mardi 4 décembre 2012

Le Dahlia noir (2006)


S'il est un exercice particulièrement délicat, en matière de cinéma, c'est bien celui de l'adaptation fidèle d'un roman. Si le roman en question est l'oeuvre du bouillant James Ellroy, pape du polar noir, le niveau de difficulté est rehaussé d'un cran, tant l'oeuvre est riche d'intrigues, des tourments et turpitudes qui assaillent les héros, qu'ils soient flics ou gangsters. 

Quand Curtis Hanson se frotta à l'adaptation de "L.A. Confidential", deuxième opus du Quatuor de Los Angeles(1), le succès, tant public que critique, fut au rendez-vous. Il faut dire que James Ellroy lui-même avait participé à la transposition de son roman à l'écran, et que le réalisateur était servi par une pléiade d'acteurs remarquables (de Kevin Spacey à Guy Pearce, en passant par Danny de Vito). Il faut aussi se souvenir que cette adaptation avait pris le parti de trancher dans le vif de l'épais roman, pour n'en garder qu'une partie, évitant ainsi de perdre le spectateur dans les nombreux fils narratifs tissés par Ellroy. Enfin, la réalisation de Curtis Hanson, sans rien avoir de révolutionnaire, sut se mettre au service de l'histoire et de ses personnages.

On aurait donc pu penser que le passage sur grand écran du "Dahlia Noir", qui précède "L.A. Confidential" dans la chronologie des romans, qui plus est menée par le grand Brian de Palma, allait être un grand film. Il n'en fut rien : à sa sortie, le miracle, hélas, ne se répéta pas.

Difficile de résumer l'histoire du "Dahlia Noir", qui mêle en partie les faits d'époque (le meurtre sauvage, en 1947, d'une jeune femme, Elizabeth Ann Short, jamais résolu) et personnages de fiction lancés à la poursuite de l'assassin. Les rivalités entre les deux détectives chargés de l'enquête, tant professionnelles que sentimentales, leur fascination pour Elizabeth (et pour les femmes en général) viendront se mêler à l'enquête, déjà particulièrement épineuse.
Le roman d'Ellroy est tout à la fois un polar noir et un exorcisme pour son auteur. Jamais remis de la mort de sa mère (dont l'assassin ne fut jamais appréhendé), James Ellroy a introduit de nombreux éléments de son histoire personnelle pour construire "Le Dahlia Noir". Je conseille d'ailleurs aux amateurs de roman noir la lecture de "Ma part d'ombre", où il relate l'enquête qu'il entreprit sur le meurtre de sa mère, des décennies après les faits.

Même avec Brian de Palma (qui compte à son actif quelques oeuvres majeures du septième art) aux commandes, "Le Dahlia Noir" fut un échec critique et commercial. Il faut dire qu'on peine à retrouver à l'écran le punch du réalisateur de "Snake Eyes" ou "Body Double". Embourbé dans la reconstitution du Los Angeles de la fin des années 1940, Brian de Palma ne réussit jamais, malgré le talent qu'on lui connait, à donner vie à son histoire. Il faut dire que l'intrigue est relativement complexe et embrouillée, multipliant les allers-et-retours, et finissant par perdre son auditoire.

L'interprétation est pour beaucoup dans le naufrage (de luxe) : Josh Hartnett semble se demander ce qu'il fait là et n'est à aucun moment habité comme le sont les personnages d'Ellroy. Aaron Eckhart (le Harvey Dent de "The Dark Knight") est à peine meilleur et assure juste le minimum syndical.
Scarlett Johansson a beau être ravissante, elle ne déploie pas ici le talent nécessaire à l'interprétation de son rôle. Quant à Hilary Swank, pourtant détentrice de deux Oscar, elle semble s'ennuyer ferme et (surtout) ne pas croire en son personnage. Là où les protagonistes de "L.A. Confidential" semblaient crever l'écran, ceux du "Dahlia noir" font pâle figure, il faut bien le reconnaître.

Comme je le disais en introduction de ce billet, l'adaptation d'un roman est un exercice bien délicat, surtout lorsqu'il s'agit d'une oeuvre aussi dense que peut l'être un roman d'Ellroy. S'il n'y a pas de recette permettant à coup sûr de réussir, la preuve est faite avec "L.A. Confidential" et "Le Dahlia Noir" qu'une transposition ne fait pas l'autre. Si, un jour, d'autres romans de James Ellroy doivent(2) subir le passage au grand écran, espérons que ces adaptations seront plus réussies que ce "Dahlia Noir" très oubliable. 





(1) La série de quatre romans formée par (dans l'ordre chronologique) "Le Dahlia Noir", "L.A. Confidential", "Le grand nulle part" et "White Jazz".
(2) Pour être exact, un autre roman d'Ellroy a fait l'objet d'une adaptation à l'écran : il s'agit de "Lune sanglante" (premier volet de la trilogie Lloyd Hopkins), adapté en 1988  par James B. Harris, sous le titre peu éloquent "Cop", avec le grand  James Woods dans le rôle principal. Ce film mériterait d'ailleurs un billet sur ce blog...

20 commentaires:

  1. Je suis totalement d'accord : ça manque de vie dans ce film. Les acteurs sont peu impliqués, tout comme Brian De Palma, qui nous a offert des coups d'éclat visuel bien plus brillant.
    Ce que j'en retiens, c'est la mort du personnage d'Eckhart, plutôt bien mise en scène.

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    1. Absolument..les acteurs (et le metteur en scène) semblent curieusement absents du film.
      Merci de ton passage.

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  2. En effet, un gros manque de punch, où le processus d'adaptation devient complétement laborieux et chiant. Ça aurait pu être au profit de la forme, mais même pas.

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    1. La preuve par l'exemple qu'une adaptation ne fait pas l'autre.
      Merci d'être passé !

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  3. Le mot qui me vient quand je pense a ce film, c'est Chiant !!! De plus je suis tombé de haut, j'avais enchainé les Incorruptibles et Scarface, je m'attendais a quelque chose de bien, mais non, visuellement c'est beau, mais après que ces contemplatif, barbant, des acteurs qui manque de punch, a oublier

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    1. Oh que oui.. vite, revoir "L.A. Confidential" pour oublier ce Dahlia.
      Merci de ton attention.

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    2. Voir me conviens mieux, je n'ai pas encore visionné "L.A Confidential"

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    3. Alors, je te le conseille fortement !

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  4. Moi ce serait plutôt à chier. Aucune tension, aucun dynamisme, acteurs tous plus inexpressifs les uns des autres, mal filmé (on se croirait devant un vulgaire téléfilm par moments) et où il ne se passe rien.

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    1. Un point de vue encore plus radical que le mien, mais force est de reconnaître que c'est un mauvais film, ni plus ni moins.
      Merci de ta lecture.

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    2. Ah oui clairement c'est un film qui me reste en travers de la gorge. J'ai été le voir qui plus est au cinéma. J'avais été bluffé en voyant Scarface (je le suis encore) et là, bah rien, il ne se passe rien. Un vide complet. En espérant que son venimeux Passion réhausse le ton en février prochain.

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    3. Je confirme cette impression : grand fan d'Ellroy, j'étais allé voir "Le Dahlia Noir" au cinéma. Mal m'en a pris !

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  5. Quand bien même tu offrirais une 3ème chance à ce dahlia, ça restera une fleur fanée. ;-)

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    1. Alors, direction la poubelle (catégorie déchets "verts" ?) !
      Merci d'être passé sur ce billet !

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  6. Pour ma part, j'avais trouvé l'esthétisme de la réalisation magnifique... mais l'histoire très confuse.

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    1. Visuellement très beau, mais vidé de son essence. On est bien d'accord. Merci d'être passée.

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  7. Personnellement lorsque j'ai découvert ce film j'avais tout de suite bien accroché. J'ai trouvé la reconstitution des décors et des costumes très réalistes, ainsi qu'une histoire qui m'a bien plu...

    Bonne journée Laurent.

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    1. Je suis moins indulgent que toi quant à l'histoire...c'est beau, certes, mais quid du scénario ? Quand on a lu le roman, on ne peut être que déçu.
      Merci d'être passé !

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  8. Je n'ai pas lu le roman c'est sans doute pour ça...

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    1. Si tu es amateur de romans noirs, je te le conseille...

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