jeudi 29 novembre 2012

Le Bâtard de Dieu (1993)


Une nouvelle fois, j'exhume pour ce billet une rareté que bon nombre d'entre vous n'auront jamais entendu parler. "Justinien Trouvé, ou le Bâtard de Dieu" (l'adaptation du roman "Dieu et nous seuls pouvons" de Michel Folco), sorti en 1993, est en effet le seul film réalisé par Christian Fechner (1944-2008), producteur français qui fit son succès avec les films de la bande du Splendid ou des Charlots. Avec moins de 400 000 entrées en France, ce long métrage fut un échec cuisant pour son réalisateur, scénariste et producteur. Il avait pourtant maints atouts en sa faveur.

Ce film narre le destin hors du commun de Justinien, enfant abandonné (après qu'on lui ait arraché le nez), et de sa recherche de ses origines. Il croisera maints personnages hauts en couleur lors de cette quête, avant de découvrir le secret de sa naissance.
Je n'en dirai pas plus sur ce qui attend les protagonistes du film, qui évolue entre fresque historique, roman picaresque et quête initiatique. On est ici en présence d'un film "en costumes", clairement, mais aussi d'une histoire riche en personnages, voire en "affreux, sales et méchants", incarnés avec délectation par des comédiens talentueux...

A son honneur, Fechner ne commit pas l'erreur de convoquer pour ce film les stars françaises de l'époque, ce qui aurait pu porter préjudice au film. Ainsi, nombre de grands comédiens sont au casting du "Bâtard de Dieu". Le premier rôle est tenu par un acteur méconnu, Pierre-Olivier Mornas (qui s'acquitte très bien de la tâche qui lui est dévolue), mais nombre de grands comédiens viennent apporter leur pierre à l'édifice. On citera les très talentueux Roland Blanche (qui notamment droit à une scène hallucinante où il décrit son infernale spirale criminelle), Bernard Haller, Bernard-Pierre Donnadieu, Ticky Holgado, Chick Ortegga, Maurice Barrier, par exemple.
Pour qui aime les acteurs et les "gueules", ce film est indéniablement une réussite.

Le plus gros bémol qu'on pourrait opposer au film reste son intrigue, finalement assez mince : on a tôt fait de comprendre d'où vient Justinien Trouvé. La quête de ses origines est surtout le prétexte à un voyage à travers de sublimes décors, dans une ambiance faite de crasse et des pires penchants humains, à une époque sans foi ni loi (ou si peu). Si la mise en scène de Fechner n'a rien de révolutionnaire, elle reste efficace et permet de suivre le périple du jeune homme sans engendrer le moindre ennui. 

Alors, certes, le métier de réalisateur et de scénariste ne s'improvise pas et on ne change pas de casquette sans quelques difficultés, mais ce "Bâtard" là réserve tout de même quelques belles séquences à son public. Il est fort étonnant qu'en son temps, il n'ait pas déplacé les foules. Certes, il n'était pas porté par une grosse star (mais cela lui aurait nui), n'abordait pas une histoire "classique", et s'attaquait au créneau difficile du film historique, mais rien ne prédisposait "Le Bâtard de Dieu" à un tel insuccès. 
Si d'aventure, l'occasion vous est donnée de le visionner, je vous engage à lui offrir une deuxième chance...






lundi 26 novembre 2012

Le secret de la pyramide (1985)


Un récent et excellent article sur la carrière de Steven Spielberg m'a incité à rédiger ce billet sur un film à mes yeux méconnu. Dans les années 80, Spielberg, après avoir accumulé les blockbusters (citons en vrac "Les dents de la mer", "Rencontres du troisième type", "Les aventuriers de l'arche perdue" et "E.T."), se lance dans le métier de producteur. Parmi les oeuvres sorties sous son égide, nombreuses seront celles qui rencontreront le succès public, comme "Retour vers le futur" ou "Gremlins". D'autres ont moins laissé de traces dans la mémoire collective et ne furent pas les triomphes qu'on attendait d'elles. "Le secret de la pyramide" (notons une nouvelle fois la médiocrité de la traduction française, le titre original étant "Young Sherlock Holmes", ô combien plus explicite !) est de ces films qui ne marquèrent pas le public à leur sortie et sont aujourd'hui oubliés (sauf des cinéphiles les plus avertis).

Londres, 1870 : le jeune John Watson fait sa rentrée à la Brompton Academy et y rencontre un élève particulièrement intrigant. Ce dernier, un certain Sherlock Holmes, est doté d'un brillant esprit de déduction. Les deux garçons vont sympathiser et bientôt se retrouver au centre d'une étrange affaire.
J'avoue tout de suite : mon avis est  peut-être partial, tant je suis client des aventures de Sherlock Holmes. Et si le scénario de ce film fait quelques entorses au "mythe" (notamment la rencontre entre Holmes et Watson), il faut reconnaître qu'il est bien agréable de se plonger dans ce qui pourrait être l'enfance du "consulting detective".

Au scénario, Chris Colombus (qui se fera connaître avec "Maman, j'ai raté l'avion" puis, beaucoup plus tard, avec le premier volet de la franchise "Harry Potter") nous épargne sur ce film le ton enfantin qu'il infligera plus tard aux films qu'il réalisera, au profit d'un script qui lorgne fortement vers l'aventure façon Indiana Jones, sans cependant omettre de glisser ça et là quelques pierres fondatrices (la pipe, le pardessus et le deerstalker sont introduits pour le plus grand plaisir des fans). Certes, l'histoire s'adresse avant tout aux adolescents plutôt qu'aux adultes, mais c'est avec un plaisir non feint qu'on suit les premières aventures du célèbre duo.
La réalisation est honnête, se mettant au service de l'histoire sans s'aventurer dans des audaces inutiles. Il faut dire qu'aux manettes se trouve le vétéran Barry Levinson (à qui l'on doit également "Rain man" et "Good morning Viet-Nâm" qu'il réalisera plus tard).
Quant à l'interprétation, elle est remarquable. Les jeunes Nicholas Rowe et Alan Cox, s'ils n'eurent pas par la suite la brillante carrière espérée, s'acquittent fort honorablement des rôles plutôt lourds qui leur sont confiés.

Pour la petite histoire, ce film est le premier à inclure un personnage conçu totalement en images de synthèse, réalisé à l'époque par Industrial Lignt and Magic (la division "effets spéciaux" de Lucasfilm) et, précisément, par un certain John Lasseter (qui fondera par la suite Pixar). Ce plan vaudra au film une nomination pour l'Oscar des meilleurs effets visuels.

L'échec de ce film reste déconcertant, au final, tant il est pétri de qualités pas forcément présentes dans d'autres grands succès de l'époque (non, je ne citerais pas de noms !). A défaut, j'incriminerais l'air du temps : Sherlock Holmes n'était pas encore "à la mode", à cette époque, sans doute. Les deux films de Guy Ritchie, pourtant bien plus discutables sur le fond et la forme, ont connu récemment un étonnant succès que mériterait, même a posteriori, "Le secret de la pyramide". A ce titre, je vous engage à revisionner ce film, si l'occasion vous en est donné.






vendredi 23 novembre 2012

Micmacs à Tire-Larigot (2009)


Depuis "Le fabuleux destin d'Amélie Poulain" et son triomphe inattendu, Jean-Pierre Jeunet n'a jamais pu renouveler le miracle consistant à rallier à la fois le public et la critique (ou la majorité de celle-ci). Son film suivant, "Un long dimanche de fiancailles", malgré toutes ses qualités, n'a pas déchaîné les passions autant que l'on pouvait s'y attendre. Son film suivant ne fit que confirmer la tendance. Je n'ai pas fait de calculs de rentabilité pour ce film, mais une chose est sûre : les tickets d'entrée pour "Micmacs à Tire-Larigot" se vendirent moins que ce qu'en espéraient ses producteurs. 


Le héros de "Micmacs à Tire-Larigot", Bazil, a vu sa vie détruite par les armes. Son père a perdu la vie lors d'un travail de déminage, et lui-même a reçu une balle dans la tête. Après avoir perdu son travail, il est recueilli par une bande d'hurluberlus qui vont l'aider à prendre sa revanche sur les fabricants d'armes qui lui firent tant de mal.

On l'aura compris à la lecture de ce court résumé, ce film est extrêmement manichéen. Les gentils sont les habitants de "Tire-Larigot", galerie de personnages tous plus typiques et barrés les uns que les autres. Les méchants sont les marchands d'armes, évidemment. Sous couvert de fantaisie burlesque, Jean-Pierre Jeunet aborde à sa façon les thèmes de l'armement (comme le fit le plus sérieusement du monde Andrew Niccol avec "Lord of War"), mais aussi de la célèbre "fracture sociale". En effet, ceux qui viennent en aide à Bazil vivent dans la précarité, se débrouillant tant bien que mal pour survivre tandis que les nantis évoluent dans le luxe.

C'est malheureusement le traitement de l'histoire qui nuit au film. Choisissant délibérement d'en faire une fable, voire une farce, Jean-Pierre Jeunet ne fait ici que raconter une énième fois comment les bons finissent par l'emporter sur les méchants, sans pousser le spectateur à réfléchir. On a affaire là à un pur film de divertissement, alors qu'il y aurait eu matière à un peu plus.

Alors, certes, ce parti pris fut revendiqué par l'équipe du film, mais il eut fallu (à mon humble avis) épaissir un peu le tout pour en faire une comédie consistante. Le scénario est en effet bien maigre et les seules surprises qu'il réserve au spectateur sont visuelles plutôt que narratives. 

Au chapitre des points positifs à porter au crédit de "Micmacs à Tire-larigot", il y a avant tout l'esthétique du film. Encore une fois, comme il le fit depuis le formidable "Delicatessen", Jean-Pierre Jeunet impose sa marque de fabrique, qu'il s'agisse des décors, des cadrages ou de la photographie. N'en déplaise à ses détracteurs, ce metteur en scène possède une "patte" qui lui est propre et, si l'on peut s'agacer du filtre jaunâtre qu'il utilise systématiquement, il faut bien reconnaître qu'il est sacrément doué.

L'interprétation est également remarquable. Tous les interprètes, qu'ils soient familiers de l'univers de Jeunet (comme Dominique Pinon ou André Dussolier) ou nouveaux dans cette sphère (à l'instar de Dany Boon ou de Jean-Pierre Marielle) prennent un plaisir visible à jouer les branquignols. 
Cet enthousiasme est communicatif : dans son fauteuil, le spectateur sourit, et rit parfois. Mais, au sortir de la projection, il ne reste pas grand-chose du film, hormis quelques plans amusants.

"Micmacs à Tire-Larigot" est enthousiasmant sur la forme, mais terriblement vide quant au fond. En lui donnant plus d'épaisseur, Jean-Pierre Jeunet aurait sans doute pu en faire un film plus mémorable. Il s'agit là d'une oeuvre mineure dans la carrière de son réalisateur, bien qu'on l'ait vendu comme un blockbuster. 

Gageons que le prochain film de Jean-Pierre Jeunet ("L'Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet", qui sortira en 2013) inversera la tendance.


lundi 19 novembre 2012

Echange standard (2011)


Depuis quelques années, la comédie américaine a pris un tournant assez étonnant. Sous l'influence de certains scénaristes (pour beaucoup issus de l'école de la télévision) comme Judd Apatow, elle a voulu aborder des thèmes plus graves, mais en utilisant des moyens particulièrement au ras des pâquerettes. Dans cette mouvance, certains films ont connu un réel succès (justifié ou non), qu'il soit critique ou public (ou les deux). On citera, dans ce nombre, "40 ans, toujours puceau", "En cloque mode d'emploi" ou "Funny people". D'autres longs métrages sont allés droit dans le mur. "Echange standard", sorti l'an dernier, fait partie de ce lot.

Depuis qu'ils sont enfants, Mitch et Dave sont amis. Mais leurs vies respectives ont suivi un chemin très différent. Dave est devenu un avocat brillant, est un bon mari et un père aimant, tandis que Mitch est devenu un acteur de seconde zone, irresponsable et célibataire. Mais, au fond, chacun envie la vie de l'autre. Après une soirée particulièrement arrosée, ils vont s'éveiller dans la peau de l'autre. De surprises en déconvenues, il va leur falloir apprendre à vivre une autre vie.

Sur le papier, le pitch peut séduire. Après tout, une comédie mâtinée d'un brin de fantastique peut donner de brillants résultats (je songe notamment à "Un jour sans fin" qui bouclait l'exercice avec le brio que l'on sait). Mais, dans le cas de cet "Echange standard", force est de reconnaître (et ce, dès le début du film) que la tentative est vouée à l'échec. 

Il y a plusieurs raisons à ce constat. La première, majeure (tout au moins à mes yeux) est le ton employé. "Echange standard" vole bas, très bas, même et multiplie les gags sous la ceinture. La scène où Dave, devenu Mitch doit tourner une scène de film pornographique, en est l'exemple même : on a droit à cette occasion à quantité de détails (uniquement verbaux, je vous rassure) censés faire rire, mais n'engendrant finalement que la gêne. En voulant exploiter le ton potache qui fait le succès du surestimé (à mon goût, une fois encore) Apatow, le réalisateur David Dobkin (révélé au grand public avec le très épais "Serial Noceurs") englue très vite son film dans un registre que seules les pires séries Z de Max Pecas ont osé exploiter (pour leur trouver un équivalent dans le cinéma hexagonal). 

Une autre raison au ratage de ce film réside dans l'interprétation. L'idée de base du scénario imposait aux deux interprètes principaux, Jason Bateman et Ryan Reynolds, de briller particulièrement, afin de nous faire adhérer à cette histoire d'échange entre leurs existences respectives.
Il n'en est rien, hélas. 
Fade du début à la fin, Ryan Reynolds traverse le film avec l'impassibilité d'un meuble, tandis que Jason Bateman en fait des tonnes, jouant à la fois sur l'agitation physique et la triviliaté du langage. Ni l'un ni l'autre ne sont particulièrement bons, au final. Si l'on ajoute à cela une version française médiocre, la catastrophe est totale. Face aux deux rôles principaux, les interprètes féminines, Leslie Mann et Olivia Wilde semblent être réduites au rôle de faire-valoir esthétique.

Englué dès les premières minutes dans une ornière boueuse, "Echange standard" ne parvient à aucun moment à reprendre la route de la réussite. Son échec sans appel fut mérité, inutile de lui offrir une séance de rattrappage. 


vendredi 16 novembre 2012

Fantômes contre fantômes (1996)



Avant de devenir le réalisateur du "Seigneur des Anneaux" et de récolter les louanges que l'on sait, Peter Jackson, sortant du ghetto du cinéma "gore", réalisa un film fantastique qui peina à trouver son public. "Fantômes contre fantômes" ("The Frighteners", en version originale) fut son premier projet de grande envergure. 


Hélas, à l'arrivée, peu de spectateurs se déplacèrent pour aller à la rencontre de ces fantômes-là. Quand on voit l'audience qu'atteignent certains films pseudo-vampiresques, c'est à désespérer du public... Fort heureusement, quelques années plus tard, fort de sa passion pour l'oeuvre originelle, il repartit à la charge des studios et sut se faire confier le projet "Lord of the rings". On connaît la suite de sa carrière, preuve s'il en était besoin que le talent finit toujours par être récompensé.


Architecte au chômage, hanté par un passé douloureux, Frank Bannister se sert de son don de médium pour arnaquer ses concitoyens, avec la complicité des fantômes. Hélas, le spectre d'un tueur en série a décidé de faire des siennes : avec ses capacités hors du commun, Frank va vite devenir le suspect numéro un.

Entre comédie et thriller fantastique, "Fantômes contre fantômes" n'est sans doute pas le chef d'oeuvre de son réalisateur (la liste de ses films, déjà fort impressionnantes, est loin d'être close), mais c'est un long métrage qui fonctionne et, surtout, donne énormément de plaisir au spectateur. A la fois surprenant par son thème et les ressorts scénaristiques utilisés, ce qui pourrait passer pour une énième resucée façon "Ghostbusters" s'avère au final plus efficace (et vieillit sans doute mieux). Réalisé avec le brio qu'on connait à Peter Jackson, "Fantômes contre fantômes", pour un galop d'essai hors du bastion du cinéma indépendant, est riche de promesses que son réalisateur tiendra par la suite. 

C'est un véritable plaisir de retrouver Michael J. Fox dans le rôle principal. L'acteur, bien que souffrant déjà de la maladie de Parkinson, donne le meilleur de lui-même et prend visiblement un réel plaisir, tout comme le reste du casting. 

Remarquablement filmé, doté d'un scénario malicieux, "Fantômes contre fantômes" aurait du rencontrer le succès lors de sa sortie en salles. Sorti aux Etats-Unis le jour de l'ouverture des Jeux Olympiques d'Atlanta, il fit un véritable four, complètement injustifié. Si vous êtes amateurs de cinéma fantastique, n'hésitez pas à vous procurer ce film : bon moment garanti !


mardi 13 novembre 2012

Ces amours-là (2010)


Depuis qu'il a décroché, en 1966, la Palme d'Or à Cannes avec "Un homme et une femme", Claude Lelouch fait partie des cinéastes français incontournables. Alternant gros succès populaires (telle que "L'aventure c'est l'aventure" ou "Les uns et les autres") et bides monumentaux (comme "La belle histoire" ou "Roman de gare"), c'est un réalisateur qui laisse rarement indifférent. Son dernier film en date, "Ces amours-là", en grande partie autobiographique, n'a pas rencontré son public, comme on dit.

"Ces amours-là" narre l'histoire d'une femme, Ilva, depuis les années 1930 jusqu'aux années 1970, en passant (c'est la période la plus développée du film) par la seconde guerre mondiale. Difficile de résumer plus ce film, tant (à l'image des productions de Lelouch) le scénario semble vivre sa vie propre, voire se construire au fil de l'eau. Une chose est sûre, cependant : il s'agit d'un film de Claude Lelouch, et c'est d'ailleurs son nom qui figure en grand sur l'affiche du film. 
Le ton est donc donné : "Ces amours-là" est un film de Lelouch qui parle de Lelouch. 

J'avoue n'avoir jamais été un grand admirateur de ce cinéaste, et j'ai bien peur que ce sentiment ait pris de l'ampleur avec les années, tant Lelouch semble diriger de plus en plus ses films vers sa propre personne. Dans la mosaïque hétérogène qu'il nous expose, émergent parfois des références plus ou moins subtiles au cinéma et ses classiques et à l'histoire personnelle du cinéaste. Le fourre-tout qu'il nous propose avec "Ces amours-là" touche au paroxysme du film lelouchien. La caméra est virevoltante, ça chante, ça danse, ça s'efforce de vivre, mais force est de constater que la mayonnaise ne prend pas. A cela, il y a une raison majeure à mes yeux : aussi imprégnée de réalité historique soit-elle, Lelouch ne semble pas croire à l'histoire qu'il nous raconte. Et cela, à mon humble avis, est fatal.

Un cinéaste ne doit pas se contenter d'aligner les plans et de filmer ses interprètes : il doit aussi donner du corps à l'histoire qu'il met en scène, en y insufflant une foi bien absente de ce film. A maintes reprises, "Ces amours-là" sonne faux (je pense notamment aux scènes de guerre, et en particulier à celle du Débarquement). Semblant ne pas se soucier de faire adhérer ses spectateurs à cette traversée du temps, Claude Lelouch filme avant tout pour lui-même. Il ne faut donc pas s'étonner que le public ne le suive pas forcément. 

L'art du metteur en scène réside également dans la direction d'acteurs. Et même le casting le plus honorable peut ne pas fonctionner si le réalisateur n'est pas le chef d'orchestre indispensable à la bonne tenue de la partition. A seriner un peu partout qu'il aime les acteurs (et les actrices), Claude Lelouch a sans doute perdu de vue qu'il faudrait savoir les diriger. Laissés en roue libre, les interprètes jouent leur rôle chacun à leur façon, sans souci de cohérence avec les autres membres du casting. Certains sont plutôt bons (Dominique Pinon, par exemple), mais la plupart manquent cruellement de conviction, voire de talent. Citons, par exemple, Liane Foly (qui s'efforce de prendre un horrible accent de titi parisien) ou Laurent Couson (auteur d'un véritable massacre des "Deux oncles", la superbe chanson de Brassens).

Le film s'achève en un véritable festival dédié à Claude Lelouch lui-même. Entre gêne et écoeurement, le spectateur hésite un instant, avant de quitter la salle : pour une fois le générique de fin est le bienvenu.