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mercredi 18 septembre 2019

Possessions (2012)




S'inspirer de faits divers pour produire un film comporte de nombreux risques. En dehors de heurter ceux qui furent touchés, de près ou de loin, par ce qui est porté à l'écran, le réalisateur prend aussi celui de livrer un film dont la fin est déjà connue. Pour autant, l'actualité, récente ou non, inspire régulièrement les cinéastes, avec un succès parfois réel. Eric Guirado, repéré pour "Le fils de l'épicier", a choisi d'évoquer la terrifiante affaire Flactif (la célèbre tuerie du Grand Bornand) pour réaliser "Possessions". Cette fois, le public ne fut pas au rendez-vous. 

Quittant leur Nord natal, Bruno et Maryline viennent s'installer dans un chalet à la montagne, loué auprès de la famille Castang. D'abord amicales, les relations entre les deux familles vont vite se détériorer. Les Castang ont tout et semblent disposer des autres à leur gré. Face à eux, Bruno et Maryline n'ont que leur colère. Le drame est tout proche.

Pareille histoire ne peut que mal finir. Sans connaître en détail l'affaire Flactif, on sent, dès les premières séquences de "Possessions", que l'affiche du film annonce le drame à venir, tant la tension est palpable, tant le malaise s'instille chez le spectateur. Dans un décor que beaucoup jugeraient idyllique, Eric Guirado joue devant nous un drame social épouvantable, où le fossé entre deux mondes ne se comble jamais. Même s'il évite pas toujours la caricature, le réalisateur choisit habilement ses éléments de langage (comme on dit en novlangue) pour alimenter le récit. 

En regardant "Possessions", on songe souvent à Chabrol et à "La cérémonie". On pense parfois, dans certaines scènes à Hitchcock (oui, c'est un compliment), tant les rapports entre protagonistes sont le terreau de l'intrigue et du malaise (encore lui) qui envahit rapidement le spectateur. Avec sa mise en scène au plus proche des personnages et jouant remarquablement des décors et de leur quotidien, Eric Guirado, formé au documentaire, évite cependant l'écueil de la reconstitution et reste dans la fiction inspirée. N'eut été quelques scènes purement esthétiques (la descente aux flambeaux, par exemple), la forme était aussi réussie que le fond. 
Evidemment, sur le territoire miné que peut devenir pareille démarche, on attendait les acteurs au virage. De ce côté, c'est une belle surprise et sans doute le plus bel atout du film. Les interprètes de "Possessions" sont pour beaucoup dans la réussite de l'entreprise et, pour une fois, je me dois de saluer la qualité de leur prestation. Qu'il s'agisse de Jérémie Rénier, sans doute dans son meilleur rôle, tout en nervosité et en colère rentrée, de Julie Depardieu, étonnamment crédible en compagne , de Lucien Jean-Baptiste et même d'Alexandra Lamy, enfin convaincante (il était temps !)

S'il n'est pas exempt de quelques reproches, souvent du domaine de la forme, le film livré par Eric Guirado à propos d'une affaire encore récent n'a pas grand chose à se reprocher, et en tout cas aucune faute majeure. On n'est pas passé loin d'un grand film, mais "Possessions" est déjà un bon film. 
C'est donc une denrée rare. 


mardi 17 juillet 2018

Essaye-moi (2006)



Après des débuts à la télévision et sur les planches, les Robins des bois ont chacun suivi leur voie, se retrouvant parfois sur des projets en commun (je pense notamment à "RRRrrr !!!"). Parmi eux, certains sont passés derrière la caméra, avec plus ou moins de bonheur. Maintenant qu'ils ont tous tracé leur route, il peut être intéressant de jeter un œil dans le rétroviseur. A ce titre, "Essaye-moi", le premier film de Pierre-François Martin-Laval, alias Pef, mérite un deuxième regard. 


Quand il était petit, Yves-Marie était déjà amoureux de Jacqueline et lui demanda de l'épouser. Elle répondit qu'elle accepterait le jour où il irait dans l'espace. Vingt-quatre ans plus tard, Yves-Marie est devenu cosmonaute et compte bien rappeler à son aimée sa promesse. Seulement Jacqueline a grandi et compte épouser Vincent d'ici peu. qu'à cela ne tienne : Yves-Marie a une idée et propose à sa belle de l'essayer pendant une journée. Jacqueline finit par céder : voilà le début de nombreuses péripéties. 


On retrouve dans "Essaye-moi" la naïveté du personnage souvent lunaire de Pef, l'alter ego de Pierre-François Martin-Laval. L'innocence de ce premier long métrage est indéniable et le héros porte une insouciance et un manque de maturité revendiqué. Enfant dans un corps d'adulte, Yves-Marie ne pouvait avoir comme père de cinéma qu'un seul acteur : Pierre Richard, que l'on retrouve comme une évidence dans le rôle du papa. Le grand blond du cinéma français, adoubant au passage Pierre-François Martin-Laval (qui le sollicitera de nouveau dans "King Guillaume"), peut sans doute le considérer comme son fils spirituel. "Essaye-moi" est léger, amusant, mais cependant sans réelle grande profondeur, comme certains des films qui mirent en vedette Pierre Richard (et que l'on revoit avec plaisir et nostalgie).

Pour ses premiers pas derrière la caméra, Pierre-François Martin-Laval a évidemment fait appel à toute sa bande, pour des rôles plus ou moins importants, mais aussi à sa professeure de théâtre, Isabelle Nanty, ainsi qu'à Kad Merad (alors pas encore encombré du statut de star qu'il a acquis aujourd'hui), à Julie Depardieu et au trop rare Wladimir Yordanoff, pour ne citer qu'eux. Tout ce petit monde semble bien s'amuser et entre avec plaisir dans l'univers fantaisiste de Pef, là où les rêves prennent corps et où la gentillesse peut l'emporter. 

C'est fantaisiste, souvent enfantin, mais cette légèreté est aussi celle du scénario, qui patine parfois sur place et force le film à jouer de gags faciles et à allonger un peu la sauce, quitte à perdre son rythme. C'est un défaut récurrent chez nombre de comédies, cela dit. "Essaye-moi" a cependant pour lui le mérite d'essayer, justement, d'emprunter un chemin plus doux pour amuser son spectateur, alors que nombre de films du même registre se fourvoient dans l'outrance. A ce titre, et même si l'objectif n'est pas toujours atteint, il mérite un bon point, ce dont nombre de comédies ne peuvent se targuer. 


lundi 8 janvier 2018

Crash Test Aglaé (2017)



Ce n'est un secret pour aucun des lecteurs réguliers de ce blog : j'apprécie tout particulièrement les comédies dites "sociales", celles où, partant d'un des nombreux drames que vivent des gens dits "normaux", on se rend compte des ressources de l'homme et qu'on apprend à rire des célèbres "accidents de la vie". S'il existe un maître-étalon dans ce registre, il est sûrement britannique : de "The Full Monty" à "La part des anges", Albion nous a montré maintes fois sa résilience et su nous parler de crise, en nous faisant sourire pour mieux réfléchir ensuite. Quelques tentatives hexagonales furent à noter, ces dernières années : je songe par exemple à "Discount" ou aux "Femmes du sixième étage". En lisant le pitch de "Crash Test Aglaé", totalement passé sous le radar lors de sa sortie, j'ai cru (bien que l'affiche annonçait clairement un road-movie) à une comédie sociale bien ancrée dans son époque, puisque tout y commençait par une délocalisation. Ce premier film d'Eric Gravel méritait-il mieux ?

Aglaé aime que tout soit bien réglé, dans sa vie et dans son métier de contrôleuse en crash-test. Alors, lorsque son usine est délocalisée en Inde, elle accepte (à la surprise des ressources dites "humaines" de son entreprise) d'aller jusque là-bas, pourvu qu'elle retrouve son poste. Entraînant dans son sillage, Liette, en mal d'enfant, et Marcelle, une sexagénaire obsédée par la propreté et l'ordre. Voilà nos trois commères parties vers l'Inde : la route sera longue et les rencontres nombreuses...

On pouvait s'attendre, en lisant le pitch de base, à un film social, disais-je, en espérant toucher du doigt la réussite en la matière des modèles britanniques. Mais non, très vite, "Crash Test Aglaé" prend son spectateur par surprise et se mue en road-movie au féminin. Pour une fois, donc, l'affiche n'est pas mensongère : ça fait un bon point pour ce film. Mieux encore, "Crash test Aglaé" s'avère plutôt réussi, car souvent touchant, parfois drôle et toujours humain.

C'est en grande partie grâce à ses trois interprètes principales que ce film peut se targuer de réussir son joli coup. En tête, India Hair, qui ne m'avait jusque là pas franchement convaincu, réussit à montrer toutes les facettes de son personnage, évoquant tour à tour la part enfantine et la féminité. A ses côtés, Julie Depardieu prouve qu'elle n'est pas qu'un patronyme et est souvent émouvante. Enfin, Yolande Moreau, la plus décapante de la bande, même si elle n'est pas présente aussi longtemps qu'on l'aurait souhaité, est tout simplement épatante. A elles trois, elles réussissent à exposer la femme mieux que bien des films plus prétentieux ne l'ont fait auparavant.

Certes, "Crash Test Aglaé" n'est pas parfait, loin de là et on pourra lui reprocher quelques séquences tournant à vide ou quelques errements qui pourraient égarer le spectateur. Cependant, ce film est une vraie proposition, et à ce titre, mérite plus qu'un coup d’œil.


Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film avec un prénom dans le titre"


mardi 9 octobre 2012

Bienvenue au gîte (2002)



Il n'y a pas que le support DVD qui me permette de dénicher les pépites qui viendront alimenter ce blog, figurez-vous. Ma zapette s'égare parfois du côté d'Arte, comme elle le fit il y a quelques jours. Ce soir là, était diffusé "Bienvenue au gîte", que j'avais raté lors de sa sortie en salles, une dizaine d'années plus tôt (déjà !). C'était le moment ou jamais d'offrir à ce petit film français une séance de rattrappage, histoire de voir s'il méritait mieux que l'accueil frileux qui lui fut réservé.

Caroline et Bertrand décident un beau jour de changer de vie. Quittant Paris, ils reprennent le gîte tenu jusqu'alors par une de leurs amies, partie vivre le grand amour dans les Balkans. La nouvelle vie qui s'offre à eux sera évidemment l'occasion de faire des rencontres, d'affronter les aléas liés à l'activité choisie, mais aussi de se découvrir...

Voilà pour le pitch du film qui aborde une nouvelle fois le thème du changement de vie et de la remise en question (ou pas). Nos deux parisiens, incarnés par Marina Foïs et Philippe Harel, vont donc, sous la caméra de Claude Duty (qui avait déjà fait tourner l'actrice principale dans "Filles perdues cheveux gras"), être confrontés aux provinciaux (l'action se déroule dans le Sud-Est de la France) et faire maintes rencontres souvent surprenantes.

J'ignore si c'est volontaire, mais le film donne constamment l'impression d'avancer en équilibre (instable) et de se construire tant bien que mal sous nos yeux. Les personnages, tous hauts en couleur (parfois trop, d'ailleurs), entrent dans l'intrigue sans réelle justification au gré d'un scénario malléable, semblant s'écrire au fil de l'eau sans trop savoir où il va. La fin de l'histoire est finalement assez prévisible, malgré les diverses péripéties traversées par les protagonistes.

Du côté des acteurs, tous semblent bien s'amuser : il faut dire qu'ils ont la part belle, et peuvent tous faire leur numéro, sans qu'il y ait forcément de cohérence entre tous ces personnages. A titre d'exemple, le rôle de Julie Depardieu paraît totalement incongru et n'apporte rien à l'intrigue (si l'on peut utiliser ce terme).

J'émettrais cependant quelques réserves, notamment sur la diction de Marina Foïs qui, à trop jouer sur la surexcitation, finit par être parfois incompréhensible. Face à elle, Philippe Harel (que l'on connait surtout pour avoir réalisé "Les randonneurs") joue sur la réserve et la tempérance, incarnant sans doute le personnage le plus posé de la galerie.

Au final, "Bienvenue au gîte", s'il se laisse regarder sans déplaisir, n'est pas un film qui marquera les mémoires. Peuplé de personnages sympathiques, doté de décors qui fleurent bon les vacances, ce film pêche fortement du côté du scénario. Faute de cette ossature, on a affaire à un film assez mou. L'échec public qui fut le sien était prévisible et vous pouvez sans vergogne l'éviter lors de sa prochaine diffusion.