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mardi 9 mars 2021

Jakob le menteur (1997)

 

Le cinéma a mis longtemps à aborder de façon frontale la Shoah, préférant souvent des angles d'approche plus indirects. Il aura fallu "La liste de Schindler" pour qu'enfin, les studios osent mettre en images la Solution Finale. En nous proposant un remake d'un film éponyme, lui-même adapté d'un roman de Jurek Becker, Peter Kassovitz ne reçut pas l'audience espérée, avec "Jakob le menteur". Pourtant, la présence de Robin Williams en tête d'affiche aurait pu suffire. Avons-nous raté un grand film ?

Deuxième Guerre Mondiale : dans le ghetto de Varsovie, enfer sur Terre, on survit tant bien que mal. Parce qu'il a tardé à rentrer chez lui à l'heure du couvre-feu, Jakob doit s'expliquer à la Kommandantur. Là, il entend à la radio que l'Armée Russe s'approche. De retour parmi les siens, il raconte ce qu'il a entendu. Le bruit court, dans le ghetto, que Jakob a une radio. Alors, parce qu'il distille malgré lui un espoir qu'il n'a plus, Jakob va mentir, et se prendre au jeu, jusqu'à ce que la situation lui échappe.

Remake d'un film germano-tchécoslovaque de 1975, "Jakob le menteur" mit du temps à prendre forme. Le projet, cher au cœur de Peter Kassovitz, put démarrer lorsque le grand Robin Williams, sous l'impulsion de son épouse, accepta d'y prendre part. On imagine la déconvenue de l'équipe lorsqu'à sa sortie, l'échec fut au rendez-vous. En le revisionnant aujourd'hui, on ne peut que regretter cet échec, tant le film ne déshonore pas et vieillit plutôt bien.

C'est avant tout un sentiment d'injustice que l'on ressent en visionnant ce film : s'il n'a pas la force de "La liste de Schindler" (et n'y est finalement pas comparable, ne serait-ce que par son angle d'attaque), "Jakob le menteur" est, au moins, aussi fort que "La vie est belle", et souvent plus réussi. C'est en grande partie à son interprète principal, toujours en équilibre entre la drôlerie et la tragédie, qu'il doit cette réussite. Grâce à Robin Williams, on oublie les quelques errements d'un scénario qui fait parfois du sur-place. Si le film aurait sans doute gagné en impact en étant un peu moins long, il reste doté d'une sensibilité remarquable.

Aux côtés du grand et regretté Robin Williams, on appréciera les prestations d'Armin Müeller-Stahl (qui était déjà au casting du film original, de Liev Schreiber (à mille lieues de ses prestations récentes), d'Alan Arkin ou de la petite Hannah Taylor-Gordon. Sobres, humains, ils sont tous émouvants sans pousser le spectateur vers l'ornière du pathos. 

Parfois maladroit, souvent émouvant, toujours tragique, "Jakob le menteur" me semble se bonifier avec les années. La présence en tête d'affiche de Robin Williams est sans doute pour beaucoup dans ce jugement favorable, mais la réalisation est également une grande réussite, pour ce film qui aurait sans doute mérité plus de lumière et de succès à sa sortie. 



vendredi 18 octobre 2019

Postman (1997)



En matière d'échec public, "Postman" est une référence. Deuxième réalisation de Kevin Costner (qui le produisit et s'attribua le premier rôle), ce film fut hué par les critiques et boudé par les spectateurs lors de sa sortie. Il arrive cependant que certaines œuvres, vilipendées lors de leur production, gagnent à vieillir : après des années d'hésitation, j'ai franchi le pas et ai décidé de visionner "Postman". S'agissait-il de la catastrophe annoncée ?

2013 : l'apocalypse a eu lieu et a laissé une Terre ravagée où quelques communautés tentent de survivre. Un homme, seul, tente de survivre en traversant ce qui fut autrefois les Etats-Unis. Bien qu'il évite le contact des communautés qui se sont développées, il va être enrôlé malgré lui dans l'armée des Hollnistes, s'évader et, presque par hasard, parce qu'il a trouvé refuge près de la dépouille d'un postier, devenir celui qui recrée le lien entre les survivants.

Couronné d'un paquet de Razzie Awards, "Postman" paracheva la chute de Kevin Costner, en tant que réalisateur, pourtant oscarisé et célébré pour "Danse avec les loups". En adaptant le roman de David Brin, l'interprète d'Elliot Ness et de Robin des Bois, échoua et commença une longue traversée du désert. Si aujourd'hui, on savoure son retour dans des rôles parfois secondaires, la fin du siècle précédent le vit aux commandes de films à gros budget, bâtis uniquement sur son nom. 

Pendant terrestre de "Waterworld", auquel il ressemble beaucoup (à moins que ce ne soit l'inverse) dans sa première partie, "Postman" suit une fois encore la trajectoire d'un héros solitaire, devenant presque malgré lui un héros (oui, encore, c'était une manie chez Costner, à l'époque).

Curieux film que ce "Postman", qui concentre ses références sur l'histoire américaine (et se prive à l'occasion du public hors Etats-Unis). Long (trois heures) et souvent contemplatif, il contient plusieurs chapitres inégaux, dont certains auraient pu être raccourcis, parce qu'ils n'apportent pas grand chose au film. En enlevant des scènes inutiles, qui n'ont finalement pas grand chose à voir avec le propos du film, "Postman" aurait sans doute gagné en rythme. Cela n'aurait pas aidé cette histoire à gagner en profondeur, tant Costner s'entête à s'égarer dans des intrigues secondaires sans intérêt (la pseudo-romance du héros, par exemple). Sabordant son film, le réalisateur-interprète principal livre au public un produit bancal, malgré quelques bonnes idées.

En jugeant aujourd'hui de la performance des acteurs, on peut trouver la sanction des Razzie Awards bien cruelle (ce ne serait pas la première fois, cela dit). Costner, certes plus inspiré dans son rôle de réalisateur que dans celui du personnage principal, porte en lui une vraie sincérité, frôlant même parfois la naïveté. Face à lui, Will Patton, en méchant de service, ne s'en sort pas si mal : on a vu des bad guys plus caricaturaux, surtout à l'époque. 

Malgré quelques scènes intéressantes, c'est surtout la déception et l'ennui qui l'emportent. Ennui, parce que le film est trop long et accumule les moments inutiles. Déception, parce qu'en plus de rater cette adaptation, Kevin Costner causa sans doute lui-même sa chute. La rédemption vint plus tard, nous le savons maintenant.





vendredi 30 septembre 2016

Starship Troopers (1997)



S'il est un film de science-fiction voué aux gémonies lors de sa sortie et, depuis, réhabilité par ses amateurs, c'est bien "Starship Troopers". Tiré du roman "Etoiles, garde à vous !" de Robert Heinlein (qui comportait une bonne dose de militarisme), ce film de Paul Verhoeven, à qui l'on devait déjà (à l'époque) le sulfureux "Basic Instinct" ou les très musclés (mais néanmoins non dépourvus de sens) "Total Recall" et "Robocop" a valu à son réalisateur des volées de bois vert lors de sa sortie. Depuis, l'eau a coulé sous les ponts et nombreux sont ses admirateurs. Et si on en parlait ?

Au XXIVème siècle, la Terre, dont les états sont regroupés en une Fédération, comporte deux catégories d'individus : les citoyens, qui consacrent leur existence à la défense de la civilisation, et les autres. Et, justement, cette civilisation est menacée par des arachnides féroces venus du système Klendathu. La Terre est en guerre et ses forces armées sont le dernier rempart contre l'annihilation.

La Terre du futur, vue par Paul Verhoeven a de quoi faire frémir : seuls ceux qui s'engagent pour la défense de la planète ont droit au titre de citoyen, ils sont tous jeunes, beaux et musclés et paradent dans des uniformes qui ne sont pas sans rappeler les heures les plus sombres de notre histoire. Tandis que les spots de publicité scandent leurs hauts faits de gloire, on leur apprend que seule la violence peut résoudre les crises. Evidemment, pris au premier degré, un tel discours peut susciter la levée de quelques sourcils, normalement suivie (pour peu qu'on actionne quelques neurones) d'un regard plus attentif sur le fond, plutôt que sur la forme. Nous sommes devant un film de Paul Verhoeven, pas de Michael Bay, je le rappelle.

De la même façon que son "Robocop" attaquait les problèmes de sécurité de front, "Starship troopers", loin de glorifier la dictature qui règne sur Terre,n'y allait pas avec le dos de la cuillère. Entrecoupant son récit de messages de propagande en faveur d'un régime fasciste, Verhoeven assumait sa réputation, mais fut mal compris, lors de la sortie du film. Encore une fois, avec "Starship Troopers", Paul Verhoeven s'attira les foudres des bien-pensants, de ceux incapables de discerner le fond de la forme, ceux qui ne virent sans doute dans "Fight Club" qu'une apologie de la violence urbaine (ne riez pas, c'est du vécu) et restèrent incapables de regarder plus loin que la surface des choses. Que de jeunes gens aux physiques dignes des feuilletons les plus calibrés que produise la télévision portent haut le flambeau d'une Fédération maniant la manière forte face à un péril mortel est sans doute inconcevable pour certains critiques.

Pourtant, avec les années, on ne peut que constater l'efficacité de "Starship Troopers" (qui a d'ailleurs donné lieu à de suites, notamment au petit écran). A mille lieues du matériau d'origine, le film de Verhoeven reste franchement délectable, tant sur le fond que sur la forme, même s'il accuse quelques longueurs. Ses effets spéciaux n'ont pas trop vieilli (je ne suis pas sûr qu'on puisse en dire autant de tous les films en abusant ces derniers temps) et son propos reste pertinent. On peut le prendre comme un simple divertissement un peu bas de plafond, et dans ce cas passer à côté de la virulent diatribe anti-militariste qu'il est, finalement.

Peu à peu, "Starship Troopers", avec la patine des ans, retrouve la grâce d'un certain public, et représente un sacré pied-de-nez à tous ceux qui le conspuèrent à sa sortie. Rien que pour cela, il mérite d'être revu.


lundi 7 mars 2016

Créatures féroces (1997)


Au cinéma comme dans bien d'autres domaines, certaines alchimies semblent ne fonctionner qu'une fois. Le savoureux "Un poisson nommé Wanda" fut une telle réussite, critique et publique, que son équipe tenta de réitérer avec "Créatures féroces". Las, cet opus ne draina pas autant de spectateurs dans les salles que les précédentes aventures de cette folle équipe. 

Quand le puissant trust de Rod MacCain acquiert le modeste zoo de Marwood, c'est pour en tirer des bénéfices. Il dépêche alors Rollo Lee afin de changer la stratégie d'exploitation du zoo. Puisque le public veut de la violence, ce dernier décide de ne conserver que les animaux les plus féroces. Qu'à cela ne tienne, les employés du zoo, révoltés, décident de lui prouver que tous les animaux, même les plus inattendus, sont de féroces créatures. 



Comme dans le précédent opus, l'histoire contée dans "Créatures féroces", quoique solidement scénarisée (par John Cleese), est surtout un prétexte à de savoureux gags et numéros comiques, porté par des interprètes portant haut le flambeau d'une certaine comédie (au ton so british). C'est avec un plaisir immense qu'on retrouve les joyeux drilles de "Un poisson nommé Wanda" : qu'il s'agisse du très britannique John Cleese, de la divine Jamie Lee Curtis, du survitaminé Kevin Kline (qui tient ici deux rôles), de Michael Palin, et de tous les seconds rôles, s'amusant comme des petits fous à amuser leur public.

C'est un des traits caractéristiques de ce film, comme du précédent méfait de la même bande : un immense respect pour le public, dont les auteurs actuels de comédie feraient bien de prendre de la graine. Ne succombant jamais à l'humour facile et à la tentation de prendre son spectateur pour un idiot, la bande à Wanda fait rire avec talent et avec application, signe d'une autre époque, sans doute. 

Fred Schepisi et Robert Young, les réalisateurs de cette comédie authentique, ont sans doute gardé un goût amer de ce désaveu injuste. Si le premier a continué d'oeuvrer, souvent sans grand succès, malgré un joli curriculum vitae (j'ai évoqué "Words and Pictures", récemment), le second est allé se réfugier du côté du petit écran. Quant aux doux dingues à l'origine du scénario et interprétant cette farce féroce (qui tient aussi de la charge contre une certaine façon de voir l'entertainment), on ne peut que regretter que ce film ait été leur dernier opus de ce genre.

En réunissant peu ou prou les mêmes ingrédients, on ne réussit pas forcément la même recette. En ce qui concerne "Créatures féroces", même si la douce folie de "Un poisson nommé Wanda" n'est pas omniprésente, on aurait cependant apprécié que plus de public visite le zoo. Ses drôles de locataires valaient le détour.






dimanche 22 juillet 2012

Prince Valiant (1997)



Ayant revu récemment « Prince Valiant » (la version de 1997, à ne pas confondre avec celle d'Henry Hathaway, datant de 1954) et en grand amateur de films d'heroïc-fantasy avec des morceaux de chevalerie dedans, je ne sais que penser de ce film. 

Et là, vous devez vous dire, chers lecteurs, que ce billet commence mal. 

C'est pas faux, comme disait l'autre. 

Mettons les choses au point tout de suite : « Prince Valiant » est un film que j'ai désespérément envie d'aimer, mais qui fait tout pour qu'on le déteste. Je vais commencer par ce que j'ai sincèrement aimé dans ce film. Parce que, malgré tous ses défauts, sur lesquels je reviendrai, « Prince Valiant » a moult qualités. 

Tout d'abord, il règne sur ce film un véritable esprit d'aventure et de légèreté. « Prince Valiant », tout chevaleresque qu'il soit, ne se prend pas au sérieux...enfin, pas trop. Ce n'est pas pour autant que ce film est mal réalisé, bien au contraire. Anthony Hickox (dont la réalisation la plus connue reste « Piège en eaux profondes », avec Steven Seagal), aux manettes, s'acquitte fort bien de sa tâche. S'il n'a pas le brio d'un grand réalisateur, son savoir-faire permet à l'ensemble d'être fluide : enfin une mise en scène qui ne nuit pas à l'histoire, c'est suffisamment rare pour être signalé. 

De même, les amateurs de comics appréciera les transitions entre les différents chapitres de l'histoire (cette histoire fût-elle tarabiscotée), utilisant des dessins qu'on croirait tout droit sortis de la bande dessinée originale. 

Enfin, le casting, sans être exceptionnel, regroupe quelques jolis seconds tôles: Edward Fox (« Le chacal », « Ghandi », « Un pont trop loin »), Ron Perlman (« La Guerre du feu », « Hellboy »), Warwick Davis (« Willow »)...et une petite débutante (à l'époque) : la jolie Katherine Heigl. 


Néanmoins, les défauts de « Prince Valiant » sont légion, à tel point qu'ils ne sont pas compensés par les quelques points positifs, précédemment listés. 

Pour commencer, l'histoire est truffée d'incohérences, au point qu'elle en perd tout crédit. A titre d'exemple, il paraît difficile de croire que le Roi Arthur délaisse sa fidèle épée Excalibur (qui est tout de même LE symbole ultime de son rang), qui plus est pour assister à un tournoi. Figurez vous que c'est pourtant le point de départ de ce film, Excalibur étant dérobée à cette occasion... 

Du à un scénariste visiblement en proie au délire, le script donne souvent l'impression de dérailler, et de s'égarer sur des chemins inattendus. Le combat final, pour ne citer que lui, est un grand moment d'anthologie, qui mêle sans vergogne crocodiles cuirassés, décors indiens et feux d'artifice. 

Au final, je ne sais s'il est possible d'aimer ce film, à la fois sincère et kitsch. Le mieux reste encore de se faire une opinion, au détour d'une diffusion télévisée, ou d'une location de DVD.