) et pourrait donner l'impression de faire du remplissage. On pourra aussi s'agacer de certaines lourdeurs du même scénario, qui insiste parfois un peu trop sur certains traits de caractères de la petite héroïne, histoire de bien nous faire comprendre comment elle fonctionne (ou revendique d'être). On pourra, enfin, grincer des dents devant quelques situations improbables (comment une fillette de 13 ans se retrouve-t-elle à chanter dans un groupe de rock avec des garçons plus vieux qu'elle ?).

Mais, malgré tous ses défauts, "Jamais contente" emporte l'adhésion, en grande partie grâce ou à cause de son interprète principale. Léna Magnien, dont c'est la première (et pour l'instant unique) apparition à l'écran donne vie avec justesse à Aurore. Bien que ne correspondant pas à l'idée qu'on pouvait se faire d'Aurore, à la lecture du roman, elle s'approprie le rôle et emmène tout le monde avec elle. Épaulée par des seconds rôles bien tenus (coup de chapeau au passage à Catherine Hiegel dans le rôle d'une grand-mère comme on en rêve parfois), c'est surtout à son interprète principale que "Jamais contente" doit son énergie, souvent communicative.

Voilà un petit film qui pourra réjouir pas mal de spectateurs, incluant (une fois n'est pas coutume) les parents et les enfants, sur un sujet commun. A bien des égards, c'est une prouesse. 


Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film dont un personnage a le même nom / surnom que toi"

jeudi 12 juillet 2018

Fonzy (2013)




Qu'un film à succès, venu d'Europe, fasse l'objet d'un remake à Hollywood, c'est chose assez commune. Par contre, lorsque le remake traverse l'Atlantique dans l'autre sens, c'est plus rare. En reprenant "Starbuck", Isabelle Doval, réalisatrice de "Rire et châtiment" (qui mettait déjà en vedette José Garcia, son mari) prit un risque : entre livrer une pâle copie et trop s'éloigner du modèle, le point d'équilibre était difficile à trouver. Alors, pari réussi ?

Dans sa jeunesse, dont il estime qu'il n'est pas sorti, Diego Costa a donné son sperme à de nombreuses reprises. Alors qu'il vivote, employé dans la poissonnerie familiale et vient d'apprendre que sa petite amie est enceinte, Diego découvre qu'il est le père biologique de 533 enfants, dont 142 veulent le connaître. Il hésite entre se révéler et rester anonyme et, avant d'opter pour une des deux solutions, décide d'apprendre à connaître sa progéniture.

Bien que n'ayant pas vu le film original, j'avoue avoir pris grand plaisir à visionner son remake. Là où l'on aurait pu s'attendre à une comédie parfois malhabile, c'est à un film souvent fin et parfois drôle que l'on a affaire. "Fonzy", avec un sujet de départ qui aurait pu verser dans le graveleux, est un film qui joue adroitement du thème de la paternité et du rapport entre les générations. Quand Diego prend sous son aile certains de ses rejetons et devient ainsi père, l'émotion pointe parfois le bout de son nez, alors qu'on ne l'attendait pas. Et, dans sa dernière partie, celle normalement consacrée à la résolution (dans toute bonne comédie qui se respecte), la métamorphose du personnage central s'avère plus touchante qu'attendu.

Étonnamment, donc, le remake est plutôt réussi. Le mérite en revient essentiellement à l'interprète principal, José Garcia, convaincant dans le rôle d'un homme passant, en l'espace d'un film, du statut d'adolescent immature à celui du père. Si ses interprétations ont parfois été outrancières, il explore ici le registre de l'émotion et se montre souvent convaincant dans le rôle d'un homme franchissant en accéléré les étapes qui mènent à l'âge de père. Autour de lui, les seconds rôles pâtissent un peu de l'omniprésence de ce personnage, mais on apprécie les prestations d'Audrey Fleurot, de Lucien Jean-Baptiste, ou de Gérard Hernandez (en patriarche plein de sagesse).

Enfin, cerise sur le gâteau, la bande originale est un régal pour les oreilles, ce qui ne gâte rien, et rythme agréablement les péripéties de Diego Costa, géniteur devenant père le temps d'un film. Sans doute pas exempt de maladresses, "Fonzy" est cependant un film généreux et humain, souvent drôle, mais pas vain. S'il n'a rien d'inoubliable, ce remake européen d'un film québécois (qui eut droit, ensuite à son remake aux Etats-Unis, sous le titre "Delivery man", pour la petite histoire) est plus qu'honorable : il se pourrait qu'il s'agisse d'un bon film.

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film avec une bonne BO"


samedi 7 juillet 2018

Permis de tromper (2017)


Depuis quelques années, un vent nouveau (pas toujours frais, je vous le concède) souffle sur la comédie en général. Souvent venu de l'autre côté de l'Atlantique, ce courant a donné lieu à des films où le scénario se permet des outrances parfois bienvenues, souvent gênantes et pas toujours drôles. En osant sortir des sentiers battus, ce style de longs métrages a parfois donné des réussites, mais souvent arraché le succès à coup d'excès. Il n'empêche que faire bouger les lignes est parfois salutaire et que nombre de réalisateurs s'y risquent. A titre d'exemple, le film "Permis de tromper", sorti uniquement en vidéo dans l'Hexagone, s'en prenait au couple, à en croire son pitch. Aurait-il mérité plus de visibilité ?

Mateo et Camila forment un jeune couple épanoui et viennent de s'installer ensemble. Lors d'une soirée entre amis, vient la question de savoir avec quelle célébrité ils s'autoriseraient une aventure extra-conjugale. Ce qui aurait pu rester un petit jeu sans conséquences va prendre un tour inattendu lorsque Mateo va rencontrer accidentellement la sublime Zoe Del Rio, l'actrice qu'il a justement désignée.  L'improbable étant arrivé, tout devient possible...

Vous l'aurez compris, en lisant le pitch (ou alors, je m'y suis mal pris) : "Permis de tromper" est une comédie romantique. Mais, pour une fois, c'est de l'hémisphère sud que ce film nous vient (je crois d'ailleurs que c'est le premier film argentin évoqué dans ce blog). Enfin, c'est son intention première, sur laquelle viennent se greffer d'autres sujets. Le scénario, qui revendiquait haut et fort l'appartenance au genre comique dans ses premières scènes, prend, dans la deuxième moitié du film, un autre tour et lorgne vers la critique sociale (notamment vis-à-vis de l'omniprésence des réseaux sociaux), avant de revenir sur sa première intention. En suivant ce chemin, le film donne souvent l'impression de se prendre les pieds dans le tapis. Qui trop embrasse, mal étreint, disait la sagesse populaire : c'est en partie vrai pour "Permis de tromper", qui part souvent dans tous les sens.

Cette petite comédie venue de l'autre bout du monde possède cependant un indéniable potentiel de sympathie, en partie parce qu'elle nous épargne de voir une nouvelle fois les mêmes acteurs se complaire dans le même film, et aussi parce qu'elle dispose d'une vraie identité. Les acteurs sont pour beaucoup dans l'impression générale (plutôt positive, vous l'aurez compris) que laisse ce film : le duo Lali Esposito-Martín Piroyansky convainc par sa sincérité et son charme, dans une comédie qui jongle avec de plus en plus de balles, quitte à en laisser tomber quelques-unes. 

Si l'on oublie la version française, assez calamiteuse, et le manque d'audace du scénario (malgré une idée de base qui aurait pu donner lieu à plus), "Permis de tromper" a pour lui un potentiel de sympathie qui fait qu'on lui pardonne beaucoup. Sans avoir rien d'inoubliable, il est (légèrement) au-dessus de la moyenne des comédies de son registre.

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film avec un verbe à l’infinitif dans le titre"

vendredi 22 juin 2018

A la poursuite de Ricky Baker (2016)


Le précédent long métrage de Taika Waititi, "Vampires en toute intimité" avait fait l'objet d'un billet élogieux en ces colonnes et nombreux étaient ceux qui l'avaient apprécié. On pouvait espérer, au vu de la réussite de ce film, que les suivants de son metteur en scène aient droit  une sortie en salles. Que nenni, mes amis, puisque, malgré des critiques souvent à son avantage, "Hunt for the Wilderpeople", son dernier film, est sorti uniquement en vidéo dans l'hexagone, sous le titre "A la poursuite de Ricky Baker" et ce, pas mal de temps après sa "vraie" sortie, dans les pays qui le traitèrent comme un film digne de ce nom.. Ce ne fut que pour son film suivant, "Thor : Ragnarok", que le cinéaste néo-zélandais eut le droit à une sortie digne de ce nom dans notre pays. Tout vient à point à qui sait attendre, paraît-il...


Ricky Baker, jeune garçon à problèmes, est reçu par sa nouvelle famille d'accueil. Tante Bella et Oncle Hec vivent au fin fond de la campagne néo-zélandaise et comptent bien offrir un vrai foyer et de vraies valeurs à cet adolescent rebelle. D'abord en opposition, l'enfant et les adultes vont devoir apprendre à se supporter, voire à s'apprécier.
Mais, quand Tante Bella décède subitement, pour Hec et Ricky, c'est toute une aventure qui commence...

Le moins que l'on puisse dire à la lecture du pitch, c'est qu'on pouvait verser dans le mélodrame. Ce serait mal connaître Taika Waititi, qui prend un malin plaisir à mettre en place tout un édifice qu'il fait ensuite s'écrouler, comme un sale gosse. Et le voyage (initiatique, mais pas uniquement) qui commence alors pour Hec et Ricky est un sacré périple, au cours duquel le réalisateur n'épargne personne (et surtout pas ses héros). La liberté de ton et le talent de mise en scène, alliés aux décors sauvages de Nouvelle-Zélande, donnent un cocktail inattendu, qui aurait sans doute mal fini entre d'autres mains que celles de Waititi (qui a aussi un petit rôle savoureux dans le film).

Il y avait longtemps qu'un film, qui plus est une comédie, ne m'avait pas surpris et emballé à ce point (et ce n'est pas faute de multiplier les tentatives). Il aura donc fallu chercher à l'autre bout du monde pour trouver un long métrage malin et marrant. Étonnant, non ?
La réussite de ce film est également à porter au crédit d'un casting formidable. En tête, le jeune et étonnant Julian Dennison, tour à tour touchant et insupportable, donne vie à Ricky Baker avec un mélange de sincérité et d'énergie qui promettent de belles choses à l'avenir. Sam Neill, en vieux grincheux, trouve son meilleur rôle depuis longtemps au cinéma et, malgré un rôle plutôt bref, Rima Te Wiata trouve le juste point d'équilibre entre émotion et fantaisie. 

Comme le faisait remarquer ma consœur Tina dans son fort joli billet au sujet de ce film, "Hunt for the Wilderpeople" (désolé, mais le titre français est au-dessus de mes forces) est un conte, sans doute écrit sous l'emprise de certaines substances, ajouterai-je. Ce conte là, je veux bien me le laisser raconter.
Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film ni américain ni européen"

vendredi 18 mai 2018

Droit de passage (2010)


Les frontières semblent se fermer, ces temps-ci. Que ce soit en Europe ou de l'autre côté de l'Atlantique, des murs se dressent face à ceux que la misère pousse à tout faire pour une vie meilleure. Naturellement, le cinéma s'empare de cette thématique pour évoquer le sort de ceux qu'on nomme migrants ou réfugiés. Il y a eu, par exemple, le saisissant "Welcome", tout près de nous. Mais c'est fortuitement que j'ai découvert "Droit de passage" (traduction française indigne de "Crossing over"), un film qui avait été snobé à l'époque par pas mal de critiques.

A Los Angeles, les hommes et les femmes se croisent. Venus du Mexique pour tenter de gagner leur vie, résidant ici depuis toujours ou depuis peu, en quête de l'autorisation qui leur assurera la citoyenneté américaine, toutes et tous craignent l'expulsion, parfois arbitraire. Face à eux, l'autorité peut prendre différents visages : il y a de la bienveillance, de la violence, de la corruption.  Il y a ce policier qui veut encore croire en l'humanité, quitte à s'abîmer. Il y a ce fonctionnaire corrompu, qui abuse de ses prérogatives. Il y a tant d'hommes et de femmes qui se croisent, aiment, souffrent...
A la vision de ce film, dont on a parfois décrié le côté bancal (que je reconnais) ou les méthodes racoleuses (mais je préfère lui accorder le bénéfice du doute, les critiques étant parfois de mauvaise foi), on peut frémir : le thème qu'il évoque est devenu mondial et nous touche forcément tous, à des degrés et des modes différents. Même si son traitement peut faire douter le spectateur, "Droit de passage" a au moins le mérite d'aborder de front un thème difficile, et de le faire sans adoucir le trait. Sa production problématique, ses maladresses et son entêtement à faire passer le visa américain pour l'ultime sésame en font un film maladroit, dont les bonnes intentions semblent passées au second plan. Wayne Kramer, le réalisateur de cette mosaïque ayant pour thème les frontières entre les hommes, semble parfois dépassé par l'ampleur de la tâche qui lui est attribuée, mais, filmant à hauteur de femme et d'homme, assure jusqu'au bout et livre un film sans doute sincère. 

Dans un film choral, ce sont les personnages qui sont le ciment de l'ensemble. Dans le cas présent, les acteurs sont remarquables. L'immense Harrison Ford, en flic bienveillant et humaniste, apparaît fatigué et désabusé, comme l'homme qu'il est l'est sans doute. Ray Liotta, particulièrement botoxé, démontre qu'il aurait pu avoir une carrière digne de ce nom s'il avait fait de meilleurs choix. On pourrait aussi évoquer les prestations, plutôt justes, de Cliff Curtiss (désormais connu comme le héros de la série "Fear the walking dead"), Jim Sturgess, Ashley Judd, Alice Eve, donnant vie à cet instantané parfois juste, parfois pataud. S'il avait été moins balourd (parce qu'il l'est, au point, pour certains critiques, d'être contre-productif), "Droit de passage" aurait été un beau et grand film. A défaut, c'est un regard sur ce qui se passe de l'autre côté de l'Atlantique (et qui ressemble fort à ce qui se passe pas si loin de chez nous). 

Les Etats-Unis, nation composée à partir d'un beau melting-pot, ont oublié bien vite qu'ils étaient riches de leur diversité. Maladroit, ce film, pour peu qu'on prenne un peu de recul et qu'on ne lui fasse pas de procès d'intention, peut éveiller chez son spectateur une saine colère.

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film qui t'a mis en colère" (par son thème)

mardi 8 mai 2018

Downsizing (2017)


On avait pu repérer Alexander Payne avec "The descendants", qui mettait en vedette un George Clooney désemparé sur fond d'un Hawaï inattendu. Son dernier film (il y eut entre deux "Nebraska") "Downsizing", a fait l'objet d'une promotion notable, mettant en avant les éloges de certains critiques (cela dit, ce simple procédé peut être très contre-productif). Avec en vedette Matt Damon, ce film de science-fiction promettait beaucoup et, au final, n'a pas reçu le succès escompté. Alors, le public serait-il passé à côté d'un grand film ?

Surpeuplée, la planète ne suffit plus à nourrir et loger ses habitants. Alors, une solution s'impose : miniaturiser l'homme. Après avoir hésité, Paul Safranek se lance et convainc son épouse : le projet Downsizing semble augurer d'un nouvel eden, bien loin de son Omaha quotidien.
Une nouvelle vie commence pour lui. Enfin, ça, c'est ce qui lui est promis. La réalité sera bien différente.

Avec un pitch pareil et les prouesses réalisées par les spécialistes en effets spéciaux, on pouvait rêver à un film alliant forme et fond : quand la science-fiction se penche sur la société, cela peut donner de grandes œuvres. D'autant plus que "Downsizing", dans les premières séquences, semble se donner les moyens de ses ambitions. Le modeste Paul Safranek, représentant parfait de la middle-class américaine, se laisse séduire par l'idée d'une nouvelle chance et.... C'est justement là que le bât blesse, car après ce "et", le film part à vau-l'eau, et semble oublier son intention première. Alors, faute d'aller jusqu'au bout celle-ci, Alexander Payne donne l'impression de bricoler son intrigue au fur et à mesure...

Passé le premier quart du film et une fois son héros rapetissé, le film perd tout son intérêt et se contente mollement d'allers et retours. Heureusement, tout n'et pas à jeter dans ce film : s'il maintient l'intérêt du spectateur, c'est en grande partie, grâce à ses interprètes (faute d'un propos percutant). Matt Damon, marchant dans les pas de Tom Hanks, figure remarquablement l'américain moyen. Face à lui, l’exubérant Christoph Waltz semble bien s'amuser, tandis que Kristen Wiig et Jason Sudeikis, pour ne citer qu'eux, n'ont qu'un rôle accessoire (au sens où ils ne font que servir que le scénario), mais font le job, comme on dit. 

L'idée de base était formidable et aurait pu donner lieu à un grand film de science-fiction. Avec moins de moyens, "L'homme qui rétrécit", en son temps, eut un propos maintes fois plus profond et efficace. Malgré des moyens imposants, l'effet produit par le film est à l'image de son héros : riquiqui.



Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film qui t'a déçu"


samedi 28 avril 2018

Etats de choc (2007)


La traduction française de certains titres de films ne cessera jamais de m'étonner. Si la palme, à mes yeux, reste "The deer hunter", transformé pour les salles hexagonales en "Voyage au bout de l'enfer", je viens de mettre la main sur un sérieux challenger : qu'est-il passé par la tête des distributeurs français pour traduire "The air I breathe" en "Etats de choc" ? Cela reste un mystère. Toujours est-il qu'on ne m'ôtera pas de l'idée que ce choix a nui au film lors de sa sortie (uniquement sur le marché vidéo) en France. Pourtant, il disposait d'un casting intéressant et aurait sans doute pu attirer un certain public en salles. 

Il est dit, dans un ancien proverbe chinois, que la vie peut se diviser en quatre chapitres : bonheur, plaisir, douleur et amour. Entre un homme qui perd tout lors d'un pari, un homme de main capable de voir l'avenir, une chanteuse pop tombant entre les griffes d'un gangster et un médecin prêt à tout pour sauver la femme qu'il aime, la vie tisse des liens, parfois ténus, entre les êtres.


Quelques films remarquables ont joué de ce genre, qui fait s'entrechoquer des existences et passent d'un personnage à l'autre, en suivant un fil parfois très fin. On songe évidemment à "21 grammes", par exemple, dans ce registre. Jieho Lee, dont c'est le premier film (et le dernier à ce jour), fait preuve d'une véritable ambition, tant visuelle que narrative, avec "Etats de choc" (non, décidément, ce titre, ça ne passe pas). Les histoires qu'il nous narre s'enchaînent et s'entrelacent, avec parfois quelques maladresses et, surtout, des déséquilibres entre les différents chapitres (celui mettant en vedette Brendan Fraser "pèse" plus lourd que celui de Forest Whitaker, par exemple).

Souvent filmé façon clip, avec un montage rapide qui nuit parfois à la lisibilité des scènes, mais donne au film un dynamisme indéniable; "Etats de choc" sort le grand jeu, niveau casting. D'Andy Garcia à Kevin Bacon, en passant par Forest Whitaker, on est gâté, de ce côté là. Et force est d'avouer que les interprétations de Sarah Michelle Gellar ou de Brendan Fraser sont plutôt à mettre au rang des bonnes surprises de ce film.

Ambitieux sur le fond et sur la forme, "Etats de choc" rate de peu son objectif, celui d'être un grand film. Il est cependant indéniable qu'il aurait mérité mieux que le sort qui fut le sien lors de sa sortie (ou de sa non-sortie, en l'occurrence).



Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un premier film"

lundi 23 avril 2018

Borg Mc Enroe (2017)


Les années 1980 connaissent un regain de popularité. Grâce à certaines œuvres culturelles (qu'il s'agisse de séries télévisées ou de films, pour ne citer que ces exemples), on regarde cette période avec une vraie tendresse, comme s'il s'agissait d'une époque dorée. C'est bien connu : c'était mieux avant. C'est dans cette période qu'eut lieu, dans le milieu sportif, un duel de géants du tennis. Le suédois Björn Borg et l'américain John McEnroe, aussi dissemblables qu'ils étaient talentueux, s'affrontèrent pour la place de numéro un mondial. Cet affrontement, qui culmina lors de la finale de Wimbledon en 1980, a fait l'objet d'un film récent : "Borg Mc Enroe".

1980 : Björn Borg, le tennisman suédois, est au sommet de sa gloire et aligne les records. Mais un jeune joueur américain, un certain John McEnroe, grimpe les échelons et compte bien détrôner le roi du tennis mondial. Le premier est la glace, imperturbable et froid, jusque dans sa vie personnelle. Le deuxième est le feu : ses frasques et ses colères lui ont forgé une drôle de réputation. Ces deux titans, si dissemblables, vont s'affronter lors de la finale du tournoi de Wimbledon. Toutes les caméras sont tournées vers eux. 

Le réalisateur de "Borg Mc Enroe", Janus Metz, vient du documentaire et cela se voit : caméra à l'épaule la plupart du temps, il joue la carte de l'immersion dans l'époque, quitte à y aller avec de gros sabots (ou plutôt des Adidas un peu vintage). On pense à "Rush" en voyant ce film. Mais, là où Ron Howard livrait un véritable objet de cinéma et jouait habilement avec les nerfs du spectateur, Janus Metz livre un exposé plus froid, décrivant deux personnalités opposées et pourtant complémentaires, sans faire monter la tension. Cette froideur et la dimension finalement pas très cinématographique du résultat sont pour beaucoup dans la demi-déception qu'est "Borg Mc Enroe"

Au rang des réussites du films, il y a surtout l'immersion dans la période (comme déjà noté) et surtout la stupéfiante ressemblance de l'acteur jouant Borg : Sverrir Gunadson, essentiellement connu dans son pays d'origine (la Suède). Son interprétation du joueur venu du froid et souvent surnommé IceBorg, est telle qu'elle laisse peu de place à celle de son partenaire. En McEnroe colérique et incontrôlable, Shia Lebeouf, acteur qui n'arrive que rarement à me convaincre, s'avère finalement un choix judicieux. 

Le fameux match, celui qui opposa des heures durant Borg et McEnroe en finale de Wimbledon, est à la fois le climax et le sujet du film : c'est sans doute son tort, car ce qui se passe en amont est finalement relégué au second rang. Les flash-backs et apartés qui décrivent les joueurs en dehors des courts enrichissent le propos, mais il manque un je-ne-sais-quoi qui les auraient rendus aussi important que la fameuse finale.

Si vous vous intéressez à cette période et au tennis, ou si l'affrontement de deux titans d'une autre époque (je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître), vous trouverez un certain charme dans ce duel sur gazon (et dans les têtes). Si tel n'est pas le cas, vous pouvez déclarer forfait.


Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film inspiré de faits réels"