vendredi 13 septembre 2019

Gaston Lagaffe (2017)


La bande dessinée a le vent en poupe, sans cependant nourrir ses auteurs, malheureusement. Sauf exception, d'ailleurs, ces derniers ne touchent rien lorsque leur oeuvre est adaptée sur d'autres médias, soit dit en passant. Il ne faut donc pas forcément se réjouir de l'adaptation de tel ou tel album parce que l'auteur n'en tire souvent (au mieux) qu'une plus grande visibilité ou (au pire) se fait trahir définitivement. L'adaptation toute récente de "Gaston Lagaffe", qui s'est soldée par un échec cinglant, est un beau cas d'école. En tant que bédéphile amateur, il est quelques auteurs que je révère tout particulièrement : l'immense Franquin en est. J'ai grandi avec ses albums et les relis régulièrement avec délice. A l'instar des aventures d'Astérix, celles de Gaston Lagaffe, en plus d'être drôles, ont un supplément d'âme et d'esprit que l'on ne retrouve pas partout, loin s'en faut. J'attendais avec crainte son passage au grand écran. 


Au Petit Coin, startup dynamique débarque un nouveau stagiaire : Gaston, nonchalant et inventif, paresseux et souriant, a tôt fait, par ses boulettes, d'irriter Prunelle, le patron. Pourtant, il pense bien faire, le jeune Gaston, et ne fait jamais exprès de déclencher des catastrophes. Ainsi, s'il fait échouer systématiquement la signature des contrats par lesquels Monsieur de Mesmaeker compte racheter le Petit Coin, ça n'est jamais volontaire. Il est comme ça, Gaston, gentil, mais gaffeur. 


Fallait-il adapter Gaston Lagaffe au cinéma ? La question mérite d'être posée, tant le passage au grand écran s'est maintes fois avéré catastrophique pour le neuvième art. Et des gaffeurs attachants, à l'écran, on en a déjà vu plein, souvent incarnés par le génial Pierre Richard, souvent mis en scène (parfois ad nauseam) par Francis Veber. Était-il nécessaire d'adapter ce monument de la bande dessinée, à part pour tenter de siphonner un filon juteux ?


Les aventures de Gaston Lagaffe tiennent en général en une page, voire moins : Franquin réussissait le tour de force de composer un gag en peu de cases, chacune d'une richesse incroyable (relisez les albums, vous dis-je). En faire un long métrage relève de la profanation, si vous voulez mon avis. 

C'est qu'on a affaire ici à une trahison sur de nombreux plans : qu'il s'agisse des décors (c'est à croire que Gaston Lagaffe s'est fait rattraper par l'esprit start-up, où tout est propre et lisse et où on travaille en open-space), du scénario inepte, alimenté par des gags qui ne fonctionnent que rarement, ou des effets spéciaux souvent ratés et dont on se serait bien passé. "Gaston Lagaffe" (par l'équipe des "Profs", on peut donc parler de récidive !) est un exemple d'adaptation ratée et inutile.


Il y avait déjà eu, par le passé, une adaptation de Gaston ("Fais gaffe à la gaffe !", désavoué par Franquin lui-même) : l'échec avait été flagrant, mais n'avait pas servi de leçon. Cette nouvelle adaptation a valu à son équipe les foudres de la fille d'André Franquin, mais je doute que le tirage d'oreilles leur ait servi de leçon. 

Ceux qui ont eu l'idée de s'en prendre à Gaston (et à Franquin) n'ont plus que leur honte pour eux. Espérons qu'ils ne récidivent pas.
M'enfin !


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