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samedi 7 mars 2020

Otez-moi d'un doute (2017)


La famille, voilà un thème qui a déjà alimenté et continuera longtemps d'inspirer le cinéma. De "Little Miss Sunshine" à "Un air de famille", les films sont nombreux à explorer les liens entre ceux d'un même sang. A l'intérieur de ce registre, la paternité n'a pas démérité, quant à son traitement sur le grand écran. Les pères ont eu droit à de nombreux films et "Ôtez-moi d'un doute", réalisé par Carine Tardieu (dont le joli "Du vent dans mes mollets" avait fait belle impression) aurait peut-être mérité plus de succès lors de sa sortie en salles. C'est le moment de se pencher sur ce film, mené par François Damiens et Cécile de France.

Démineur en Bretagne, Erwan va devenir grand-père et sa fille tient à élever son enfant toute seule. A l'occasion d'un test de dépistage, Erwan apprend que son père n'est pas son géniteur. Après enquête, il découvre que ce dernier vit non loin et qu'il est lui aussi père d'une jeune femme, au charme duquel Erwan n'est pas insensible.
Voilà donc notre futur grand-père dans une drôle de situation, coincé entre deux pères et une femme qui pourrait bien être sa sœur...

Le matériau de base qui nourrit "Ôtez-moi d'un doute" est riche et rend hommage aux pères, quel que soit leur âge et leurs choix. Qu'il s'agisse de celui qui tient son monde à bout de bras (François Damiens, étonnamment convaincant), de ceux qui regardent leur progéniture de loin (Guy Marchand et André Wilms, souvent touchant) ou d'un père en devenir (Esteban, surprenant), c'est bien d'eux qu'il s'agit ici. Ces pères sont incarnés par autant d'acteurs qui sont le meilleur atout de ce film, auquel la romance annoncée sur l'affiche n'apporte finalement pas grand chose.

On sent, par moments, la "patte" de Michel Leclerc (à qui l'on doit "Le nom des gens" et "La vie très privée de Monsieur Sim"), coscénariste sur ce long métrage : les personnages sont profondément humains et ce qu'ils traversent permet d'évoquer l'ordinaire, avec ce qu'il contient de drôle ou de touchant. C'est néanmoins un sentiment d'inabouti qui prédomine, sans doute parce qu'en voulant enrichir son propos sur la paternité par une romance problématique, Carine Tardieu se tire une petite balle dans le pied. Tout cela est bien gentil mais, à force de jouer avec les quiproquos et les situations téléphonées, cela finit par émousser l'intérêt initial qu'on pouvait avoir à "Ôtez-moi d'un doute".

La réalisatrice, signe ici un film qui se prend parfois les pieds dans le tapis. C'est d'autant plus agaçant que son précédent long métrage, "Du vent dans mes mollets", en explorant le territoire de l'enfance, était plus réussi, bien que plus casse-gueule. Évoquant la paternité, ce film avait pourtant un riche potentiel et l'exploite maladroitement. N'eût été le charme de ses interprètes, ce panorama des pères n'aurait rien d'inoubliable.






jeudi 9 mars 2017

Marie et les naufragés (2016)


Le cinéma français, en particulier dans le registre de la comédie, aura été source (pour moi, tout au moins) de nombreuses déceptions, ces dernières années. Mais je ne peux m'empêcher d'y revenir, espérant toujours y trouver la pépite qui sera l'objet de la réconciliation. La présence au casting de "Marie ett les naufragés" de Vimala Pons et d'Eric Cantona fut le motif de visionnage de ce film de Sébastien Betbeder (déjà évoqué dans ces colonnes pour "2 automnes, 3 hivers"). Ce petit film, passé sous les radars de pas mal de spectateurs, faisait-il partie de ceux à sauver ? 


Siméon, journaliste au chômage et père divorcé, erre dans Paris quand il croise le chemin de Marie, dont il trouvé le portefeuille dans la rue. Elle est dangereuse, à en croire Antoine, écrivain à la dérive, et ancien compagnon de la jeune femme. Sous les yeux d'Oscar, son colocataire, musicien somnambule, Siméon va pourtant suivre Marie, jusqu'à l'île de Groix. 

Les naufragés du titre sont les hommes qui gravitent autour de Marie, toute aussi naufragée dans sa vie, d'ailleurs. Déboussolés, les personnages de ce film le sont, un peu comme l'étaient déjà ceux de "2 automnes, 3 hivers". Sébastien Betbeder confirme avec ce long métrage son identité et sa touche personnelle, en grande partie parce qu'il se penche avec une belle tendresse sur des personnages un peu fracassés. Les filmant au plus près, au point qu'on se sente parfois juste à côté d'eux, il leur donne vie de jolie manière dans un drôle de petit film doux-amer, malgré quelques moments de pédalage à vide.

On pourra pointer les quelques moments de creux du scénario, dont on aurait aimé qu'il comporte plus de rebondissements et de moments forts. Dans le voyage initiatique et parfois foutraque de Siméon, suivant le sillage de Marie, et suivi par Oscar (j'espère que vous me suivez), l'impression d'improvisation et de remplissage se fait parfois sentir. Cela dit, le ton du film rend ces lacunes bien mineures, alors qu'elles auraient été impardonnables sur d'autres longs métrages.

Ce sont essentiellement les acteurs qui sont le capital charme de ce drôle de petit film. La Marie du titre, incarnée par Vimala Pons, à la fois vénéneuse et vulnérable, est le plus bel atout du film. Vimala Pons, à cette occasion, prouve une nouvelle fois qu'elle est un des grands espoirs du cinéma français (et qu'elle n'a pas forcément besoin de passer la moitié d'un film dans la tenue d’Ève pour le rendre attrayant). Face à elle, c'est surtout Eric Cantona que l'on a plaisir à revoir, incarnant remarquablement un homme au fond du trou, J'avoue avoir été moins convaincu par les prestations de Pierre Rochefort et de Damien Chapelle. Enfin, le temps de quelques scènes, l'indispensable Wim Willaert marque de son empreinte le film, même s'il s'agit plus d'une apparition que d'un véritable rôle.

Aussi modeste soit-il, "Marie et les naufragés", avec son ton doux-amer et, surtout, ses personnages profondément humains perdus dans leurs propres existences, méritait une plus large audience, sans cependant être inoubliable.

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2017, catégorie "Film avec un prénom dans le titre".


samedi 4 janvier 2014

Brocéliande (2003)


Il est des lieux dont le seul nom suffit à évoquer les plus grands mythes, à faire frissonner un auditoire. A l'instar du Loch Ness ou de Stonehenge, la forêt de Brocéliande convoque, à sa simple évocation, les mythes arthuriens et les druides celtes. Utiliser ce nom et ce cadre pour réaliser un long métrage n'est donc pas sans risques, au vu de la densité du mythe. Doug Headline s'est risqué, en 2003, à réaliser un film se déroulant sur les lieux de la mythique forêt. Il faut croire que seuls les esprits se sont déplacés dans les salles pour aller le voir. 

La jolie Chloé, étudiante en histoire le jour et serveuse dans une boîte la nuit, a la chance de pouvoir participer, dans le cadre de ses études, à un stage de fouilles dans la forêt de Brocéliande, sous l'égide d'un professeur de renom. Dès son arrivée à Rennes, elle va se rendre compte que son parcours est jalonné d'horribles meurtres et que ceux-ci ne sont pas sans rapport avec la mythique forêt. Les fouilles auxquelles elle participe peuvent-elles avoir un lien avec la série d'assassinats ? 


Doug Headline, réalisateur de "Brocéliande" n'est pas un inconnu, même si ce film est le premier et dernier long-métrage qu'il réalisa pour le grand écran. Fils du grand Jean-Patrick Manchette (romancier et traducteur initial de "Watchmen" : c'était l'information futile du jour !), il est journaliste, éditeur, scénariste de bande dessinée et metteur en scène. Il faut reconnaître, après visionnage du film, que c'est sans doute dans ce dernier métier qu'il est le moins talentueux.

Sur un scénario sans grande surprise, "Brocéliande" est médiocrement réalisé, mal monté et interprété
comme un film de vacances. On pourra incriminer un budget probablement serré, expliquant le côté "cheap" de bien des séquences et la pauvreté des décors ou de la bande originale, par exemple. Mais un petit budget n'excuse pas tout. Certains metteurs en scène (je ne donnerai pas de noms) ont su, avec deux fois rien, réaliser ce qui devint de grands films (l'inverse est vrai, cela dit). Dans le cas de "Brocéliande", le manque d'ambition et de foi nuit à la réussite de l'ensemble

On notera la présence fugace d'André Wilms et de Vernon Dobtcheff, deux grands acteurs qui durant quelques instants rehaussent le niveau. En effet, Alice Taglioni et Elsa Kikoïne, dans les rôles principaux, rivalisent de fadeur. Comme la plupart des jeunes interprètes du film, elles finissent par n'intéresser le spectateur que grâce à leur plastique avantageuse.

L'intention initiale qui valut à "Brocéliande" était louable : faire un film "de genre" à la française est une démarche honorable et nombreux sont ceux qui s'y sont cassé les dents. Cependant, dans son traitement, tout est fait pour faire échouer l'entreprise, du scénario (sans grande inventivité) à la mise en scène. Pénible à suivre et à aucun moment captivant, "Brocéliande" ne mérite donc pas sa deuxième séance.