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samedi 2 novembre 2019

Venise n'est pas en Italie (2019)


On a tout lieu de se lamenter sur l'état actuel de la comédie française. A-t-elle changé à ce point, que seuls ses représentants les moins fins (je suis sûr que des noms vous viennent à l'esprit) décrochent la timbale, en termes d'audience ? Ou fais-je partie de ces nostalgiques d'un "avant" enjolivé ? Ivan Calbérac a déjà eu droit à un article sur ce blog pour "Irène", gentille comédie romantique menée par Cécile de France. Cette fois, c'est "Venise n'est pas en Italie", adaptation de son propre roman, qui, malgré une presse favorable, ne reçut pas le succès public attendu. 

Emile a une drôle de famille. Entre sa mère, qui vend des paniers bio et lui décolore les cheveux pour qu'il soit plus beau et son père, qui chante fort au volant et joue les VRP, ce drôle de clan vit en caravane en attendant que la construction de la maison familiale puisse avancer. 
Parce que la fille qui le fait craquer, au collège, l'invite à la voir en concert, à Venise, Emile se retrouve sur la route, avec cette encombrante famille dont il a parfois honte. Commence alors un drôle de voyage en caravane. 

Vous l'aurez compris, c'est à un road-movie familial qu'on a affaire ici. "Venise n'est pas en Italie" n'est pas le premier du genre mais il faut bien avouer qu'il ne démérite pas. Aussi étonnant que cela paraisse, cette comédie familiale est bien plus drôle que nombre de films français sur le même créneau. Je songe évidemment à certains films qui drainèrent dans les salles des millions de nos concitoyens, sans me tirer un éclat de rire (mais je suis peut-être un monstre froid, allez savoir). 

Même si ce n'est pas un grand film, "Venise n'est pas en Italie" a pour lui une chaleur qui fait du bien. Irène", par exemple : il ne fait pas rire aux dépens de ses personnages (le travers de nombre de comédies, si vous voulez mon avis), mais rend ceux-ci attachants autant qu'ils peuvent se montrer agaçants. A l'image d'Emile, le spectateur est d'abord agacé par la fantasque famille menée par Benoît Poelvoorde, puis s'attache à elle. Joli tour de force, si vous voulez mon avis. Avec cette petite comédie, Ivan Calbérac confirme ce qu'on avait déjà perçu dans "Irène" et "Une semaine sur deux (et la moitié des vacances scolaires)" : il aime ses personnages et sait les faire aimer du public.

Doté d'un réel équilibre et porté par des comédiens convaincants (Benoît Poelvoorde touche ici l'un de ses meilleurs rôles depuis longtemps et les jeunes acteurs du casting pourraient en remontrer à quelques acteurs plus installés), "Venise n'est pas en Italie" est une bonne surprise. Pour une comédie française, c'est étonnant. Même s'il ne s'agit pas d'un film incontournable, "Venise n'est pas en Italie" méritait mieux que le sort qui fut le sien lors de sa sortie dans les salles obscures. Grâce à ses personnages et à la façon dont le réalisateur les traite, ce long métrage porte une chaleur et une sincérité salutaires.



mercredi 23 janvier 2019

Le grand partage (2015)


Quel est le secret d'une comédie ? Pourquoi, des décennies plus tard, "Les aventures de Rabbi Jacob" continue à faire rire en évoquant des sujets graves, alors que "Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?" finira (je prends les paris) par être oublié ? Telle la potion magique des albums d'Astérix, ces films qui traversent le temps disposent sans doute d'un ingrédient secret. Si vous voulez mon avis, il serait temps de remettre la main sur ce composant, ne serait-ce que pour lutter contre la morosité ambiante.  En voulant traiter d'un sujet grave, à savoir le mal-logement, Alexandra Leclère, dont j'avais déjà peu goûté "Garde alternée", nous a proposé juste avant "Le grand partage". 

Il fait froid, cet hiver à Paris, tant et si bien que le gouvernement décide d'imposer à ceux qui ont de la place chez eux d'héberger un ou plusieurs sans-abri. Alors, forcément, dans l'immeuble cossu où cohabitent déjà difficilement la famille Dubreuil (des bourgeois étriqués et peu épanouis) et les Bretzel (des bobos donneurs de leçon qui feraient bien de balayer devant leur porte), ça ne va pas se passer sans mal. Sans compter la concierge, militante d'extrême-droite, qui voit les nouveaux arrivants d'un mauvais œil.


Inutile de tourner autour du pot. Si vous avez vu la bande-annonce (d'ailleurs présente en bas de cet article), les scènes les plus drôles du film s'y trouvent : cela donne une idée de l'ensemble. A l'image de "Garde alternée" et de pas mal d'autres comédies (souvent françaises, il faut le reconnaître), "Le grand partage" donne l'impression qu'il a été produit sur la base de sa situation initiale, sans souci du traitement de celle-ci. C'est bien joli, d'avoir un postulat de base, mais il faut en faire quelque chose et la simple confrontation de personnages et de points de vue différents ne suffit pas forcément à générer les étincelles comiques attendues.

Pour le coup, donc, l'élément perturbateur n'est pas suffisant pour faire tourner le moteur de la comédie. C'est souvent le cas, mais en ce qui concerne "Le grand partage", c'est particulièrement flagrant. Représentatif - hélas ! - d'une grosse partie de la comédie française, ce film se contente du minimum syndical et compte faire rire avec des mécanismes éculés et franchement pas drôles.


On pourra se lamenter de retrouver certains acteurs dans pareil film :  Patrick Chesnais et Karin Viard, par exemple, gâchent leur talent dans ce film. Jackie Berroyer, Michel Wuillermoz, Didier Bourdon et Valérie Bonneton récidiveront dans "Garde Alternée". J'ai tendance à penser qu'ils savent ce qu'ils font et aurais donc peu d'indulgence, pour une fois, pour le casting de cette pantalonnade pataude.

Souvent balourd et jamais drôle, "Le grand partage" porte haut une forme de vulgarité vis-à-vis de ses personnages. Aucun d'entre eux n'est sympathique ni n'attire l'empathie. On peut en dire autant du film.









samedi 2 juin 2018

Garde alternée (2017)


Un mari, une femme, une maîtresse : on ne compte plus le nombre d'intrigues tressées autour de ce trio infernal, au théâtre, en littérature ou au cinéma. Les traitements furent si multiples qu'on pourrait penser que le filon est épuisé. Mais non, il reste des scénaristes pour exploiter le triangle amoureux. Récemment, c'est sous l'angle de la comédie qu'Alexandra Leclère (qui avait précédemment réalisé "Le grand partage") utilisa ce grand classique. Mal lui en prit, puisque "Garde alternée" ne reçut que peu de succès en salles.

Jean et Sandrine sont mariés depuis quinze ans et deux enfants. Un jour, Sandrine découvre, en fouillant le téléphone de son mari, que Jean a une maîtresse. Passée la colère, elle fait la connaissance de Virginie, sa rivale, et comprend vite ce chez elle qui a fait craquer Jean. Toutes deux décident finalement d'un nouveau fonctionnement : Jean passera alternativement une semaine sur deux dans sa famille et chez sa maîtresse. Le principal intéressé n'est pas au bout de ses peines. 

En visionnant les premières séquences de "Garde alternée", on est rapidement fixé : le film ne fait pas dans la dentelle, ni dans la finesse. Le pitch de base est plutôt gonflé et sa réalisatrice a sans doute pensé qu'il lui fallait donc un traitement qui ne fasse pas dans la demi-mesure. Mais il semble malheureusement qu'une idée un tout petit peu originale ne suffise pas à faire un film, qui plus est dans le registre de la comédie.

Une fois qu'elle a utilisé toutes ses cartouches (et la rafale est de courte durée), Alexandra Leclère ne sait visiblement plus trop quoi faire de son sujet. C'est donc à de nombreux allers-et-retours que le spectateur est contraint d'assister, le scénario ayant visiblement été bricolé sans grand souci de vraisemblance, ni de cohérence. Souvent embarrassant, rarement drôle, "Garde alternée" fait beaucoup songer à "Sept ans de mariage", dans lequel Didier Bourdon connaissait déjà les affres de l'usure du couple. 

Si les réserves que l'on peut avoir sur Didier Bourdon, visiblement cantonné à des rôles donnant dans le même domaine, et à Valérie Bonneton, forcée de passer par des scènes outrancières pour tenter d'arracher un sourire au spectateur, le reste du casting fait peine à voir. On est  bien embêté de voir des acteurs comme Michel Wuillermoz, Laurent Stocker ou la délicieuse Isabelle Carré gâcher leur indéniable talent dans cette farce plutôt grasse et pas très drôle.

Pensant sans doute tordre le vieux cliché du triangle amoureux, Alexandra Leclère livre ici un film où les facilités et les clichés abondent, faisant reposer ses effets comiques souvent en-dessous de la ceinture. Le résultat est un film sans intérêt, se voulant drôle, mais s'avérant le plus souvent gênant.


mardi 5 septembre 2017

L'oncle Charles (2012)


Près de vingt ans avant "L'oncle Charles", Etienne Chatiliez (encore auréolé du triomphe de "La vie est un long fleuve tranquille") avait donné à Eddy Mitchell l'un de ses rôles les plus savoureux, avec "Le bonheur est dans le pré". Leurs retrouvailles pouvaient laisser augurer d'une comédie prometteuse, qui marquerait un renouveau dans la carrière de ce réalisateur, en panne depuis plusieurs films. Hélas, après "Agathe Cléry" et "La confiance règne", ce fut à nouveau l'échec : "L'oncle Charles", son dernier film, reste son moins bon score au box-office.

En Nouvelle-Zélande, le riche Charles Doumeng apprend qu'il n'a plus beaucoup de temps à vivre et met tout en oeuvre pour retrouver sa sœur perdue de vue depuis cinquante ans, en France. Flairant le pactole, Corinne, clerc de notaire peu portée sur l'honnêteté, incite sa sœur adoptive, Louise, à se faire passer pour la nièce de Charles et lui compose une famille parfaite. Malheureusement pour les deux complices, l'oncle découvre rapidement qu'il a été victime d'une erreur de diagnostic et qu'il va bien. Ravi de se découvrir une famille, il débarque en France pour rendre visite à ceux de son sang. Les choses se compliquent...

A lire le résumé que je viens de vous faire, on pourrait penser qu'on va avoir affaire à une comédie avec des quiproquos, des malentendus et des portes qui claquent. Ce fut sans doute l'intention initiale qui présida à l'écriture de l'histoire (scénarisée par Florence Quentin, la complice de toujours d'Etienne Chatiliez). Comme souvent, lorsque ce tandem est aux commandes d'un film, est ajoutée une dose de mensonge, pierre fondatrice de plusieurs des films de Chatiliez. L'échange d'enfants de "La vie est un long fleuve tranquille" ou l'imposture du "Bonheur est dans le pré" est ici celle de deux "sœurs" dépassées par leur mensonge. On pouvait donc espérer un peu de cynisme et de mordant, on est - hélas ! - dans la comédie pataude. 

Rarement drôle, "L'oncle Charles" se contente d'aligner les séquences, au film d'un scénario plutôt idiot, où ne transparaît jamais la patte "Chatiliez". Après un démarrage laborieux qui peine à mettre en place l'intrigue et les personnages, sans qu'on s'attache à eux, la résolution est toute aussi poussive, voire téléphonée. L'acidité qu'on aurait pu espérer est vite délayée dans une histoire sans aucun intérêt. 
Et ce n'est pas du côté des interprètes que viendra le salut : qu'il s'agisse d'Eddy Mitchell, visiblement peu convaincu, d'Alexandra Lamy (dont on cherche désespérément pourquoi elle squatte le cinéma français) ou de Valérie Bonneton, absolument pas crédible dans son rôle, le casting fait le minimum syndical, jouant souvent faux une partition qui sonne creux. 

Si vous avez aimé le Chatiliez des premiers films (ceux cités plus haut, mais également "Tanguy" ou "Tatie Danielle"), vous risquez fort d'être déçu(e)s avec cet opus, ne nous leurrons pas. C'est à se demander où est passé le mordant de ce réalisateur.