mercredi 6 février 2019

Mauvaises herbes (2018)


J'avoue : je ne connais que peu le parcours de Kheiron et, quand la bande-annonce de "Mauvaises herbes", son deuxième film, m'est passée sous les yeux, c'est sans aucun préjugé que j'ai choisi de voir ce film. Malgré un joli casting, puisque le réalisateur y est accompagné de Catherine Deneuve et d'André Dussolier, le public ne s'est pas déplacé en masse dans les salles pour y suivre la rencontre entre le héros du film et six jeunes de banlieue. Ce choc des cultures méritait-il mieux ?

Wael, dont on devine qu'il n'a pas eu une enfance facile, vit désormais de petites arnaques, avec la complicité de Monique, une retraitée très attachée à lui. Quand ces deux-là croisent Victor, un ancien ami de Monique, Wael va se voir offrir un travail pas comme les autres. Il va lui falloir prendre en charge six adolescents déscolarisés. D'abord parce qu'il y est contraint, Wael va donc jouer les éducateurs, avant de se rendre compte que ces enfants méritent mieux que le sort qu'on leur a réservé. 

Il est quantité de films où des jeunes à la dérive voient leur destin changer parce qu'ils rencontrent un adulte qui devient leur mentor. "Mauvaises herbes" peut, en cela, se voir ranger dans cette catégorie où se trouvent déjà quelques belles pièces de cinéma (je songe évidemment au "Cercle des poètes disparus", par exemple). Mais, dans le cas présent, ceux qui font figure d'élèves ne sont pas les seuls à être changés par la rencontre avec celui qui les prend en main. 

Dans chaque plan, ou presque, se ressent une vraie générosité et une sincérité touchante de la part de Kheiron. Pour comique qu'il soit parfois, "Mauvaises herbes" n'utilise pas ses personnages comme de simples ressorts et les respecte (tout comme il respecte sans doute ceux qui ont pu l'inspirer, ça et là, à l'ombre des grandes barres d'immeubles). Le naturel des interprètes emporte le spectateur. Ces enfants perdus de la cité sont terriblement attachants et les séquences qui les mettent en scène sont, de loin, les plus enthousiasmantes du film.

Cependant, "Mauvais herbes" n'est pas exempt de défauts. En voulant entremêler plusieurs fils narratifs (le passé de son personnage, son parcours professionnel et l'amorce de romance qui le concerne), Kheiron peine à boucler son intrigue et bâcle sa conclusion. Qui trop embrasse mal étreint, comme dit l'adage populaire. J'ajouterais qu'une étreinte, même maladroite, est efficace pour peu qu'elle soit sincère. La générosité du film fait qu'on lui pardonne beaucoup.

La sincérité et l'humanité de "Mauvaises herbes" en font un film réussi, souvent touchant. Ces belles qualités, dont bon nombre de cinéastes pourraient prendre de la graine, permettent de fermer les yeux sur les défauts du film qui, au final, laisse une belle impression. Ceux qui pensent faire rire en jouant sur les divisions des hommes feraient bien de s'inspirer de pareil film, qui émeut en évoquant ce qui les rapproche.




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