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lundi 1 août 2016

Télé Gaucho (2012)


Les radios dites "libres", avant d'être quasiment toutes absorbées par de grands groupes (et, du coup, perdre leur liberté d'expression) ont laissé dans le souvenir de beaucoup un goût de nostalgie. Il fut également quelques télévisions, plus ou moins pirates, qui tentèrent l'aventure des ondes. Par exemple, la célèbre Télé Bocal, dans ses débuts, inspira le réalisateur Michel Leclerc, qui fut partie prenante dans cette entreprise, avant de passer derrière la caméra avec "Le nom des gens", au point d'en faire un film. Ce dernier, "Télé Gaucho", connut moins de succès que son précédent opus. 

Années 1990 : Victor a toujours rêvé de faire du cinéma et voue un culte aux grands réalisateurs de la catégorie "art et essai", comme on dit. Le hasard veut qu'il décroche un poste de stagiaire à HT1, la grande chaîne commerciale et qu'il rencontre l'équipe de Télé Gaucho, une chaîne pirate, toutes deux aux antipodes l'une de l'autre. 
Alors, caméra à l'épaule d'un côté et porteur de cafés de l'autre, Victor se lance dans l'aventure de la télévision, et y trouvera des causes à défendre et des gens à aimer. 


C'est un sacré bazar que ce film, qui comporte, on le devine au visionnage, des pans entiers de la vie de son réalisateur. On pardonnera donc à ce dernier le ton parfois brouillon du film qui part parfois dans tous les sens, mais ne renie jamais son engagement ; à gauche, toute ! Fidèle à la ligne qu'il avait déjà tracé dans son précédent film, Michel Leclerc livre ici une chronique, vue de l'intérieur, de la vie d'une télévision comme on en voit rarement, faite de bouts de ficelle et d'ingéniosité, de militantisme et d'engueulades. Ça s'agite, ça crie, ça se dispute, ça rit aussi, ça s'aime. Ce cinéma plein de vie peut faire du bien, à condition de se laisser porter par le courant. 
Ceux qui, par contre, sont réfractaires à ce genre de cinéma, rejetteront sans doute d'un bloc ce petit film bouillonnant et souvent maladroit (l'un allant rarement sans l'autre).

Une fois encore, Michel Leclerc s'est entouré d'actrices et d'acteurs débordants de vie et d'énergie, qui insufflent au film l'oxygène qui parfois lui manque. En tête, Félix Moati, tout en fraîcheur, incarne un Victor plus vrai que nature. Sara Forestier, déjà épatante dans "Le nom des gens", dans un rôle de fausse idiote, confirme les espoirs qu'on avait pu fonder en elle. L'autre couple de l'histoire, composé par Eric Elmosnino et Maïwenn, m'a semblé moins convaincant. On appréciera également la prestation des seconds rôles, et le passage remarqué d'Emmanuelle Béart, en grande prêtresse de l'audimat, cible privilégiée (et facile !) des Robins des bois des ondes. 

Alors, certes, "Télé Gaucho" est souvent bancal et n'est pas toujours aussi réussi qu'on pouvait l'espérer. Mais ce film porte une belle énergie, en grande partie grâce à ses interprètes. Si vous avez envie de cette énergie-là, n'hésitez pas. 



vendredi 3 octobre 2014

Hôtel Normandy (2013)


Ce n'est pas la première fois qu'une comédie romantique, hexagonale ou venue d'outre-Atlantique, fait l'objet d'un billet dans ces colonnes. Je ne vous ferai pas l'injure de récapituler une fois de plus les composantes classiques et indispensables à tel exercice de style. Toujours est-il que le film "Hôtel Normandy", parce que j'en avais lu du bien dans un blog ami et aussi parce que son action me "parlait", régionalement parlant, a attiré mon attention. Malgré le peu de succès qui fut le sien lors de sa sortie, qui sait ? Peut-être que ce film serait celui qui me réconcilierait avec les productions hexagonales. 

La belle Alice, dynamique et passionnée d'art, est malheureusement veuve depuis plusieurs années. Ses deux meilleures amies et collègues, Pénélope et Isabelle, décident de lui offrir, pour son anniversaire, un séjour à Deauville, durant la biennale d'art contemporain. Alice est bien évidemment ravie. Ce qu'elle ignore, c'est que ses deux copines ont engagé pour l'occasion un homme qui devra séduire la jeune femme...et ainsi la convaincre qu'elle a le droit à une nouvelle chance.

N'importe qui aura décelé dans le pitch les ingrédients incontournables de la comédie romantique, genre où l'élément de surprise est en général aussi rare qu'un livre chez Ribéry. Cela dit, il est parfois rassurant et confortable de s'installer confortablement devant une bonne vieille romcom. Par contre, quand le cinéma français se frotte au genre, il est rare qu'on sorte ravi de la projection.

Charles Némès, le réalisateur, est hélas déjà connu de nos services, puisqu'il a réalisé "Le séminaire" de sinistre mémoire, ainsi que le mémorable "La tour Montparnasse infernale". Aucun de ses longs métrages n'a, il faut bien l'avouer, marqué l'histoire du septième Art. Et ce n'est pas "Hôtel Normandy" qui changera la donne, il faut être clair.

La faute à qui, à quoi ? Les coupables sont nombreux, à commencer par un scénario tenant plus du bricolage que d'une véritable histoire bien construite. A force de jouer sur les clichés tirés du vaudeville, "Hôel Normandy" donne vite l'impression, jamais démentie, de tenir à peine debout. Ce n'est pas la réalisation, somme toute banale, qui bouleversera le spectateur.


Enfin, du côté de l'interprétation, nul miracle à l'horizon, hélas. Héléna Noguerra est bien mignonne, mais ne joue pas très bien, tandis que ses deux partenaires masculins ne sont guère convaincants. Eric Elmosnino s'en sort mieux qu'Ary Abittan, visiblement condamné à jouer la caricature. On notera, dans les rôles des bonnes copines de l'héroïne, la présence des étonnantes Anne Girouard (à mille lieues de son personnage de Guenièvre dans "Kaamelott") en nymphomane et de Frédérique Bel (l'animatrice de "La minute blonde"). Toutes deux réalisent sans doute la meilleure performance du film...

Souvent, par bienveillance, j'incite les lecteurs de ce blog à donner une nouvelle chance à tel ou tel film. Dans le cas du présent long métrage, l'envie me manque. Ce n'est certainement pas avec "Hôtel Normandy" que je me réconcilierai avec la comédie romantique française, qui n'a décidément pas les moyens de faire de l'ombre à ses rivales anglo-saxonnes. 





jeudi 26 juin 2014

A coup sûr (2013)




Le culte de la performance est un signe de notre époque. A en croire les rayons spécialisés des librairies ou les (trop) nombreuses émissions télévisées sur ce thème, il faut à tout prix devenir le meilleur cuisinier, le manager le plus efficace, la meilleure mère de famille, etc. Loin de moi l'idée de vouloir déclencher un débat sur les effets délétères de pareil dogme (quoiqu'il y aurait beaucoup à dire)... Cette course à une soi-disant perfection inspira Delphine de Vigan, jusque là connue pour ses romans ("No et moi", ) et qui tâta déjà du scénario (avec l'adaptation de "No et moi", justement). Il faut croire que le thème n'attira guère les spectateurs, puisque "A coup sûr"dépassa à peine les 100 000 entrées dans l'hexagone.

Depuis toute petite, parce que son père lui a inculqué le culte de la réussite et de la perfection, Emma a visé la performance. Cette jolie jeune femme a tout réussi (sa carrière de journaliste, bien que débutante, est prometteuse), ou presque.
Suite à deux déceptions coup sur coup, elle se persuade qu'elle est nulle au lit. Qu'à cela ne tienne, Emma va tout faire pour devenir le meilleur coup de Paris et entreprend d'apprendre ce qu'elle ignore des choses de la chair.
Sous le regard goguenard d'un collègue journaliste, la jeune femme commence sa métamorphose : la prude et zélée Emma deviendrait-elle une bombe sexuelle ?

"A coup sûr", avec son affiche, sa tagline (assez peu élegante, d'ailleurs) et sa bande-annonce, est clairement vendu comme une comédie, romantique, qui plus est. Histoire de bien nous faire comprendre qu'on est dans ce registre pourtant rebattu, Delphine de Vigan enfonce le clou sans élégance, quitte à réutiliser à plusieurs reprises les mêmes procédés. Au bout d'un moment, ça lasse, et c'est diablement inefficace. L'ajout d'intrigues secondaires parfois incongrues (je songe notamment à la partie de l'histoire concernant la belle-soeur de l'héroïne) n'apporte rien, si ce n'est une impression de remplissage. Pendant ce temps, les zygomatiques du spectateur restent inactifs, il faut bien l'avouer. 


Même les acteurs, dont on saluera le dévouement, semblent s'escrimer en vain pour donner corps à cette histoire qui ne tient debout que par miracle. Eric Elmosnino, dans le rôle d'un journaliste intègre et désabusé, semble se demander sur quel pied danser, tandis que dans des seconds rôles, on s'interrogera sur la présence de Didier Bezace et Valérie Bonneton, en plein cabotinage.
Evidemment, la jolie Laurence Arné est celle qui se sort le mieux de ce film sans épaisseur. Malheureusement, alors qu'elle réussissait sans problème à tirer son épingle du jeu dans des comédies comme "Dépression et des potes" ou la série "Working girls", Laurence Arné est mal tombée pour son premier rôle tout en haut de l'affiche. Gageons qu'elle saura rebondir : elle vaut mieux que cela.

Traitant d'un sujet pourtant loin d'être anodin, "A coup sûr" rate totalement sa cible en choisissant de l'aborder sous l'angle de la comédie. Finalement, le film est rarement drôle et, surtout, laisse une étrange impression après visionnage : le thème aurait sans doute gagné à être abordé sur un ton plus revendiqué, plus assumé et sans doute plus amer. Il le méritait bien.