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vendredi 1 mai 2020

Hibou (2016)

 

Le duo formé par Eric et Ramzy se sépare de temps à autre, et chacun expérimente de son côté. Ainsi, on a vu Eric Judor au petit et au grand écran, souvent surprenant (je songe notamment à "Problemos"), de même que Ramzy Bedia s'offrait quelques jolis rôles (récemment dans "La lutte des classes", par exemple). Ce dernier est passé derrière la caméra pour la première fois avec "Hibou", un curieux film dont l'idée lui est venue en contant une histoire à sa fille, paraît-il. Confidentielle lors de sa sortie, l'audience de "Hibou" aurait-elle mérité d'être plus ample ?

Rocky est invisible, ou presque. Que ce soit à l'arrêt de bus ou à son travail, personne ne semble se rendre compte de sa présence. Un soir, en rentrant chez lui, il découvre un hibou grand-duc, perché dans son salon. Passée la surprise, il comprend qu'il doit changer et c'est revêtu d'un costume de hibou qu'il reprend sa vie. Là non plus, cela n'émeut personne. 
Quand Rocky, en hibou, rencontre une jolie panda, sa vie change enfin...

Curieux objet que cette fable, pourra-t-on penser en visionnant "Hibou". A l'instar de son compère Eric Judor, Ramzy Bédia ne cesse de nous étonner et entreprend cette fois une démarche que tout le monde ne suivra pas forcément. Composé de peu, ce film sur un homme (trop) discret qui apprend à vivre derrière un masque (ou plus exactement dans un costume de déguisement) est sans doute à placer quelque part entre les films de Michel Gondry et ceux de Quentin Dupieux. Ce conte sur la gentillesse et le regard porté sur les autres et par les autres est en dehors du temps, sans doute, mais son optimisme est salutaire. 

Portant de bout en bout son film, Ramzy Bedia réussit, sous sa peau de hibou, à émouvoir et à entraîner le spectateur dans son drôle d'univers un peu barré, un peu naïf, mais finalement très touchant. Face à lui, dans la peau de la femme sous le panda, Elodie Bouchez surprendra ceux qui ne l'attendaient pas dans ce registre. On notera également la présence de quelques seconds rôles savoureux (qu'il s'agisse de Philippe Katerine, de Guy Marchand ou d'Eric Judor, répondant évidemment présent). Acceptant d'entrer dans l'univers de bric et de broc de "Hibou", ils donnent vie à cette fable bienveillante (que les esprits chagrins qualifieront de naïve, sans doute).

Suivre Ramzy dans cette fantaisie douce-amère est un choix à faire (ou pas). Mais la sincérité du réalisateur-scénariste-acteur est touchante et incite forcément à regarder ce film avec indulgence et bienveillance. Coucou, hibou !


dimanche 16 février 2020

Roulez jeunesse (2017)


Placer un personnage dans une situation compliquée et lui mettre maints bâtons dans les roues, voilà un procédé comique usé jusqu'à la corde. A lire le pitch de "Roulez jeunesse", porté par Eric Judor et réalisé par Julien Guetta, on pouvait penser qu'il s'agirait d'une énième déclinaison de ce modèle. Je vous avoue m'être laissé prendre au jeu et avoir visionné "Roulez jeunesse" sur cet a priori. La présence de l'acteur principal jouant en la faveur d'un pitch pas forcément vendeur, allais-je avoir une bonne surprise ? Ce film serait-il un bon moment de cinéma ? 

Alex travaille comme dépanneur dans le garage tenu par sa mère, dont il ne s'est toujours pas détaché. Un jour, il tombe sur le véhicule de Prune, en panne et, de fil en aiguille, se retrouve dans les bras de la jeune femme, qui l'entraîne chez elle. Au réveil, la jeune femme a disparu et Alex se retrouve en compagnie de ses trois enfants, dont un bébé. Pour lui qui n'est pas ce que l'on peut appeler un adulte responsable, voilà une drôle d'aventure qui commence. Comment Alex va-t-il se sortir de ce guêpier ?

Un héros pris au piège des circonstances et devant affronter maintes épreuves, voilà un ressort des plus classiques, en matière de comédie, et on en a vu plus d'un se casser les dents sur ce type d'exercice. Seulement, "Roulez jeunesse" a plus d'un tour dans son sac et n'est pas qu'une simple comédie, et c'est sans doute ce qui sauve le film. Alors qu'une comédie choisirait de tracer tout droit sur le chemin entamé, quitte à brûler toutes ses cartouches et à tourner à vide, "Roulez jeunesse" a l'excellente idée de prendre un virage audacieux, mais logique, à mi-course. Les péripéties du héros, qui auraient pu n'être exploitées que sous un angle burlesque, voient leurs causes et leurs conséquences éclairées au grand jour. Le drame est là, tout proche, et l'émotion pointe le bout de son nez. Avec elle, "Roulez jeunesse" prend une épaisseur inattendue et finalement bienvenue.

Avec ses personnages attachants, parce que très humains, le film de Julien Guetta tente une proposition audacieuse, mais réussit l'exercice d'équilibriste qu'il s'impose. En usant de tact et de sensibilité, "Roulez jeunesse" réussit une petite prouesse que nombre de comédies n'arrivent plus à réaliser. Pour un premier long métrage, la performance est à saluer. 

Si la composante émotionnelle est l'un des atouts de ce film, parce qu'elle est dosée au milligramme près, l'interprétation est l'autre clef de sa réussite. En tête d'affiche, Eric Judor en surprendra plus d'un dans le rôle de cet adulte devant prendre une situation inattendue à bras-le-corps et se mettre à agir plutôt que subir. Dans son sillage, on appréciera également la très belle interprétation des jeunes acteurs endossant le rôle des enfants perdus.

On peut encore être joliment surpris par un film, français qui plus est. Avec "Roulez jeunesse", Julien Guetta réussit un joli coup, qui aurait mérité un accueil plus chaleureux lors de sa sortie au cinéma. Porté par un Eric Judor décidément surprenant, ce film qui mérite qu'on fasse le détour.





jeudi 18 janvier 2018

Problemos (2017)


Qu'une grosse partie de la critique soit enthousiaste, c'est louche, quand ça concerne une comédie française. Ces dernières années, la plupart des films qui, dans ce registre, ont cassé la baraque s'étaient mises à dos les critiques, souvent à raison. Alors, en lisant les articles consacrés ça et là à "Problemos", le dernier film d'Eric Judor, on pouvait s'interroger : était-il là, le renouveau du cinéma comique français ? Alors que seuls quelques poignées de spectateurs sont allés voir ce film, pourtant (presque) unanimement salué, le mieux, pour se faire une idée, c'est de le visionner.


Victor et Jeanne, son épouse et leur fille font halte, pour quelques jours, dans la ZAD, où les accueille l'ancien professeur de yoga de Jeanne. Face aux fortes personnalités qui composent cette communauté, l'esprit souvent chagrin de Victor va se heurter à l'idée même qui gouverne ce petit monde... Mais peu après leur arrivée, la ZAD perd le peu de contact qui lui restait avec le monde extérieur. De l'autre côté des barricades, une pandémie a quasiment anéanti l'espèce humaine. Voilà pour nos rêveurs l'occasion de construire un nouveau monde, qui sera meilleur...ou pas !

Dans les première minutes de "Problemos", le spectateur peut avoir un goût de déjà vu, car la confrontation entre les célèbres "bobos" et une communauté de pseudo-hippies a déjà fait l'objet de maints traitements au cinéma, entre "Les babas-cool" (avec Christian Clavier, au temps où il était acteur) et "Peace and love (et plus si affinités)", par exemple. Dans ce premier chapitre, Eric Judor s'en sort plutôt bien, en évitant un écueil majeur : celui de prendre parti. En effet, tous les personnages en prennent pour leur grade et révèlent chacun leur tour leurs bassesses et leurs contradictions. La caricature est plutôt bien tournée et, après avoir égratigné tout ce petit monde, Eric Judor renvoie ses protagonistes dos à dos et donne à son histoire un tour inattendu.

C'est sans doute là la meilleure idée du script : pousser tous les boutons dans le rouge, afin de voir ce dont les personnages sont capables. A ce petit jeu qui fait appel à l'absurde autant qu'à la fantaisie, Eric Judor s'avère particulièrement talentueux. Alors qu'on pouvait trouver les films qu'il avait tourné avec son comparse Ramzy parfois puérils, "Problemos" s'avère plus acéré qu'il n'y paraît et démontre une profondeur inattendue. 

Pour servir sa farce, Eric Judor a fait appel à des comédiens pour la plupart peu connus, mais qui donnent à leurs personnages une véritable épaisseur et une crédibilité indispensable. Là où la comédie française utilise souvent des personnages totalement creux pour servir des situations vues et revues, "Problemos" démontre, parfois par l'absurde, qu'il faut plus qu'une silhouette pour alimenter un scénario. 

Sans être le chef d'oeuvre qui renouvellera le genre et pourra nous permettre de célébrer la résurrection de la comédie française, "Problemos" démontre que ce registre, autrefois si savoureux, n'est pas encore mort. Il était temps.


Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film réalisé par un acteur/une actrice qui joue dedans"

samedi 21 mars 2015

Mohamed Dubois (2012)




Le choc des cultures a alimenté plus d'un scénario, avec plus ou moins de bonheur. Pour son premier long métrage, Ernesto Ona s'est aventuré sur les territoires déjà explorés par d'illustres prédécesseurs, comme "Intouchables", pour n'en citer qu'un. Avec en tête d'affiche Eric Judor, lui aussi au commencement d'une carrière sans son compère Ramzy, "Mohamed Dubois" n'a pas attiré autant de spectateurs qu'espéré. En ces temps moroses où la moindre comédie est bonne à se mettre sous la dent, méritait-il pareil accueil ?

Arnaud Dubois s'est convaincu qu'il était en réalité le fils de Saïd, le professeur de tennis de sa mère, et non celui de Gérard Dubois, entrepreneur cossu du Vésinet. Après une dispute avec celui-ci, Arnaud décide d'aller à la rencontre de ceux qu'il pense être les siens, et prétend s'appeler Mohamed. Il rencontre alors Mustafa, et tombe amoureux de Sabrina, la sœur de celui-ci. Pour la conquérir, Arnaud décide de devenir arabe. Il ignore encore qu'il va au-devant de maintes péripéties...


L'idée de base de "Mohamed Dubois" pouvait donner lieu à plusieurs traitements, sous le vernis de la comédie. Souvenez-vous du grand message généreux des "Aventures de Rabbi Jacob", par exemple. Ernesto Ona et son co-scénariste Ichem Saïbi ont sans doute songé à leurs prédécesseurs, quand ils ont co-écrit leur film. Mais le fait est qu'ils ont sans doute été victimes d'un cruel manque d'ambition. Évitant d'affronter frontalement le thème essentiel qui s'imposait à eux, les auteurs dirigent rapidement leur film vers un mélange improbable entre comédie romantique, film choral et embrouilles pas très nettes. 

C'est grâce aux acteurs, et particulièrement les seconds rôles, qui sauvent le film. La très jolie Sabrina Ouazani, ainsi que Youssef Hajdi et Mahmed Arzeki, par exemple, sont remarquables d'énergie, au point de souvent occulter Eric Judor, autour duquel tourne pourtant le film. On ne peut que regretter le manque de visibilité de ces acteurs dans le paysage cinématographique hexagonal actuel, tant ils apportent à "Mohamed Dubois" la vie qui manque à son scénario, souvent prévisible. Si les dialogues font mouche, c'est en grande partie grâce à eux.

Alors, certes, on ne s'ennuie pas devant les pérégrinations de Arnaud/Mohamed, et on sourit même souvent. Mais le fait est que "Mohamed Dubois" ne laisse pas un grand souvenir. Pas subversif pour deux sous ni aussi corrosif qu'il aurait pu l'être, ce film n'est finalement qu'une comédie gentillette.