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dimanche 11 avril 2021

Avant l'hiver (2013)


Les romans de Philippe Claudel explorent souvent le fond de l'âme humaine, quitte à mettre les mains dans le plus sombre de l'homme. A l'occasion, cet écrivain s'est fait réalisateur, notamment avec "Il y a longtemps que je t'aime" ou "Le bruit des trousseaux". Son troisième long métrage, "Avant l'hiver", qui disposait d'un beau casting, n'a guère rencontré le public à sa sortie. Était-ce mérité ?

Marié à Lucie depuis longtemps, Paul est un neurochirurgien de renom. S'il ne cesse de travailler, son épouse s'ennuie chez elle. Un jour, le couple découvre des bouquets de roses rouges sans savoir qui les leur adresse. Paul, de son côté, croise à de multiples reprises Lou, une jeune femme énigmatique. Sous le regard de son ami Gérard, psychiatre, Paul va tenter de comprendre ce qui lui arrive...

Sans adapter l'un de ses romans, Philippe Claudel assure ici le rôle de scénariste et de réalisateur pour conter l'histoire d'un homme se retrouvant pris au piège de sa propre existence. Très vite, et avec une efficacité redoutable, il instille le malaise : les questions affluent chez Paul, au fur et à mesure de ces bouquets de roses déposés sur son passage et de ses rencontres avec l'étrange Lou. Paul a-t-il la vie qu'il attendait ? Et s'il avait fait d'autres choix, que serait-il aujourd'hui ? Les vertigineuses questions que se pose Paul restent intérieures et demandent au spectateur un effort, faute de quoi, il sera frustré par ce que le film propose (ou, plutôt, par ce qu'il n'offre finalement pas). 

A la lecture des romans de Philippe Claudel, on est souvent frappé par leur évidente cinégénie : qu'il s'agisse du "Rapport de Brodeck" ou de "L"archipel du chien", on devine en parcourant leurs pages que l'auteur les envisage comme des films, souvent à hauteur d'humanité. En se faisant réalisateur, Claudel fait montre d'un vrai talent de mise en scène : techniquement, "Avant l'hiver" est irréprochable.  

Et puis, l'interprétation de "Avant l'hiver" est assez remarquable. Daniel Auteuil, dans le rôle principal, montre ici qu'il peut être capable de faire d'excellents choix de rôles (on pouvait en douter, ces dernières années), tandis que, dans le rôle de son épouse, Kristin Scott-Thomas se montre impériale, une fois de plus. Face à eux, Leïla Bekhti, dans un rôle pas évident, tire brillamment son épingle du jeu. J'avoue avoir été moins convaincu par la prestation de Richard Berry, difficilement crédible en psychiatre. 

Sur un territoire de cinéma élégant, qui fait parfois penser à Chabrol ou à Sautet, Philippe Claudel offre ici un drame teinté de suspense où peu de choses sont dites et où rien n'est évident. Pour peu qu'on goûte ce genre, et qu'on apprécie les acteurs qui donnent vie au film, "Avant l'hiver" est doté d'un vrai pouvoir de séduction.




mardi 12 novembre 2019

Père Fils Thérapie (2016)


Oh, un remake, un de plus ! Dans cette catégorie, qui me fait régulièrement pester, "Père Fils Thérapie" a un signe particulier : celui qui réalisa son remake, Emile Gaudreault, était déjà aux commandes de l'original, le film québecois "De père en flic", plusieurs fois récompensé dans son pays d'origine (ce qui explique probablement la mise en oeuvre du dit remake). Cela dit, la réussite (publique) de l'original ne fut pas contagieuse, puis que "Père Fils Thérapie" passa sous les radars des spectateurs. 

Flic de choc et d'élite, Jacques Laroche ne s'entend pas avec son fils Marc. Alors que l'un de ses collègues est retenu en otage par un parrain mafieux, Jacques et Marc intègrent un stage de réconciliation entre père et fils, auquel participent aussi l'avocat du dit parrain et son rejeton, entre lesquels ça ne va pas très fort non plus. 
En gagnant la confiance de l'avocat, les policiers espèrent sauver leur collègue...et réparer leur relation père-fils. 

En matière de mise en place de son intrigue (ou, si vous préférez, de prétexte à la situation comique), "Thérapie Père-Fils" se montre laborieux, comme vous avez pu le deviner dans le pitch que je viens de vous faire. Il y avait sans doute plus simple et moins consommateur de temps et d'énergie. Arrivés au fameux stage, les protagonistes peuvent enfin apprendre à se connaître et à s'apprécier, jusqu'à la conclusion sans surprise aucune. 

La situation de base, laborieusement exposée, et utilisant un contexte de thriller, est vite laissée de côté pour céder le pas aux relations entre pères et fils. A coups de situations incongrues et de répliques qui font parfois mouche, la comédie déroule alors son fil, tant bien que mal. Mais, si le matériau de base était sans doute viable (j'avoue n'avoir pas vu le film original), "Père Fils thérapie" donne l'impression d'un objet bancal, qui ne fonctionne que rarement. 
Souffrant dès le début d'un déséquilibre entre ses personnages (puisqu'il consacre de longues scènes au duo Richard Berry - Waly Dia), le film ne se redresse jamais complètement, faute d'un traitement équitable entre ses protagonistes et entre les thèmes qu'il exploite. 

On aurait pu espérer que le film soit sauvé par ses interprètes, mais là aussi, c'est le déséquilibre qui est flagrant : Richard Berry, surjouant, n'est jamais drôle, tandis qu'on est souvent gêné pour Jacques Gamblin, embarqué dans une galère qu'il ne méritait pas. C'est du côté de la jeune génération (Waly Dia en tête) que vient la seule note de fraîcheur du film, à coups de dialogues piquants, mais insuffisants à relever l'ensemble. 

Poussif, rarement drôle, "Père-Fils Thérapie" est une comédie laborieuse, singeant maladroitement des modèles pas forcément recommandables venus d'outre-Atlantique. Encore un remake pour rien. 




dimanche 26 août 2018

Les goûts et les couleurs (2018)


Depuis quelques années, un nouvel acteur est en train de rebattre les cartes dans la production de fictions. Si Netflix a fait ses preuves en matière de séries, force est cependant d'avouer que, pour les films, on attend encore le long métrage qui sortira du lot. En attendant, Netflix varie son offre et permet de visionner des films sans passer par les salles obscures. Est-ce une bonne idée ? La question reste posée.
Simone, qui vit en couple avec Claire. depuis trois ans, n'a toujours pas réussi à faire son coming-out auprès de sa famille, où la religion juive tient une place importante. Son frère, afin qu'elle ne reste pas célibataire, lui arrange un rendez-vous avec l'un de ses amis, qui a une excellente situation. Pas à un mensonge près, Simone envoie à sa place une amie, que la rencontre ravit. Pour ne rien arranger, Simone tombe sous le charme de Wali, un cuisinier chez qui elle a ses habitudes. Oui, c'est compliqué, chez Simone. Et ça ne va pas s'arranger.

En montant ce projet, l'équipe de production devait lorgner sur l'immense (et pas forcément mérité) succès de "Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?". Au centre de l'histoire, Simone et ses histoires d'amour et de sexualité, son rapport à la religion et à ses parents, font immanquablement penser à cette comédie, ça saute très rapidement aux yeux (surtout dans les scènes où Simone est confrontée à ses parents). Pourquoi pas ? Tout n'avait pas été (bien) dit dans ce film et il restait possible d'évoquer les mêmes thèmes avec finesse et drôlerie. L'intention était donc peut-être bonne... 

Seulement, l'histoire que narre "Les goûts et les couleurs" ne tient pas vraiment debout, partant dans tous les sens, sans doute pour exploiter chaque thème passant à sa portée, espérant faire à la fois sourire et réfléchir sur ces thèmes qui continuent de secouer la société. Le personnage de Simone, au lieu d'être l'axe central du film, nous fait le coup du "un pas en avant, deux pas en arrière", forçant l'histoire à suivre une trajectoire chaotique, à laquelle on ne croit finalement pas.

On pourrait se réfugier dans la prestation des acteurs, pour certains au stade de la découverte. Malheureusement, qu'il s'agisse des jeunes pousses (Sarah Stern, Jean-Christophe Folly, Julia Piaton, pour ne citer qu'eux), à qui l'on souhaite de mieux choisir leurs prochains rôles ou d'acteurs plus confirmés (Catherine Jacob, Richard Berry ou Arié Elmaleh), tous semblent bien peu inspirés. La réalisatrice, Myriam Aziza, qui s'était fait un nom dans le registre du documentaire, se contente de regarder et en oublie de diriger tout son petit monde.

Empilement de clichés utilisés pour leur prétendu effet comique, "Les goûts et les couleurs" est loin d'être drôle. Film qui n'aime visiblement pas ses personnages, il ne fait rien pour être apprécié du public. Pour le coup, on peut le laisser passer sous le radar.