lundi 5 septembre 2016

Les premiers les derniers (2016)



Le cinéma belge a déjà donné lieu, dans ces colonnes, à quelques billets consacrés à de jolies surprises, bonnes ou mauvaises. Mais le fait est qu'il se passe des choses intéressantes, sur les écrans du plat pays. Bouli Lanners, en début d'année, nous a proposé un étrange film, "Les premiers les derniers", où il tenait le haut de l'affiche aux côtés d'Albert Dupontel. L'affection que je porte à ces deux acteurs est telle que je ne pouvais passer à côté de ce film qui, malgré quelques belles critiques, ne rencontra pas son public dans les salles obscures.

Cochise et Gilou, accompagnés de leur chien, sont chasseurs de primes et ont pour mission de retrouver un téléphone portable, volé à un homme qu'on devine très important. Dans une région désolée, où la fin du monde semble plus qu'une éventualité, les deux hommes vont croiser le chemin de deux gosses perdus et abîmés par la vie, de dangereux malfrats prêts à tout, de vieillards honorables à l'orée de leurs vies, d'un prophète, d'une femme courageuse...et n'en sortiront pas intacts.

Étrange film que ce "Les premiers les derniers", sous des cieux qui témoignent de la fin d'un monde, ou de la proximité d'un cataclysme. Est-ce aujourd'hui, est-ce un demain tout proche ? Toujours est-il que le décor dans lequel évoluent les protagonistes, magnifiquement photographié, peut donner la chair de poule. Il est beaucoup question de mort, dans ce film sombre, mais aussi de renouveau, à bien y réfléchir. Le voyage qu'entreprennent les héros de ce film a beaucoup de la marche funèbre, du deuil à accomplir, d'une renaissance à entrevoir. Dans ce voyage tout intérieur, il est aussi question de religion, même si le Jésus convoqué par Bouli Lanners est du genre à multiplier plus les balles que les petits pains. Bref, vous l'aurez compris : c'est une quête intime à laquelle s'attaquent Cochise et Gilou.

L'interprétation sans faille est un des points forts de ce film de fin d'un monde : qu'il s'agisse du grand Bouli Lanners (que j'apprécie de plus en plus), d'Albert Dupontel (tout en puissance retenue, impeccable une fois de plus), ou de ceux qui les accompagnent, le casting de "Les premiers les derniers" est irréprochable : de Serge Riaboukine à Lionel Abelanski (qui gagne décidément à être bien employé), en passant par les jeunes Aurore Broutin et David Murgia, les acteurs sélectionnés par Bouli Lanners pour son film incarnent avec force et sensibilité des personnages qu'on n'oublie pas. On notera également la présence de l'immense Michael Lonsdale, impérial, ainsi que celle de Max Von Sydow (oui, vous avez bien lu), dans un rôle inattendu, mais décisif.

Western crépusculaire sur fond de monde en déliquescence, "Les premiers les derniers" a cependant un goût d'inachevé, qui l'empêche d'être aussi réussi qu'on aurait voulu. Quelques moments de creux dans l'histoire, qui peuvent donner au spectateur le temps de réfléchir, mais aussi de faire baisser la tension. Laissant au spectateur cette respiration, Bouli Lanners prend le risque de le perdre en cours de route. Néanmoins, ces petites baisses de régime mises à part, "Les premiers les derniers" est une réussite indéniable, sur le fond autant que sur la forme. Il est dommage que le public n'ait pas suivi Cochise et Gilou dans leur quête de rédemption...







12 commentaires:

  1. Le casting a très belle gueule, le film lui est fascinant par instants, original pour le moins, alors oui malgré 2/3 légères baisses de régime comme tu le soulignes justement, cette histoire sur l'errance mérite le voyage.
    Von Sydow !! Chapo :-)

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    1. Nous sommes tout à fait d'accord sur ce chouette film, à qui l'on pardonnera ses quelques faiblesses.
      Merci du passage, Ronnie.

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  2. J'aime bien Bouli Lanners. Je suis curieuse de voir ce film...

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    1. Je lirai un éventuel billet à son sujet avec grand plaisir, comme toujours Chonchon.

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  3. L'un de mes préférés des crus 2016 ! Je suis totalement tombé sous le charme de ce décor mystérieux et cendré, de ces personnages presque mystiques. Je suis d'accord avec ta chronique, même si ce "goût d'inachevé" que tu décris fait parti de la puissance de ce film je trouve ^^

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    1. Un bon millésime, effectivement, et qui reste à l'esprit longtemps, avec son goût de cendre.
      Merci de ton passage, Max.

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  4. Oooh Max Von Sydox ?? Wow tout de même...

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  5. Quel plaisir de voir une chronique positive sur ce film en ces lieux ! Merci pour lui, Laurent !

    J'ai vu "Les premiers, les derniers" deux fois, l'une parce que j'en avais envie, l'autre parce que je l'ai présenté lors d'une soirée de mon asso. Je dois dire que je l'ai mieux compris (et apprécié) la seconde fois. Il y a des choses dures, dans ce film, mais quelle humanité également ! Bouli Lanners est vraiment fort pour ce juste mélange. Je l'aime de plus en plus, pour être honnête.

    Et quel casting, mes aïeux, quel casting !

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    1. Je pense que je le reverrai prochainement, pour encore mieux le savourer...et apprécier les baisses de régime que je pointe.
      Et tu as raison : quel casting !

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  6. J'ai eu la chance de voir Bouli Lanners et Michael Lonsdale à la Cinematek de Bruxelles, deux acteurs que j'apprécie particulièrement. Et si j'ai toujours eu beaucoup de sympathie pour l'ami Bouli, le réalisateur qu'il est ne m'a pas toujours totalement convaincue. Disons que les intentions étaient bonnes mais qu'il y avait toujours quelques moments à vide. Mais rien de tel avec ce dernier film, où il s'est surpassé. C'est selon moi son meilleur film à ce jour, et il le reconnait bien volontiers lui-même. Il nous confiait d'ailleurs qu'il avait eu l'impression de terminer un cycle avec ce film, et qu'il allait commencer autre chose. L'avenir nous le dira. Merci en tout cas pour cette chronique d'un film qui me tient à cœur :)

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    1. Une chose est sûre : ce film marque ceux qui l'ont vu...et m'a fait apprécier encore plus Bouli Lanners.
      Merci de ton passage, Sentinelle.

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