Affichage des articles dont le libellé est Jim Sturgess. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jim Sturgess. Afficher tous les articles

vendredi 18 mai 2018

Droit de passage (2010)


Les frontières semblent se fermer, ces temps-ci. Que ce soit en Europe ou de l'autre côté de l'Atlantique, des murs se dressent face à ceux que la misère pousse à tout faire pour une vie meilleure. Naturellement, le cinéma s'empare de cette thématique pour évoquer le sort de ceux qu'on nomme migrants ou réfugiés. Il y a eu, par exemple, le saisissant "Welcome", tout près de nous. Mais c'est fortuitement que j'ai découvert "Droit de passage" (traduction française indigne de "Crossing over"), un film qui avait été snobé à l'époque par pas mal de critiques.

A Los Angeles, les hommes et les femmes se croisent. Venus du Mexique pour tenter de gagner leur vie, résidant ici depuis toujours ou depuis peu, en quête de l'autorisation qui leur assurera la citoyenneté américaine, toutes et tous craignent l'expulsion, parfois arbitraire. Face à eux, l'autorité peut prendre différents visages : il y a de la bienveillance, de la violence, de la corruption.  Il y a ce policier qui veut encore croire en l'humanité, quitte à s'abîmer. Il y a ce fonctionnaire corrompu, qui abuse de ses prérogatives. Il y a tant d'hommes et de femmes qui se croisent, aiment, souffrent...
A la vision de ce film, dont on a parfois décrié le côté bancal (que je reconnais) ou les méthodes racoleuses (mais je préfère lui accorder le bénéfice du doute, les critiques étant parfois de mauvaise foi), on peut frémir : le thème qu'il évoque est devenu mondial et nous touche forcément tous, à des degrés et des modes différents. Même si son traitement peut faire douter le spectateur, "Droit de passage" a au moins le mérite d'aborder de front un thème difficile, et de le faire sans adoucir le trait. Sa production problématique, ses maladresses et son entêtement à faire passer le visa américain pour l'ultime sésame en font un film maladroit, dont les bonnes intentions semblent passées au second plan. Wayne Kramer, le réalisateur de cette mosaïque ayant pour thème les frontières entre les hommes, semble parfois dépassé par l'ampleur de la tâche qui lui est attribuée, mais, filmant à hauteur de femme et d'homme, assure jusqu'au bout et livre un film sans doute sincère. 

Dans un film choral, ce sont les personnages qui sont le ciment de l'ensemble. Dans le cas présent, les acteurs sont remarquables. L'immense Harrison Ford, en flic bienveillant et humaniste, apparaît fatigué et désabusé, comme l'homme qu'il est l'est sans doute. Ray Liotta, particulièrement botoxé, démontre qu'il aurait pu avoir une carrière digne de ce nom s'il avait fait de meilleurs choix. On pourrait aussi évoquer les prestations, plutôt justes, de Cliff Curtiss (désormais connu comme le héros de la série "Fear the walking dead"), Jim Sturgess, Ashley Judd, Alice Eve, donnant vie à cet instantané parfois juste, parfois pataud. S'il avait été moins balourd (parce qu'il l'est, au point, pour certains critiques, d'être contre-productif), "Droit de passage" aurait été un beau et grand film. A défaut, c'est un regard sur ce qui se passe de l'autre côté de l'Atlantique (et qui ressemble fort à ce qui se passe pas si loin de chez nous). 

Les Etats-Unis, nation composée à partir d'un beau melting-pot, ont oublié bien vite qu'ils étaient riches de leur diversité. Maladroit, ce film, pour peu qu'on prenne un peu de recul et qu'on ne lui fasse pas de procès d'intention, peut éveiller chez son spectateur une saine colère.

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film qui t'a mis en colère" (par son thème)

vendredi 3 juillet 2015

Les chemins de la liberté (2010)



Peter Weir, réalisateur du "Cercle des Poètes disparus" et de "The Truman show" n'a pas toujours rencontré le succès auprès du public. J'ai déjà évoqué dans ces colonnes le destin funeste du très beau "Mosquito Coast". Plus près de nous (dans le temps), "Les chemins de la liberté" ("Way back", en version originale), son dernier film en date, n'a pas fait carton plein, loin s'en faut. Malgré un casting qui avait de quoi faire rêver, il faut croire que le public n'a pas été attiré par le récit de l'incroyable évasion de prisonniers du goulag.

1939 : sous les coups conjugués des deux grandes dictatures du vingtième siècle, la Pologne s'effondre. Janusz, dénoncé pour espionnage et trahison, est envoyé, au nom du Parti Communiste, dans un terrible camp de prisonniers.
Dans cet enfer sur terre, il va rencontrer d'autres prisonniers, venus d'horizons différents. Dès que l'occasion se présente, Janusz et ses camarades vont s'évader et entreprendre une marche longue de 6000 km jusqu'à la liberté. Les épreuves qui les attendent vont dépasser leurs pires cauchemars...

Un film de Peter Weir est souvent un voyage, fût-il intérieur. Celui-là ne déroge pas à la règle. Vendu comme un film d'aventures, "Les chemins de la liberté", tiré d'une histoire vraie, est avant tout un parcours humain, fait d'épreuves et de souffrances telles qu'on ne peut qu'admirer ceux qui la vécurent. Respectueusement, magnifiant tant la nature dans sa pire brutalité que les hommes ravagés par la faim, le froid, la soif ou la chaleur, Peter Weir prouve, s'il en était besoin, son immense talent de cinéaste, même s'il livre sans doute ici son oeuvre la moins personnelle.

Du côté de l'interprétation, le prestigieux casting donne le vertige. Qu'il s'agisse de l'immense Ed Harris, d'un Colin Farell tout en tension, du décidément indispensable Mark Strong (dans un rôle bref, mais marquant), de Saoirse Ronan ou de Jim Sturgess, pour ne citer que les plus connus, tous les interprètes sont remarquables.

Le temps de séquences magnifiquement filmées, on admire le travail magnifique du talentueux Peter Weir. Hélas, ces longues expositions de paysages magnifiques et terribles et des toutes aussi terrifiantes souffrances infligées à ces évadés finissent par lasser le spectateur. Le film s'écoule lentement, comme a du se dérouler la fuite de ces pauvres hères, entre marche forcée, coups du sort, et quête de nourriture et d'eau. Faute d'autres rebondissements (mais c'eût été trahir l'histoire de ces malheureux que d'en inventer), ce long parcours fait de douleur peut laisser le public au bord de la route.



mercredi 18 septembre 2013

Upside down (2012)


On peut évoquer mille sujets profonds par le biais de la science-fiction, qu'il s'agisse de thèmes de société ou d'angoisses existentielles. Il est plus rare de se servir de cette catégorie d'oeuvre à des fins de romantisme. Le film "Upside Down", avec son univers pour le moins original, tente l'exercice. Son réalisateur, Juan Solanas, en est alors à son deuxième long métrage, après "Air" et un parcours déjà remarqué, notamment en tant que directeur de la photographie. 
Sorti en catimini il y a quelques mois, "Upside Down", malgré la présence au casting de Kirsten Dunst ("Entretien avec un vampire", "Marie-Antoinette") et de Jim Sturgess (vu récemment dans "Cloud Atlas") n'a pas déplacé les foules, loin de là (à peine 40 000 entrées pour l'Hexagone, autant dire une misère). 

Dans le monde d'en-bas, ravagé par la misère et la pollution, vit Adam, un jeune homme que la vie n'a pas épargné. Quand il croise Eden, jeune fille venue du monde d'en-haut, où la richesse et la réussite sont lois, commence une grande histoire d'amour. Malheureusement, les deux mondes, pour proches qu'ils soient, ne peuvent se rencontrer, sous peine de bouleverser leur équilibre. 

La première impression qu'on a, en visionnant "Upside Down" est la bizarrerie de l'univers proposé, et dont les règles de fonctionnement ne sont pas très clairement explicitées, il faut bien le dire. Esthétiquement parlant, le film est de toute beauté et l'on passe vite sur l'incohérence de ces deux planètes qui cohabitent pour se régaler des images offertes, souvent spectaculaires et qui incitent à fermer les yeux sur les effets spéciaux pas toujours du plus haut niveau. L'enthousiasme de ses interprètes (essentiellement Jim Sturgess, qui ne ménage pas sa peine pour incarner ce pauvre Adam) incite également à se laisser entraîner dans le curieux voyage entre ces deux mondes, si proches et si éloignés.

"Upside down", avec son postulat de base hautement symbolique, aurait pu jouer sur le registre social, mais se cantonne dès le début dans une romance, certes agréable, mais moins riche de sens et donc plus anecdotique. Le propos social, voire politique, qui affleure de temps à autre, n'arrive hélas jamais à l'emporter sur la bluette (charmante, mais tout de même superficielle) jouée par les deux principaux interprètes.

Superbe dans sa forme, "Upside down" manque cruellement de fond. C'est d'autant plus frustrant qu'avec ses images superbes, le film est souvent à un cheveu d'être totalement réussi et d’accéder au statut de grand film de science-fiction.





jeudi 29 août 2013

Cloud Atlas (2012)



Auréolés de gloire à la sortie de "Matrix", les frères Wachowski n'ont eu de cesse de dérouter. Réalisant, avec des moyens conséquents, deux suites très discutées au film qui les propulsa sur le devant de la scène, ils se firent ensuite producteurs (en chapeautant, notamment, l'adaptation de "V pour Vendetta"), avant de connaître un gros échec commercial avec "Speed Racer", en 2008. L'an dernier, ils offrirent aux spectateurs l'un des films les plus ambitieux de la décennie (coréalisé avec Tom Tykwer, déjà connu pour avoir transposé "Le parfum, histoire d'un meurtrier" à l'écran) : "Cloud Atlas", avec sa cohorte de stars, ses effets spéciaux bluffants, ses décors grandioses et son scénario multi-époques fut, lui aussi, un bide phénoménal. 

Six récits, ayant lieu du XIXème au XXXIIème siècle, sont l'objet de "Cloud Atlas". S'y croisent les destinées d'un jeune juriste découvrant l'horreur de l'esclavagisme, d'un compositeur homosexuel et de son mentor tyrannique, d'une journaliste découvrant une machination ourdie par les industriels de l'énergie, d'un éditeur littéraire dépassé par les événements, d'une esclave coréenne au service des consommateurs tous puissants et du taciturne Zachry, membre d'une tribu primitive en proie à ses démons. Il est difficile de se lancer dans un résumé plus complet du film sans en dévoiler trop : sachez cependant que les différentes époques possèdent un lien entre elles et que, si les séquences naviguent allègrement d'une période à l'autre, leur ordre chronologique est révélateur de l'esprit du film et du regard que portent les auteurs sur l'humanité.

Lana (le nouveau prénom de Larry, après son changement de sexe) et Andy Wachowski avaient témoigné d'un grand pessimisme quant au devenir de l'humanité dans "Matrix". L'adaptation du roman "Cloud Atlas" (de David Mitchell) confirme leur vision très sombre, au travers des thèmes que brasse leur dernier film : quelque soit le siècle où ait lieu l'intrigue, les hommes foncent tout droit vers leur propre destruction. Seule survit, à travers le temps, une étincelle d'espoir, portée par l'amour qui peut unir deux êtres. Et, quand cet amour est au service d'une révolte, il peut changer le cours de l'histoire. 

Le gros point faible de "Cloud Atlas" est son scénario, à la fois trop complexe et trop simple. En effet,
chacune des histoires qui composent ce gigantesque puzzle est, prise à part, relativement basique, voire simpliste. Qu'il s'agisse de la lutte pour la survie d'une tribu ou du combat d'un vieil homme placé en maison de retraite, ces films dans le film peuvent paraître excessivement simples. C'est leur assemblage, par contre, qui les rend peu lisibles. Faute de mettre plus en avant les liens entre les différentes époques (assurés par la présence des mêmes acteurs et des indices éparpillés ici et là), les metteurs en scène perdent leurs spectateurs en cours de route à plusieurs reprises. L'absence d'un réel ciment rend l'ensemble de l'édifice chancelant et souvent sur le point de s'écrouler. Pour peu que le public ne soit pas décidé à faire l'effort de relier lui-même les différentes pièces du patchwork que forme "Cloud Atlas", le film lui paraîtra confus, voire incompréhensible.

Du côté des atouts de ce film, il faut souligner le fabuleux travail réalisé par les décorateurs, maquilleurs et costumiers. Trimbalé d'une époque à une autre, on est conquis à chaque fois par la crédibilité du voyage. Cela est accentué par la prestation remarquable de l'ensemble du casting : les interprètes sont tous excellents et donnent dans "Cloud Atlas" le meilleur d'eux-mêmes. Parfois méconnaissables sous le maquillage qui les affuble, les acteurs endossent leurs rôles de héros ou de salauds avec un talent qu'on leur ignorait parfois. Enfin, la bande originale, qui fait partie intégrante de l'intrigue, est elle aussi sublime.

Film ambitieux, esthétiquement parfait, "Cloud Atlas" se dégonfle, tel un soufflé sorti trop tôt du four, faute de lisibilité. Voyage à travers les âges dont on sort avec des images inoubliables dans la tête, il est au final à la fois trop confus et trop simpliste pour avoir réellement l'impact souhaité. Lana et Andy Wachowski ont un talent indéniable et une véritable vision des univers qu'ils mettent en scène. Espérons qu'un jour, ils retrouveront la grâce qui fut la leur (notamment sur leur très bon premier film, "Bound"). Leur prochain opus, "Jupiter Ascending", semble cependant confirmer leur goût pour la démesure...