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samedi 16 avril 2016

Jupiter : le destin de l'univers (2015)


Curieuse trajectoire que celle des ex-Wachowski brothers, récemment devenues les Wachowski sisters (puisque Larry est maintenant Lara et qu'Andy est désormais Lilly) : après avoir fortement secoué le cinéma de science-fiction avec "Matrix", ils n'ont eu de cesse de chuter dans l'estime du public, film après film, de "Speed racer" à "Jupiter : le destin de l'univers", en passant par le surprenant "Cloud Atlas". Si ce dernier a limité les dégâts et s'est vu reconnaître (y compris dans ces colonnes) de vraies qualités, peut-on en dire autant de "Jupiter : le destin de l'univers", sévère échec l'an dernier ?

Jupiter Jones a hérité son prénom de la passion qu'avait son père pour les astres lointains. Avec ce qui lui reste de famille, elle vivote aux Etats-Unis, se consacrant avec résignation au nettoyage des toilettes. Quand elle est sur le point d'être éliminée par d'étranges créatures et que surgit pour la sauver un mercenaire tout aussi étrange, elle découvre que son destin est loin de ce qu'elle imaginait.


Graphiquement, c'est beau et surprenant, comme on pouvait s'y attendre venant des Wachoswki. La mise en scène est également élégante, même si certaines scènes auraient mérité d'être plus courtes, pour gagner en efficacité (notamment certaines séquences de poursuite et de confrontations). L'orgie visuelle offerte par les deux metteurs en scène peut suffire à certains spectateurs, c'est vrai. Mais, dès qu'on est un peu plus exigeant, et que l'on cherche une histoire derrière les images, le bilan est bien plus mitigé.

Ce pseudo-conte de fées mâtiné de space-opera est à la fois une oeuvre ambitieuse et une histoire vieille comme le monde, voire même un brin simpliste, même si elle est enrobée dans des tonnes d'action et de pseudo-rebondissements qu'on voit arriver avant les personnages. Si "Cloud Atlas" pouvait être fascinant par sa structure et les portes qu'il ouvrait pour le spectateur, "Jupiter : le destin de l'univers" est finalement décevant, ne surprenant guère le (maigre) public. Alternant scènes (trop longues) de bagarre au format XXL et discours lénifiants, le film souffre d'un manque de cohérence et d'intérêt pour l'amateur de science-fiction, alors qu'il ne sait pas attirer le profane en la matière.

Pour incarner Jupiter Jones, le choix de Mila Kunis, moue boudeuse en avant, agacera les détracteurs de l'actrice autant qu'il enchantera ses fans. Face à elle, Channing Tatum (oui, celui dont les tablettes de chocolat font se pâmer ces dames) fait le job en assurant le minimum syndical. Du côté des seconds rôles, le bilan est plus mitigé : c'est un vrai plaisir de retrouver Sean Bean, une fois de plus, tandis que la prestation d'Eddie Redmayne pourra laisser songeur, tant il sombre dans la caricature. 

"Jupiter : le destin de l'univers" a tout du cadeau de Noël offert par un richissime oncle d'Amérique qui finalement connaît bien mal son neveu : sous un somptueux emballage, se cache un film finalement très anodin, qui pèche à parler à son public. Il sera vite relégué aux oubliettes et ira prendre la poussière dans son coin.


vendredi 19 avril 2013

Age of Heroes (2011)



Près de soixante-dix ans après sa conclusion, force est de constater qu'il reste des histoires à raconter sur la Seconde Guerre Mondiale. En matière de films, on ne compte plus le nombre d'oeuvres ayant traité, d'un point de vue ou d'un autre, de ce gigantesque conflit. Genre à part entière, le film de guerre compte dans ses rangs d'authentiques chefs d'oeuvre ayant fait date dans l'histoire du septième art. Il y a aussi dans le lot bon nombre de films mineurs, voire de navets oubliables.


Sorti directement en DVD dans nos contrées, "Age of Heroes" est le premier volet d'une trilogie consacrée à l'histoire de Ian Fleming, futur créateur de James Bond. Les deux volets à venir devraient s'intituler "Age of Glory" et "Age of Honour" et devraient être mis en scène par Adrian Vitoria, réalisateur (et coscénariste) de ce premier opus. J'emploie volontairement le conditionnel car, au vu du premier volet, je doute fort que la suite de l'histoire voit le jour sur grand écran.

Annoncer d'emblée que "Age of Heroes" est basé sur la carrière de commando de Ian Fleming est quelque peu mensonger. En effet, le jeune Fleming, enrôlé dans la bataillon monté par le Colonel Jones, n'est qu'un personnage secondaire, le film mettant plus en avant les personnages interprétés par Sean Bean et Danny Dyer. Commençant lors de la déroute de 1940, le film bondit rapidement en avant pour enchaîner avec la formation d'un groupe de commandos qui sera envoyé en Norvège pour accomplir une mission de la plus haute importance. 

Parti d'une bonne idée, "Age of Heroes" ne tient hélas pas ses promesses et s'avère décevant. La faute en revient essentiellement à un scénario bâclé, qui semble avoir été écrit au fur et à mesure du tournage, et faisant fi des règles élémentaires inhérentes au genre.  Les héros du titre, sensés être au centre du récit, sont bien mal exploités par celui-ci.
Dans un des rôles principaux, Sean Bean, l'inoubliable Boromir du "Seigneur des Anneaux" et l'Eddard Stark de "Game of Thrones" est monolithique et semble souvent perplexe quant à ce film vendu en grande partie sur son nom. Derrière lui, les jeunes acteurs en font trop ou trop peu et, semblant être livrés à eux-mêmes et sont à peine crédibles dans leur rôle de commandos prêts à tuer pour accomplir leur mission. 

Il faut dire que la réalisation ne fait rien pour ajouter à la crédibilité de l'ensemble. Traînant parfois en longueur au point de donner une impression de remplissage, le film est sujet à de curieuses ellipses, ainsi qu'à de multiples pistes non suivies, et je ne parle même pas du peu de cas fait du personnage de Fleming, finalement sous-exploité. 

Au visionnage, "Age of Heroes" déçoit. Effleurant des thèmes qu'il n'explore finalement pas, le film ne tient pas les maigres promesses qu'il portait. Il est difficile de reprocher à un film son petit budget, mais "Age of Heroes" pâtit fortement du manque cruel d'ambition de ses créateurs et de leur amateurisme. Si vous êtes amateurs du genre et indulgents quant à la qualité, vous pourrez y jeter un oeil et (qui sait ?) y dénicher quelques moments intéressants. Si ce n'est pas le cas, passez votre chemin.








samedi 23 février 2013

Ronin (1998)


Si l'on évoque John Frankenheimer (1930-2002), les cinéphiles du monde entier songent à des classiques du film d'action, comme "Le Train" (avec Burt Lancaster) ou "French Connection II". Ce vétéran, qui fit ses premières armes à la télévision, a également commis d'autres films, plus oubliables (et plus oubliés) dans les dernières années de sa prolifique carrière. L'un de ses derniers films, réalisé en France (pays qu'il appréciait particulièrement pour y avoir tourné plusieurs fois), aurait pu être son feu d'artifice final, mais ne fut pas couronné du succès attendu lors de sa sortie : il s'agit de "Ronin".

Le terme de "Ronin", sans doute énigmatique pour la majeure partie du public (et d'ailleurs explicité dès le générique de début) désigne, dans le Japon traditionnel, les samouraïs sans maître, et n'ayant donc plus d'honneur et de raison d'être. Pour satisfaire au code du guerrier, le Ronin se doit de réaliser le seppuku (le suicide rituel), sous peine de devenir un samouraï errant, sans cause, sans honneur. Dans le film de Frankenheimer, ce terme désigne des hommes de main, recrutés par une jeune Irlandaise pour récupérer, à n'importe quel prix, une valise très disputée. Anciens militaires ou membres d'agences gouvernementales, ces hommes vont devoir tout mettre en oeuvre pour réaliser leur mission.

Le casting de "Ronin" ferait aujourd'hui saliver plus d'un réalisateur : Robert de Niro (qu'on ne présente plus et qui eut, lors du tournage de ce film, maille à partir avec la justice française), Jean Reno, Sean Bean (qui n'avait pas encore endossé le costume du Boromir du "Seigneur des Anneaux"), la très jolie et trop rare Natasha McElhonne (qu'on retrouvera aussi dans "The Truman Show"), Stellan Skarsgard (vu récemment dans le "Millenium" de David Fincher ou dans "Avengers"), Jonathan Pryce (le héros du cultissime "Brazil") et j'en passe.

Ce qui fait la force de "Ronin", ce n'est pas son scénario, vite invraisemblable, où les protagonistes, mercenaires venus d'horizons divers, courent après une énigmatique valise qu'on ne veut pas leur laisser. Il s'agit des scènes d'action, et plus particulièrement des poursuites automobiles, remarquablement orchestrées, malgré leur invraisemblance (vous avez déjà réussi à passer ne serait-ce que la troisième vitesse en plein Paris, vous ?). A l'occasion de ces séquences improbables, mais qu'il réussit à rendre crédibles aux yeux du spectateur, Frankenheimer donne une démonstration de son talent de metteur en scène. 

Cependant, nul n'est dupe, en visionnant ce film. A peine sorti, "Ronin" est déjà le témoignage d'une époque révolue. Comme l'ont dit certains critiques à l'époque, "Ronin" est en quelque sorte le chant du cygne d'un grand faiseur. Plus personne ne croit à l'histoire qui y est racontée, mais chacun va jusqu'au bout de sa tâche. "Mission Impossible" et la saga "Jason Bourne" ont redéfini le genre, et bientôt la technologie va permettre de pousser le curseur encore plus loin, grâce aux images de synthèse.

Du coup, et c'est presque visible à l'écran, toute l'équipe, si elle joue le jeu, semble résignée à voir tomber le rideau sur une époque cinématographique. Comme s'ils avaient déjà la tête ailleurs (et c'est probablement le cas pour Robert de Niro, empêtré à l'époque - à tort- dans une affaire de prostitution), les acteurs manquent de conviction et n'apportent pas au scénario le support qui lui est indispensable.

Impressionnant techniquement parlant, "Ronin" reste cependant un film remarquable parce qu'il est le témoin désabusé d'un passage de relais, inéluctable, mais cependant amer. Si l'on met de côté son invraisemblance, il se (re)visionne avec plaisir. 




jeudi 19 juillet 2012

Black Death (2009)




Le phénomène du "Direct-to-DVD" devient récurrent. Bon nombre de films n'ont même plus l'honneur de sortir en salles et passent directement à la case "DVD". Bien souvent, il s'agit de nanars authentiques, plus rarement ce sont des petites perles. Dans le cas de "Black Death", j'avoue ne pas trop savoir dans quelle catégorie ranger ce DVD. 

Pensez donc, un film allemand, tourné en langue anglaise, porté par Sean Bean (l'inoubliable Boromir du "Seigneur des Anneaux", et maintenant tête d'affiche de la sublime série "Game of Thrones"), qui connut un tel bide outre-Rhin (et en Grande-Bretagne aussi) que les producteurs préfèrent arrêter là les frais. Reconnaissez le, vous n'aviez jamais entendu parler de "Black Death", non ? 

On se fait le pitch ? C'est parti.... 

En pleine épidémie de peste bubonique, en Angleterre, au XIVème siècle, un jeune moine, Osmund,  accompagne une troupe de soldats sans foi ni loi menés par Sire Ulric, ayant pour mission de localiser un village épargné par la maladie. A en croire la rumeur, ce village serait gouverné par un nécromancien ayant passé un pacte avec le démon.  

Le moyen-âge servant de toile de fond à "Black Death" est une époque sombre et sale, pleine de violence physique et morale. Le contexte extrêmement sombre de l'épidémie de peste et l'omniprésence de la religion offrent à cette oeuvre un fond particulièrement riche. Comme souvent, sous couvert de divertissement, il y a matière à évoquer des sujets plus profonds et "Black Death" le fait parfois, mais avec maladresse.  

C'est là son premier défaut : un scénario manquant d'ambition et n'allant pas jusqu'où il pourrait aller. Hésitant entre film d'action pure (ce qu'il n'est pas) et porteur d'un vrai message (ce qu'il n'est pas non plus), "Black Death" est entre deux eaux : du coup, le spectateur peut rester sur sa faim.  

Autre point noir : la réalisation de Christopher Smith (ayant déjà à son cursus "Severance" et "Creep"). Statique quand elle devrait être dynamique, dynamique quand elle devrait être statique, elle dessert le film, et c'est bien dommage. Quantités de plans sont gâchés par une caméra en perpétuel mouvement.  

Cela dit, il y a quantité de bonnes choses dans ce film. Tout d'abord, il est porté par une équipe qui croit en ce qu'elle fait. Du coup, on adhère à l'histoire et au voyage (initiatique) qu'elle nous propose. 

Ensuite, et c'est un point majeur , l'interprétation est remarquable. Sean Bean, tout d'abord, campe remarquablement son personnage dont on devine les fêlures intimes. Et que dire des "gueules" qui interprètent les soudards l'accompagnant, tous avec une réelle conviction dont bon nombre de "grands" acteurs feraient bien de s'inspirer. Seule réserve, à mes yeux, le jeune Eddie Redmayne (vu aussi dans "Deux soeurs pour un roi") semble parfois manquer de foi (un comble !) en son personnage, visiblement très (trop ?) proche de celui d'Adso dans "Le nom de la rose". 

Alors, d'accord, c'est parfois mal filmé, d'accord, l'histoire est un peu maigrelette et accuse quelques passages à vide, mais je n'arrive pas à ne pas aimer ce film. Décrivant un âge où l'enfer a pris corps sur Terrre, où les hommes cherchent un dieu ayant visiblement préféré prendre la fuite, "Black Death" vaut largement mieux que cette sortie à la sauvette et mérite amplement sa deuxième séance.