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mercredi 5 août 2020

Narco (2004)


La narcolepsie, maladie des plus handicapantes, est mal connue et est souvent l'objet d'idées préconçues. Je ne suis pas sûr qu'en en faisant le sujet principal de "Narco", Gilles Lellouche et Tristan Arouet, pour leur premier film, ait fait un choix judicieux. Avec son affiche promettant des personnages typés, il était cependant difficile de préjuger du contenu et de la qualité de ce film. Le meilleur moyen d'en avoir le cœur net reste de le visionner.

Gustave Klopp est narcoleptique : il s'endort brusquement, n'importe où et n'importe quand. Inutile de dire que cette affection l'handicape, surtout lorsqu'il s'agit de garder un métier. Mais, dans ses rêves, Gus vit dans un monde fantastique, où il est un héros. Au réveil, il met ses rêves en images et espère devenir dessinateur de BD. Son épouse Pamela et son meilleur ami, Lenny, qui ne jure que par le karaté et Jean-Claude Van Damme, finissent par le convaincre : Gus entame une thérapie. Mais son talent attire les convoitises. 

A lire le résumé de "Narco", on peut se demander s'il ne s'agit pas, encore une fois, d'un film qui, partant d'une idée a priori exploitable, ne sait comment l'exploiter et part dans tous les sens. Au visionnage, la réponse à cette interrogation est claire : c'est effectivement le cas. "Narco", avec sa réalisation souvent tapageuse, son esthétique très marquée, ses punchlines qui se veulent claquantes et ses personnages caricaturaux, oublie d'avoir un scénario digne de ce nom. Il ne suffit pas d'une idée de base et de quelques dialogues piquants pour faire un film, de la même façon qu'une sauce ne suffit pas à faire un plat. Rapidement, les répliques sonnent trop creux, calibrées qu'elles sont pour faire mouche. Plus vite encore, on se lasse des personnages excessifs qui y défilent, sans qu'on n'ait jamais d'empathie pour eux. Et ce n'est pas la mise en scène, revendiquant souvent un rythme et un découpage rappelant la bande dessinée, qui peut sauver l'édifice. 

Dans un premier temps, pourtant, on se surprend à espérer un peu de fraîcheur et d'originalité. Le héros, ses rêves et son sérieux handicap y sont présentés avec suffisamment de culot pour qu'une bonne surprise soit envisageable. Hélas, de cette promesse initiale, rien ne sort d'original. Dans sa deuxième partie, "Narco" accuse un sévère creux, et s'essouffle sans jamais pouvoir relancer l'histoire que le film était censé nous conter. La machine patine, et ne redémarre jamais, hélas. 

Côté casting, le bilan est là aussi plus que mitigé. Allergiques à Guillaume Canet (il y en a),  passez votre chemin. De même, on regrettera que le rôle de Pamela ait été attribué à Zabou Breitman, qui n'y est jamais crédible. Benoît Poelvoorde est, par contre, plus convaincant et on a plaisir à revoir, le temps de quelques scènes, Jean-Pierre Cassel, hélas pas gâté par le rôle qui lui est attribué.

Avoir du culot et de l'ambition, c'est forcément louable, en matière de cinéma (comme en d'autres, d'ailleurs). Mais, pour que le résultat fonctionne, il faut en faire quelque chose : en l'occurrence, "Narco" aurait sans doute été une réussite s'il avait été doté d'un scénario solide, au lieu de n'être qu'une succession de scènes souvent bâties sur l’esbroufe. 






mercredi 1 avril 2020

Arrêtez-moi là (2014)


La descente aux enfers d'un homme comme les autres peut être terrifiante. On frémit parfois à la pensée d'erreurs judiciaires dramatiques, qui brisèrent des vies, basées sur un rien. Souvent couchées sur le papier, ces histoires ont parfois donné lieu à des films. Ainsi, "Arrêtez-moi là", réalisé par Gilles Bannier, était tiré d'un roman, lui-même inspiré de faits réels. Pour son premier long métrage, ce réalisateur, œuvrant essentiellement pour le petit écran, ne rencontra pas un grand succès. Le moment est venu de se pencher sur ce film.

Samson, chauffeur de taxi à Nice, n'aurait pas du accepter cette course. Pourtant, entre sa cliente et lui, le courant est bien passé. Quand la fille de cette femme disparaît, et contre toute attente, les preuves s'accumulent contre Samson. 
En un rien de temps, le paisible chauffeur de taxi mélomane va devenir le coupable idéal. Pourra-t-il encore prouver qu'il est innocent, alors que la machine judiciaire se met en marche et s'apprête à le broyer ?

Les faits réels inspirant le roman originel s'étaient déroulés aux Etats-Unis et, pour en tirer "Arrêtez-moi là", Gilles Bannier, scénariste en plus d'être réalisateur, a sans doute procédé à quantité d'aménagements. Cela dit, la première partie du film, celle où l'étau se resserre sur le pauvre Samson, est plutôt réussi. Le quotidien d'un homme ordinaire y est décrit avec une précision quasiment documentaire, laissant le spectateur s'attacher au héros, avant de projeter ce dernier dans les affres de l'erreur judiciaire. Avoir confié le premier rôle au très talentueux Reda Kateb est d'ailleurs une des meilleures idées du film, tant cet acteur donne vie à son personnage. 

C'est dans la deuxième moitié de "Arrêtez-moi là" que commencent les problèmes, avec notamment l'arrivée de personnages qui nuisent à l'intrigue. Celui de l'avocat commis d'office pour défendre le cas de Samson, et qui apporte une dose incongrue d'humour dans ce qui est avant tout un drame, est à ce titre exemplaire. Ensuite, on peut déplorer que le scénario se focalise sur les démêlés judiciaires de Samson et sur les démarches lui permettant d'envisager sa vie après ce drame, tout en délaissant complètement le rapt dont il est accusé. Même si le propos principal concerne le personnage incarné par Reda Kateb, il en ressort un déséquilibre qui nuit à l'ensemble du film. 
Si le film tient finalement debout, c'est surtout grâce à Reda Kateb (oui, je me répète) qui, par son immense talent, sauve les scènes les moins convaincantes de "Arrêtez-moi là" et incite le spectateur à l'indulgence. Derrière lui, les prestations des autres interprètes paraissent bien pâles, qu'il s'agisse de Léa Drucker ou d'Erika Sainte (une actrice qu'on aimerait voir plus souvent, cela dit).

Malgré un dénouement un poil décevant et un scénario maladroit, "Arrêtez-moi là" tient une bonne partie de ses promesses. Mais c'est surtout son interprétation qui sauve ce film de l'oubli. Ce n'est ni la première, ni la dernière fois.


mardi 17 mars 2020

Des nouvelles de la planète Mars (2015)



Le réalisateur Dominik Moll, est essentiellement connu pour "Harry, un a:i qui vous veut du bien", son deuxième long métrage, qui fut un réel succès public et critique. S'attachant souvent à créer des ambiances particulières, basées sur un élément perturbateur, il a aussi œuvré du côté du petit écran, notamment avec la série "Tunnel". L'un de ses derniers films, "des nouvelles de la planète Mars", malgré un casting intéressant, ne reçut pas le succès attendu, bien qu'il fut passé par la case de la Berlinale. Avons-nous laissé passer un grand film ?

Philippe Mars, informaticien et père de famille divorcé, est sans doute trop gentil. Élevant comme il le peut ses deux adolescents d'enfants, il rencontre un jour Jérôme, un collègue particulièrement perturbé. Pour rendre service, Philippe accepte de l'héberger. La vie déjà compliquée de Philippe devient encore plus difficile, quand Jérôme s'immisce de plus en plus dans la famille Mars, en y introduisant son amie Chloé, évadée d'un hôpital psychiatrique.

Dominik Möll, qui avait déjà livré le très étonnant (et dérangeant) "Harry, un ami qui vous veut du bien", joue ici encore de l'intrusion d'un élément perturbateur et de ses conséquences dans un univers a priori bien rodé. Si, avec son opus le plus célèbre, il pratiquait l'exercice du thriller psychologique, tout en froideur et en malaise, "Des nouvelles de la planète Mars" s'aventure de temps à autre sur le territoire de la comédie, sans pour autant mettre le spectateur totalement à l'aise.

C'est un curieux film que ce "Des nouvelles de la planète Mars", qui voit son héros jongler tant bien que mal avec les péripéties du quotidien, alors que ce même quotidien se fait un malin plaisir de lui mettre des bâtons dans les roues. Si, quand il s'agit de décrire cet ordinaire qui ne le reste pas longtemps, "Des nouvelles de la planète Mars" réussit son coup, il est moins convaincant pour ce qui est de mener à bien son intrigue, si tant est qu'il en contienne vraiment une. C'est le peu de consistance de son axe principal qui est son plus grand défaut. Faute d'une vraie colonne vertébrale, le film suit tant bien que mal son petit bonhomme de chemin (pas toujours carrossable) mais peut, à l'arrivée, décevoir.


Une fois encore, c'est avec les interprètes que l'on pourra se consoler, si besoin. Tout en sobriété, François Damiens montre ses talents de comédien, face à un Vincent Macaigne remarquable, soutenu dans la seconde partie du film par l'épatante Veerle Baetens. Tous se coulent sans mal dans l'étrange univers de Dominik Moll et concourent à la crédibilité de l'ambiance, où le malaise s'instille doucement dans un univers a priori normal. Leur prestation aurait sans doute mérité une intrigue plus épaisse, mais reste l'atout principal de "Des nouvelles de la planète Mars".

S'il est quelques faiblesses dans ce film, il comporte cependant de vrais points positifs qui empêchent de mal le considérer. Pour son ambiance et ses comédiens, "Des nouvelles de la planète Mars" mérite le détour, même s'il ne laissera sans doute pas un souvenir impérissable.


dimanche 22 décembre 2019

Je promets d'être sage (2019)




Vous, je ne sais pas, mais, lors de sa sortie, "Je promets d'être sage" est totalement passé à côté de mon radar. Je ne dois pas être le seul, parce que ce film n'a pas franchi la barre symbolique des 100 000 spectateurs en France. Pourtant, avec Léa Drucker et Pio Marmaï en tête d'affiche, le premier film réalisé par Ronan Le Page aurait sans doute dû attirer plus de spectateurs. Les astres n'étaient pas alignés, lors de la sortie de ce film, mais aurait-il mérité mieux ?

Quittant le monde du théâtre, où sa radicalité l'a mené au burn-out, Franck se retrouve gardien de musée et apprend à passer ses journées dans le silence et le calme. Il découvre vite que ses nouveaux collègues ont tous eux aussi leurs failles. Sybille, en particulier, ne semble guère l'apprécier et a ses petits secrets, que Franck va s'employer à découvrir.

Des personnages qui ne sont pas à leur place, qui portent des blessures les empêchant d'avancer, placés dans un cadre qui leur sied pas : voilà des composants qui font fortement penser au cinéma de Pierre Salvadori, l'un des plus remarquables cinéastes français (à mon sens). La présence au générique de Pio Marmaï, remarquable dans le dernier opus du créateur des "Apprentis", à savoir "En liberté !", ne fait que souligner la grande proximité de "Je promets d'être sage" avec son modèle. 

Certes, l'influence de Pierre Salvadori est évidente, au visionnage de "Je promets d'être sage", mais cela ne suffit pas à assurer la réussite de l'entreprise. Il y a trop de moments dans lesquels l'intrigue ne progresse pas, voire régresse, trop d'instants vides. On sent que l'on n'est pas passé loin de la réussite, mais le résultat final n'est pas à la hauteur de l'ambition initiale. N'acquérant jamais une identité propre, le film se contente d'avancer à vue, ne choisissant jamais entre intrigue dramatique ou fantaisie débridée (cette dernière option, la plus complexe, aurait, je pense, pu donner de grandes choses). 

Les comédiens, que l'on sent livrés à eux-mêmes, ne sauvent pas le film : Pio Marmaï, en roue libre, ne laisse qu'entrevoir ce qu'aurait pu être sa prestation, mais confirme une nouvelle fois tout le bien qu'on peut penser de son talent. Léa Drucker, en personnage blessé dont le passé aurait mérité d'être éclairci, s'en sort moins bien, faute d'un rôle mieux écrit. Derrière eux, les seconds rôles sont sans doute ceux qui s'en sortent le mieux, en particulier Mélodie Richard, en jeune femme exubérante mais à la sensibilité à fleur de peau, qui aurait mérité plus de place dans le scénario.

Voilà un film que j'aurais aimé aimer davantage, mais qui, faute d'une vraie identité et de choisir sa propre voie, se contente de ne pas faire de choix narratifs. Considérons que cette tiédeur est uniquement due au manque d'expérience de son réalisateur et que son prochain opus saura infirmer le diagnostic.





samedi 7 décembre 2019

Roxane (2019)




S'il est avéré que la comédie sociale a écrit ses lettres de noblesse de l'autre côté de la Manche, force est de reconnaître que le cinéma hexagonal se permet quelques tentatives, pas toujours couronnées de succès. En s'emparant de thèmes d'actualité, comme les grandes difficultés que rencontrent nombre d'agriculteurs, quelques films ont fait parler d'eux (et parfois de la cause dont ils s'emparaient). De "Petit paysan" à "Un village presque parfait", il semblerait donc que le cinéma français tienne un filon, sans toujours savoir comment l'exploiter. Le cas de "Roxane" est assez représentatif : avec un casting qu'on aurait pu croire gagnant et un sujet en phase avec son époque, ce film n'a pourtant pas séduit le public.

Raymond, éleveur de poules pondeuses, a un secret : chaque jour, il lit à ses poules, dont Roxane, qui le suit partout, des pièces de théâtre. Quand la coopérative qui le nourrit décide de rompre leur contrat pour se tourner vers un gros producteur, Raymond et ses confrères sont en plein désarroi. Alors que certains renoncent, Raymond, accompagné de la fidèle Roxane, décide de faire le buzz, comme on dit. Qui ne tente rien n'a rien et, sous le regard effaré de son entourage, l'éleveur choisit de s'exposer.


En greffant un problème social bien réel (hélas !) avec un moyen inattendu de s'accomplir (souvenez-vous des strip-teaseurs de "The full monty", par exemple), la comédie sociale a souvent fait mouche, sans cependant changer les choses. La recette est ici sagement appliquée au malaise agricole et la réalisatrice, Mélanie Auffret, choisit la voie du feel-good movie pour "Roxane", pour son premier film. On sourit donc parfois, même si le drame pointe de temps en temps le bout de son nez, sans cependant avoir le temps de plomber l'ambiance.

Film léger, "Roxane" tourne parfois un peu en rond et bégaie ses arguments, perdant du coup de son impact. C'est dommage, car il y avait matière à nourrir un long métrage plus épais, si vous voulez mon avis. Servi par des comédiens convaincants, mais n'ayant pas suffisamment de substance pour nourrir leurs personnages, "Roxane" offre à Guillaume de Tonquedec un rôle qui aurait pu être grand, tout en oubliant parfois celles et ceux qui sont derrière. On ne peut néanmoins pas lui jeter la pierre, tant il suscite l'empathie : on aime cette campagne-là et on a envie d'aimer ce film, malgré tous ses défauts. 

Pas tout à fait réussi, mais pas complètement raté non plus, "Roxane" acquiert, dès le début, un capital-sympathie qu'il ne perd jamais. En utilisant sagement les codes du genre, il réussit sa mission, sans cependant se faire remarquer. C'est déjà ça de pris.



mardi 30 avril 2019

L'homme de sa vie (2006)



Autrefois actrice rigolote et connue seulement sous son prénom (mais ce souvenir n'évoquera sans doute rien chez les plus jeunes d'entre vous), Zabou Breitman est passée de l'autre côté de la caméra pour "Se souvenir des jolies choses"), tâtant à l'occasion du drame. Depuis, elle a réalisé plusieurs autres longs métrages, pas forcément couronnés du même succès que sa première tentative. Parmi eux, "L'homme de sa vie" fut pour elle l'occasion d'offrir à nouveau le rôle principal à Bernard Campan.
Comme tous les ans, Frédéric, sa femme et leurs enfants retrouvent leurs amis dans la maison de famille qu'ils possèdent dans la Drôme. Les vacances sont pour tous les bienvenues. Mais cette année, quelque chose a changé : la maison voisine est occupée par Hugo, charmant célibataire qui affiche ouvertement son homosexualité. A la faveur d'une longue discussion nocturne, Frédéric et Hugo vont apprendre à se découvrir. Commence alors une relation qui va mettre ces hommes et leur entourage à rude épreuve...

J'ai souvent déploré dans ces colonnes la victoire de la forme sur le fond, surtout dans des films où l'action a la primeur. Étonnamment, dans "L'homme de sa vie", alors qu'on aurait pu s'attendre à une réalisation sobre, donnant la part belle aux sentiments (c'est tout de même d'eux qu'il s'agit), ce reproche s'applique aussi. Zabou Breitman, pour raconter les émois et les tourments du personnage incarné par Bernard Campan et de ses proches, use et abuse d'effets purement esthétiques. Ce qui peut séduire en première intention, finit par étouffer l'émotion : dans le cas de "L'homme de sa vie", l'erreur est fatale. 

La belle et troublante histoire que voulait nous narrer Zabou Breitman est rapidement étouffée sous les artifices de réalisation. Torpillant son sujet, la réalisatrice, pour son deuxième long métrage, rate complètement son coup, choisissant de filmer cette histoire comme elle aurait mis en scène un clip vidéo ou un spot publicitaire.

Bernard Campan, qui retrouvera à plusieurs reprises Zabou Breitman (dans "Se souvenir des jolies choses" ou "No et moi", par exemple) incarne son personnage avec finesse, aux côtés d'un Charles Berling toujours impeccable, tandis que Léa Drucker semble en plein désarroi, comme si la pertinence de son rôle lui échappait, à la manière dont son personnage voit son mari lui glisser entre les doigts.

Quelques jolis moments de grâce ne suffisent cependant pas à lever l'impression d'assister à une pure démonstration de mise en forme.

L HOMME DE SA VIE from Horizon International on Vimeo.

lundi 28 janvier 2019

Le grand méchant loup (2013)


Le couple et l'adultère, voilà un thème rebattu. Pour surprendre le spectateur et éviter de copier les grands classiques du théâtre de boulevard (celui avec les portes qui claquent et les "Ciel, mon mari !"), les scénaristes doivent faire preuve d'inventivité. Après avoir réalisé "La personne aux deux personnes" (qui mériterait sans doute un billet sur ce blog), Nicolas Charlet et Bruno Lavaine, réalisateurs travaillant en duo, se sont attaqués à un registre pour le moins usé, tout en évoquant d'autres grands classiques, venus des contes pour enfants. Le grand public a sans doute pris peur du grand méchant loup, car le succès ne fut pas au rendez-vous.

Ils sont trois frères, Riri, Fifi et Loulou, ou plutôt Henri, Philippe et Louis, et chacun d'eux a une vie bien différente. Un jour, leur mère est victime d'un accident. C'est alors que leurs existences vont faire un drôle de virage.
Et si ces trois frères, avec leurs maisons de bois, de paille ou de pierre, étaient les trois petits cochons ? Et si le grand méchant loup portait jupon et s'apprêtait à souffler doucement sur leurs vies ?

Inspiré du conte des trois petits cochons (de Charles Perrault), mais également du film éponyme du Québecois Patrick Huard (réalisateur de "Starbuck"), "Le grand méchant loup" offre un triple point de vue sur les affres du cœur (et du corps) lorsque la quarantaine arrive et que la vie (et la mort, sa consœur) fait des siennes. L'air de rien, tout en gardant (ou presque) le ton qui est le leur, Nicolas et Bruno, les créateurs des excellents "Messages à caractère informatif", nous offrent ici un film choral plutôt malin.

En suivant la trajectoire des trois petits cochons (qui portent les noms des trois petits canards de Disney, mais c'est drôle), le film est tour à tour touchant, drôle, sarcastique et dramatique. Sa réussite (partielle) tient en grande partie à une réalisation plutôt élégante, à un scénario habile, et à une distribution au cordeau. Les interprètes de ce conte pour grands enfants sont tous remarquables, sans doute parce qu'ils sont excellemment dirigés : qu'il s'agisse de Benoît Poelvoorde, de Fred Testot ou de Kad Merad, le trio de comédiens qui mène le bal prouve qu'avec un bon script, ils peuvent donner le meilleur. Derrière eux, les seconds rôles sont tout aussi méritoires : de Charlotte Lebon à Zabou Breitman, en passant par Valérie Donzelli (et je ne cite pas tout le monde), les acteurs croient à ce qu'ils jouent, cette histoire fût-elle parfois fantaisiste.  Ce casting, finalement très équilibré, est le plus bel atout du film.

Si "Le grand méchant loup" aurait gagné à être un peu plus court (en consacrant peut-être moins de temps au personnage incarné par Benoît Poelvoorde), il n'en reste pas moins qu'il est d'une belle efficacité, parce qu'il se permet quelques audaces bienvenues.







dimanche 12 octobre 2014

Cyprien (2008)


Signe des temps, les geeks envahissent les écrans, grands et petits : cette partie de la population, souvent plus à l'aise avec les ordinateurs que les véritables personnes, baignant dans une culture devenue mainstream, et refusant souvent de grandir, tient les commandes de bon nombre d’œuvres à succès. La très drôle série "The big bang theory", pour ne citer qu'elle, donne un bel aperçu de la vie quotidienne de cette étrange peuplade (à laquelle j'avoue me sentir souvent affilié). Au cinéma, c'est une autre paire de manches : les geeks sont souvent des personnages secondaires, parfois caricaturaux (je songe notamment à "Die Hard 4", par exemple). Pour en pas être en reste, le cinéma hexagonal a aussi utilisé cet archétype, pas toujours de la façon la plus fine. L'équipe de "Cyprien", Elie Semoun en tête, a essuyé un bel échec, 

Cyprien, à 35 ans, est un garçon timide, au physique disgracieux, s'y entendant plus avec les ordinateurs qu'avec le genre humain. Informaticien au sein du magazine "Dress code", il voit passer les top-models sans pouvoir espérer approcher la première femme venue. Toujours puceau, Cyprien ne s'épanouit que derrière un écran d'ordinateur, avec ses potes geeks. Quand il est licencié, sa vie s'effondre. Mais le destin va lui offrir une seconde chance, sous la forme d'un déodorant magique. Métamorphosé, Cyprien va devenir l'opposé de ce qu'il a toujours été.

A lire le pitch que je viens de vous livrer, n'importe qui pourra deviner le déroulement de l'histoire de Cyprien, mijoté à partir du personnage recherchant une "blonde à forte poitrine" dans les célèbres petites annonces d'Elie Semoun. Malheureusement, ce qui peut alimenter (et encore !) un court sketch ne peut en aucun cas devenir un long métrage. Les quelques sourires qu'on peut avoir lors des premières scènes deviennent vite crispés, avant de céder à l'agacement, puis à l'ennui.
Malgré la présence de toute sa bande (ou peut-être à cause d'elle, justement), Elie Semoun n'est presque jamais convaincant. A force de gags répétitifs et souvent lourds, de vannes éculées et d'artifices visuels grossiers, voire grotesques, "Cyprien" est une comédie pas drôle : un comble. Mais le pire reproche qu'on puisse lui faire reste de traiter ses personnages par le mépris.

David Charhon, le réalisateur, livra ici son premier long métrage et, après le bide sévère de "Cyprien", eut une deuxième chance en mettant en scène "De l'autre côté du périph'". C'est heureux pour lui car, entre un scénario inintéressant et prévisible, des personnages de l'épaisseur d'un papier à cigarette et de multiples placements de produits (une tendance particulièrement affligeante, à mes yeux), son premier galop d'essai avait tout de l'accident industriel.

La caricature est un art et, en regardant "Cyprien", on ne peut que constater qu'il n'est pas maîtrisé par Elie Semoun et sa bande. Traçant à gros traits gras le portrait d'un nerd puceau et de sa bande, le film donne l'impression de se moquer de ses personnages, alors qu'un regard plus attachant aurait été salutaire. Au lieu de cela, c'est une succession de gags sentant le réchauffé, voire le brûlé, que nous sert Elie Semoun. Ceux qui l'ont apprécié dans ses petites annonces, qui bégayaient déjà sérieusement, risquent, s'ils ont la mémoire courte, de trouver cette pochade à leur goût.
Les autres passeront leur chemin, cela vaut mieux. 






lundi 7 janvier 2013

Les meilleurs amis du monde (2009)


Imaginez que vous êtes sur la route, vers un week-end entre amis s'annonçant délicieux. Imaginez que les amis qui vous attendent vous appellent au téléphone, pour prendre de vos nouvelles. Imaginez qu'ils actionnent la touche "rappel", involontairement, et que vous les entendiez parler entre eux. Imaginez qu'ils disent ce qu'ils pensent réellement de vous, à savoir des horreurs. Le week-end, vous en conviendrez, s'annonce finalement moins agréable. 
C'est ce qui arrive à Jean-Claude et Mathilde, invités chez Max et Lucie, leurs (supposés) meilleurs amis, au coeur de l'intrigue du film "Les meilleurs amis du monde", réalisé par Julien Rambaldi, et mettant en scène Pierre-François Martin-Laval, Marc Lavoine, Léa Drucker et Pascale Arbillot.

Avec ce pitch, on était en droit d'espérer une comédie mordante et acerbe et, du reste, c'est ce que la bande-annonce laissait penser. L'idée de base du film était audacieuse, quoiqu'un peu légère : par accident, les invités entendent ce qu'on pense réellement d'eux, et décident de se venger à leur façon. Hélas, cela ne suffit pas à assurer une histoire capable de tenir en haleine le spectateur tout un film durant. Le scénario part dans tous les sens, faute d'une ossature solide, avant de tenter de retomber sur ses pieds, tant bien que mal, avec une fin moralisante torpillant le pitch de base, après avoir accumulé les scènes destinées à remplir les vides du scénario.

L'interprétation est plutôt contrastée : si Pierre-François Martin Laval (le Pef des Robins des bois qui semble tout de même se demander ce qu'il fait là) et Léa Drucker (décidément remarquable) tirent leur épingle du jeu, difficile d'en dire autant de Marc Lavoine et de Pascale Arbillot, caricaturaux en beaufs parvenus.

Julien Rambaldi, dont c'est le deuxième film après "Scotch", oriente rapidement son film vers les territoires de la comédie classique, jouant sur les gags faciles plutôt que d'opter pour un ton véritablement mordant. Sombrant souvent dans la facilité et la vulgarité, le film ne tient pas les promesses qu'il portait. On espère, dans sa deuxième partie qu'il s'échappe de l'ornière et exploite un peu plus la psychologie de ses personnages, mais il s'enfonce, irrémédiablement, dans le mièvre, concluant sur une morale dont on se serait bien passé.
Telle une baudruche, la farce sur l'amitié se dégonfle dès les premières minutes. Ne reste alors qu'un film très oubliable.   




mercredi 2 janvier 2013

Je me suis fait tout petit (2012)



Lectrice, lecteur, toi qui passe par ce blog, prends quelques instants pour regarder l'affiche de "Je me suis fait tout petit", qui trône en haut de ce billet. Ne dirait-on pas, aux sourires qui ornent le visage des deux personnages, qu'il s'agit probablement d'une comédie, qui plus est romantique, dont les protagonistes principaux sont la femme et l'homme incarnés par Vanessa Paradis et Denis Ménochet ? Ne jurerait-on pas une énième déclinaison de la rencontre improbable débouchant sur une belle histoire, malgré les embûches qui se présentent ? 
L'affiche est trompeuse, une fois encore, chers lecteurs, puisque ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Ou alors, je n'ai pas vu le même film que la poignée de spectateurs qui se déplacèrent lorsque "Je me suis fait tout petit" sortit en salles. 

Depuis que sa femme l'a quitté, cinq ans auparavant, Yvan s'est muré. Ses deux filles vivent chez sa soeur, une gentille excentrique dont le mari montre des trésors d'empathie, tandis qu'il survit plus qu'il ne vit. Quand le fils de son ex-femme surgit dans sa vie, Yvan va voir sa vie bouleversée par ce petit garçon silencieux, tandis qu'il croise la trajectoire d'une étrange professeure d'arts plastiques, tout en affrontant la rébellion de ses deux adolescentes de filles. 

Le résumé qui précède ne donne probablement pas l'impression que "Je me suis fait tout petit", première réalisation de Cecilia Rouaud, est une comédie romantique. C'est dire à quel point l'affiche (et la bande-annonce) vendirent mal ce film. Il s'agit de l'histoire d'un homme, enfermé dans sa pudeur et ses certitudes, blessé profondément, qui va apprendre à renaître. Alors, certes, il y a dans ce parcours l'étincelle que la rencontre amoureuse peut déclencher, mais "Je me suis fait tout petit", film touchant, sincère, émouvant, n'est en aucun cas une comédie. 

Prodigieusement interprété par Denis Ménochet (déjà remarquable dans le prologue du "Inglorious Basterds" de Quentin Tarantino), le héros de "Je me suis fait tout petit" est entouré de personnages forts mais jamais caricaturaux, tous habités par leurs interprètes. Qu'il s'agisse du trop rare Laurent Lucas, de la délicieuse Léa Drucker ou même de Vanessa Paradis (et je ne cite que les têtes d'affiche, je pourrais allonger la liste, et évoquer au passage le joli travail des plus jeunes interprètes), ce film est un régal pour qui aime les acteurs.

Pour une première réalisation, "Je me suis fait tout petit" ne comporte aucune faute de mise en scène. Visiblement dirigé par une réalisatrice amoureuse de ses acteurs, le film déroule en douceur ses séquences, glissant de temps à autre de jolies scènes, souvent muettes, qui ajoutent à la poésie de l'ensemble. Ayant fait ses premières armes en tant qu'assistante-réalisatrice sur "Une pure affaire", au thème plutôt éloigné de la présente chronique de la vie d'un homme à un tournant capital, Cecilia Rouaud réussit l'épreuve du premier film avec un talent que pourraient lui envier bien des réalisateurs.

Au service d'une histoire ancrée dans son époque et bâtie autour d'un homme prisonnier de ses certitudes, "Je me suis fait tout petit" est de ces films doux-amers, qui font du bien sans faire appel aux ressorts de la comédie, qui touchent parce qu'ils sont sincères. L'échec commercial de ce film est incompréhensible : sa sortie récente en DVD est l'occasion rêvée d'offrir une deuxième chance à "Je me suis fait tout petit". Il le mérite amplement !