mercredi 3 juin 2015

L'affaire SK1 (2014)



Les tueurs en série, incarnations du Mal absolu, ont de longue date fasciné les cinéastes. De "M le maudit" à "Zodiac", nombre de réalisateurs se sont même emparés de l'histoire véridique de certains de ces monstres, quand d'autres filmaient les méfaits de criminels de fiction. Mais, pour fascinants qu'ils soient, ces personnages n'attirent pas forcément les foules dans les salles obscures. Ce fut le cas de "L'affaire SK1", film français relatant l'enquête et le procès de Guy Georges, le tueur de l'Est parisien.

1991, au 36 quai des Orfèvres : un jeune policier, Franck Magne, entre à la Brigade Criminelle et prend en charge l'assassinat d'une jeune femme, auquel il va vite relier d'autres meurtres restés sans suite. Année après année, se heurtant parfois à l'institution pour laquelle il travaille, Magne va mettre au jour les agissements d'un tueur en série. Tout en traquant le monstre, le jeune homme met en place une des enquêtes les plus complexes que la police française ait connu : c'est l'affaire du tueur de l'Est parisien.
2001 : Guy Georges est jugé et défendu par deux avocats, sous le regard de Magne et des policiers qui l'ont accompagné dans sa traque...

Issu du milieu de la télévision (on lui doit quelques épisodes des "Hommes de l'ombre"), Frédéric Tellier, réalisateur de "L'affaire SK1" livre ici un film qui lui tenait à cœur et auquel il consacra de nombreuses années de travail. Et le résultat est, reconnaissons-le d'emblée, à la hauteur de l'investissement. Convoquant ses illustres aînés (on pensera évidemment à des réalisateurs tels que Corneau, Melville ou Fincher), Tellier, tout en racontant une histoire dont on connait les grands traits et dont la fin n'est un secret pour personne, réussit à captiver le spectateur et à le tenir en haleine du début à la fin. Le mérite en revient à une mise en scène efficace, d'une précision chirurgicale et au ton évoquant souvent le genre documentaire. Utilisant à bon escient les lieux des drames comme décor et allant jusqu'à optimiser le grain de l'image en fonction de l'époque filmée, Frédéric Tellier, remarquablement documenté livre un véritable "Zodiac" à la française.

Face à la caméra, les interprètes de ce voyage dans le pire de ce que peut produire l'âme humaine
livrent une prestation impeccable. Raphaël Personnaz a rarement été aussi bon que dans le rôle de l'Inspecteur Magne, tandis qu'à ses côtés, l'indispensable Olivier Gourmet, à la fois figure paternelle et guide en territoire d'horreur, prouve, s'il en était besoin, l'immense talent qui l'habite.
On pourrait d'ailleurs utiliser les mêmes mots au sujet du grand Michel Vuillermoz. Le reste du casting est à l'avenant, même si j'ai quelques réserves concernant l'interprétation des deux avocats de Guy Georges (incarnés par Nathalie Baye et William Nadylam).

Alors, comment "L'affaire SK1" a-t-il pu passer à côté de son public, pour dire les choses pudiquement ? C'est une bonne question, et j'avoue peiner à y trouver des éléments de réponse. On pourra incriminer l'absence de suspense apparent de l'histoire qui nous est contée, les apparences de documentaire dont se drape parfois le film, mais ce serait lui faire un mauvais procès. Réussissant le délicat exercice d'équilibriste dans lequel bon nombre de réalisateurs auraient échoué, Frédéric Tellier livre ici un remarquable film policier, au réalisme glaçant, qui laisse un souvenir marquant à son public, aussi peu nombreux fût-il.





16 commentaires:

  1. Très bon thriller, très réaliste et fidèle aux évènements... Juste un soucis sur le héros, l'enquête lui doit beaucoup trop alors qu'il n'est qu'un tout petit pion ...

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    1. C'est vrai : le positionnement du héros est assez maladroit. Mais je pense que le réalisateur a voulu montrer la lourde machine que peut être le 36 quai des Orfèvres, quitte à broyer son héros.
      Merci de ce passage.

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  2. Je ne l'ai pas encore vu mais il fait parti de la liste de ceux que je veux découvrir.

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    1. Ce fut pour moi une belle surprise. J'espère qu'il en sera de même pour toi.

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  3. Mouaif, je suis beaucoup moins dithyrambique... Trop linéaire et superficiel pour susciter l'intérêt sur la durée. Ensuite, beaucoup trop poli et aseptisé. Enfin, j'ai surtout eu l'impression de regarder un nouvel épisode de Faites entrer l'accusé

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    1. Il a, c'est vrai, un aspect "documentaire", qui implique quelques-uns des traits que tu soulignes. Pour ma part, j'ai adhéré, mais je comprends fort bien les réserves que cela peut susciter.

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  4. Je l'ai vu hier soir finalement et j'ai trouvé ce film très bon ! J'ai trouvé la mise en scène très efficace, l'écriture remarquable. J'ai notamment aimé l'alternance entre le passé et le présent, souvent casse-gueule voire même inutile dans de nombreux films. Or, là ça marche, car le spectateur, qui connait déjà l'histoire, peut avoir la sensation de redécouvrir l'histoire sous un autre angle, c'est assez judicieux et les deux temps se rejoignent logiquement.
    Dans l'ensemble, j'ai également bien aimé le casting. Comme tu l'as dit en répondant à Sélénie, même si le perso de Personnaz ne s'est pas forcément occupé de tout, c'était un bon moyen de voir comment fonctionne le 36. En tout cas, j'ai trouvé l'acteur très bon (en même temps, il ne m'a jamais déçue pour l'instant), tout comme Vuillermoz et Gourmet. J'ai également bien aimé Baye, son personnage est intéressant et assez casse-gueule aussi car il ne fallait pas excuser ce qu'avait fait Guy Georges. D'ailleurs, j'ai trouvé l'acteur qui incarne Guy Georges très bon. En revanche, comme toi, je n'ai pas été convaincue par William Nadylam.

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    1. Ravi qu'il t'ait plu ! Je n'ai pas assez souligné la belle interprétation d'Adama Niane, qui incarne le monstre avec beaucoup de talent.
      Merci de ton passage.

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  5. Bon... et bien au vu de ces commentaires divers et variés, il faut que je voie ce film !

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    1. Et j'espère que tu lui consacreras un billet, que je lirai avec attention.

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  6. Bien que j'aime ce genre de films à la base, il ne m'attirait pas mais la je t'avoue que tu titilles ma curiosité !

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    1. J'en suis ravi (d'autant que c'est une des raisons d'être de ce blog).

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  7. Bonjour Laurent, comme je l'ai écrit, j'ai trouvé la partie "traque" plus intéressante que la partie "procès" qui ralentit le rythme du film. L'acteur qui joue Guy Georges est remarquable. Bonne après-midi.

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    1. Bonjour Dasola. C'est vrai que la "traque" est plus passionnante que le "procès". Merci d'être passée (et de signaler la performance d'Adama Niane) !

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  8. Comme toi, j'ai bien aimé ce polar à la française. De bons acteurs, une bonne histoire (malgré des allers-retours dans le passé permanents) et surtout le film montre la désorganisation de la police à l'époque. Une bonne surprise au final.

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    1. Je m'attendais à quelque chose de beaucoup moins réussi : ce fut une bonne surprise que cette "affaire SK1". Merci du passage !

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