vendredi 18 octobre 2019

Postman (1997)



En matière d'échec public, "Postman" est une référence. Deuxième réalisation de Kevin Costner (qui le produisit et s'attribua le premier rôle), ce film fut hué par les critiques et boudé par les spectateurs lors de sa sortie. Il arrive cependant que certaines œuvres, vilipendées lors de leur production, gagnent à vieillir : après des années d'hésitation, j'ai franchi le pas et ai décidé de visionner "Postman". S'agissait-il de la catastrophe annoncée ?

2013 : l'apocalypse a eu lieu et a laissé une Terre ravagée où quelques communautés tentent de survivre. Un homme, seul, tente de survivre en traversant ce qui fut autrefois les Etats-Unis. Bien qu'il évite le contact des communautés qui se sont développées, il va être enrôlé malgré lui dans l'armée des Hollnistes, s'évader et, presque par hasard, parce qu'il a trouvé refuge près de la dépouille d'un postier, devenir celui qui recrée le lien entre les survivants.

Couronné d'un paquet de Razzie Awards, "Postman" paracheva la chute de Kevin Costner, en tant que réalisateur, pourtant oscarisé et célébré pour "Danse avec les loups". En adaptant le roman de David Brin, l'interprète d'Elliot Ness et de Robin des Bois, échoua et commença une longue traversée du désert. Si aujourd'hui, on savoure son retour dans des rôles parfois secondaires, la fin du siècle précédent le vit aux commandes de films à gros budget, bâtis uniquement sur son nom. 

Pendant terrestre de "Waterworld", auquel il ressemble beaucoup (à moins que ce ne soit l'inverse) dans sa première partie, "Postman" suit une fois encore la trajectoire d'un héros solitaire, devenant presque malgré lui un héros (oui, encore, c'était une manie chez Costner, à l'époque).

Curieux film que ce "Postman", qui concentre ses références sur l'histoire américaine (et se prive à l'occasion du public hors Etats-Unis). Long (trois heures) et souvent contemplatif, il contient plusieurs chapitres inégaux, dont certains auraient pu être raccourcis, parce qu'ils n'apportent pas grand chose au film. En enlevant des scènes inutiles, qui n'ont finalement pas grand chose à voir avec le propos du film, "Postman" aurait sans doute gagné en rythme. Cela n'aurait pas aidé cette histoire à gagner en profondeur, tant Costner s'entête à s'égarer dans des intrigues secondaires sans intérêt (la pseudo-romance du héros, par exemple). Sabordant son film, le réalisateur-interprète principal livre au public un produit bancal, malgré quelques bonnes idées.

En jugeant aujourd'hui de la performance des acteurs, on peut trouver la sanction des Razzie Awards bien cruelle (ce ne serait pas la première fois, cela dit). Costner, certes plus inspiré dans son rôle de réalisateur que dans celui du personnage principal, porte en lui une vraie sincérité, frôlant même parfois la naïveté. Face à lui, Will Patton, en méchant de service, ne s'en sort pas si mal : on a vu des bad guys plus caricaturaux, surtout à l'époque. 

Malgré quelques scènes intéressantes, c'est surtout la déception et l'ennui qui l'emportent. Ennui, parce que le film est trop long et accumule les moments inutiles. Déception, parce qu'en plus de rater cette adaptation, Kevin Costner causa sans doute lui-même sa chute. La rédemption vint plus tard, nous le savons maintenant.





8 commentaires:

  1. Très vague souvenir de ce film et de "Waterworld" qui, effectivement, avaient pas mal déboulonné le mythe naissant de Costner à l'époque. Depuis, il n'est plus si cool d'appeler son fils Kevin... ;-)

    Blague à part, mes souvenirs sont vraiment trop flous pour que je puisse formuler un avis précis. Mais c'est certain qu'après le superbe "Danse avec les loups", on attendait tous bien mieux de l'acteur-réalisateur. Peut-être vaut-il mieux qu'il se concentre sur l'une des deux fonctions pour donner la pleine mesure de son talent...

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    1. J'ai une vraie affection pour Kevin Costner et ses dernières apparitions (je songe à "The Highwaymen" ou "The company men", par exemple) m'ont fait plaisir.
      Merci de ton passage, Martin !

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    2. Je n'ai pas vu "The highwaymen", mais il était très bien dans "The company men", c'est vrai (et c'est un beau film, au demeurant).

      Il était bien aussi dans "Les figures de l'ombre". As-tu eu l'occasion de le voir, finalement ?

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    3. Oui, il est très bien aussi dans "Les figures de l'ombre", très recommandable film au passage.

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  2. On a vu bien pire, The Postman reste pour ce qui me concerne un relatif bon divertissement, loin du film du siècle j'en conviens. ;-)

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    1. En le visionnant, je craignais pire, tout en espérant mieux. Mais il n'a finalement rien de honteux. Comme tu le dis, on a vu pire (et j'ai des noms !)
      Merci d'être passé, Ronnie !

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  3. Un texte qui me donne envie de me mettre sur les trace de Costner mal-aimé, j'avoue.
    J'avais plutôt entendu du bien (enfin du "pas trop mauvais" à vrai dire) sur "The Postman", mais je ne l'imaginais pas si long !
    Costner aura marqué le cinéma surtout pour ses westerns, "danse avec les loups" bien sûr, mais aussi le très bon "Open range" que je prends toujours grand plaisir à revoir.

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    1. Il faudra qu'un jour, je consacre un billet à "Open Range" : il le mérite bien. Merci d'être passé, Prince...

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