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mercredi 2 décembre 2020

Le clan de la caverne de l'ours (1986)

 


Etant particulièrement intéressé par la préhistoire, je ne rate jamais une occasion de visionner un film traitant du sujet. Cette catégorie, souvent fantasmée, est loin d'être la plus fournie, en matière de cinéma, surtout si l'on cherche un tant soit peu de sérieux. L'adaptation d'un des romans de Jean Auel, dans le sillage de celle de "La guerre du feu", n'avait pas déchaîné d'enthousiasme, au point que les suites prévues ne virent pas le jour. Pourtant "Le clan de la caverne des ours" méritait-il plus d'audience ? Gagne-t-il à être (re)vu trente ans après sa sortie ? Examinons son cas, si vous le voulez bien...

Dans ce qui deviendra l'Europe, il y a 35000 ans, Ayla, petite fille d'Homo sapiens, a vu sa mère périr sous ses yeux et a échappé de peu aux griffes d'un lion. Recueillie par un clan de Neandertal, Ayla n'est pas pour autant acceptée par eux. Si Iza, la guérisseuse, et Creb, le sorcier, la traitent comme leur fille, d'autres, comme Broud, fils du chef du clan, la déteste. Quand viendra son tour de diriger la tribu, Ayla connaîtra des jours sombres. Mais à force d'audace et d'intelligence, et en enfreignant parfois les lois du clan, elle affirmera ce qu'elle est.

Avec son titre mal traduit (puisqu'il aurait du s'appeler "Le clan de l'ours des cavernes", comme l'auront remarqué ceux qui maîtrisent un tout petit peu la langue de Shakespeare), "Le clan de la caverne de l'ours" fait partie de ces tentatives d'explorer la préhistoire au cinéma d'un point de vue réaliste. Evidemment, se lancer dans pareille entreprise, c'est prendre le risque de se voir contredire par les avancées de la science. Il y a encore peu, la cohabitation, voire le métissage, entre homo sapiens et le mal-aimé homme de Neandertal relevait de l'hérésie. Nous savons désormais que ces rencontres eurent lieu et que nous portons un peu du patrimoine génétique de Neandertal. 

En adaptant le premier tome de la saga "Les enfants de la terre" de Jean Auel, romancière à succès, les producteurs se sont sans doute dit qu'ils tenaient là une belle matière de films. C'était sans doute le cas, mais le traitement qui fut celui choisi n'était pas le bon. A force de mauvais choix et de manque évident de moyens, la réalisation du "Clan de l'ours des cavernes" accumule les points négatifs et, surtout, ne parvient presque jamais à donner de la crédibilité au film. Il s'agit tout d'abord de la représentation des hommes des cavernes qui en sont les héros, pas toujours crédibles, mais surtout d'un scénario où il ne se passe pas grand-chose, finalement. Ajoutons à cela un choix maladroit d'utiliser le langage des signes pour faire dialoguer les personnages. A ce sujet, la voix off qui vient à de nombreuses reprises donner des informations au spectateur laissera penser que les producteurs ont cru bon de l'ajouter, pour pallier au défaut précédemment cité. 

Tiré du roman "Le clan de l'ours des cavernes" de Jean Auel, ce film devait être le premier d'une série de plusieurs. Son échec cuisant au box-office en décida autrement. Ce n'est peut-être pas plus mal. Manquant de conviction et de moyens, cette tentative pas très réussi de s'aventurer dans les âges farouches a tout de la série B. Vu sous cet angle, "Le clan de la caverne des ours" a quelque intérêt. Si l'on cherche un film avec plus d'envergure, on sera bredouille. 



mercredi 27 janvier 2016

Absolute beginners (1986)



La récente disparition de l'immense David Bowie a conduit pas mal de médias à évoquer sa belle carrière cinématographique. Les films qui mirent en scène le Major Tom furent, pour les plus connus d'entre eux, rappelés à notre bon souvenir, de "Furyo" à "Basquiat", en passant par "Les prédateurs" et "L'homme qui venait d'ailleurs". Assez curieusement, l'un de ses films, pour lequel il participa à la bande originale, est quasiment oublié de tous et peu nombreux furent les médias à l'évoquer suite à la mort de David Bowie. Mal reçu par la critique, "Absolute beginners" participa, avec "Revolution" de John Hughes, à la faillite du studio Goldcrest. On comprend mieux l'oubli dans lequel est plongé ce long métrage...

Londres, 1958 : la jeunesse veut vivre et, pour oublier les années sombres qui précèdèrent, s'ennivre dans un tourbillon de musique. Le jazz est bien installé et le rock'n roll ne va pas tarder à pointer le bout de son nez. Colin, jeune photographe, veut faire partie de ce monde. Mais, ce qu'il veut avant tout, c'est le cœur de la ravissante Suzette. Et Suzette, elle, ne pense qu'à la carrière qui s'offre à elle, dans la mode.
Autour d'eux, il y a la musique, la danse, la vie !


Julien Temple, réalisateur de "Absolute beginners" fit ses premières armes en mettant en scène des clips vidéo et surtout le très ironique "La grande escroquerie du rock'n roll", vrai-faux documentaire sur les Sex Pistols et leur producteur, le très barré Malcolm.... Avec "Absolute beginners", adapté du roman éponyme de Colin MacIness,il se fait plaisir et livre un très long clip, doté d'une distribution très pop, qui vient pousser la chansonnette sous des néons bien eighties. 

Certes, "Absolute beginners", avec les années, a vieilli et marque cruellement son âge, tant il semble ancré dans son époque (qu'il s'agisse de celle où son histoire se déroule ou de celle où il fut tourné). Mais on ne peut s'empêcher de lui trouver un certain charme, et de se laisser porter par ses mélodies et l'enthousiasme de ses personnages. Et, si cela ne suffisait pas, la simple présence de Patsy Kensit est à elle seule une belle raison pour visionner "Absolute beginners" (oui, j'avoue, je suis faible). Face à elle, Eddie O'Connell, porté disparu depuis, offre sa sincérité à l'histoire narrée là. Les seconds rôles sont souvent marquants, qu'ils soient interprétés par David Bowie (qui composa une bonne partie de la bande originale), Sade (la chanteuse envoûtante des années 80), James Fox ou Ray Davies (oui, le leader des Kinks, vous avez bien lu). Et, en regardant bien, vous découvrirez pas mal de visages connus dans les arrières-plans.

Assumant l'hommage quasi-continuel à "West Side Story", cette comédie musicale acidulée et colorée comme un bonbon est une friandise venue d'une autre époque, un péché mignon, un plaisir coupable. Visionner "Absolute beginners" aujourd'hui est une façon bien élégante de rendre hommage au créateur de Ziggy Stardust, tout en se faisant plaisir. 

Alors, si l'on regarde "Absolute beginners" avec la grande indulgence due à son âge et surtout en se disant qu'il s'agit d'un long clip vidéo, il est possible de lui trouver un certain charme et de l'apprécier. Le cinéphile pur et dur sera moins prompt à le considérer comme un véritable film.


mardi 7 octobre 2014

Mosquito Coast (1986)



L'australien Peter Weir a, dans sa filmographie, quelques oeuvres mémorables. Citons, par exemple, "Le cercle des poètes disparus", "The Truman show", "L'année de tous les dangers" ou "Witness". Il a également à son tableau de chasse quelques films qui marquèrent moins les mémoires, comme le délicieux "Green card" ou "Mosquito Coast". Ce dernier, tourné dans la foulée de "Witness", avec dans le premier rôle Harrison Ford, à l'époque au sommet de sa gloire, fait partie de ses échecs commerciaux et critiques. A le revoir aujourd'hui, on peut se poser la question : cet insuccès était-il mérité ?

Allie Fox, inventeur de génie et idéaliste passionné, n'en peut plus de ce qu'est devenu le rêve américain. Un jour, il décide de quitter les Etats-Unis et d'aller s'installer, avec femme et enfants, au cœur de la jungle du Honduras, pour y retrouver la vraie vie.
Là, tel des Robinson modernes, la famille Fox va tenter de commencer une nouvelle vie. Cependant, cette nouvelle existence est loin d'être sans dangers.

"Mosquito Coast" n'est sans doute pas le plus grand film de Peter Weir, mais il porte néanmoins nombre de thèmes forts. Tiré du roman de Paul Théroux, qui participa d'ailleurs à l'écriture du scénario aux côtés du grand Paul Schrader, "Mosquito Coast" résonne un peu plus fort, près de trente ans après sa sortie. La colère d'Allie Fox face à ce qu'est devenu son pays et, par extension, le monde en général, est communicative. Lorsqu'il va jusqu'au bout de ses idées et décide de jeter les bases d'une nouvelle civilisation, entraînant dans sa croisade sa femme et ses trois enfants, on peut se prendre à l'encourager, parce qu'il réalise le rêve de bien de bon nombre d'entre nous.

C'est là la grande force de "Mosquito Coast", que de faire partager au spectateur l'enthousiasme de son héros, sous l’œil admiratif, puis critique de son fils aîné. Remarquable observateur, Peter Weir pose un regard sur le parcours de la famille Fox sans cependant juger leur expérience, laissant au spectateur le soin de se positionner. Il fut un temps, semble-t-il, où le contenu des films n'était pas pré-mâché et où les metteurs en scène faisaient confiance au public pour aborder leurs œuvres sans en livrer toutes les clés.

En plus de la remarquable réalisation de Weir et d'une très belle bande originale signée Maurice Jarre (excusez du peu !), le film est sublimé par des acteurs remarquables. Harrison Ford, qui aurait à l'époque pu se contenter de surfer sur ses rôles les plus connus (Indiana Jones et Han Solo, pour ne citer qu'eux), donne toute l'étendue de son immense talent, en incarnant un personnage tour à tour admirable et détestable, et a rarement été aussi bon. Face à lui, on notera l'immense Helen Mirren et le regretté River Phoenix (qui retrouvera d'ailleurs Ford dans le troisième volet des aventures d'Indiana Jones, avant de disparaître prématurément).

L'interprétation habitée de Harrison Ford (dont ce film est souvent considéré comme étant son préféré) n'y fit rien : "Mosquito Coast" fut boudé par le public et massacré par pas mal de critiques. Avec le recul, on peut regretter que ce film n'ait pas rencontré le succès en son temps. Il n'est pas trop tard pour entendre le message qu'il portait alors : il est toujours d'actualité.





samedi 29 décembre 2012

Je hais les acteurs (1986)


Oublié sous la poussière, au fond du placard des films français, "Je hais les acteurs" est sans doute inconnu de la majorité des lecteurs de ce blog. Et pourtant, ce premier film de Gérard Krawczyk (oui, celui qui commit "Taxi")et produit sous l'égide d'Alain Poiré (à qui l'on doit quelques monuments du cinéma hexagonal) disposait d'un casting à faire pâlir pas mal de producteurs actuels. Pensez donc : s'y bousculaient, sans ordre de préférence, Jean Poiret, Bernard Blier, Michel Blanc, Michel Galabru, Pauline Lafont, et j'en oublie. L'entreprise était ambitieuse et audacieuse, puisque ce film, en noir et blanc (ce n'était donc pas une défaillance de votre navigateur, soyez rassurés !) adaptait un roman de Ben Hecht (l'un des plus prolifiques scénaristes de l'âge d'or des grands studios), en se voulant fidèle au ton unique des grands films hollywoodiens.
A l'arrivée, il faut croire que les cinéphiles ne se sentirent pas interpellés par "Je hais les acteurs", lui réservant un accueil froid et des salles bien peu remplies.  Malgré une nomination au César du meilleur premier film, aujourd'hui, ce film a sombré dans l'oubli, ou presque...


Hollywood, les années quarante : un détective privé enquête sur une série de meurtres et se trouve plongé dans le monde du cinéma, dont il découvre l'envers du décor. Des producteurs sans scrupule, des acteurs à l'ego démesuré, des starlettes écervelées, des réalisateurs psychotiques (le premier qui dit que rien n'a changé depuis gagne la palme du mauvais esprit). 

Soyons clairs : le scénario n'a rien de follement original et ne surprendra guère le public. A défaut de fond, c'est surtout la forme qui est l'intérêt de ce film. Car on est ici, dans l'exercice de style appliqué, d'un côté de la caméra comme de l'autre. pour sa première mise en scène, Krawczyk s'efforce de respecter tous les codes des grands classiques qui bercèrent sans doute sa jeunesse de cinéphile. Alors, certes, tout cela peut laisser froids les cinéphiles actuels, mais il faut reconnaître que, d'un point de vue esthétique, "Je hais les acteurs" tient ses promesses. 

Pour servir cette reconstitution, Krawczyk réussit à convoquer une bonne partie de la fine fleur des acteurs français des années 80. Alors, certes, Patrick Floersheim, qui tient le rôle du détective (et celui de fil conducteur de l'histoire) n'a pas la renommée nécessaire au statut de locomotive qu'il endosse pour ce film. Mais, au cours de sa trajectoire, il croise le ghotta du cinéma hexagonal (j'en ai déjà cité un bon nombre plus haut) : Claude Chabrol, Jean-François Stévenin, Dominique Lavanant, Claire Nadeau, et même Marcel Gotlib se font visiblement plaisir en voyageant dans le temps et l'espace. Et je ne vous parle même pas de ceux qui ne firent dans ce film que des apparitions fugaces ou des participations amicales. Le plus célèbre évadé fiscal du moment, Gérard Depardieu pour le nommer, joue ici un rôle fugace (non crédité, qui plus est).

On s'en rend vite compte au visionnage, ce film est bâti sur un mensonge : Krawczyk et son producteur aiment les acteurs, infiniment, au point de leur offrir avec ce film un sublime terrain de jeu. Il eut fallu, pour que la fête soit réussie, que les scénaristes soient de la partie et épaississent un peu l'intrigue, pour faire de ce film un peu plus qu'une balade dans des décors de stuc et de plâtre. Le spectateur y aurait probablement trouvé son compte. Faute de cela, l'insuccès de cette grosse production plomba sérieusement la carrière de son réalisateur. Gérard Krawczyk réalisa ensuite le très joli "L'été en pente douce" avant de tomber sous la coupe de Besson, pour remplacer Gérard Pirès sur le tournage du premier "Taxi" (le destin est parfois cruel). Nul doute que si "Je hais les acteurs" avait connu plus de succès, sa carrière aurait pris un tout autre tournant. En attendant, les cinéphiles nostalgiques peuvent offrir à ce film une seconde chance...





mercredi 3 octobre 2012

Kamikaze (1986)


Au milieu des années 80, le jeune Luc Besson (qui n'est pas encore le producteur qu'on connait et sort tout juste de la réalisation de "Subway") met à contribution Didier Grousset pour réaliser "Kamikaze", dont il a co-écrit le scénario avec Michèle Halberstadt (oeuvrant alors au journal "Première") et Didier Grousset. Le film, doté d'un budget modeste, s'aventure sur le territoire miné de la science-fiction à la française. Il ne connaîtra qu'un accueil frileux, tant critique que public (à peine 500 000 entrées sur l'Hexagone).

Oublié de tous (ou presque), absent des écrans télévisés et rarissime dans les vidéothèques, "Kamikaze" est donc une véritable rareté, qui mérite pourtant une deuxième chance.

Albert, informaticien génial, est congédié par son employeur. Irascible et misanthrope, il passe des journées entières devant le petit écran, dont il vomit pourtant la médiocrité. Il met alors au point un appareil diabolique qui va lui permettre de tuer à distance les présentatrices de télévision.
Rigolo, le pitch, vous ne trouvez pas ?
Il est bien des fois où l'on se surprend à regretter que pareille machine n'existe pas, non ?

Un peu de science-fiction dans le cinéma français, c'est suffisamment rare pour être signalé. L'exercice a maintes fois été tenté et a souvent donné des films maladroits, voire carrément ratés, pour ne déboucher que rarement sur de véritables réussites. Dans le cas de "Kamikaze", on est loin du total ratage, sans pour autant toucher au miracle. Les esprits chagrins (s'il est en parmi les rares spectateurs ayant vu ce film) pourraient en effet noter le peu d'ambition de ce long métrage, qui aurait très bien pu se contenter d'être un téléfilm.

C'est sans doute la réalisation un rien plate de Didier Grousset qui pêche le plus, dans ce film. Partant d'un scénario qui sortait des sentiers battus, "Kamikaze" aurait mérité une mise en scène plus musclée et dynamique, c'est indéniable. On peut d'ailleurs s'étonner que Luc Besson, qui produisit à l'époque quelques-unes de ses meilleures oeuvres, n'ait pas été plus soucieux de cet aspect du film.

Voilà pour les points négatifs à porter au débit de "Kamikaze", à mes yeux. Passons maintenant à l'inventaire des points positifs, à commencer par l'interprétation.
Une fois encore, Michel Galabru est parfait et prouve, s'il en était besoin, qu'il peut tout jouer (comme si l'on pouvait encore en douter). Face à lui, Richard Bohringer livre une prestation impeccable et l'on a droit à la toute première apparition de sa fille Romane, qui crèvera l'écran peu après avec "Les nuits fauves". Dominique Lavanant, égale à elle-même, sort pour une fois du registre comique qui lui réussit tant, avec plus ou moins de bonheur.
Au second plan, une ribambelle de comédiens assurent des interprétations solides, comme à leur habitude. Je songe notamment à Etienne Chicot, acteur trop rare mais toujours excellent.
La bande originale ravira les amateurs d'Eric Serra, qui fit à l'occasion de ce film une infidélité à son copain Besson, avant de le retrouver pour la partition du "Grand Bleu" qui allait lui ouvrir les portes de la gloire.
Malgré sa réalisation tiède et son improbable pitch, je conserve, après toutes ces années, une grande tendresse pour ce film. Au final, "Kamikaze" mérite mieux que l'oubli où il a sombré depuis sa sortie. Pour imparfait qu'il soit, ce petit film aurait mérité un peu plus d'attention.


samedi 1 septembre 2012

Pirates (1986)


Attention, nostalgie en vue !
On ne présente plus Roman Polanski, réalisateur de films devenus des classiques (et d'oeuvres plus mineures, voire très oubliables, reconnaissons-le), et homme à polémiques (mais ce blog n'est en aucun cas le lieu). Si tous les cinéphiles connaissent les piliers de sa filmographie ("Rosemary's baby", "Le bal des vampires" ou, plus récemment "Le pianiste" et  "The ghost writer"), peu nombreux sont ceux qui se rappellent de "Pirates", hommage aux films de pirates qu'il réalisa au coeur des années 80, avec un budget pharaonique pour l'époque. Pensez donc : pour les besoins du film, il fallut construire le bateau au centre de l'histoire, navire qui fut cédé peu après à la ville de Cannes, pour le quarantième anniversaire du Festival du film.

C'est dire les moyens mis à la disposition de Polanski pour réaliser ce film, bien avant la ressurection du genre avec la série des "Pirates des Caraïbes". A l'époque, les effets spéciaux n'étaient pas ce qu'ils sont aujourd'hui, d'où (par exemple) la construction "en dur" du fameux vaisseau. Malheureusement, le succès du film ne fut pas à la hauteur de son budget. Roman Polanski dut passer par la case "théâtre" et retourner à des films moins ambitieux, après cette incursion dans le "grand spectacle".
Alors "Pirates" est-il un véritable ratage ? Ou un simple rendez-vous manqué avec le public ? 

Il faut bien reconnaître que ce film aurait mérité mieux, si vous voulez mon avis. Mené par une distribution fort honorable (le vétéran Walter Matthau en tête, mais aussi Cris Campion, jeune espoir de l'époque qui n'eut pas la carrière qu'on eut pu espérer pour lui), dans des décors hauts en couleur et mis en scène avec une réalisation sans faille, "Pirates" n'a finalement que peu de défauts, malgré un tournage cauchemardesque qui poussa Polanski à le renier. 
Carrément.

S'il est quelque chose à reprocher à "Pirates", c'est sans doute son scénario, un peu maigrelet, et qui hésite entre parodie et film d'aventures, comédie et romance. Du coup, le spectateur a du mal à s'attacher à l'histoire. Cela dit, ce genre de reproche pourrait s'appliquer à de nombreux films de ce genre, y compris ceux qui font désormais figure de classique. La vraie cause du peu de succès que rencontra ce renouveau d'un genre avant l'heure est sans doute le thème même qu'il aborde et met à l'honneur. L'heure n'était pas encore venue de donner une seconde chance aux pirates de cinéma. Quand Renny Harlin tenta de s'y frotter, avec "L'île aux pirates" en 1995, il connut à son tour un échec cuisant. Il faudra attendre les aventures de Jack Sparrow ("Pirates des Caraïbes") pour qu'ils connaissent une deuxième jeunesse.

A l'occasion d'une diffusion télévisée, ou plus probablement si le DVD vous passe à portée de mains, laissez-vous tenter par "Pirates" : il le mérite amplement.