mercredi 13 février 2013

Demain j'arrête

Une fois de plus, je vous livre une petite nouvelle, concurrente malheureuse (mais pas tant que ça, finalement, l'essentiel étant de participer, pas de gagner) au concours organisé par le festival de science-fiction de Roanne
Le thème de la compétition était très ancrée dans l'actualité du mois dernier (fin du monde oblige), puisqu'il fallait y répondre à la question : "Après la fin, quel début ?"
Ce concours-là avait, en plus de son thème, une contrainte supplémentaire, puisque les textes ne devaient pas dépasser les 777 mots. C'est peu, vous en conviendrez (à peu près la taille d'un billet "cinéma" de ce blog), et cela rendait l'exercice d'autant plus intéressant.
Voici donc mon (petit) texte. Bonne lecture !


A l’appel du Grand Patron, nous nous étions tous retrouvés au sommet.
La chose était suffisamment rare pour susciter les inquiétudes. La dernière fois que pareil conclave avait eu lieu, plusieurs d'entre nous y avaient laissé des plumes.
Certes, on se doutait bien qu’il allait se passer quelque chose, qu’une annonce d’ampleur serait faite.Mais le Big Boss a pris tout le monde de vitesse, sur ce coup là.
- J’ai pris une décision : on met fin au projet « Humanité ».
Nous nous sommes tous regardés, estomaqués. Personne n’osait prendre la parole, on aurait entendu un chérubin voler.
- Bien. Je prends votre silence pour un assentiment.
C’est Paul qui a osé prendre la parole le premier :
-C’est une décision irrévocable, Votre Grandeur ?
- Oui. Hors de question de leur laisser une dernière chance, comme avec l’opération « Déluge ». Je me suis fait rouler une fois, ça va comme ça.
De nouveau, le silence s’abattit. Autour de la table, chacun d’entre nous mesurait les conséquences de cette sentence. Parce qu’il savait ce qui se passait sous nos crânes, Il a ajouté :
- Je conçois ce que cela représente pour vous tous…des années de travail et d’effort réduites à néant. Mais, très franchement, je préfère qu’on arrête tout maintenant plutôt que de voir la suite de cette expérience…
Il a continué :
- J’endosse l’entière responsabilité de cette décision. Vous n’avez rien à vous reprocher, vous avez tous très bien travaillé. D’ailleurs, j’ai quantité d’autres projets bien plus motivants à vous proposer à tous.
J’ai levé la main et ai pris la parole :
- Ne peut-on en préserver quelques-uns ?
- Ah...mon généreux Samuel, a-t-Il répondu, en souriant. Penses-tu sincèrement qu'ils aient appris de tout ce qu’ils ont traversé, jusqu’à présent ?
En secouant la tête négativement, j’ai tenté d'argumenter :
-Je sais qu’ils retombent systématiquement dans leurs pires travers, mais ils ont quand même quelques actes positifs à leur crédit...
- Si peu…et, chaque fois, ils réussissent à en faire un moyen de se détruire. Tiens, la religion, par exemple. C’était sensé les guider vers le Bien, si tu te souviens. Résultat : ils se sont trucidés par milliers parce que leur Dieu était meilleur que celui du voisin.
- Pensez à leurs belles initiatives !. L’art, par exemple ! ….
- Ne me dis pas ce que j’ai à faire, Samuel !
Il avait haussé le ton, brutalement.
Je me suis tassé sur mon siège, tandis que des éclairs jaillissaient de ses yeux.
- J’arrête l’expérience... c'est acté.
- Vous avez une préférence quant à la méthode ? On fait comme la dernière fois, avec les dinosaures ? a demandé Raphaël.
- Non, je préfère qu’on agisse de façon moins tapageuse. Et puis, les autres espèces n’ont pas mérité de faire partie des dommages collatéraux. Nous allons leur envoyer une jolie pandémie bien dévastatrice…
- Oh oui, un virus…j’adore l’idée ! a flagorné Matt.
- Je vous laisse régler les détails, mais je veux un truc propre, net, sans bavures, a-t-Il conclu, avant de prendre congé. 

Les Mayas avaient tout faux, avec leur calendrier.
La fin du monde n'a pas eu lieu le 21 décembre 2012.
Tout s'est terminé treize jours avant.

Un virus particulièrement féroce a surgi de nulle part et s'est répandu sur toute la surface du globe. En quelques jours, on a dénombré les premières victimes. Le mois suivant, la maladie était partout, terrassant ceux qui étaient atteints en une poignée d'heures. Les gouvernements eurent beau déclarer la loi martiale, mettre en place tous leurs systèmes de sécurité, rien n'y fit : l'humanité succomba devant un ennemi haut de quelques nanomètres.
Les années passèrent, puis les millénaires.
Je retournais sur Terre, de temps à autre, pour contempler ce qui subsistait de ce projet fou. Les espèces qui avaient survécu à l'homme s'emparèrent de la place laissée vacante. Je parcourais les jardins, les musées, désormais déserts. Et puis, un beau jour, après quelques siècles d'absence, je vins m'abîmer dans la contemplation d'une toile dont j'ai oublié l'auteur.
Je restai des heures, à contempler les teintes épargnées par les âges, avant de réaliser que je n'étais pas seul. Je me retournai. Derrière moi, deux êtres à la peau grise, se tenant par la main, fixaient le tableau. Je me suis éclipsé avant qu'ils ne remarquent ma présence.
 Je n'ai jamais su d'où ils venaient et quels vents les avaient poussés là. Je crois qu'ils y sont toujours, et ont été les premiers d'une nouvelle ère. Je ne suis pas revenu sur Terre depuis, mais je sais que là-bas, quelque chose a recommencé...


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