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dimanche 23 avril 2017

Sing Street (2016)


Je ne suis pas persuadé qu'une affiche énumérant les critiques dithyrambiques suffise à assurer le succès d'un film. Dans le cas de "Sing Street", film musical irlandais sorti l'an dernier, l'affiche en question  débordait presque des louanges faites à ce film. Hélas, ce sont moins de 100 000 spectateurs qui se déplacèrent pour aller voir et écouter l'histoire de ce petit groupe de rock, dans les années 1980, à Dublin. Pour le coup, la promotion pourrait être qualifiée de mauvais calcul. Était-ce pour autant mérité ?

Elle n'est pas facile pour Conor, la vie, en ce moment. Ses parents sont sur le point de se séparer et il doit incorporer un nouveau lycée, où il doit affronter l'autorité des pères religieux et la violence de ses camarades de classe.
Pour séduire Raphina, une étrange fille, de l'autre côté de la rue, il s'invente membre d'un groupe de rock. Il ne lui reste plus qu'à monter ce groupe... Et si la musique était la solution à tous ses problèmes ?

Comédie sociale et musicale, "Sing Street" est avant tout un film irlandais et, sans afficher cette étiquette ostensiblement, porte une identité marquée. Loin des clichés qui auraient pu lui être fatals et se démarquant de son parent proche, la comédie sociale britannique, ce film attachant a beaucoup du feelgood movie (on en sort regonflé à bloc) sans pour autant sombrer dans la mièvrerie. John Carney, dont c'est ici le huitième film (il va falloir que je m'intéresse à ses autres réalisations) impose sa touche, humaine et humaniste.

Les acteurs qui portent "Sing Street", pour la plupart inconnus et/ou débutants (hormis Aidan Gillen, le Littlefinger de "Games of Thrones") sont tous épatants. Avec ses faux-airs de Harry Potter perdu dans le monde réel, et découvrant la magie de la musique, Ferdia Walsh-Peelo, dont c'est le premier rôle, réussit à embarquer le spectateur dans son aventure, avec un talent remarquable. Autour de lui, les jeunes interprètes font montre d'une sincérité et d'un enthousiasme touchant et dont certains acteurs reconnus feraient bien de s'inspirer. 

La bande originale, cela s'imposait, est tout à fait remarquable : les hits des années 80 (vous savez, la décennie tant décriée, qui finalement revient dans les bonnes grâces de ceux qui la vécurent) sont judicieusement choisis et habilement utilisés. Mais, cerise sur le gâteau, les morceaux composés pour le film sont d'une grande qualité et portent une énergie salvatrice.

Feel-good movie puissant parce qu'il pose ses racines dans les fêlures de ses protagonistes et de leur environnement, "Sing Street" aurait mérité une audience plus large. Avec sa bande originale remarquable et ses personnages profondément touchants, ce film vaut largement qu'on s'y attarde.

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2017, dans la catégorie "Un feelgood movie"


jeudi 11 février 2016

Je suis mort mais j'ai des amis (2015)


Alors que son tout récent "Les premiers les derniers" est à l'affiche, il m'a paru intéressant d'évoquer un des films où apparaissait récemment Bouli Lanners, acteur pas assez connu (et reconnu) à mes yeux. Mis en scène par Guillaume et Stéphane Malandrin, "Je suis mort mais j'ai des amis" promettait un esprit rock'n roll (à tous les sens du terme) trop souvent absent des long métrages actuels. Sans doute ce film franco-belge était il trop atypique, puisqu'il ne draina pas les foules lors de sa sortie.

Ce n'est pas parce qu'on est quinquagénaire qu'il faut ranger les guitares électriques et cesser de suivre le rock'n roll way of life. 
Ce n'est pas parce que le micro rend l'âme qu'il faut arrêter de chanter. 
Ce n'est pas parce que le chanteur du groupe meurt dans un accident bête qu'il faut renoncer à une tournée américaine. 
Ce n'est pas parce que ses amis découvrent qu'il avait un amant depuis plusieurs années qu'il faut être déçu.
Quand on est rockers et amis, c'est pour la vie.

Dès les premières scènes de "Je suis mort mais j'ai des amis", le ton est donné : le groupe dont il est question est de ceux qui jouent au fond des bars, éclusent des litres de bière et sont soudés comme on l'est rarement. Ceux-là ne rempliront jamais les grandes salles ou les stades, mais resteront authentiques toute la vie, voire même après, puisque c'est le propos du film. Après la mort idiote de leur leader et chanteur, les membres survivants entraînent le spectateur dans une épopée digne des Pieds Nickelés.

Pour filmer cette odyssée faite de bric et de broc, Stéphane et Guillaume Malandrin ont choisi de filmer à hauteur d'homme, au plus près de leurs héros. Malgré un scénario qui paraît parfois improvisé et absurde (mais ce critère est ici hors de propos), on se surprend à accrocher à cette fable rock'n roll, tout sauf sérieuse, mais traitant de sujets profonds. On rit souvent, on est ému également, bref : "Je suis mort mais j'ai des amis" provoque des réactions du côté du myocarde et des zygomatiques. Nombre de films dont le budget paraîtrait pharaonique au regard de celui de ce petit film franco-belge ne peuvent se targuer de produire cet effet.

Mais le plus enthousiasmant dans "Je suis mort mais j'ai des amis" reste sa distribution : qu'il s'agisse du formidable Bouli Lanners, de Wim Willaert (que ce film m'aura permis de découvrir), de Serge Riaboukine (décidément trop rare), de Lyes Salem ou de Jacky Lambert, tous sont épatants de naturel et d'énergie. Souvent, c'est l'élan qu'ils suscitent qui confère de l'intérêt au film. Malgré leurs travers, leurs caractères, on apprend vite à aimer ces personnages, profondément humains et sans doute inspirés par de vrais rockers rencontrés ça et là.

Alors, malgré l'impression de bricolage qu'il laisse souvent, l'énergie et l'humanité de "Je suis mort mais j'ai des amis" sont communicatives, en grande partie grâce à ses interprètes. Enfin, cerise sur le gâteau, la bande originale est à la hauteur (un film qui permet d'entendre les Olivensteins ne peut être forcément mauvais).