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mercredi 9 septembre 2020

Pupille (2018)


Pour son deuxième long métrage, après "Elle l'adore", Jeanne Herry retrouve Sandrine Kiberlain et se frotte à un sujet pour le moins difficile : l'adoption. Avec un casting prometteur et éclectique, sa démarche promettait d'évoquer le parcours, loin d'être semé de roses, d'un enfant, de sa naissance à son adoption. Pour autant, pareil sujet n'a pas attiré beaucoup de spectateurs dans les salles. Est-ce le choix du thème abordé ou le résultat sur la pellicule qui fut la cause de cette frilosité ? Ce film aurait-il mérité meilleur accueil ?

Le jour de sa naissance, la mère de Théo a choisi de ne pas le garder et d'accoucher sous X. Dès lors, les travailleurs sociaux vont prendre en main le cas de Théo, afin de l'aider dans son début de vie et de lui trouver une famille d'accueil. De son côté, Alice, qui n'a jamais pu avoir d'enfant, et attend depuis des années cette occasion, voit enfin se réaliser son rêve. Théo et Alice se rencontreront-ils, comblant chacun un vide immense dans leurs vies respectives ?


Contrairement à ce que le résumé ci-dessus pourrait laisser croire, il n'y a pas ou peu de suspense, dans le parcours raconté par "Pupille". La destination est connue, et c'est au chemin, parfois périlleux, que va s'intéresser le film. Le choix fait en ce sens par Jeanne Herry est probablement la meilleure option qui soit, évitant du coup un pathos qui aurait sans doute sabordé le film. Pour autant, le parcours compliqué de Théo n'est pas un chemin jonché de roses, loin s'en faut. Sans basculer dans l'angélisme, parce qu'il s'agit d'êtres humains avant tout, Jeanne Herry décrit le quotidien d'hommes et de femmes vivant chacun une facette de l'adoption. Ce choix est aussi un des grands atouts du film et contribue à sa réussite.

On ne peut qu'admirer la foi avec laquelle les travailleurs sociaux prennent leur métier à cœur. Le film "Pupille" est un bel hommage à celles et ceux qui vouent leur existence à ces bouts d'homme balancés dans la vie malgré eux. De la naissance à l'adoption, en évoquant aussi d'autres âges plus féroces, Jeanne Herry  choisit de se placer quelque part entre la fiction et le documentaire. Contre toute attente, il s'agit de la combinaison gagnante.

Pour incarner ces héros anonymes, le casting que convoque la réalisatrice s'avère gagnant, malgré les doutes qu'on aurait pu émettre. Elodie Bouchez, dans un rôle peu évident, s'en sort avec les honneurs et évite de sombrer dans le mélodrame, tandis que Sandrine Kiberlain, qui retrouve ici Jeanne Herry apporte une énergie parfois surprenante, mais nécessaire. Dans un rôle inattendu, Gilles Lellouche est une des bonnes surprises de ce film. Quittant son habituelle panoplie faite de virilité et de beaufitude, il s'avère touchant en assistant familial aimant. Et il faudrait citer tous les seconds rôles, épatants et souvent touchants.

Il y a certes quelques maladresses dans "Pupille", mais ce film est avant tout très humain et décrit de la façon la plus juste un parcours de vie qui saura toucher au cœur nombre de ses spectateurs. Comme il n'est jamais trop tard pour bien faire, je ne peux que vous inciter à lui offrir une séance de rattrapage. 


dimanche 21 juin 2020

Les Patriotes (1993)


En visionnant la très belle série "Le Bureau des Légendes" (voilà l'occasion de signaler que, oui, il est possible, en France, de créer de vraies bonnes séries télévisées) dont il est le principal architecte, l'envie m'est venue de revoir "Les patriotes" d'Eric Rochant, qui n'avait pas reçu le succès escompté en son temps. Pourtant, dès ce troisième film (après "Un monde sans pitié !" et "Aux yeux du monde"), l'ambition du cinéaste était là : évoquer l'espionnage de façon réaliste, à mille lieues de la vision glamour du célèbre agent anglais par exemple. Pourquoi, en utilisant une matière première assez similaire, "Les patriotes" n'eut-il pas le succès que rencontre la série "Le bureau des légendes" ? Tentons de répondre à cette question.

Jeune Juif français, Ariel décide de quitter Paris pour aller vivre dans un kibboutz, en Israël. Là-bas, il est recruté par le Mossad et apprend à devenir espion. Quand il reviendra en France, ce sera pour deux missions très différentes, mais tout aussi complexes, où les compétences qu'il a pu acquérir seront mises à profit. Son équipe va d'abord devoir convaincre un ingénieur de livrer les plans d'une centrale nucléaire irannienne, puis récupérer un agent américain désireux de changer de camp.

En partie basées sur des faits réels, les deux intrigues contées dans "Les patriotes" annoncent le parti-pris. On est ici dans un film d'espionnage réaliste, où les héros (si tant est qu'on puisse les qualifier ainsi) jouent plus de la manipulation que du Walter PPK. Pas d'explosions en technicolor, ni de grand méchant ayant décidé de conquérir le monde au petit déjeuner dans ce film. Le Mossad, dans ce film plutôt bien documenté, tente de parvenir à ses fins en utilisant des leviers plus intimes. Au final, c'est diablement plus convaincant que n'importe quel épisode des aventures de James Bond, même si "Les patriotes" ne joue évidemment pas dans le même registre. 


Il y a de magnifiques idées de cinéma et une mise en scène qui sait les porter, dans "Les patriotes" et on peut se demander, encore aujourd'hui, pour la belle ambition du film ne fut pas récompensée à l'époque. Quelques éléments de réponse sont sans doute à aller chercher du côté du scénario. Bâti en deux parties, ce dernier ne peut que mettre en évidence le déséquilibre entre ces deux morceaux. Mais le fait est qu'une seule des deux missions auxquelles participe le héros n'aurait pas suffi à remplir un film. C'est là le paradoxe qui valut, je pense, à Eric Rochant d'essuyer pareil insuccès : à choisir entre ne traiter qu'une seule mission de son héros (et en tirer un film plus court, voire trop court) et aborder deux intrigues (quitte à ne les traiter qu'insuffisamment), le réalisateur fit le second de ces choix dont aucun n'était idéal. Enfin, on pourra aussi tiquer sur l'épilogue du film, sorte de happy-end forcé gâchant le réalisme qui tenait le coup jusque là. 


Imparfait et sans doute trop ambitieux pour tenir en un film, "Les patriotes" comporte cependant quelques beaux morceaux qu'on ne vit jamais plus dans le cinéma français. Porté par une distribution épatante (les prestations de la jeune Sandrine Kiberlain, de Jean-François Stévenin et de Bernard Le Coq sont parmi les pépites de ce film), "Les patriotes" passe tout près du grand film qu'il aurait pu être. A défaut, c'est déjà un très bon film, qui augure de l'intérêt de son créateur pour un thème qu'il explorera plus tard de la manière que l'on sait. Si, au grand écran, Eric Rochant ne sut pas convaincre le public en parlant d'espionnage, il eut sa revanche beaucoup plus tard, au petit écran. 
Tout vient à point à qui sait attendre...


mardi 4 décembre 2018

Floride (2015)

Certains acteurs, qui semblent avoir depuis toujours fait partie de notre paysage cinématographique, laissent un vide immense lorsqu'ils s'en vont, rattrapés par la faucheuse. Quand Jean Rochefort, dont on ne compte pas les rôles marquants dans le cinéma français, est décédé, il y a quelques mois, c'est un pan du patrimoine qui s'est effondré. Son film, "Floride", de Philippe Le Guay, n'avait pourtant pas déplacé les foules : il y affrontait pourtant la vieillesse, la décrépitude, la mort. Il est temps de rendre un hommage à ce grand monsieur, à l'occasion de son ultime passage sur grand écran.

Claude Lherminier, octogénaire, autrefois grand industriel, souffre de troubles et d'absences, au point qu'il ne peut rester seul. Sa fille Carole, en plus de lui avoir succédé à la tête de l'entreprise familiale, se charge de tout ou presque, aux dépens de sa propre vie. Tout attachant qu'il soit, Claude n'est pas facile à vivre et a ses exigences, comme celle, chaque matin, d'avoir un verre de jus d'orange de Floride, là où réside son autre fille, Alice. Sauf qu'Alice est morte depuis neuf ans...

Tiré de la pièce de théâtre "Le père" de Florian Zeller, le film de Philippe Le Guay (récemment réalisateur de "Normandie Nue") aurait pu sombrer dans le pathos : traiter de la déchéance du corps et de l'esprit n'est pas sans risques. Mais le scénario fait le choix de ne pas tout voir en noir ou en blanc. Oui, le héros a la tête qui flanche et le corps qui fatigue, mais, au hasard de quelques fulgurances, il a aussi l’œil qui pétille et le charme intact. Oui, sa fille est dévouée au point de négliger sa propre histoire, mais elle aussi des faiblesses. C'est donc grâce à se deux personnages principaux que "Floride" est plutôt réussi et émouvant. 

Émouvant, parce qu'il s'agit du dernier rôle de Jean Rochefort. La moustache la plus célèbre du cinéma hexagonal, le timbre inimitable qui nous a accompagné tant d'années durant sont là, presque intacts, malgré l'âge et la fatigue. Et, surtout, parce qu'il n'hésite pas à exposer ce qu'il est, Jean Rochefort n'en est que plus touchant. Face à lui, Sandrine Kiberlain réussit à tirer son épingle du jeu et lui renvoie la balle chaque fois que nécessaire, toujours avec justesse. On notera au passage l'interprétation toute en nuances de Laurent Lucas, acteur trop rare, qui est ici au rang des dommages collatéraux de l'avancée de l'âge. 

Sur un thème qui n'était ni vendeur, ni facile, Philippe Le Guay réussit, avec "Floride", un film émouvant sur le grand âge et les relations entre père et fille. Il faut dire que ce film est magnifiquement porté par des acteurs remarquables, dont l'immense et regretté Jean Rochefort. Ne serait-ce que pour rendre hommage à celui qui reste l'un des plus grands comédiens français, "Floride" mérite d'être (re)vu.


samedi 24 novembre 2018

La belle et la belle (2018)


Le cinéma français donne lieu à nombre de critiques, souvent justifiées. Entre les comédies prévisibles et les films d'action louchant vers le modèle américain, certains producteurs choisissent parfois la facilité. D'autres œuvres, plus confidentielles, ne se livrent qu'à un public restreint. Le dernier film de Sophie Fillières, "La belle et la belle", qui mettait en scène Sandrine Kiberlain, n'a pas rempli les salles des multiplexes à sa sortie. Choix délibéré ou maladresse de distribution ? Sommes-nous passés à côté d'un grand film français.

Margaux, quarante-cinq ans, est professeur d'histoire-géographie à Lyon et n'a pas fait grand-chose de sa vie. En se rendant à Paris pour l'inhumation d'Esther, qui fut sa meilleure amie autrefois, elle rencontre, à la faveur d'une soirée, Margaux, vingt ans. Très vite, elle va comprendre que la jeune fille et elle ne sont qu'une seule et même personne, à vingt ans d'écart. 
Voilà pour elle(s) l'occasion de changer ce qui peut l'être encore. 
Ou pas.

Avec un pitch pareil, qui peut mêler comédie, drame et fantastique, on pouvait espérer un traitement ambitieux. La réussite, sur un sujet pareil, devrait être à la hauteur de la prise de risque. Inutile de se leurrer plus longtemps : "La belle et la belle" se dégonfle très vite. 

D'une idée de base prometteuse, Sophie Fillières ("Arrête ou je continue") ne livre finalement qu'un film qui tourne en rond et ne va pas plus loin que le bout de son nez. La rencontre entre les deux Margaux ne donne pas grand-chose sur leurs parcours, en dehors d'un subtil échange de leurs couleurs vestimentaires. 

C'est d'autant plus rageant qu'il y avait maintes façons de traiter le pitch original, mais que le scénario s'enlise dans les tourments amoureux (ou pas, d'ailleurs) de Margaux et pédale souvent dans la semoule. Et si (ce n'est qu'un exemple, qui m'a traversé l'esprit lors du visionnage) tout ce voyage n'était qu'un délire dans l'esprit de l'héroïne, une psychose née de ses regrets, de ses remords ? Mais Sophie Fillières préfère raconter l'histoire de deux femmes qui n'en sont (peut-être) qu'une seule, gravitant autour d'un même homme (dont on se demande ce qu'elles lui trouvent, soit dit en passant) et dont les dialogues sont parfois totalement farfelus (le coup des "crachats", par exemple, est éloquent).

On pourrait se consoler avec l'interprétation des acteurs, mais il faut bien avouer que, pour une fois, cet argument ne fonctionnera pas. Sandrine Kiberlain n'est pas toujours convaincante (parce que, peut-être, pas toujours convaincue), tandis qu'Agathe Bonitzer (la fille de la réalisatrice) se contente de faire la tête la plupart du temps. Entre elles, Melvil Poupaud, autour de qui ces deux femmes pivotent, fait le minimum syndical. 

J'aurais aimé aimer ce film, pour son idée de base. Il aurait cependant fallu que son traitement soit suffisamment ambitieux et audacieux pour qu'il tienne ses promesses. Tournant en rond et se regardant souvent le nombril, "La belle et la belle" n'est finalement qu'un de ces films français, qui semble mépriser l'histoire qu'il raconte au public. Dommage...










lundi 15 octobre 2018

Tip top (2013)


C'est essentiellement la réputation très mitigée de "Tip top" auprès des critiques qui lui vaut sa place dans ses colonnes. C'est aussi la méconnaissance que j'ai de Serge Bozon, son réalisateur (dont le récent "Madame Hyde" est passé sous mon radar). C'est, enfin, la présence au casting de Sandrine Kiberlain, je l'avoue, qui m'a poussé à visionner ce film. Annoncé comme une comédie policière, adapté d'un roman de Bill James ("Mal à la tête"), "Tip top", avec son drôle de titre allait-il être une bonne surprise ? 

Deux inspectrices de l'I.G.P.N., la Police des Polices, sont envoyées dans une petite ville du Nord, parce qu'un indic y a été assassiné. L'une est expérimentée et compte bien règler cette histoire au plus vite. La seconde, admirative de son aînée, découvre le sombre univers dans lequel toutes deux sont plongées. 
Qui a tué cet indic ? Pourquoi ? Qui tire les ficelles derrière toute histoire ?


On ne va pas se mentir : très vite, on se moque éperdument des questions posées ci-dessus. D'ailleurs, c'est une autre question qui se pose au visionnage de ce film : c'est quoi, ce truc (pour faire bref) ? Parce qu'il faut bien dire que "Tip top" revendique une certaine identité, tant visuelle que scénaristique. L'intrigue policière est presque secondaire, tant ce sont les personnages qui sont mis en avant, chacun y allant de son petit sketch. 

Le problème, c'est que ces personnages, tous caricaturaux, n'incitent jamais le spectateur à sourire et encore moins à rire. Alors, il devient difficile d'attribuer à "Tip top" le statut de comédie policière qu'il était censé recevoir. On m'objectera que c'est du deuxième, voire du troisième degré (ou plus encore), mais je ne suis pas persuadé que, même avec beaucoup de recul, cette dimension puisse être captée (en plus, si on recule beaucoup, on ne voit plus rien). 

Du côté de la réalisation, c'est une catastrophe : les plans sont dignes du premier téléfilm allemand de deuxième partie de soirée sur la TNT, et le montage met régulièrement en évidence de grossières fautes de mise en scène. Si ça se trouve, c'est fait exprès, me direz-vous, mais l'effet obtenu (sur votre humble serviteur, en tout cas) est rédhibitoire : ça ne fonctionne pas et inciterait plutôt à la fuite. 

L’interprétation est, c'est le moins que l'on puisse dire, inégale. Si la divine Sandrine Kiberlain (ça se confirme, j'aime de plus en plus cette actrice) illumine chacune des scènes qu'elle joue et qu'Isabelle Huppert est une fois de plus remarquable, on se demande quel est l'intérêt de leur faire jouer des séquences pareilles, qui gâchent leur immense talent (cela dit, elles sont libres de leurs choix et Isabelle Huppert a rempilé chez Bozon pour "Madame Hyde"). Il est difficile d'en dire autant de leurs comparses à l'écran. François Damiens fait son numéro habituel, tandis que le passage éclair de Samy Naceri constitue un vrai moment de gêne. Là encore, le jeu "en décalé" des interprètes (et encore, pas toujours) est peut-être une démarche volontaire. Là encore, ça m'est passé au-dessus de la tête.

Au final, ce "Tip top" est un film sans véritable intrigue, donnant à chaque acteur l'occasion de faire un numéro parfois embarrassant, mais dont le visionnage vire souvent à l'épreuve pour le spectateur.


mardi 5 juillet 2016

Encore heureux (2016)


Nous vivons, paraît-il, une époque formidable. Il faudra en convaincre celles et ceux pour qui la vie quotidienne est synonyme de galère. Le cinéma, en média actuel qu'il sait être, a conté plus d'une fois la vie de gens qui chutent, parce que le monde ne veut plus d'eux. Spécialité britannique, la comédie sociale a connu quelques tentatives, pas toujours heureuses, de notre côté de la Manche. Malgré la présence à l'affiche de Sandrine Kiberlain et d'Edouard Baer, malgré sa promesse de feel good movie, "Encore heureux", sorti en ce début d'année, n'a pas fait le bonheur de ses producteurs...

Marie s'interroge sur sa vie. Sam, son rêveur de mari, depuis qu'il a perdu son poste de cadre supérieur, est devenu un ours misanthrope vivant dans la tente plantée au milieu du salon. Elle est obligée de voler dans les magasins, avec la complicité de ses deux enfants, pour nourrir sa famille. Sa mère survit tant bien que mal dans une maison de retraite dont elle aimerait la sortir. Et il y a cet homme visiblement épris d'elle, que Marie est bien tentée de suivre...

Partant d'un postulat de base que nombre de cinéastes auraient traité sous la forme d'un drame, Benoît Graffin (remarqué pour ses scénarios et dont "Encore heureux" est le troisième long métrage en tant que réalisateur) entraîne Marie et sa petite famille dans une fable où la morale et le réalisme prennent quelques coups. Pour la première, rien de grave : on a vu d'excellents films qui torpillaient joyeusement les convenances et "Encore heureux", de ce point de vue, peut se targuer de marquer quelques points de ce côté-là. Par contre, en ce qui concerne la crédibilité de toute cette histoire, il est permis de tiquer : en solidifiant un peu plus son scénario (auquel participèrent également Mila Tard, Déborah Saïag et Nicolas Bedos), Benoît Graffin aurait pu faire de ce film une comédie sociale toute en acidité, bien plus réussie qu'elle ne l'est finalement. 

En choisissant la voie de l'improbable pour se dérouler, jusqu'à sa résolution et tordant gentiment le cou aux convenances, "Encore heureux" ne se soucie guère de la vraisemblance, au point qu'on renonce à croire à ce qui arrive à ses protagonistes. Ajoutons à cela une réalisation souvent pataude, insistant souvent lourdement alors qu'un brin de finesse aurait donné au film une légèreté bienvenue. 

Heureusement, il y a les acteurs, à commencer par la sublime Sandrine Kiberlain, qui sauve à elle seule le film de la banalité et irradie de sa présence chaque scène où elle apparaît. Face à elle, Edouard Baer donne vie avec un vrai talent à son personnage d'homme déchu, mais finalement toujours debout. On donnera, une fois n'est pas coutume, une mention spéciale aux jeunes Carla Besnaïnou et Mathieu Torloting, qui incarnent les deux enfants du couple avec un vrai naturel, ainsi qu'à Bulle Ogier et à Benjamin Biolay. Une fois encore, ce sont donc les acteurs qui sont le plus bel atout du film. 

Malgré un postulat de base intéressant, "Encore heureux" ne réussit pas, faute de mordant, à être la comédie sociale, ni le feel good movie qu'on aurait pu attendre. Les interprètes (servis par des dialogues souvent percutants et efficaces) sont le meilleur atout du film et méritent à eux seuls son visionnage. Cependant, il y a fort à parier qu'il ne marque pas les mémoires. 


dimanche 1 mai 2016

Beur sur la ville (2011)


La mixité, les banlieues, l'intégration : voilà autant de thèmes qui suffisent à déclencher de farouches débats, quel que soit le public. Essayez dans votre prochain dîner, vous m'en direz des nouvelles. Le cinéma a, plus d'une fois, tenter de parler de ces sujets, que ce soit sur un ton sérieux ou avec dérision. Bien sûr, on pense dans ce cas à des comédies savoureuses, de celles qui vous réconcilient avec le septième art et le genre humain, comme "Les aventures de Rabbi Jacob", mais il en est d'autres, plus récentes, réussies ou non, qui prônent l'acceptation de l'autre. Djamel Bensalah, après un "Le ciel, les oiseaux et...ta mère" couronné de succès, eut moins de chance avec "Beur sur la ville".

Khalid Belkacem a multiplié les échecs, depuis sa plus tendre enfance. Qu'il s'agisse de sa scolarité, de son permis de conduire, ou du concours d'entrée dans la Police. Au nom de la discrimination positive, Khalid va cependant se retrouver propulsé aux commandes d'un commissariat, grillant à l'occasion la politesse à son beau-père qui espérait cette promotion.
Les ennuis ne font que commencer pour Khalid, qui doit maintenant participer à l'enquête sur les agissements d'un terrifiant tueur en série. 

Avec "Beur sur la ville" (vous aurez normalement compris la référence), on est dans la comédie burlesque, et la présence dans l'intrigue d'une enquête policière n'est qu'un prétexte, un peu comme l'était celle de "La cité de la peur". Le film de Djamel Bensalah entraîne son public dans des banlieues joyeuses et chaotiques, où la débrouille est souvent la seule façon de s'en sortir. C'est souvent caricatural, mais l'enthousiasme des acteurs fait passer bien des défauts. 

Bien plus que l'histoire, souvent confuse et répétitive, c'est en effet l'énergie des acteurs principaux et le passage de guests parfois inattendus qui maintient l'édifice en place. Avec sa drôle de bouille, Booder, accompagné par Issa Doumbia et Steve Tran, entraîne le spectateur dans des aventures dignes des Pieds Nickelés propulsés par accident dans le sillage du Commissaire Moulin. Pour les épauler, la divine Sandrine Kiberlain (plus ça va, plus j'aime cette actrice) semble parfois se demander ce qu'elle fait là, mais assume (bien avant "Neuf mois ferme") son talent comique. On notera également la présence de Josiane Balasko (qui avait déjà expérimenté ce mélange des genres avec "Les keufs"), de Gérard Jugnot, de Roland Giraud, de François-Xavier Demaison, de Jean-Claude Van Damme, de Ramzi Bedia, de Lionel Abelanski, et j'en passe.

C'est un joyeux bazar, parfois drôle, souvent confus. C'est plein de vie et de chaos, mais ça ne fait pas forcément un film solide et cohérent. Pour les plus indulgents, ou celles et ceux qui ont envie ou besoin d'un peu de rire, cela peut néanmoins être suffisant. 








dimanche 22 novembre 2015

Comme un avion (2014)



A chaque décennie sa crise, semble-t-il. A celle de la quarantaine, déjà maintes fois illustrée au cinéma, succède maintenant la crise de la cinquantaine. Bruno Podalydès, frère de Denis, a, il y a peu, raconté sa version de cette étape de vie. Néanmoins, bien qu'encensé par la critique (pour une fois quasiment unanime), "Comme un avion" n'a pas rencontré un franc succès dans les salles. Alors, avons-nous assisté là à un schisme entre public et critique ? Ce ne serait ni la première, ni la dernière fois. 

Michel, infographiste, a toujours aimé les avions, mais n'a jamais osé prendre son envol. Au hasard d'un palindrome, il découvre le kayak qui, avec son fuselage quasi-aérien, lui donne envie de partir pour un voyage en solitaire. Alors, il s'embarque au fil de l'eau, laissant sa femme sur la rive.
Il rencontrera des pêcheurs à la ligne, d'autres kayakistes, mais s'arrêtera sur un curieux îlot, où semblent l'attendre une veuve énergique, une jeune fille romantique et des artistes agités : bref, un autre monde, une autre vie.

Il est clairement deux ou trois choses que l'on peut reprocher au cinéma de Bruno Podalydès. Tout d'abord, à rester dans l'ombre de la capitale, on pourrait tiquer sur son apparent parisianisme, a priori renforcé par l'adulation que lui portent les critiques parisiennes, justement. Comme pour affirmer son amour pour Paris et sa couronne, Podalydès narre une histoire où il n'arrive pas à s'éloigner de plus de quelques kilomètres. Au passage, il montre qu'en restant dans sa zone de confort à lui, il réussit tout de même à dérouler son scénario et à partir en voyage, fût-ce à petite échelle. 

Un des autres reproches que l'on pourrait faire à Bruno Podalydès est de faire du cinéma uniquement pour ceux qu'on qualifie aisément de "bobos" (parisiens ou non), ou plus largement de rester dans un entre-soi un brin hermétique. Ce sentiment prédomine ici une fois de plus, comme c'était déjà le cas dans "Bancs publics". Le petit monde décrit ici n'est pas celui de la vraie vie et nombreux sont ceux
qui peuvent ne pas se sentir concernés par la navigation du héros. Le fait que le réalisateur se soit entouré de ses acteurs fétiches ne peut que renforcer cette impression, sans doute pas étrangère au peu de succès du film de l'autre côté du périphérique.

Cela dit, il faut rendre cependant justice à "Comme un avion", qui est avant tout un joli petit film où le temps s'écoule au rythme du courant de la rivière que suit Michel. Cette ballade douce-amère, s'embourbant parfois dans des scènes où l'ennui affleure, regorge cependant de moments amusants, voire franchement drôles.  Et, surtout, ce film est porté par des comédiens épatants. Autour de Bruno Podalydès, gravitent les toujours remarquables Agnès Jaoui (qu'on n'avait pas vue aussi épanouie depuis belle lurette), Sandrine Kiberlain (dont la seule présence suffit à magnétiser n'importe quelle scène), Vimala Pons (découverte dans ce film avec un rôle tout en sensibilité), mais aussi Michel Vuillermoz, Denis Podalydès, Jean-Noël Brouté, et Pierre Arditi (dans une apparition inattendue).

Si "Comme un avion" n'est pas le chef d'oeuvre cinématographique qu'ont annoncé les critiques emphatiques, ce petit film regorge pourtant de bons moments. Pour peu qu'on soit enclin à se laisser porter par cette histoire simple et légère, la ballade peut être agréable...


jeudi 26 mars 2015

Elle l'adore (2014)



Le fan, créature étrange vouant toute son admiration à son idole, a déjà inspiré les cinéastes. On se souviendra de l'inconsistant "Le fan", du très revigorant "Looking for Eric", du grand classique "Misery"ou du culte "Last action hero", pour n'en citer que les extrêmes. Admirer un artiste est chose commune, lui vouer un culte en est une autre. En utilisant cette ferveur comme prétexte, Jeanne Herry a construit son premier film de réalisatrice, donnant à Sandrine Kiberlain et Laurent-Lafitte-de-la-Comédie-Française (puisqu'il semble que c'est ainsi qu'il doit être nommé) les premiers rôles d'un film évoluant entre comédie, tragédie et policier.

Muriel a toujours admiré le chanteur Vincent Lacroix, et collectionne la moindre photo, le moindre article consacré à son idole. Elle assiste à chaque concert, chaque émission, fait le planton chaque fois qu'elle peut apercevoir l'artiste, lui écrit souvent, bref : elle l'aime, elle l'adore, comme disait la chanson. 
Muriel est un peu menteuse, aussi, et aime raconter des histoires à ses proches. Mais quand Vincent Lacroix va venir frapper à sa porte pour lui demander de l'aide, Muriel va vivre une histoire qu'elle n'aurait pas oser imaginer, une histoire qui va l'entraîner très loin...

Première réalisation de Jeanne Herry, "Elle l'adore", avec son affiche un peu floue et son pitch étrange, augurait de thèmes riches : la fascination, la dévotion, le pouvoir sont autant de leviers qui firent de belles et fortes histoires. Pour son premier essai derrière la caméra, la jeune réalisatrice ne livre qu'une demie-réussite (ou un demi-échec, selon qu'on voit le verre à moitié plein ou à moitié vide). La preuve est donc faite qu'il ne suffit pas d'être fils ou fille "de" (je laisse les amateurs de presse people chercher la signification de cette expression) pour assurer la réussite et le succès d'un film. Partant d'une idée pourtant riche de promesses, Jeanne Herry finit vite par faire du sur-place et livre un film intéressant, mais inabouti. La façon dont elle le conclut est particulièrement révélatrice : usant d'un artifice que l'on pourra qualifier de grossier, c'est en queue de poisson qu'elle donne le clap de fin. Dommage. 

C'est du côté de la distribution qu'il faut aller chercher les plus beaux atouts de "Elle l'adore". Si Laurent-Lafitte-de-la-Comédie-Française est (enfin !) d'une belle sobriété, c'est la divine Sandrine Kiberlain qui magnétise l'écran à chacune de ses apparitions. Réussissant à rendre crédible son personnage de fan un brin mythomane, elle prouve, s'il en était besoin, qu'elle est au rang des plus grandes actrices françaises. Les seconds rôles, en particulier Pascal Demolon, Olivia Côte et Muriel Mayette-Holtz, sont remarquables et raviront les amoureux des acteurs. 

Si l'on oublie le dénouement, torpillé par un deus ex machina complètement artificiel (sans doute invoqué par une scénariste incapable de conclure son intrigue), "Elle l'adore", essentiellement grâce à ses deux interprètes principaux (et surtout la délicieuse Sandrine Kiberlain), mérite un coup d’œil, mais pas forcément un deuxième.