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vendredi 20 octobre 2017

No et moi (2009)


Delphine de Vigan, romancière à succès, a déjà été évoquée dans ces colonnes lorsqu'elle s'essaya à la réalisation avec "A coup sûr" : à l'époque, je n'avais pas été tendre, je le reconnais (mais je reste persuadé que le film le méritait). Ce serait dommage, pour autant, d'oublier qu'elle est avant tout romancière et que certains de ses romans ont donné lieu à des adaptations cinématographiques, comme "D'après une histoire vraie" (réalisé par Roman Polanski) ou "No et moi", son premier succès. C'est Zabou Breitman, endossant la casquette de réalisatrice en plus de celle d'actrice, qui mit en scène l'adaptation de "No et moi", l'un de ses romans les plus lus (il est d'ailleurs sur la liste de lecture de pas mal de collégiens).

Lou, treize ans, entre au lycée avec deux ans d'avance. Cette jeune fille brillante n'a pourtant pas une vie facile. Sa mère, dépressive, ne sort plus de chez elle depuis la mort de son enfant. Quant à son père, il tente de sauver les apparences, sans y croire lui-même. Pour un exposé, Lou décide d'aller à la rencontre de No, une sans-domicile-fixe qu'elle rencontre dans une gare. Peu à peu, No va entrer dans la vie de Lou et bouleverser beaucoup de choses...

S'il est un bon point que l'on peut accorder, très tôt dans le visionnage du film, à Zabou Breitman (ex-actrice rigolote devenue réalisatrice sérieuse, pour faire court), c'est le respect de l'oeuvre l'ayant inspirée. Ceux qui ont lu le roman original pourront reconnaître que l'adaptation est fidèle et qu'elle rend justice au matériau d'origine. Mieux encore, certains personnages acquièrent une dimension supplémentaire lors de leur passage à l'écran.

Cette fidélité, ajoutée à une vraie sincérité, fait que l'on adhère très rapidement à ce qui n'aurait pu être qu'un décalque sans âme, comme c'est trop souvent le cas avec les adaptation de romans. Le mérite en revient essentiellement à la mise en scène élégante de Zabou Breitman (qui avait déjà fait mouche avec le très sensible "Se souvenir des belles choses"). S'offrant également le rôle tout sauf évident de la mère de Lou, la réalisatrice a également su choisir un casting tout en sincérité (décidément) : qu'il s'agisse de Bernard Campan, décidément épatant dans des rôles où on ne l'aurait pas attendu il y a quelques années, de la remarquable Nina Rodriguez ou du dynamique Antonin Chalon. 

On pourra reprocher à "No et moi" quelques lourdeurs et quelques répétitions, on pourra aussi déplorer l'interprétation parfois excessive de Julie-Marie Parmentier (encore une fois, c'est un point de vue tout personnel). Mais le fait est que ce film comporte quelques très jolies scènes et qu'il est admirablement interprété. Qui plus est, il démontre, si c'était nécessaire, le talent d'une réalisatrice.



jeudi 26 juin 2014

A coup sûr (2013)




Le culte de la performance est un signe de notre époque. A en croire les rayons spécialisés des librairies ou les (trop) nombreuses émissions télévisées sur ce thème, il faut à tout prix devenir le meilleur cuisinier, le manager le plus efficace, la meilleure mère de famille, etc. Loin de moi l'idée de vouloir déclencher un débat sur les effets délétères de pareil dogme (quoiqu'il y aurait beaucoup à dire)... Cette course à une soi-disant perfection inspira Delphine de Vigan, jusque là connue pour ses romans ("No et moi", ) et qui tâta déjà du scénario (avec l'adaptation de "No et moi", justement). Il faut croire que le thème n'attira guère les spectateurs, puisque "A coup sûr"dépassa à peine les 100 000 entrées dans l'hexagone.

Depuis toute petite, parce que son père lui a inculqué le culte de la réussite et de la perfection, Emma a visé la performance. Cette jolie jeune femme a tout réussi (sa carrière de journaliste, bien que débutante, est prometteuse), ou presque.
Suite à deux déceptions coup sur coup, elle se persuade qu'elle est nulle au lit. Qu'à cela ne tienne, Emma va tout faire pour devenir le meilleur coup de Paris et entreprend d'apprendre ce qu'elle ignore des choses de la chair.
Sous le regard goguenard d'un collègue journaliste, la jeune femme commence sa métamorphose : la prude et zélée Emma deviendrait-elle une bombe sexuelle ?

"A coup sûr", avec son affiche, sa tagline (assez peu élegante, d'ailleurs) et sa bande-annonce, est clairement vendu comme une comédie, romantique, qui plus est. Histoire de bien nous faire comprendre qu'on est dans ce registre pourtant rebattu, Delphine de Vigan enfonce le clou sans élégance, quitte à réutiliser à plusieurs reprises les mêmes procédés. Au bout d'un moment, ça lasse, et c'est diablement inefficace. L'ajout d'intrigues secondaires parfois incongrues (je songe notamment à la partie de l'histoire concernant la belle-soeur de l'héroïne) n'apporte rien, si ce n'est une impression de remplissage. Pendant ce temps, les zygomatiques du spectateur restent inactifs, il faut bien l'avouer. 


Même les acteurs, dont on saluera le dévouement, semblent s'escrimer en vain pour donner corps à cette histoire qui ne tient debout que par miracle. Eric Elmosnino, dans le rôle d'un journaliste intègre et désabusé, semble se demander sur quel pied danser, tandis que dans des seconds rôles, on s'interrogera sur la présence de Didier Bezace et Valérie Bonneton, en plein cabotinage.
Evidemment, la jolie Laurence Arné est celle qui se sort le mieux de ce film sans épaisseur. Malheureusement, alors qu'elle réussissait sans problème à tirer son épingle du jeu dans des comédies comme "Dépression et des potes" ou la série "Working girls", Laurence Arné est mal tombée pour son premier rôle tout en haut de l'affiche. Gageons qu'elle saura rebondir : elle vaut mieux que cela.

Traitant d'un sujet pourtant loin d'être anodin, "A coup sûr" rate totalement sa cible en choisissant de l'aborder sous l'angle de la comédie. Finalement, le film est rarement drôle et, surtout, laisse une étrange impression après visionnage : le thème aurait sans doute gagné à être abordé sur un ton plus revendiqué, plus assumé et sans doute plus amer. Il le méritait bien.