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dimanche 14 mars 2021

My old lady (2014)

 

Attention, affiche trompeuse : si on se fie à elle, on pourrait croire que "My old lady" est une comédie. La présence du souvent facétieux Kevin Kline, le sourire de Maggie Smith, le graphisme même sont autant d'indices en la faveur d'un film où l'on peut s'attendre à sourire. C'est avec cette promesse (tacite) que je me suis embarqué dans le visionnage de ce film, en grande partie aussi pour passer un peu de temps au côté de ses interprètes. Passé sous les radars lors de sa sortie, "My old lady" allait-il offrir un bon moment ?

Matthias débarque à Paris, où il vient d'hériter d'un somptueux appartement, ce qui devrait le sauver de la ruine. Qu'elle n'est pas sa surprise lorsqu'il découvre que l'appartement en question est occupé par Mathilde, une vieille dame qui l'avait vendu en viager à son défunt père. Découvrant cet étrange dispositif français, Matthias va devoir cohabiter avec Mathilde et sa fille Chloé. Mais tous ont leurs secrets et leurs failles et, tôt ou tard, les vérités doivent éclater au grand jour. 

Adapté d'une pièce de théâtre écrite par Israel Horowitz, réalisateur du film, "My old lady" repose essentiellement sur ses trois acteurs principaux. Fort heureusement, le trio en question est sans aucun doute ce qu'il y a de plus intéressant et de plus séduisant dans le film. En effet, ce qui fonctionnait probablement de manière efficace sur les planches s'avère plus laborieux à l'écran. Une fois passées les séquences destinées à présenter les personnages, "My old lady", qui semblait vouloir exploiter la curiosité qu'est le système du viager, s'aventure sur le territoire des secrets de famille et des non-dits. On est donc bien loin des promesses tacites de son affiche.

On pourra aussi légitimement tiquer sur le Paris de carte postale que nous propose "My old lady". Tout, ou presque, est parfait, dans la vision de la capitale : c'est à croire qu'Horowitz a déniché un quartier parisien mystérieux, plus idyllique encore que celui d'Amélie Poulain. Il est donc difficile d'adhérer à l'histoire contée dans "My old lady", donc et seule l'admiration qu'on peut avoir pour ses interprètes lui donne un véritable intérêt. Maggie Smith, remarquable dans le rôle qui donne son titre au film, est une nouvelle fois impériale, tandis que Kevin Kline et Kristin Scott-Thomas se sortent avec les honneurs de leurs rôles.

Je ne suis pas persuadé qu'adapter sa pièce de théâtre fut la meilleure idée qu'ait eu Israel Horowitz. Le passage à l'écran n'apporte finalement que peu, et peut décevoir. 



vendredi 31 août 2018

Paris Willouby (2016)




On peut dire plein de choses, avec un road-movie. Un voyage, seul ou accompagné, est souvent intérieur et, tout en découvrant de nouveaux horizons et de nouveaux personnages, on peut faire rire, faire pleurer, émouvoir et secouer un peu le spectateur. Les réussites sont légion, au cinéma, dans ce registre. Les échecs aussi. Récemment, parce qu'il mettait en vedette Isabelle Carré (qui, comme mes lecteurs le savent, fait partie des raisons pour lesquelles je peux me pencher sur un film), j'ai visionné "Paris Willouby", l'un des flops du cinéma hexagonal de 2016. 

Claire, divorcée et mère d'Alexandre est remariée avec Maurice, qui a une fille, Lucie. De cette nouvelle union est née Prune, une petite fille curieuse de tout. Mais cette famille recomposée accueille aussi Marc, le frère de Claire, dont Angélique, la petite amie, enceinte, vient de partir, puisqu'il est incapable de s'engager. Quand Claire apprend la mort de son père, qui n'a plus donné de nouvelles depuis sept ans, elle entraîne toute la tribu, pour se rendre aux obsèques de celui-ci. Le voyage ne sera pas de tout repos. 

Si l'intrigue de "Paris Willouby" vous dit quelque chose, c'est probablement à cause de sa très grande proximité avec celle du très réussi "Little Miss Sunshine". Lui aussi réalisé par un duo (aux manettes, Quentin Reynaud et Arthur Delaire, aussi acteurs), "Paris Willouby" souffre trop de la comparaison avec son modèle pour prétendre être plus qu'un simple décalque. En suivant les pérégrinations d'une famille s'entassant dans un monospace pour se rendre à l'enterrement du père absent, la famille Guilby-Lacourt, au gré de son voyage, perd peu à peu l'affection des spectateurs qui auraient pu s'intéresser à elle.

Pour qu'un road-movie fonctionne (et, d'ailleurs, c'est valable pour nombre de films), il faut que les personnages aient quelque chose à perdre ou à gagner. Faute d'enjeu véritable pour les personnages principaux, la balade se résume vite à quelques règlements de compte et quelques éclats qui ne sont jamais exploités sur la durée. Et ce n'est hélas pas du côté de l'interprétation qu'il sera possible de se consoler. On a beau adorer Isabelle Carré, ce n'est pas ici qu'elle trouve son meilleur rôle et la lumière qu'elle apporte d'habitude à un film est ici bien terne. Face à elle, Stéphane de Groodt et Alex Lutz sont peu convaincants, une fois de plus (il va falloir que je trouve le moyen de me réconcilier avec ces deux acteurs), tandis que les plus jeunes de la distribution ne s'en sortent pas trop mal.

Il est possible de se consoler avec la bande originale, assurée par le groupe Gush (dont un troisième album serait le bienvenu, ceci est un appel), qui est sans doute la meilleure idée du film et confère aux scènes qu'elle illustre une énergie communicative.

A trop s'inspirer d'un modèle qui convainquit tout le monde ou presque, "Paris Willouby" singe trop souvent, et bien maladroitement, le très chouette "Little Miss Sunshine" : il ne suffit cependant pas de mettre une famille un peu bancale sur la route pour faire un film réussi. Ça se saurait.


lundi 19 mars 2018

Corporate (2016)


Ressources humaines : ces deux mots sont souvent mal associés, dans le monde de l'entreprise, si vous voulez mon avis. Évoquer au cinéma la gestion de l'humain, c'est souvent prendre parti et dénoncer, sous couvert de fiction, des situations bien réelles. C'est aussi prendre le risque de n'intéresser que peu de spectateurs qui, on peut le comprendre, préfèrent aller dans les salles obscures pour oublier durant deux heures le monde du travail. Avec "Corporate", Nicolas Silhol avait choisi d'examiner de l'intérieur la gestion des ressources humaines dans une grande multinationale. Mal lui en prit, car le public ne le suivit pas.

En charge des ressources humaines au siège parisien d'un grand groupe alimentaire, Emilie est la meilleure dans son domaine. Lorsqu'un des employés, qu'elle a refusé maintes fois de recevoir, se suicide sur son lieu de travail, tout l'univers d'Emilie s'effondre. Alors qu'elle était missionnée pour se débarrasser de certains éléments, la voilà lâchée par ses supérieurs et menacée par l'inspection du travail.
Alors Emilie décide de tout dire à l'inspectrice qui enquête sur l'affaire, et tant pis si sa carrière en pâtit. 

Est-on dans un film aux vocations documentaires ou dans un thriller dramatique ? La question peut se poser, lorsqu'on visionne "Corporate" et que l'on découvre les méthodes employées et enseignées aux représentants des ressources humaines. A ce titre, le film est édifiant, du moins dans sa première moitié, lorsqu'il décrit avec précision la mécanique à broyer les humains et le fait avec un réalisme qui fait froid dans le dos. Certaines scènes, certains comportements, certaines expressions évoqueront forcément quelque chose à celles et ceux qui ont travaillé ou travaillent encore dans ces grands groupes où les ressources comptent plus que l'humain. A ce titre, "Corporate" est édifiant et pourrait être nécessaire, s'il allait plus loin dans la dissection d'un système malade de ses profits. 

C'est en effet la voie qu'il choisit, celle de la facilité, qui lui cause du tort, dans sa dernière partie. Il est dommage que le scénario se termine avec une certaine facilité, alors qu'il ne ménageait pas sa peine pour installer son intrigue, ses personnages et ses enjeux. Il aurait fallu un peu plus de rigueur, ce qui, j'en conviens, aurait pu faire basculer le film vers un ton docte pas forcément vendeur.

Les interprètes de ce drame pourtant si réaliste sont remarquables : qu'il s'agisse de Céline Sallette, qu'on se prend tour à tour à comprendre et à détester, de Lambert Wilson, plutôt convaincant (ce ne fut pas toujours le cas), de Stéphane De Groodt ou de la lumineuse Violaine Fumeau, en inspectrice du travail pugnace, ils donnent corps aux personnages de ce thriller qui n'en est pas un, finalement. 

N'eût été une conclusion bâclée, "Corporate" aurait pu être un film nécessaire : il ne s'agit, à défaut, que d'un film intéressant. C'est déjà ça.



Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film engagé"

mardi 27 février 2018

L'un dans l'autre (2017)


La substitution des personnages (qui peut aller jusqu'au body swap), voilà un sujet classique en comédie. Qu'il s'agisse de "Un fauteuil pour deux" ou "Echange standard", le septième art a déjà maintes fois utilisé ce ressort pour faire rire son public, avec des réussites souvent variables. En reprenant le canevas de "Dans la peau d'une blonde" (de Blake Edwards), Bruno Chiche nous a proposé l'an dernier "L'un dans l'autre", où Louise Bourgoin et Stéphane De Groodt subissaient un échange de corps. Il faut croire que le public n'a pas été intéressé. Alors, sommes-nous passés à côté d'une bonne comédie française ?

Pierre, Aimée, Eric et Pénélope sont deux couples d'amis, très proches, trop proches peut-être. Alors que Pierre emploie Eric dans son entreprise, il est aussi l'amant de Pénélope. Mais le couple illégitime décide de cesser sa relation adultère : Pénélope et Eric comptent adopter bientôt, et passer également par la case "mariage".
Après une dernière étreinte, les deux amants se réveillent avec une drôle de surprise. Pierre se retrouve dans le corps de Pénélope et vice-versa. En voilà une histoire...

L'inconvénient, avec un postulat de base aussi gros, c'est qu'il faut, derrière, un scénario en béton armé, capable de mener jusqu'au bout l'histoire et, si possible, de retomber sur ses pattes. Pour le coup, c'est raté. Le traitement de "L'un dans l'autre" est surtout prétexte à une accumulation de clichés qui ne sont pas vraiment à son honneur : "possédé" par Pénélope, Pierre se met à être vegan et à faire le ménage, ce qu'il ne pratiquer nullement jusque là. De l'autre côté, Pénélope fume, boit et ce n'est pas tout. C'est fâcheux : en permutant les personnages, qui plus est de sexe opposé, il y avait tant à dire, ne serait-ce qu'au sujet de la féminité et de la masculinité.

A visionner "L'un dans l'autre", on a souvent l'impression d'être tombé sur le premier téléfilm venu, tant son traitement est pauvre et sans ambition : Partant d'une situation de départ qui avait quelques atouts dans sa manche, Bruno Chiche, qui avait fait parler de lui avec son premier long métrage, "Barnie et ses petites contrariétés" échoue complètement à l'exploiter et ne fait jamais rire. Ses comédiens, visiblement mal dirigés, sont entraînés avec lui dans le naufrage. Le défi de jouer "à la manière de" était pourtant un sacré challenge, dans lequel Louise Bourgoin et Stéphane De Groodt échouent. A l'arrière-garde, Pierre-François Martin-Laval et Aure Atika sont condamnés à assister au désastre sans rien n'y pouvoir faire. 

Accumulant les clichés et les situations outrancières, "L'un dans l'autre" n'est finalement jamais drôle et est souvent embarrassant. Voilà encore une comédie française à ranger au rayon des ratages, une de plus.