dimanche 22 novembre 2015

Comme un avion (2014)



A chaque décennie sa crise, semble-t-il. A celle de la quarantaine, déjà maintes fois illustrée au cinéma, succède maintenant la crise de la cinquantaine. Bruno Podalydès, frère de Denis, a, il y a peu, raconté sa version de cette étape de vie. Néanmoins, bien qu'encensé par la critique (pour une fois quasiment unanime), "Comme un avion" n'a pas rencontré un franc succès dans les salles. Alors, avons-nous assisté là à un schisme entre public et critique ? Ce ne serait ni la première, ni la dernière fois. 

Michel, infographiste, a toujours aimé les avions, mais n'a jamais osé prendre son envol. Au hasard d'un palindrome, il découvre le kayak qui, avec son fuselage quasi-aérien, lui donne envie de partir pour un voyage en solitaire. Alors, il s'embarque au fil de l'eau, laissant sa femme sur la rive.
Il rencontrera des pêcheurs à la ligne, d'autres kayakistes, mais s'arrêtera sur un curieux îlot, où semblent l'attendre une veuve énergique, une jeune fille romantique et des artistes agités : bref, un autre monde, une autre vie.

Il est clairement deux ou trois choses que l'on peut reprocher au cinéma de Bruno Podalydès. Tout d'abord, à rester dans l'ombre de la capitale, on pourrait tiquer sur son apparent parisianisme, a priori renforcé par l'adulation que lui portent les critiques parisiennes, justement. Comme pour affirmer son amour pour Paris et sa couronne, Podalydès narre une histoire où il n'arrive pas à s'éloigner de plus de quelques kilomètres. Au passage, il montre qu'en restant dans sa zone de confort à lui, il réussit tout de même à dérouler son scénario et à partir en voyage, fût-ce à petite échelle. 

Un des autres reproches que l'on pourrait faire à Bruno Podalydès est de faire du cinéma uniquement pour ceux qu'on qualifie aisément de "bobos" (parisiens ou non), ou plus largement de rester dans un entre-soi un brin hermétique. Ce sentiment prédomine ici une fois de plus, comme c'était déjà le cas dans "Bancs publics". Le petit monde décrit ici n'est pas celui de la vraie vie et nombreux sont ceux
qui peuvent ne pas se sentir concernés par la navigation du héros. Le fait que le réalisateur se soit entouré de ses acteurs fétiches ne peut que renforcer cette impression, sans doute pas étrangère au peu de succès du film de l'autre côté du périphérique.

Cela dit, il faut rendre cependant justice à "Comme un avion", qui est avant tout un joli petit film où le temps s'écoule au rythme du courant de la rivière que suit Michel. Cette ballade douce-amère, s'embourbant parfois dans des scènes où l'ennui affleure, regorge cependant de moments amusants, voire franchement drôles.  Et, surtout, ce film est porté par des comédiens épatants. Autour de Bruno Podalydès, gravitent les toujours remarquables Agnès Jaoui (qu'on n'avait pas vue aussi épanouie depuis belle lurette), Sandrine Kiberlain (dont la seule présence suffit à magnétiser n'importe quelle scène), Vimala Pons (découverte dans ce film avec un rôle tout en sensibilité), mais aussi Michel Vuillermoz, Denis Podalydès, Jean-Noël Brouté, et Pierre Arditi (dans une apparition inattendue).

Si "Comme un avion" n'est pas le chef d'oeuvre cinématographique qu'ont annoncé les critiques emphatiques, ce petit film regorge pourtant de bons moments. Pour peu qu'on soit enclin à se laisser porter par cette histoire simple et légère, la ballade peut être agréable...


4 commentaires:

  1. J'ai pas osé le regarder celui-là ! J'aurais peut-être dû... :)

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    1. Euh...je ne suis pas sûr qu'il te plaise, en fait...mais ne demande qu'à me tromper ;-)

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  2. Pas le chef d'œuvre de Podalydes, sans doute, mais une jolie et très rafraîchissante promenade au fil de l'onde, un récit d'explorateur légèrement décalé, comme s'il avait fumé les herbes folles de Resnais, mettant le pied sur un continent inconnu, à la rencontre de son étrange peuplade. Sans doute le réalisateur pagayait-il à contre-courant pour ne pas avoir su mener le public dans son bateau.

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    1. Je rejoins totalement ton analyse, Princécranoir. Une sympathique ballade, mais pas tout à fait en phase avec son public potentiel.

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